Virdimura
Traduction: Serge Quadruppani

« Mon père Urìa me souleva dans ses bras, me fit flairer le vert qui tachait les pierres, l’air fumeux du volcan, les fleurs qui surgissaient de la lave. Et il dit : Te voilà enfin. Forte comme les murs qui ceignent Catane. Verte comme la mousse qui affleure sur le dur. Sois bénie, fille bien-aimée. Tu t’appelleras Virdimura, Vertdemur. »
1302. En Trinacrie. La Sicile d’alors.
Ce n’est pas un roman noir au sens habituel du terme. Pourtant le noir est partout : celui de l’époque marquée par la discrimination (envers les juifs, les femmes, les pauvres), le rejet du progrès, l’intolérance, et le fanatisme religieux…Le noir aussi du rat noir porteur de la peste… noire et celui de la lave de l’Etna qui domine encore aujourd’hui Catane.
Uria apprend à la jeune Virdimura à manier le forceps, à extraire les nouveau-nés du ventre de leur mère, à apprendre des morts, par la dissection, les secrets de la chair, à reconnaître les herbes et concocter des remèdes…
Mais il sera répudié pour son savoir, et la laissera seule.
Virdimura poursuit alors son œuvre : elle observe, analyse, expérimente… Elle consacre sa vie — et la risque chaque jour — à écouter et soigner les pauvres, les marginaux, les femmes victimes de violence. Toujours dans la clandestinité, puisqu’une femme ne peut exercer la médecine:
« J’étais une diablesse, disaient les chrétiens. J’étais impure, disaient les juifs. J’étais perdue, disaient les Arabes. »
Inspiré d’une figure historique authentique — Virdimura, considérée comme l’une des premières femmes médecins officiellement reconnues en Sicile au XIVᵉ siècle — le livre prend la forme d’un plaidoyer. En 1376, elle tente d’obtenir le droit d’exercer son métier, tout en gardant en mémoire les paroles de son père:
« Et même si on te traduit devant la justice, manifeste ton respect aux juges mais ne pactise pas. A chaque interrogation, réponds toujours de cette manière : Vous ne l’entendez pas, le cri des derniers qui monte de la terre ?»
C’est un roman court, bien construit, documenté et sensible. Pour son premier roman traduit en français, Simona Lo Iacono s’exprime avec humilité, poésie et pudeur pour évoquer l’intime.
Un livre qui redonne du courage à ceux qui pensent parfois que 700 ans n’ont pas suffi à vaincre l’obscurité des hommes…
Soaz.









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