Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

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AUCUNE BÊTE de Marin Ledun / Editions In8.

Entre deux pavés en Série Noire, l’entériné Salut à toi ô mon frère et l’attendu La vie en rose, Marin Ledun s’accorde une courte pause chez In8. Enfin, parler de pause frise d’emblée le hors sujet, tant l’écriture de l’auteur ignore les bâillements et les entractes grassouillets, tant son propos du jour surtout nous scotche dans les starting-blocks d’une course noire et asphyxiée.

Le sujet : le running de 24 heures, un truc de dingo, tel qu’on le célèbre bouche bée dans les clubs pour bobos en combis fluos, de loin, sans y participer, et gageure pour l’auteur de transformer en sprint un marathon puissance 5,8.

Accusée de dopage, huit ans auparavant à cause d’un médicament sensé soigner une méchante rhino-pharyngite, Vera Maillard revient dans le circuit pour reprendre à Michèle Colnago, sa rivale de toujours, sa place en haut de l’affiche et ses heures de gloire. Parlons-en d’ailleurs de la gloriole induite Nous ne sommes pas ici au Stade de France ou sur la scène du Madison Square Garden, mais sur une obscure piste provinciale. Là, les corps sans graisse ni grâce ne sont plus que des machines de fond, de fond que l’on touche aussi, lorsqu’il faut composer avec l’usine, la famille et les entraînements arrachés dans les interstices d’un quotidien gris.

« Courir n’avait aucun sens et c’est précisément cela qui en faisait toute la beauté. Courir était son œuvre d’art à elle. Un modèle de liberté et de résistance aux forces obscures du monde qu’elle laissait à ses filles en héritage. Un bras d’honneur magnifique brandi à la face de l’injustice de la vie des femmes comme elle. »

Telle une scorie de cette boîte de décolletage où trime Vera (Scorie ou talisman ? Nous n’en dirons pas plus…), Marin Ledun puise son titre d’un parallèle entre ces forçats du bitume, smicards de l’effort, et Henri Guillaumet, célèbre pilote d’avion naufragé en juin 1930 en pleine Cordillère des Andes, qui survivra juste à la force du mental et déclarera à Saint-Exupéry, venu le chercher, « Ce que j’ai fait, jamais aucune bête ne l’aurait fait ».

Alors, victoire ou défaite, le décor sent l’échec avant même que le top départ ne soit donné. Et bien sûr, il ne saurait en être autrement, même si tout le monde gagne, même si tout le monde perd. La compétition est omniprésente, à chaque page, mais le match se joue sur un autre ring, celui des rapports truqués (une autre pratique ponctuellement sportive) entre hommes et femmes.

Lui-même pratiquant d’ultrafond, Marin Ledun fait de cette seconde novella pour la collection Polaroid de Marc Villard (après No More Natalie en 2013) un habile alliage de l’une de ses passions et de ce terrain social où il excelle également, réussissant au passage une brute confrontation entre beauté du sport et laideur du sexisme primaire. Un texte sombre et magistral donc, d’une intemporelle actualité. Salut à toutes les mères qui gueulent

JLM


LA DERNIERE CHANCE DE ROWAN PETTY de Richard Lange / Terres d’Amérique.

Traduction: Patricia Barbe-Girault.

“Rowan Petty est un escroc à bout de souffle. Quand il n’arnaque pas des veuves esseulées, il triche au poker. Sa femme l’a quitté pour un autre escroc, sa fille ne lui parle plus depuis sept ans, et même sa voiture l’a planté… Jusqu’au jour où une vieille connaissance lui propose une dernière chance : filer à L.A. où des soldats en poste en Afghanistan auraient planqué deux millions de dollars détournés. En compagnie de Tinafey, une sublime prostituée lasse de tapiner et avide d’aventures, il file en direction du Sud. Un jeu dangereux commence auquel vont se retrouver mêlés un vétérinaire blessé, un acteur fini, et la fille de Petty. Pour le gagnant : une fortune. Pour le perdant : une balle dans la tête.”

Richard Lange est originaire de Los Angeles et c’est la mégalopole californienne qu’il décrit ici comme souvent dans ses romans. Auteur d’un très très bon “Angel baby” en 2015, il retourne dans une veine noire qui lui avait si bien réussi. Un peu le mouton noir de la collection Terres d’Amérique, il s’y illustre par son net penchant pour des intrigues policières même si c’est très réducteur de le placer dans ce cadre. Francis Geffard, le grand découvreur de talents ricains, ne fait pas de différence entre littérature et littérature noire dans ses choix éditoriaux, ses coups de coeur. Il privilégie toujours des écrits où est visible une certaine humanité des personnages et vis à vis d’eux, comme une capacité à montrer, raconter l’Amérique, la vie des gens, leurs choix difficiles voire impossibles. Richard Lange, c’est un peu un Willy Vlautin qui sortirait les flingues.

“Quarante ans qu’il était sur Terre, et qu’est-ce qu’il avait accompli? Sa vie se résumait à un mariage raté, une fille qui se droguait et des cartes de crédit sur lesquelles il avait atteint le maximum autorisé. Dès qu’il arrivait à faire un peu d’économies, il les reperdait en jouant au poker. Pour couronner le tout, son plus gros coup à ce jour avait fait pschitt et il avait réussi l’exploit de se rendre complice d’un meurtre. Quelque part, il y avait quelqu’un qui devait bien se marrer à ses dépens.Pour autant, il n’était pas encore prêt à jeter l’éponge. Ça n’avait jamais été son truc, de baisser les bras. Il fallait se regarder dans la glace sans concession, se demander qui, quoi et pourquoi, mais ne pas se laisser plomber par les réponses.”

Dans le décor de la Cité des Anges, celle des losers, des paumés, des cramés, des tarés, des ratés, des résignés et des toxicos… Rowan Petty a beaucoup à perdre et, tout d’abord, tout simplement, sa vie. Et on adhère, on le suit tellement il ressemble au pote qu’on aimerait avoir. Le pro de la petite arnaque, Rowan Petty s’est fait salement pigeonner par un mec qu’il a formé et les mauvaises vibrations et les sales profils arrivent en force tandis qu’au niveau des sentiments, il vit aussi des trucs méchants.

Tous les voyants sont au rouge, mauvais karma, mauvais alignement des planètes, bad trip, chaos total… poisse, scoumoune.

Se sortir d’un bordel sans nom à L.A…“ La dernière chance de Rowan Petty”?Sauver sa peau…“ La dernière chance de Rowan Petty”? Retrouver sa fille…“ La dernière chance de Rowan Petty”?“ Mettre la main sur le magot… “ La dernière chance de Rowan Petty”? Semer les chacals et les chiens… “ La dernière chance de Rowan Petty”?
Tomber amoureux…“ La dernière chance de Rowan Petty”? Se ranger enfin… “ La dernière chance de Rowan Petty”?

“ La dernière chance de Rowan Petty” possède une intrigue parfaitement menée et révélant plusieurs moments brûlants, flippants mais ce développement polardesque est aussi pour Lange l’occasion de continuer d’évoquer et de développer sur le sentiment de parentalité. Ayant déjà axé “Angel Baby” sur l’aspect maternel, il développe son propos mais en se focalisant plus sur son pendant paternel, sur la douleur de la culpabilité, sur la honte de l’abandon, sur les petites trahisons mesquines…

Beaucoup de beaux et touchants personnages, de héros oubliés, de types déjà à terre, on sent chez Lange un grand sens de l’observation de ses contemporains et une immense empathie pour l’autre, celui qu’on voit moins ou plus… ici et surtout là-bas, dans l’inhumanité d’un système de santé ricain honteux.

“A tous les chanceux et les malchanceux, les escrocs et les escroqués, les vivants et les morts. A tous.”

Grand auteur, grand roman et un Rowan Petty inoubliable.

Wollanup.


LES FEMMES DE HEART SPRING MOUNTAIN de Robin MacArthur / Terres d’Amérique / Albin Michel.

Traduction : France Camus-Pichon

La vie, cet enchevêtrement type pelote de laine qu’un chat se serait fait un énorme plaisir à traîner dans tous les coins de la maison, a ses manières à elle de nous faire comprendre ses secrets.

Dans Les Femmes de Heart Spring Mountain ce sera « Irène » le fil qui dépasse de la pelote : en tirant dessus on remonte l’histoire de trois générations de femmes et de leurs aïeuls : Henry, Ezekial, William, Zipporah, Eunice, Philena, Phebe, Marie, Jessie… Ce n’est pas étonnant que Robin Macarthur ait choisi une tempête au nom féminin pour ce beau rôle !

Lorsque « Irène » s’abat sur le Vermont, cela fait huit ans que Vale a quitté sa mère, Bonnie, et les terres de ses ancêtres. Un coup de fil lui annonce la disparition de Bonnie durant la tempête. « Une maman est la seule usine à fabriquer de l’amour. » Vale quitte La Nouvelle-Orléans pour revenir chez elles : sa mère ne peut pas être morte.

« Heart Spring, le source de la rivière Silver Creek : c’est de là que viennent ces trente centimètres de pluie, là qu’ils se sont formés, qu’ils sont nés. La source à l’origine de la rivière où Bonnie a été vue pour la dernière fois. Heart Spring Mountain. Parce que le cœur a sa source éternelle dans cette montagne, s’était dit Hazel petite fille, puis jeune femme, puis femme mûre. Mais était-ce vrai ? »

Avec le retour aux sources de Vale, la construction du roman se ramifie en enclenchant une série de flash-backs portés par les voix des femmes de la famille : Hazel, la grand-mère de Vale, encore en vie mais en sursis ; Lena, la sœur de Hazel, douce illuminée vivant autrefois dans les bois avec son meilleur ami, Otie, une chouette borgne ; des moments de bonheur avec Bonnie au temps de l’enfance, Vale et Bonnie l’insouciante, la solaire, la flamboyante, tombée au milieu d’un champ de pavots qu’elle n’a plus jamais quitté.

Vale remonte le fil de pelote, aidée de temps à autre par Deb, la belle-fille de Hazel, arrivée dans ces montagnes en cherchant la liberté, restée veuve trop tôt mais à toujours ancrée au sol de sa famille d’adoption.

La quête de Vale – My Bonnie lies over the Ocean porte moins sur la disparition de cette mère depuis longtemps disparue dans la brume de l’héroïne, que sur elle-même, Vale, la fille de Bonnie. Elle cherche dans les vies de toutes ces femmes son point de départ, sa genèse. Tellement de secrets.  

Vous pourriez penser qu’il s’agit d’un énième roman autour de la famille et de ses secrets : Les Femmes de Heart Spring Mountain est tellement plus que ça ! Ces femmes, leurs amours dévorants, leurs détresses, leur salut, leur vie au milieu d’une nature implacable mais généreuse, sont des véritables archétypes : debout, sans flancher, jamais.

« La voix de Vale se brise souvent – elle a du mal à respirer. « Je suis là avec toi, Hazel », murmure-t-elle.

Et c’est vrai : elle est là. Elle qui a si longtemps manqué de racines. Elle est là maintenant. »

Monica.

LA VAGUE d’Ingrid Astier / EquinoX / les Arènes.

“Sur la presqu’île de Tahiti, la fin de la route est le début de tous les possibles. Chacun vient y chercher l’aventure. Pour les plus téméraires, elle porte le nom de Teahupo’o, la plus belle vague du monde. La plus dangereuse aussi. Hiro est le surfeur légendaire de La Vague. Après sept ans d’absence, sa sœur Moea retrouve leur vallée luxuriante. Et Birdy, un ancien champion de surf brisé par le récif. Arrive Taj, un Hawaïen sous ice, qui pense que tout lui appartient. Mais on ne touche pas impunément au paradis. Bienvenue en enfer. Ici c’est Teahupo’o, le mur de crânes.”

Ingrid Astier a quitté les toits de Paris et l’hexagone de son précédent roman “Haute voltige” pour un autre sommet dans le Pacifique et un coin de l’île de Tahiti, au bout d’une route emmenant à l’ Everest des surfers de Polynésie et du monde entier, la vague Teahupo’o formée dans l’ Antarctique et qui finit sa vie sur le rivage tahitien.

Dans ce petit paradis naturel, à l’abri de la déliquescence de l’île, une petite communauté d’amis vit en tentant de rester proche de la nature. Ingrid Astier montre ce hâvre de paix et d’harmonie avec les éléments dans une île dont l’actualité et l’histoire contemporaine “colonisée” montrent le contraire du tableau enchanteur communément admis . Tous les romans d’Ingrid Astier sont très documentés et le fruit, à chaque fois, d’une observation , d’une étude fine de l’objet littéraire. Celui-ci ne fait pas exception et montre un combat entre le bien représenté par Hiro et le mal incarné par Taj un surfer, certes, mais surtout un trafiquant de came. L’ice drogue de synthèse qui fait des ravages dans toute la zone pacifique sévit aussi ici et s’ajoute aux malheurs que la civilisation a apportés à cette île, autrefois, paradisiaque.C’est d’ailleurs cette opposition entre nature et culture, modernisme et tradition qui est montré tout au long du livre en faisant un témoignage intéressant dans la découverte de ce territoire éloigné de la république.

L’intrigue est classique et l’issue est assez prévisible, on attend, on espère le duel final à “OK Corail”. Mais le roman va montrer sa vraie flamme au sein d’une autre intrigue plus cachée, intime, moins évidente, beaucoup plus étouffante et émouvante qui va rejoindre la principale, l’occulter même pour offrir la vraie lumière du roman.

Wollanup.


LE CHANT DES REVENANTS de Jesmyn Ward / Belfond.

Traduction: Charles Recoursé.

Le Chant des revenants signe la troisième traduction romanesque en français de l’auteur américaine Jesmyn Ward, après Ligne de Fracture et Bois Sauvage. Sélectionné parmi les dix meilleurs romans de l’année 2017 par The New York Times. Le Chant des revenants a permis à la native de l’Etat du Mississippi de devenir pour la deuxième fois lauréate du prestigieux National Book Award.

Le roman est envoûté, hanté, littéralement, par l’histoire douloureuse de l’Amérique noire, confrontée aujourd’hui encore aux préjugés raciaux, aux injustices et à la misère. Dans le Mississippi, ceux-ci lacèrent au travers de générations la famille de Jojo, treize ans, fils de Léonie et Michael, un couple mixte, petit-fils de River et Philomène et frère de la petite Kayla.

Jojo doit tout à son grand-père et sa grand-mère, mourante, qu’ils l’ont plus élevé que sa mère et son père, que Jojo connaît peu. L’autre partie de sa famille n’a jamais accepté que Michael ait eu des enfants avec une Noire. Le quotidien de Jojo est de nourrir les animaux de la ferme, veiller sur sa petite sœur, s’occuper de sa grand-mère, condamnée par la maladie, écouter les histoires, explicites et en même temps mitées par les silences et hésitations de Papy Riv. Léonie l’a eu jeune, elle cherche à être une meilleure mère, mais l’apaisement illusoire de la drogue lui semble plus attirant. Un jour, on apprend la libération de Michael du pénitencier de Parchman où il purgeait sa peine. Léonie embarque ses enfants en voiture en direction du nord de l’Etat pour le chercher et le voyage ouvre la porte aux dangers, aux promesses mais aussi aux fantômes.

Jesmyn Ward réalise une habile composition de voix, celles de Jojo et de Léonie qui résonnent en eux, celle de spectres qui rôdent autour des membres de la famille, comme Richie, jeune garçon noir autrefois emprisonné à Parchman en compagnie de Papy Riv, comme Given, frère aîné de Léonie, abattu par un de mes membres de la famille de Michael. Et le silence ou l’absence du père et du grand-père blancs participent de cet ensemble polyphonique qui raconte la douleur d’une histoire familiale, emblématique à sa façon de celle d’un pays. Il émane une très belle sensibilité de ce texte marqué de poésie et de réalisme magique (dont nous prenons les manifestations aussi comme une respiration bienvenue dans un récit, ramassé sur quelques jours dans la vie de cette famille, qui s’appesantit sur une certaine banalité quotidienne, manger, vomir, boire, dormir…etc). Nul doute que le sujet a inspiré et inspirera encore des voix, uniques, nécessaires, toutefois moins portées sur le lyrisme que Jesmyn Ward.

« Ton papy est nul pour raconter les histoires. Tu le savais ? Il raconte le début mais pas la fin. Ou alors il oublie un détail important au milieu. Ou alors il démarre sans avoir expliqué comment on en est arrivé là. Il a toujours été comme ça. »

J’ai hoché la tête.

« J’ai pris l’habitude d’assembler ce qu’il me dit pour réussir à tout comprendre. D’assembler les paragraphes comme des pièces de puzzle. C’était encore pire quand on a commencé à se fréquenter. Je savais qu’il avait passé plusieurs années à Parchman. Je le savais parce que j’avais écouté aux portes. J’avais seulement cinq ans quand il a été arrêté, mais j’ai entendu parlé de la bagarre au café, et de leur disparition, à lui et à son frère Stag. On ne l’a pas revu avant des années, et quand il est revenu, il s’est installé chez sa mère pour s’occuper d’elle et il a travaillé. Il a encore fallu des années avant qu’il commence à passer chez nous, pour aider mon père et ma mère à bricoler dans la maison. Il a enchaîné un paquet de corvées avant de se présenter à moi. J’avais dix-neuf ans et lui vingt-neuf. Un jour, on était assis tous les deux sous le porche et on a entendu Stag un peu plus loin, sur la route, qui chantait et River a dit, Y a des choses qui nous font avancer. Comme des courants à l’intérieur. Des choses plus fortes que nous. En grandissant, j’ai vu que c’est vrai. Ce qu’il y a à l’intérieur de Stag, c’est une eau tellement noire et profonde qu’on en voit pas le fond. Stag s’était mis à rire. Mais ensuite ton papy a dit, A Parchman, j’ai appris que c’était pareil en moi, Philomène. Quelques jours plus tard, j’ai compris ce qu’il essayait de dire, que devenir adulte, ça signifie apprendre à naviguer dans ce courant : apprendre quand se cramponner, quand jeter l’ancre, quand se laisser porter. Et ça peut être quelque chose d’aussi simple que le sexe, ou d’aussi compliqué que tomber amoureux, et ça peut même être aller en prison avec son frère en croyant qu’on va le protéger. » Le ventilateur ronflait. « Est-ce que tu comprends ce que je te dis, Jojo ?

  • Oui, Mamie », j’ai dit. C’était faux.

Musical, viscéral, peut-être pas aussi magistral.

Paotrsaout

L’ ETOILE DU NORD de D.B. John / EquinoX / Les arènes.

Traduction: Antoine Chainas.

Trois histoires s’entremêlent pour nous offrir ce roman sur la Corée du Nord. Trois histoires, trois destins, qui bien sûr vont se croiser, se recouper.

Nous avons tout d’abord Jenna, jeune femme, afro américaine par son père et Coréenne par sa mère.  Sa sœur jumelle a disparu il y a 10 ans alors qu’elle était étudiante en Corée du Sud. Après quelques  recherches, elle a été déclarée morte noyée.

Mais si, en fait, elle n’était pas morte mais avait été enlevée et retenue en Corée du Nord ? Jenna est devenue professeur spécialisée en géopolitique coréenne. C’est donc tout naturellement qu’elle est approchée par la CIA pour devenir un de leurs agents et ainsi pouvoir enquêter sur la disparition de sa sœur.

Le second personnage est le Colonel Cho, haut cadre de la Corée du nord, qui à ce titre, est une personne importante dans le gouvernement. Il est né en Corée du Nord, il a toujours subi la censure et la doctrine du parti. Cela fait partie de son ADN, qu’il ne remet pas en cause. Jusqu’au jour où, privilège ultime, il lui est demandé de mener la délégation coréenne lors de négociations à New York. Le choc est brutal, le monde occidental n’est pas le monde de dépravés qui lui a toujours été décrit. Et il s’aperçoit qu’il n’est en fait qu’une marionnette au service du gouvernement. Son retour, sa position familiale lui font ouvrir les yeux sur ce pays qu’il a toujours profondément aimé.

Et il y a Madame Moon, vieille paysanne qui vit loin de Pyongyang. Elle trouve en forêt un panier venant de la Chine voisine, contenant quelques biens de contrebande, notamment des gâteaux. Elle décide donc de partir dans la petite ville voisine et de tout vendre au marché. Madame Moon a toujours vécu en Corée, mais sous ses airs de vieille dame gentille et faible, elle a un vrai esprit rebelle. De petites actions en petites actions, elle révolutionne le fonctionnement du marché afin qu’il ne soit plus intégralement sous le joug des policiers. Devant les autorités, elle est comme tout le monde, mais en cachette, elle ne voue aucun culte particulier à leur dirigeant, elle veut améliorer son quotidien et celui de ces congénères par de petites possessions, et de petites actions.

Ces trois destins vont se croiser, se heurter, et nous faire découvrir la Corée du Nord de l’intérieur. Nous assistons au défilé pour le 65ème anniversaire de la fondation du parti des travailleurs, aux négociations fantômes à l’ONU. J’avoue très mal connaître la Corée du Nord. Mis à part qu’il s’agit d’une des plus fortes dictatures de notre époque, où le culte de la personnalité est à son paroxysme, je me suis peu intéressée à ce qui se cache derrière ses frontières.

Et, avec ce livre, ma naïveté m’a rattrapée. DB John, sous couvert d’un roman d’espionnage, nous offre une vision glaçante de ce qui se passe réellement dans ce pays. Les habitants se rangent fidèlement derrière leur gouvernement. Ils vouent un culte véritable et sincère à leur dirigeant mais tout est fait pour : les enfants sont conditionnés dès leur plus jeune âge, ils subissent une propagande quotidienne, une seule radio, une seule chaîne de télévision qui alimente le culte de la personnalité. Tout rebelle, ou considéré comme tel est envoyé dans des camps de la mort au nord du pays. Personne n’en est jamais revenu, mais tout le monde sait qu’ils existent et que les gens qui n’aiment pas leur pays et leur dirigeant comme il se doit y sont envoyés. Mais ce qui se passe dans ces goulags n’est connu de personne, les expérimentations humaines, l’extinction de toute humanité, de toute pensée est véritable.

Ce livre, bien que romancé est tiré de faits réels qui sont expliqués par des notes de l’auteur en fin d’ouvrage. J’ai été glacée par l’histoire mais encore plus en découvrant que les victimes du roman ne sont que le reflet exact de ce qui se passe derrière les frontières coréennes. Le seul bémol que je pourrais avoir concerne le personnage de Jenna qui me semble peu probable, pas assez consistant. Mais c’est elle qui permet de mettre un pied dans le pays et de découvrir le colonel Cho et Madame Moon et c’est au travers de leurs yeux que nous découvrons ce que c’est que de vivre en Corée du Nord.

Quand les fantasmes que l’on peut nourrir sur cette dictature se révèlent bien plus effroyables que tout ce que nous avions pu imaginer. Effroyable et inquiétant.

Marie-Laure.

CHAQUE HOMME, UNE MENACE de Patrick Hoffman / Série Noire/ Gallimard

Traduction: Antoine Chainas (quand même).

“San Francisco. Cinquante tonnes de MDMA sont sur le point d’être réceptionnées. Raymond Gaspar, discret délinquant tout juste sorti de prison, est chargé par son nouveau patron de contrôler l’acheminement de la cargaison. Il doit surveiller le responsable de la distribution, ainsi que l’intermédiaire nécessaire au bon déroulement de l’opération : une femme qui a ses propres projets concernant la drogue.
Miami. Un gérant de discothèque, par ailleurs garant du transport maritime de la marchandise, s’apprête à commettre une grossière erreur pour les beaux yeux d’une femme qu’il vient de rencontrer.
Bangkok. En amont de la chaîne d’approvisionnement, un homme, Moisey Segal, se prépare à passer le coup de fil qui mettra toute la filière en danger.”

Premier roman de Patrick Hoffman, un enquêteur privé basé à Brooklyn. Un nom à retenir.

Voilà comment les choses se mirent en place. Lorsque les Birmans avaient une cargaison, ils envoyaient un mail à Hong, en indiquant sous forme codée le poids et le lieu de livraison. Hong allait trouver Semion dans l’une de ses boîtes de nuit, où le bruit rendait les enregistrements impossibles, et Semion relayait l’information à Orlov. Celui-ci se connectait au wi-fi d’un Starbucks, faisait parvenir un message crypté à Moisey via un intermédiaire en Israël, lui-même posté dans un cybercafé. Semion utilisait la même technique pour correspondre avec Eban sur la côte ouest. Leurs mots planaient dans les airs, de téléphones en satellites. Ils ne signifiaient rien pour personne, à l’exception des intéressés.”

Chaque homme, une menace” raconte l’histoire du transfert de plusieurs tonnes de MDMA par une filière. Du récoltant de la plante dans la forêt birmane, en passant par le Vietnam, le Cambodge, les Philippines, la Thaïlande pour filer vers Israël, se connecter à la Russie pour ensuite aborder Miami avant de rejoindre la côte ouest à San Francisco. C’est l’histoire du roman mais ce trafic est abordé  sous un oeil neuf, particulièrement original puisqu’il se désintéresse en partie des contingences techniques pour se focaliser sur les hommes et femmes qui sont liés dans l’affaire de la source à toutes ses ramifications en aval. Ce roman est intelligent, survolant très partiellement la géopolitique pour se focaliser sur les agissements de toutes ces crapules et salopes avides de sexe et d’argent et que la cupidité rend très friables.

Si l’un d’entre eux merde, c’est la cata pour tous, et on va pas pleurer non plus. Et pourtant, bizarrement, belle réussite de l’auteur, il y a, dès le départ de l’empathie qui se dégage pour ce cher Raymond qui s’embarque dans une affaire bien trop tordue pour lui et qui va très vite le dépasser. Un petit côté Dortmunder le Raymond, quand il sent que ça va trop vite, que ça va déraper. Et puis, alors qu’on est bien ferré par l’intrigue à laquelle on ne comprend pourtant pas grand chose à ce moment-là, Raymond se fait flinguer de manière très prématurée sans savoir ni comprendre vraiment pourquoi ni par qui…

Et le lecteur est dans le même état de surprise, d’hébétement, et s’attaque à la deuxième partie d’un puzzle temporel et spatial de cinq parties où à la remontée du temps se joignent tous les acteurs du trafic avec leurs parcours, leurs vies, leurs volontés, leurs tares, leurs faiblesses… Ainsi, on verra après de nombreux et efficaces passages urgents, l’origine bien naze, fruit de la cupidité, de cet « effet papillon » meurtrier.

Pratiquant avec expertise l’ellipse narrative qui booste l’histoire, Hoffman offre au lecteur une bien belle “Cour des miracles” du XXIème siècle avec son lot de criminels, de barges, de froids hommes d’affaires, de femmes fatales, mais aussi de candides dans un scénario particulièrement bien pensé et exécuté.

Elmore leonard aurait adoré.

Très bon polar, de la très bonne came.

Wollanup.

L’ ARBRE AUX MORTS de Greg Isles / Actes Noirs / Actes Sud

Traduction: Aurélie Tronchet.

“L’arbre aux morts” est la suite directe de “Brasier Noir” sorti l’année dernière et qui fut l’un de mes grands moments de lecture de 2018. C’est à dire qu’il reprend directement au moment où Penn et Caitlin sortent vivants de la maison de Royal après avoir failli griller au lance-flammes. Aussi ceux qui n’ont pas lu le premier roman auront intérêt à dévorer ses 900 pages passionnantes et sûrement, pour l’instant, de loin les meilleures de la série. L’effort louable de l’auteur en début de roman rappelant au lecteur de “Brasier noir” ses personnages, ses multiples péripéties, ses différentes intrigues, ses deux époques, s’avère néanmoins bien insuffisant pour comprendre l’histoire si vous la débutez au deuxième tiers. Bref et vous ne le regretterez pas, lisez “Brasier noir” d’abord.

« L’ancien procureur et maire de Natchez, Penn Cage, et sa fian­cée la journaliste Caitlin Masters, ont failli périr sous la main du riche homme d’affaires Brody Royal et de ses Aigles Bicé­phales, une branche radicale du Ku Klux Klan liée à certains des hommes les plus puissants du Mississippi. Ils ne sont pour­tant pas tirés d’affaire. Brody Royal est mort, mais le couple apprend qu’il n’était pas la véritable tête des Aigles. Celui qui tire les ficelles du groupe terroriste est un homme bien plus redoutable encore : le chef du Bureau des enquêtes criminelles de la police d’État de Louisiane, Forrest Knox.
Pour sauver son père, le Dr Tom Cage – qui fuit une ac­cusation de meurtre et des flics corrompus bien décidés à l’abattre –, Penn n’a que deux solutions : pactiser avec ce diable de Knox ou le détruire. Tandis qu’il poursuit les deux options, sa fiancée continue de lever le voile sur des meurtres non résolus datant de l’époque des droits civiques. Caitlin tient peut être de quoi faire tomber les Aigles Bicéphales : son enquête plonge loin dans le passé, dans les eaux troubles du Mississippi, jusqu’à un endroit secret utilisé par les proprié­taires d’esclaves et le Klan depuis plus de deux siècles, un lieu terrifiant surnommé l’Arbre aux Morts. »

Si vous avez apprécié le premier volet, vous vous êtes sûrement jetés sur celui-ci dès début janvier à sa sortie et ce que je pourrai vous en dire maintenant ne vous touchera pas outre mesure.

Autant j’avais adoré “Brasier noir” autant j’ai été déçu par cette suite. Alors, bien sûr, il ne peut pas y avoir autant de surprises, on avait déjà eu notre content précédemment mais le charme n’a plus vraiment fonctionné. Le rythme déjà, n’est plus le même, le roman met énormément de temps à démarrer (étrange pour une suite), plombé par des dialogues interminables parfois carrément barbants. Ensuite, ralentissant aussi la lecture, viennent se greffer des explications entre les personnages, elles aussi interminables et souvent inutiles puisque le propos d’élucidation pour l’autre, nous, on ne le connaît déjà, en avance souvent sur les différents protagonistes. Ça ronronne.

L’intrigue se complexifie, prend une portée historique et nationale et l’auteur ne nous perd pas pour autant. Les qualités littéraires n’ont pas disparu. Néanmoins toutes ces plus values sur les têtes de la famille Knox amène à se demander si un de leurs ancêtres n’aurait pas une part de responsabilité dans l’histoire du Titanic. Le dernier quart du roman est bien plus vif et vous hameçonnera sûrement encore. On est juste passé, hélas, d’un grand polar à un format plus ordinaire avec des moments réussis mais aussi avec trop de « surhommes » qui usent un peu le crédit. Alors, c’est un peu décevant mais, ferré par « Brasier Noir », j’y replongerai néanmoins la troisième fois. Peut-être que le troisième tome me fera mentir.

En demi-teinte.

Wollanup.

LA CONTRÉE de Ben Metcalf / Post-Editions.

Traduction: Séverine Weiss

Il y a un trace rouge sur le sobre mais beau graphisme continental choisi par les Post-Editions (dont le catalogue comporte majoritairement jusqu’ici des essais) pour la couverture du premier roman de Ben Metcalf. Une trace rouge et un fer rouge. S’il y a bien une chose que Ben Metcalf, enfant, a cruellement ressenti, c’est l’installation de ses parents, à la fin des années 1970, dans le comté rural du Goochland, en Virginie, sur les rives du fleuve James. Mûs par l’idée d’un nécessaire et si américain « retour à la terre »  ou d’une si américaine « harmonieuse entente avec la nature » – dont nombre d’illustres personnages se sont faits à titre divers les chantres (Thomas Jefferson, Daniel Boone, Fenimore Cooper, Jean-Jacques Audubon, Ralph Waldo Emerson, Henry David Thoreau,Walt Whitman, John Muir… comme autant de manipulateurs désignés par l’auteur) les parents du jeune Ben achetèrent une propriété délabrée et s’essayèrent à vivre du produit de leurs récoltes et de leur élevage, payé principalement, selon Metcalf, par la sueur des trois enfants de la famille et les corrections infligées à ceux-ci par un père porté sur le châtiment physique, d’autant plus que sa progéniture ne partageait pas son projet exaltant. C’est au travers du prisme de l’expérience familiale, avec une rage froide et un certain humour que Ben Metcalf s’attaque à un mythe national, à savoir que la terre engendrerait naturellement le Bien et que la ville serait inéluctablement liée au Mal.

Car ne s’impose pas autre chose aux yeux du narrateur que l’inverse : cette terre de Virginie où il va devoir vivre et batailler jusqu’à sa majorité, distille dans tous ses habitants, humains et animaux, un venin, une corruption, une dégénérescence évidente. Les insectes sont voraces et pervers, les animaux de ferme suicidaires ou vicieux et les indigènes, Bon Dieu, sont de la plus triste engeance. Adolescents sadiques, adultes crétins, tous grossiers, déformés par leur religiosité suintante et le sentiment d’une prédestination divine (qui ne maîtrise qu’à peine une lubricité désordonnée), par leur bon sens à relents xénophobes, leur inclination pour la paresse intellectuelle et le mensonge frelaté, peuplent la contrée. On peut croire que cette espèce d’Américains n’est pas propre à l’unique territoire du Goochland mais qu’elle est bien présente dans de nombreux autres endroits du pays et constitue un groupe humain sur laquelle les stratèges électoraux ont su bâtir l’ascension de politiciens à la bêtise flamboyante, Donald Trump en étant le plus emblématique et récent exemple.

C’est aussi avec la figure du père que Ben Metcalf règle ses comptes. Un père pétri de bonnes intentions mais incapable de mener à bien son rêve  et d’assumer ce retour aux origines (il vient d’une famille rurale de l’Illinois), ce qui le plongera dans un désarroi profond. La volonté de faire de Ben, de son frère et de sa sœur, de vrais petits Américains de la campagne se heurta à la résistance passive des enfants, à leur doute fondamental, ce qui exacerbera le penchant du paternel à distribuer les corvées éreintantes et grotesques et les coups d’instruments divers destinés à amollir le cuir et forger le caractère. Adulte, l’auteur garde une dent particulière contre le pater familias.

Cet exercice de métafiction de haute volée enchaîne les courts chapitres dans lequel la prose foisonnante et kilométrique de l’auteur délaisse le déroulé temporel pour tamiser le grain des souvenirs et des réflexions rageuses. Et si les respirations sont bienvenues dans ce réquisitoire dru et drolatique, il est rare ces derniers temps de lire un texte d’une éloquence aussi précise, ciblée et violente.

« … A peine avais-je pris place dans un bus scolaire du Goochland que je fus rossé jusqu’à pleurer et crier de rage par un adolescent qui, avec de grands yeux inquiets, se mit à hurler « C’est fini, le temps de l’esclavage ! C’est fini, le temps de l’esclavage ! », refrain dont je me souviens aussi nettement que de ma confusion quant au sens de ce propos, et au type d’action que j’avais bien pu commettre pour encourager soit cet énoncé, soit cette volée de coups. Des passagers moins violents, de véritables saints à mes yeux, me libérèrent de ces poings, me firent remonter sur le vinyle d’un vert terne sur lequel j’avais inutilement cherché refuge, et me poussèrent vers le fond du véhicule, en direction des visages pareillement amusés d’enfants qui me ressemblaient davantage. (…) Je dénichai une place dans le fond près de mon frère, dont la taille et l’aptitude à la violence auraient pu garantir la protection si le choc qu’avait constitué notre installation à la campagne ne l’avait rendu impassible et généralement mutique jusqu’à la puberté, à cet instant encore aussi étrangère à ses yeux que les sapins de sinistre présage qui défilaient de gauche à droite derrière la vitre crasseuse de ce qu’il avait compris, de manière instinctive, n’être rien d’autre qu’un wagon à  bestiaux. »

De l’art oratoire aussi aiguisé et dangereux qu’un instrument aratoire pour son utilisateur traditionnel : l’Américain moyen de la campagne.

Paotrsaout

MADO de Marc Villemain / Editions Joëlle Losfeld

Ça commence par un jeu d’enfant. Virginie a neuf ans et ne les retrouvera jamais. OK, tout le monde grandit, vieillit, mais pour elle la cassure est nette ce jour où l’innocence implose. La petite fille se fait chaparder ses habits sur une plage, la femme cache son corps toute une nuit dans une cabane de pêcheur. Même Francis Cabrel se la ferme face à des cicatrices qui suppurent encore méchamment six en plus tard. De ce bouleversement brutal naît une attraction démesurée. Un amour pour une autre fille, Mado, une évidence, puisque les garçons sont si cons.

À l’instar du récent et brillant Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard (Editions de Minuit), il n’est nullement question ici d’homosexualité (« Je ne me sentais pas spécialement attirée par les filles, je n’étais juste pas disponible pour aucun autre humain que Mado. »), mais d’un amour absolu, de sentiments qui brûlent tout. Une passion tout feu tout flamme en somme qui, de fait, se termine en cendres grises. Il y a bien des garçons dans le flot des souvenirs évoqués, mais tous cantonnés dans des seconds rôles atones, des rôles accessoires, littéralement, comme pour souligner leur condition d’objets.

Le récit est au passé, bien sûr, puisque seul le passé persiste pour la narratrice devenue adulte et mère d’un enfant à peine filigrané (un autre écho d’ailleurs au précité Ça raconte Sarah). Et si le présent apparaît par petites touches d’italique, son vide sidérant et son déroulement fantomatique le rendent quasiment agressif.

Bien que s’achevant sous la lumière fragile d’une flamme à transmettre, Mado est un texte sombre où, forcément, l’ultime marée emporte les passions et les frustrations concomitantes, où la peur d’assumer finit par tout consumer, où tout s’évapore en une dernière image pour ainsi dire virtuelle puisque rien ne disparaîtra jamais…

Court et attachant, servi par une écriture enluminée mais limpide, le livre oscille entre coups de griffes et havres de quiétude, entre jalousie destructrice et partages initiatiques, entre poésie intimiste et coups de sang éraillés. On pourrait presque le résumer par ces chardons bleus qui le fleurissent comme un refrain, jolies fleurs vivaces et épines blessantes à la fois, fleurs du beau, fleurs de mal.

JLM.

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