
Pourquoi ne pas commencer cette chronique en donnant la recette de la blanquette de veau ?
« Oh, ça va, on peut rigoler un peu. »
Dans la nuit du 6 au 7 septembre 1949 « le corps en partie dénudé d’une jeune femme » est retrouvé sur le quai de Javel. « Elle est pieds nus. Les cheveux mouillés, à cause de la pluie dans la soirée. »
L’inspecteur-chef Ferrière va mener une enquête très fouillée. Il va « ratisser large, explorer toutes les pistes possibles. » mais « Le 12 juin 1950, le non-lieu est officiellement déposé au greffe du tribunal de la Seine.
Au revoir Louise Cansot. »
C’est compter sans Philippe Jaenada ! (ni l’aide du commissaire Maigret, autre « bonhomme de routine » dont il va s’inspirer tout au long du livre…).
Et puisque nous ouvrons nous aussi des parenthèses si nombreuses chez Simenon et Jaenada, notons que si les romans de Maigret dépassent rarement les 160 pages, Il va falloir 528 pages à Jaenada pour mener son enquête !
« Dans La Patience de Maigret, en 1965 : « C’est ainsi que le commissaire avait réussi la plupart de ses enquêtes : en montant des escaliers, en reniflant dans les coins, en bavardant à gauche et à droite, en posant des questions futiles en apparence, en passant des heures dans des bistrots parfois peu recommandables. » Je ne sais pas si je vais monter beaucoup d’escaliers (j’espère que non), trouver des coins à renifler, ni avec qui je vais bien pouvoir bavarder, mais passer des heures dans des bistrots parfois peu recommandables, je devrais pouvoir y arriver. »
Ayant accès aux archives de la Préfecture de police de Paris il épluche les dossiers, flairant les contradictions, les incohérences qui le « turlupinent ».
Il se plonge dans tous les journaux de l’époque qui se délectent de « l’histoire d’une déchéance, de l’atroce perdition d’une belle femme intelligente ».
Comme à Montparnasse, « elle détient le record du modèle le plus peint » il recherche les peintres qui l’ont côtoyée…
Il remonte la piste des fiancés bizarres aux alibis troubles, celle des vieux amants sérieux…VIEUX ? A l’époque ils ont sept ans de moins que lui !
« et je ne vois pas comment un petit vieux serait plus jeune que moi. »
Il utilise des outils absents en 1949 : Le site des archives numériques de la BnF, Chat GPT – ainsi que « son confrère ou sa consœur Claude » dont il se moque mais qu’il interroge quand même !
ET il se rend à Tréguier.
» Si on n’a pas d’indice sur le meurtrier, c’est à la victime qu’il faut s’intéresser.«
Tréguier dans les Côtes-d’Armor ou les Côtes-du-Nord à l’époque de Louise.Et ça va nous faire du bien de quitter Paris !
Et surtout nous allons VOIR la petite Louise franchir le seuil de la maison de son père, cordonnier, sa maison, 17 rue de La Chalotais, rentrer de l’école, se promener au bras de sa mère, ramasser son père ivre dans le caniveau…
«J’ai le sentiment, peut-être peu rationnel, de n’avoir jamais été aussi proche d’elle. »
On la suit lorsque qu’elle grimpe « au printemps 1936, sa petite valise à la main, dans le car de la Compagnie armoricaine de transport ». Et on l’imagine facilement débarquer à Montparnasse, pour le meilleur et pour le pire, comme ces milliers de petites Bretonnes de seize ans à cette époque. Courageuses mais vulnérables elles deviendront vite les proies faciles d’individus malhonnêtes.
Pour beaucoup d’entre elles, comme pour Louise, ce sera pour le pire.
Que Louise ait cessé d’être « L’inconnue du quai de Javel », est peut-être plus important pour moi que de savoir si cette enquête policière vieille de soixante-dix-sept ans peut être résolue…
Parce que Jaenada cherche un meurtrier, bien sûr.
Mais surtout, il cherche Louise et lui rend son histoire.
Soaz.
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