The Cut Thoat Trial
Traduction: Julie Sibony.

“À Ableford, petite ville imaginaire d’Angleterre, trois adolescents vont être jugés pour le meurtre, la nuit de la Saint-Sylvestre, d’un prof septuagénaire. Plus de soixante coups de couteau et d’innombrables coups de pied, les trois garçons couverts de sang pris quasiment sur le fait : aucun doute, ils sont tous coupables !”
Les caméras de surveillance ont enregistré comment les trois ados ont entraîné le vieil homme dans une impasse où ils l’ont poignardé, c’est certain mais, mais, la caméra ne pouvait filmer ce qui s’est réellement passé dans l’impasse. Les légistes ont conclu que la victime avait subi des coups de couteau portés par plusieurs agresseurs, c’est certain aussi mais deux ou trois porteurs de coups? Impossible de le savoir, impossible de le déterminer. Et, tels les rats quittant les premiers le navire, chacun des trois prévenus va tenter de s’innocenter en poignardant ses potes… une habitude acquise rapidement en fait.
S.J. Fleet est le pseudonyme d’un avocat anglais qui a déjà écrit des ouvrages à succès dénonçant les carences d’un système judiciaire britannique qu’il vit au quotidien. Il fait aujourd’hui ses débuts dans la fiction avec “En votre âme et conscience”. La tragédie de l’affaire Lyhanna en juin a outré la France mettant en évidence le manque de moyens, l’incompétence, les fautes commises dans l’instruction… Ce roman propose de montrer le modèle anglais et de dévoiler les dessous pas très affriolants non plus de la justice anglaise.
Chef d’orchestre d’un roman parfaitement orchestré S.J. Fleet raconte le procès en se plongeant dans la personnalité des acteurs importants. Il nous montre l’envers du décor, s’infiltrant dans les pensées les plus secrètes, les plus folles, les plus dérangeantes des différents acteurs de la tragédie en robes soyeuses et perruques poudrées. Interviennent tout au long de l’histoire le vieux juge, la procureuse, une avocate de la défense et deux des prévenus. Variant les angles de vision tout en restant à l’écart, sans affect tel un habitué de cette comédie de justice, S.J. Fleet rend son propos prenant dès le départ. Par sa distanciation, sa volonté de ne rien omettre mais aussi de ne pas perdre son lecteur dont il fait un juré parfaitement informé, S.J. Fleet ne cache rien de la sale réalité. Il sonde avec talent les personnalités, relance constamment son récit avec des coups de théâtre particulièrement percutants voire plombants. On est très loin des procès hollywoodiens, plus proche du caniveau anglais que du soleil californien. C’est sale !
“Froids et morts à l’intérieur, tous autant qu’ils sont. Débris d’une société qui a cessé depuis longtemps du sort des défavorisés, se contentant de les laisser se débrouiller tout seuls, à moins que leur comportement ne devienne impossible à ignorer. J’ai lu les conclusions et les requêtes de la défense dans cette affaire, et les trajectoires personnelles qu’elles révèlent ne sont hélas que trop prévisibles. La véritable tragédie est que ceux qui ont engendré ces créatures ne soient pas dans le box avec elles. Ils restent libres de continuer à peupler les cités de semblables progénitures meurtrières.” Ce n’est qu’au bout d’une éprouvante guerre des prétoires (“ le moindre doute doit bénéficier à l’accusé.”) qu’arrivera un verdict apte à enflammer tous les débats.
Méchamment puissant, empruntant une vision globale mais intelligemment distanciée sur un procès multicéphale hors norme, En votre âme et conscience, superbe document à ranger à côté de la série anglaise Adolescence, montre l’administration de la justice des hommes en Albion, interroge, surprend, inquiète, file parfois un vilain blues et, surtout, se dévore comme un grand page-turner.
Clete.
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