
« Pour que l’événement le plus banal devienne une aventure, il faut et il suffit qu’on se mette à le raconter. »
— Jean-Paul Sartre, La Nausée
Didier Daeninckx est Raconteur d’histoires.
Ici, il s’agit de celle de l’inspecteur Philippe Orbec, personnage bien construit, ancré dans le passé familial de l’auteur.
Pour démarrer sa Peugeot 203, il faut tirer le starter et actionner le démarreur ; pour remonter les vitres, tourner la manivelle. Philippe Orbec aime les œufs mayonnaise, la blanquette de veau et la brioche aux griaudes. Il se lave de la tête aux pieds à l’évier. Au cinéma Majestic, Les Mains sales de Sartre provoque l’indignation de la bonne société nivernaise…
Nous sommes à Nevers (Seine-Inférieure), en 1952. Nevers et ses quartiers bombardés huit ans plus tôt par des Lancaster anglais. A quelques kilomètres de là, au lieu-dit les Essarts, une pelleteuse vient de déterrer trois cadavres…
« Enfin ce qu’il en reste… »
Les Essarts : c’est également là que Charles Orbec, père de Philippe et commissaire de police, a trouvé la mort — ou plutôt a été exécuté — en juin 1944.
Entre les vols de bas étage, de la grivèlerie, des conflits de voisinage, l’organisation des festivités du 14 juillet, le passage de la caravane publicitaire du Tour de France (avec Yvette Horner), celui du peloton (emmené par Fausto Coppi…), l’inspecteur doit résoudre cette triple énigme criminelle.
Les morts commencent à parler. Mains liées dans le dos, balle dans le front, plaque d’identification au poignet droit. Un matricule y figure : KLM-39457.
M comme Mauthausen…
Dommage que la quatrième de couverture dévoile une grande partie des ressorts de l’intrigue !
Philippe Orbec parviendra-t-il à rendre justice à ces disparus dont l’institution ne s’est guère souciée ? Cette enquête lui permettra-t-elle de comprendre ce qui le hante : qui a exécuté son père dans le maquis des Essarts ? Des résistants ? Des collaborateurs ? Les Allemands ? Et que sont donc ces maisons parachutées dont le nom paraît intimement lié à cette affaire ?
La documentation est minutieuse, rigoureuse. Didier Daeninckx fait ressurgir des pans mal connus de l’Histoire. Son sens du détail laisse pantois — pour employer un terme un peu désuet, à l’image de ceux qui teintent ce récit de nuances sépia.
Aucune sophistication dans le style : l’écriture est simple, directe, réaliste. Le rythme pourra paraître parfois un peu lent, mais Philippe Orbec a fort à faire, et cette progression méthodique sert parfaitement l’atmosphère du roman.
Avec Les Maisons parachutées, Didier Daeninckx revient à ce qui fait sa force : le croisement du roman policier, de la recherche historique et du devoir de mémoire.
Et, comme toujours chez lui, et comme en embuscade, derrière la reconstitution d’une époque et la révélation de vérités enfouies se dessinent les permanences du pouvoir, les manipulations, les arrangements occultes et les règlements de comptes. Autant de mécanismes qui continuent de traverser notre présent.
Soaz.
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