The Night Always Comes.
Traduction: Hélène Fournier

Depuis de nombreuses années Willy Vlautin grand troubadour américain, chantre de l’Americana au sein de ses groupes Richmond Fontaine et the Delines, prolonge, développe ses univers musicaux dans des romans, souvent des « road-movies » habités d’une apaisante humanité.
“Mes chansons sont la bande-son de mes romans. Ils vivent dans le même univers, dans le même pâté de maisons, dans le même immeuble. La plupart de mes romans étaient, à la base, des chansons. Généralement une idée donne lieu à une chanson. Mais il arrive que j’écrive deux ou trois chansons qui se transforment ensuite en roman. Ballade pour Leroy a commencé de cette façon-là.” Entretien Nyctalopes janvier 2016 traduit par Hélène Fournier, traductrice de Willy Vlautin.
Restant dans le même univers, les mêmes espaces, ce nouveau roman n’est pourtant pas un road-movie, mais raconte l’avant, le moment où on prend la décision de partir, de tout abandonner, de perdre ses rares repères. “La nuit finit toujours par tomber” parle de courage, de rage, de combat pour la vie et en fait, sous toutes les latitudes, il n’y a rien de plus beau.
Willy Vlautin montre les invisibles, les classes moyennes des campagnes et des petites villes sombrant dans la pauvreté. Il pointe aussi tous ceux, épuisés et plantés au bord de la route avec un canap, Netflix, quelques allocs et des chips, les acteurs des romans d’une belle humanité de Willy Vlautin, la réalité de l’”American Dream”.
“N’est-ce pas ça le rêve américain ? Entuber tous ceux qui nous gênent pour obtenir ce qu’on veut. Si je me rappelle quelque chose de mes cours d’histoire, c’est bien ça. Les gens dont on se souvient sont ceux qui se servent. Ceux qui débarquent quelque part en revendiquant leur part du gâteau.”
Et dans ce no man’s land ricain, certains refusent leur destin, l’inéluctabilité de leur condition et c’est leur combat que racontent les romans de Willy Vlautin. Les gares, les néons blafards, les relais routiers, les bars et “diners” de nuit, les parkings, les motels et hôtels, Greyhounds et taxis autant de décors sales et tristes pour des histoires de mômes voulant juste une petite part de lumière.
“À trente ans, Lynette cumule les petits boulots tout en suivant de laborieuses études de comptabilité et en s’occupant de son frère trisomique, Kenny, négligé par leur mère. Les sacrifices de la jeune femme ont un seul objectif : obtenir le prêt bancaire qui lui permettra de racheter leur maison de Portland. Face à la flambée des loyers et à la gentrification, c’est sa dernière chance de se procurer la sécurité dont elle n’a jamais bénéficié. Si elle dispose de fonds, sa mère doit l’aider à réunir la somme nécessaire. Mais loin d’honorer sa promesse, cette dernière entraîne Lynette dans une spirale infernale.”
Les dix plaies d’Egypte, la peste et le choléra, Bardella et Le Pen et bien sûr de Charybde en Scylla et tout cela dans un crescendo effréné malsain… Willy Vlautin a infligé bien des tourments à Lynette lui donnant des airs de Cosette moderne. Il a eu la main lourde Willy et du coup, on a encore plus d’occasions de se mettre en colère contre l’humanité, liguée contre Sybelle. Pendant deux jours et deux nuits, elle va tester la valeur réelle des gens qui comptent pour elle et pour qui elle se bat depuis tant d’années sans jamais moufter… et tomber de haut, de très haut. Généralement les romans de Vlautin racontent le voyage, ici, on espère juste un départ, qu’elle arrive à sortir de ce destin minable déjà tout tracé… Barre-toi, Lynette ! On rêve d’une image finale où on la verrait démarrer sa caisse, de petites phrases soufflant le vent du départ comme: « Elle s’installa dans sa voiture, but une gorgée de café et démarra. »
Parlant de la “musique” de ses romans, Willy Vlautin les définissait de la sorte : “Ballade pour Leroy” est plutôt une chanson folk politique et enragée. Dans la veine de Bob Dylan et de Woody Guthrie. “Motel Life” est plutôt une chanson country, “Plein Nord” une ballade triste et romantique et “Cheyenne en automne” une chanson folk.” Ici, en définissant le rythme et la folie de La nuit finit toujours par tomber, on pourrait peut-être situer le roman vers un punk folk à la Violent Femmes ou le post punk de Protomartyr.
Traitant des relations mère-fille, de la paupérisation des classes moyennes, de la gentrification, et bien sûr de ces héros invisibles qui savent vous tendre la main un jour, La nuit finit toujours par tomber est une nouvelle chanson country poignante signée Willy Vlautin.
Clete.
PS: adapté à l’écran par Netflix Night Always comes donc… la plus grande méfiance. Au départ, déjà, l’apparence physique de la mère ne colle pas trop avec son image romanesque.
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