« « J’ai une histoire à vous raconter, madame Bontet. Je ne sais pas si c’est un délit, un crime ou rien du tout, mais c’est une histoire qui depuis trente ans me rend folle. Folle de joie et de souffrance. »

Charles Perrière est un grand flic, directeur de l’IGPN, la police de la police. Droit et cartésien, il est porté par des idéaux d’ordre et de justice qu’il investit entièrement dans son travail. Il partage sa vie avec sa femme Aline et ses enfants, formant une famille comme il y en a tant, à l’existence tracée, simple et paisible. Une ombre pèse sur ce tableau : Alexandra, l’aînée, avec qui le dialogue est rompu. Mais quand une femme vient toquer à la porte de Dominique Bontet, juge d’instruction approchant de la retraite, pour discuter et lui raconter la grande histoire de sa vie, l’harmonie familiale de façade finit de se briser. Connaît-on vraiment la personne avec qui l’on partage sa vie, même après autant de décennies passées ensemble ? »

« On ne sait rien de toi », voilà ce que plusieurs de ses intimes, trois femmes, auraient dû ou pu déclarer à Charles mais jamais aucune ne le fera. Ce sera la juge, Dominique Bontet, déjà vue dans le précédent roman de Fabrice Tassel, qui va tirer sur un fil, rembobiner toute l’histoire, trente ans de la vie d’une famille avec ses joies et ses peines mais aussi ses zones d’ombre de la fin du siècle dernier à un peu plus tard qu’aujourd’hui car on y enterre Drucker, Mick Jagger…

On ne sait rien de toi, c’est d’abord l’histoire de l’explosion d’une famille et la disparition pendant 25 ans de l’une des filles. C’est bien sûr aussi la déliquescence d’un couple et toutes ses conséquences éprouvantes: trahisons, mensonges et ses non-dits. C’est enfin le déclin d’un homme finalement mis à nu, souffrant d’un cancer et montrant tous les signes du déclin. Alors, bien sûr tout cela ne baigne pas dans le bonheur, la légèreté ou la tendresse et vous n’allez pas mourir de rire ici.

Mais, surtout, On ne sait rien de toi est un roman très noir, au suspense psychologique joliment distillé. Ecrit avec beaucoup de finesse, de pudeur et d’intelligence, le roman utilise de multiples temporalités, nous promenant beaucoup mais toujours brillamment. Les repères temporels sont brillamment posés et jamais la lecture n’est ralentie, signe d’une maîtrise narrative de belle qualité.

Sombre, plombant mais passionnant.

Clete.