Chroniques noires et partisanes

Auteur/autrice : raccoon (Page 8 of 13)

ANNA de Niccolo Ammaniti chez Grasset

Traduction : Myriem Bouzaher.

Niccolo Ammaniti est un écrivain italien reconnu, avec des livres traduits dans une quarantaine de langues, des adaptations cinématographiques pour plusieurs de ses romans et des prix pour « je n’ai pas peur » et « comme Dieu le veut ». Il livre ici un roman post-apocalyptique étonnant où seuls des enfants ont survécu, dont il a eu l’idée selon sa traductrice en regardant des enfants jouer, livrés à eux-mêmes sur une plage.

« Sicile, 2020. Un virus mortel, « la Rouge », a déferlé sur l’Europe quatre ans auparavant et décimé la population adulte ; les jeunes, eux, sont protégés jusqu’à l’âge de la puberté. Anna se retrouve seule avec Astor, son petit frère de quatre ans.

Elle doit affronter le monde extérieur avec ses cadavres, ses charognards, ses chiens errants et affamés, l’odeur pestilentielle, pour trouver, quand il en reste, des médicaments, des bougies, des piles, des boîtes de conserve, avec comme unique guide dans cette lutte pour la survie, le cahier d’instructions que lui a légué leur mère avant d’être emportée par la maladie.

Lorsqu’Astor disparaît, Anna part à sa recherche, prête à défier les bandes d’enfants sauvages qui errent à travers les rues désertes, les centres commerciaux et les bois. Mais l’ordre appartient au passé et les règles d’autrefois ont été oubliées. Pour réussir à sauver Astor, Anna va devoir en inventer de nouvelles, parcourant ce monde à l’abandon où la nature a repris ses droits, ne laissant que les vestiges d’une civilisation qui a couru à sa propre perte. »

Les adultes ont disparu et les enfants qui ont survécu sont contaminés à la puberté… Niccolo Ammaniti nous donne à voir un monde effrayant, angoissant, un monde d’enfants perdus qui doivent grandir sans repères, sans morale, sans éducation…Ils grandissent en sauvages, se racontent des histoires, s’inventent des mythes incongrus.

C’est un monde violent où chacun lutte pour survivre, un monde d’enfants tout de même où la denrée la plus rare est le pot de nutella, où les trocs se font sur des valeurs étonnantes. Même cruels, même violents, ils restent des enfants ignorants qui prennent des médicaments s’ils en trouvent quand ils sont malades mais n’importe quoi et n’importe comment ! Les personnages sont crédibles : les meneurs, la violence, la versatilité…

Anna approche de l’adolescence, elle était assez âgée au moment de l’épidémie pour savoir lire et se réfère comme à une bible aux instructions de sa mère pour survivre, un soutien que beaucoup d’autres n’ont pas. Par loyauté envers sa mère, elle veille sur son petit frère, elle lui raconte des horreurs magiques pour l’empêcher de voir les vraies, le protège du chaos extérieur…  Anna est un personnage magnifique, d’une grande force. Son envie de vivre et de sauver son frère lui donne le courage d’affronter ses peurs et les dangers. Son seul espoir est des trouver des Grands qui auraient survécu, trouvé un vaccin, car elle grandit.

Niccolo Ammaniti nous entraîne dans un véritable cauchemar, on suit ces enfants perdus avec angoisse, en tant qu’adulte, on ne peut que voir que l’humanité est en train de s’éteindre par la disparition progressive de ses représentants les plus dépendants, innocents abandonnés. C’est stressant et on se prend à espérer avec Anna qu’il reste un Grand de l’autre côté de la mer…

Angoissant, implacable, un livre terrible qu’on dévore malgré tout.

Raccoon

LES MUSELÉS de Aro Sainz De La Maza chez Actes Sud

Traduction : Serge Mestre.

Aro Sainz De La Maza est éditeur, traducteur, il a écrit des essais, des livres pour enfants et des recueils de contes. « Les muselés » est son deuxième roman noir, après « le bourreau de Gaudi ». On y retrouve l’inspecteur Milo Malart. Ce livre ne m’a pas posé de problème de compréhension alors que je n’avais pas lu le premier : je suis vite entrée dans l’univers de Milo, avec sa psychologie torturée et les rapports spéciaux qu’il entretient avec les autres. L’ambiance du roman et l’univers bien particulier de Milo Malart m’ont accrochée et j’ai désormais très envie de lire le premier opus de ses aventures. Si on peut lire les deux tomes dans l’ordre, c’est sans doute encore mieux !

« Dans un sous-bois à la lisière de Barcelone, caché sous des feuilles mortes, gît le corps d’une jeune femme à l’aspect en tout point ordinaire, si ce n’est ses ongles, impeccablement manucurés : une étudiante de famille modeste qui finance ses études au service de recouvrement de créances dans un cabinet d’avocats, et arrondit ses fins de mois en faisant l’escort-girl.

Quelques jours plus tard, un des associés du cabinet qui l’employait est retrouvé mort dans son appartement cossu du centre-ville. De la chaîne hifi high-tech s’échappent encore des accords de blues, tandis que le champagne s’évente sur le comptoir de marbre noir.

L’enquête s’annonçait déjà ardue quand un sadique entreprend d’exposer dans les squares, à la vue des enfants, des chiens empalés. Les plaintes fusent et la pression est à son comble pour l’inspecteur Milo, chaque jour un peu plus gagné par la schizophrénie qui a déjà emporté son père et ronge désormais son frère Hugo. Mais ces troubles psychotiques qu’il essaie d’endiguer sont aussi sa plus grande force : une capacité hors pair à se mettre dans la peau des meurtriers.

Le pouvoir politique veut des arrestations pour ramener l’ordre dans la ville et refuse d’entendre les clameurs d’une cohorte d’Indignés pris au collet par le chômage, la corruption et la misère, prêts à tout pour simplement survivre. Mais qui sont les coupables ? Ces victimes ? »

On est à Barcelone donc, mais loin, bien loin de l’image de carte postale qu’on peut en avoir en tant que touristes. La crise est là, violente, et la misère s’étend sur bien des quartiers. C’est l’hiver en Catalogne mais tous les appartements ne sont pas chauffés, loin de là !

L’inspecteur Malart en est douloureusement et rageusement conscient. Son travail l’amène souvent dans les quartiers populaires où il peut voir de près ce que la pauvreté contraint les gens à faire. La crise touche aussi la police où les coupes budgétaires atteignent des sommets sauf pour les brigades anti-émeutes qui, elles, ont des véhicules et du matériel flambant neuf qu’elles exhibent à la moindre manifestation, même pacifique. Et des manifs, il y en a, la colère gronde chez les pauvres !

Aro Sainz De La Maza nous dévoile une Barcelone pas vraiment glamour : le chômage de masse y est couplé avec le cynisme des élites, de plus en plus riches et des politiciens corrompus. Il réussit parfaitement à faire ressentir cette ambiance tendue où règnent le désespoir et l’angoisse avec la folie en embuscade car l’esprit humain bascule facilement quand les conditions de vie sont si difficiles.

Milo Malart est un écorché vif cerné par la folie : son père et son frère sont schizophrènes, son neveu s’est suicidé et l’angoisse d’être atteint à son tour le ronge et lui fait couper court à toute relation. Seul, révolté et désespéré : des ingrédients pour qu’il se lance dans l’enquête sans tenir compte ni du danger ni des pressions. Il est à l’unisson des malheureux de cette Barcelone glauque, les comprend et réussit à se « connecter » même aux assassins. C’est un beau personnage et il y en a d’autres dans ce bouquin : Rebecca sa coéquipière, moins torturée et beaucoup plus rationnelle, une juge toujours ébranlée par la précédente enquête, des êtres aux vies fracassées. Des personnages terriblement humains, imparfaits mais touchants si près du gouffre.

Une enquête sous tension, sous surveillance aussi car les élites intouchables ont le bras super long, et très bien ficelée, sur fond de régression sociale, un style tendu mais non dénué d’humour, noir bien sûr !  Aro Sainz De La Maza écrit un portrait de cette ville effrayant mais tellement juste qu’on est saisi, bouleversé même après avoir refermé le livre.

Un excellent polar très noir.

Raccoon

SUR LES HAUTEURS DU MONT CRÈVE-CŒUR de Thomas H. Cook au Seuil

Traduction : Philippe Loubat-Delranc

Thomas H. Cook est un grand du roman noir américain. Né dans l’Alabama en 1947. Il a enseigné l’histoire, été secrétaire de rédaction dans un magazine avant de se mettre à écrire. Il a écrit plus de vingt romans, à l’atmosphère sombre où se mêlent souvent des éléments d’histoire et toujours une psychologie très fine des personnages et un style magnifique. C’est le maître des lourds secrets qui, révélés, nous touchent énormément car ils viennent toujours des profondeurs de l’esprit humain les plus noires. « Sur les hauteurs du Mont Crève-Cœur » est un roman de 1995, inédit jusqu’alors en France et c’est un immense bonheur de retrouver cet auteur !

« « Qu’allait faire Kelli sur le mont Crève-Cœur ce jour-là ? Qu’allait-elle chercher, seule dans la profondeur de ces bois ? »

Trente ans après le drame, Ben demeure obsédé par l’image du corps de Kelli tel qu’il a été découvert sur la hauteur de ce mont où, jadis, l’on organisait une course de Noirs avant les enchères du marché aux esclaves.

Dans un de ces flash-back troublants que Thomas H. Cook maîtrise à merveille, le lecteur revisite avec Ben, ancien condisciple de la victime devenu médecin de campagne, les événements qui ont bouleversé la petite communauté blanche et conservatrice de Choctaw, Alabama, au mois de mai 1962.

Le meilleur ami de Ben le soupçonne toujours d’en savoir plus qu’il ne l’admet sur l’agression de la jeune beauté venue de Baltimore : Kelli a-t-elle été tuée parce que Todd, le bourreau des cœurs local, avait plaqué sa petite amie pour elle ou parce qu’elle soutenait la cause des Noirs dans le journal du lycée ? »

Le théâtre de ce roman est une petite ville d’Alabama, Choctaw, où tout le monde se connaît et d’où peu s’échappent. C’est pourtant ce que Ben, lycéen en 1962, rêve de faire. Thomas H. Cook décrit l’atmosphère étouffante de cette petite ville du Sud, calme mais où tout semble en suspens en cette période de lutte pour les droits civiques. La ville a d’ailleurs un passé très violent comme Ben le découvre grâce à Kelli qui arrive du Nord, se passionne pour l’histoire locale et n’a pas les tabous du Sud ancrés dans la tête.

C’est Ben le narrateur. Il est hanté par la mort de Kelli, il nous livre ses souvenirs, ses pensées, ses rêves même, sans repère chronologique. Tout à son obsession, son esprit tourbillonne. Il s’interroge sans cesse sur les origines du mal, il sait que celui-cil ne s’arrête jamais et il n’en finit pas de revivre le passé. On comprend vite qu’il a un secret inavouable, mais Thomas H. Cook construit son histoire avec une habileté époustouflante, non seulement il ne nous perd pas en route mais il ne dévoile rien avant la toute fin.

De surcroît il réussit à mêler à l’histoire de Kelli celle de la ville et d’autres destins individuels, tous poignants. Car il n’y a pas que Ben et Kelli dans cette histoire mais toute une série de personnages, habitants de cette petite ville  dont les vies sont mêlées au drame. Tous sont bien campés, terriblement humains. C’est ce qui rend le bouquin si puissant ; ce qui leur arrive nous atteint, nous bouleverse, on le comprend si bien ! « Chaque lieu renferme le monde entier… », dans ce petit coin d’Alabama se déroule la tragédie universelle des humains, impuissants face à la passion et au Mal…

 « Au-dessus de nos têtes, le ciel demeure inchangé, les étoiles comme autant de pinces à linge argentées fixées dans les ténèbres, les planètes tournant sur elles-mêmes dans les fers de leurs anneaux, pour elles le don de la fixité, pour nous celui du mouvement, elles sans volonté, nous sans direction. »

Et en plus le style est sublime !

Une belle histoire, sombre mais si humaine ! Magnifique !

Raccoon

En lien la chronique de Claude d’action suspense :

http://www.action-suspense.com/2016/08/thomas-h-cook-sur-les-hauteurs-du-mont-creve-coeur-ed-seuil-2016.html

 

DE BEAUX JOURS À VENIR de Megan Kruse chez Denoël

Traduction : Héloïse Esquié.

 

«De beaux jours à venir » est le premier roman de Megan Kruse, jeune auteure américaine qui vit à Seattle, et c’est une réussite !

« Depuis des années, Amy subit la violence de Gary. Jusqu’au jour où elle reçoit le coup de trop et décide de s’enfuir avec ses deux enfants, Jackson, dix-huit ans, et Lydia, treize ans. Premier arrêt au Starlight, motel crasseux qui va leur servir de refuge. Tous les trois s’endorment sereins et soulagés, mais au petit matin Jackson a disparu. Croyant gagner l’amour d’un père qui le rejette, il est retourné chez eux et a trahi sa mère et sa sœur en révélant à Gary l’adresse du motel. Amy se rend alors à l’évidence : si elle veut assurer sa sécurité et celle de Lydia, elle va devoir abandonner son fils. Cette séparation brise le cœur de la petite fille, très attachée à ce frère doux et différent. Jackson, de son côté, doit désormais se débrouiller seul, tiraillé entre la recherche désespérée de l’amour paternel, sa culpabilité et sa difficulté à gérer son homosexualité naissante. »

Le roman commence dans l’état de Washington, nord-ouest des  Etats-Unis, à Tulalip, petite ville pauvre de cette région rurale, froide et humide. C’est là que vit la famille Holland, dans un mobil-home isolé au fond des bois, une situation recherchée par le père qui lui permet d’infliger sa violence à sa femme en toute impunité.

Megan Kruse construit brillamment son roman. Elle tisse son récit à trois voix : celle d’Amy, la mère et celle de Jackson et Lydia, les deux enfants, joue avec la chronologie et l’histoire se met en place en douceur, naturellement, sans jamais perdre le lecteur. Elle dévoile l’histoire de chacun de ses personnages, abîmés, marqués à jamais par la violence, la peur constante et bien sûr la culpabilité. Dans ces trois voix, elle mêle les faits, les sentiments, les émotions et réussit à dresser le portrait de chacun mais aussi des liens qui les unissent, se resserrent, se délitent et des causes, des conséquences… de la famille en somme, avec sobriété et justesse.

On voit le piège se refermer sur Amy, la mère, comment elle perd pied de manière insidieuse en acceptant de croire aux promesses, de s’excuser, de pardonner. Elle se retrouve terrifiée, isolée et renonce à sa vie sans réagir jusqu’à ce qu’elle sente le danger se rapprocher de sa fille. Lydia, elle, est prête à sombrer dans la violence à son tour et panique de pouvoir ressembler à son père. Jackson, le fils méprisé par son père pour son homosexualité, encore très mal acceptée dans cette Amérique rurale, va pourtant trahir sa mère et se retrouver seul sur les routes…

Megan Kruse raconte avec un style à la fois puissant et fluide, sans misérabilisme, avec une grande tendresse pour ses personnages et une vérité qui n’estompe pas les ambivalences. Elle ne juge pas et nous touche par l’authenticité de ses personnages, la force des liens entre eux. On la suit, bouleversé, dans cette histoire sombre mais pas sans espoir.

Un roman sombre, juste et émouvant.

Raccoon

STATION ELEVEN d’Emily St John Mandel chez Rivages

Traduction : Gérard de Chergé.

Emily St John Mandel, jeune auteure canadienne qui vit actuellement à New York, est déjà connue en France pour ses trois premiers romans, mais c’est ce quatrième, paru en 2014 aux Etats-Unis, finaliste du National Book Award qui lui a apporté un immense succès en Amérique du Nord. Comme pour tous les succès outre-Atlantique, le cinéma s’est emparé de l’histoire et il devrait y être adapté.

« Un soir d’hiver à l’Elgin Theatre de Toronto, le célèbre acteur Arthur Leander s’écroule sur scène, en pleine représentation du Roi Lear. Plus rien ne sera jamais comme avant.

Dans un monde où la civilisation s’est effondrée, une troupe itinérante d’acteurs et de musiciens parcourt la région du lac Michigan et tente de préserver l’espoir en jouant du Shakespeare et du Beethoven. Ceux qui ont connu l’ancien monde l’évoque avec nostalgie, alors que la nouvelle génération peine à se le représenter. De l’humanité ne subsistent plus que l’art et le souvenir. Peut-être l’essentiel. »

Une grippe super virulente a effacé 99% de la population de la planète en quelques jours, les rescapés de cette catastrophe survivent dans les décombres de l’ancien monde, chasseurs-cueilleurs ayant connu internet pour les plus anciens. Le monde post-apocalyptique qu’Emily St John Mandel décrit est plausible, un monde rétréci, que l’on arpente à pied ou à cheval, un monde sans communications, où chaque survivant s’est fait piéger à l’endroit où il se trouvait le jour de la catastrophe, séparé à jamais des siens, un monde moyenâgeux où les routes ne sont pas sûres avec des pans entiers de terra incognita.

Logiquement, les hommes retrouvent les réflexes ancestraux et s’organisent en petites communautés, tribus vivant en autarcie, indépendantes les unes des autres et où l’ambiance doit beaucoup à la personnalité des leaders. Dans le désespoir le plus total, parfois des prophètes apparaissent et avec eux, comme toujours, le malheur…

C’est un monde violent, certes, mais on est loin des outrances d’un « Mad Max », on assiste juste à la résistance de la vie dans ce monde en ruine sans angélisme, sans héroïsme, sans illusion sur la nature humaine. Dans ce roman, Emily St John Mandel nous emporte avec une écriture belle et forte dans une ambiance sombre et nostalgique où tous les sentiments humains coexistent, de la violence à la tendresse, du désespoir à l’espérance, comme dans la vraie vie. L’empathie avec les personnages fonctionne car ils sonnent vraiment juste : des problèmes terre à terre, des aspirations humaines, des détails qui résonnent dans les mémoires et ravivent des souvenirs comme on le vit tous…

Vingt ans après la catastrophe, dans un monde plus ou moins apaisé, organisé, on suit une troupe de baladins : la Symphonie itinérante, acteurs et musiciens qui jouent surtout Shakespeare et Beethoven parce que « survivre ne suffit pas », slogan de la compagnie, une citation issue de  « Star Trek », tout ce qui vient du monde d’avant les fascine, pas de snobisme dans les vestiges de la mémoire.

Avant la catastrophe, on suit Arthur Leander, célèbre acteur d’Hollywood dont la vie se termine sur scène à la veille du cataclysme, dans cet ancien monde frivole et connecté où la vie était si facile. Par une construction brillante, avec des allers-retours continuels dans la chronologie, sans jamais perdre le lecteur, Emily St John Mandel tisse une grande toile où tous les personnages sont reliés par des fils parfois ténus, une BD, un simple objet, un souvenir et toujours par l’art auquel la plupart d’entre eux consacre leur vie et qui permet de ne pas sombrer dans la sauvagerie. L’art et la mémoire comme remparts à la barbarie…

Un roman passionnant dans un monde sombre et noir mais d’où le tendre n’est pas absent.

Magnifique !

Raccoon

LÀ OÙ LES LUMIÈRES SE PERDENT de David Joy chez Sonatine

Traduction : Fabrice Pointeau.

« Là où les lumières se perdent » est le premier roman de David Joy, jeune auteur américain qui est né et vit en Caroline du Nord où se déroule ce roman et c’est un grand premier roman !

« Caroline du Nord. Dans cette région perdue des Appalaches, McNeely est un nom qui ne laisse pas indifférent, un nom qui fait peur, un nom qui fait baisser les yeux. Plus qu’un nom, c’est presque une malédiction pour Jacob, dix-huit ans, fils de Charly McNeely, baron de la drogue local, narcissique, violent et impitoyable. Amoureux de son amie d’enfance, Maggie Jenkins, Jacob n’a guère l’occasion de se montrer romantique. Il est le dauphin, il doit se faire craindre et respecter, régler les affaires de son père de la façon la plus expéditive qui soit. Après un passage à tabac qui tourne mal, Jacob se trouve confronté à un dilemme : doit-il prendre ses responsabilités et payer pour ses actes afin d’aller vers la lumière, ou bien s’enfoncer encore dans les ténèbres en suivant la voie paternelle ? Alors que le filet judiciaire se resserre autour de lui, Jacob a encore l’espoir de sauver son âme pour mener une vie normale avec Maggie. Mais cela ne pourra se faire sans qu’il affronte son père, bien décidé à le retenir près de lui. »

David Joy connaît bien les Appalaches et les décrit de belle manière avec ses zones sinistrées où les trafics vont bon train. L’alcool et les cachets sont la norme pour les gamins de cette petite ville, tellement petite qu’il n’y a qu’une seule école, de la maternelle à la terminale, et puis il y la meth… Il y a aussi des touristes et de riches bobos en quête d’authenticité qui se font construire des maisons luxueuses au bord de lacs magnifiques, mais ces deux mondes s’ignorent.

L’histoire de David Joy se situe dans le monde de la meth qui délimite la vie de Jacob McNeely : son père est le trafiquant local et sa mère une junkie complètement détruite par la dope. Son avenir est tout tracé et il n’a jusqu’à présent pas eu le cran de refuser ce destin, il a quitté l’école dès ses seize ans et seconde son père dans ses activités : manque de courage mais surtout fatalisme et sentiment de ne pas mériter mieux. Il n’a pas froid aux yeux mais il n’a aucun espoir, aucune illusion, il s’enfile cachets et pétards pour supporter cette vie et guette les rares moments de lucidité de sa mère. On pense à Ree d’ « un hiver de glace » de Woodrell.

C’est Jacob le narrateur, terriblement mûri par tout ce qu’il a vu, il porte sur ce monde sombre et glauque un regard acéré, sans illusion et ironique, même si c’est douloureux. Et puis il y a Maggie, avec qui il a partagé une enfance à l’abandon dans les montagnes des Appalaches et qui peut aller à l’université et peut-être partir de là. Seule chaleur dans sa vie, elle ranime en lui une petite étincelle terriblement dangereuse : l’espoir, un espoir de rédemption, d’une vie meilleure qui le pousse à choisir son destin et à affronter son père. David Joy fait vivre cette tension dans son écriture, les contradictions entre l’envie de l’espoir et la certitude de l’échec, on est happé, fasciné par Jacob et on le suit avec frayeur.

On est dans un milieu dur et  violent, le père, chef de bande cruel, sans scrupule, sans pitié règne par la terreur sur son domaine et son fils en fait partie. Dans ce petit coin des Appalaches, la seule loi qui vaille est celle du plus fort, la police, la justice s’achètent. La velléité de Jacob de partir va avoir des conséquences qu’il ne mesure pas et on sait dès le début qu’il n’en sortira pas indemne.

La fatalité, la tyrannie, la révolte, la trahison, l’affrontement père/fils… des ingrédients de tragédie classique qui rendent ce bouquin si fort et le hissent vers l’universel. Une tragédie chez les rednecks !

Un livre noir, puissant, magnifique.

Raccoon

La chanson attachée au personnage pour David Joy :

SOLOMON GURSKY de Mordecai Richler aux éditions du sous-sol

Traduction : Lori Saint-Martin et Paul Gagné.

Mordecai Richler, écrivain canadien anglophone né à Montréal en 1931 et mort en 2001 a été un auteur prolifique. Son goût de la satire et de la provocation a parfois fait scandale au Québec.  Les éditions du Boréal au Québec se sont attelées  à la retraduction de ses romans car apparemment celles qui existaient ne leur rendaient pas hommage. C’est cette nouvelle traduction, primée au Québec, que nous proposent les éditions du sous-sol et cela permet de découvrir cet auteur hors norme.

« Moses Berger est encore enfant quand il entend pour la première fois le nom de Solomon Gursky. Ce personnage énigmatique deviendra bientôt pour lui une obsession qui l’incitera à mener une vaste enquête aux quatre coins du monde. Toute sa vie sera consacrée à démêler le vrai du faux dans l’histoire d’une famille aux origines drapées de mystère.

Nous entraînant dans les bas-fonds londoniens du XIXe siècle, en Arctique avec l’expédition de Franklin en 1845, jusqu’en Amérique pendant la prohibition, des paysages vallonnés des Cantons-de-L’Est d’hier et d’aujourd’hui aux hauteurs de Westmount et ruelles du Mile End, Solomon Gursky est un roman puissant qui captive et terrasse par sa verve et son humour mordant.

Dans cette traversée épique et hilarante, il est autant question d’Inuits convertis au judaïsme, de la Longue Marche de Mao, d’âmes échouées au passage du Nord-Ouest, des bars jazz de Montréal, que d’un corbeau maléfique tournoyant au-dessus de six générations de Gursky. »

Dans ce roman, Mordecai Richler nous offre la gigantesque histoire, sur plus d’un siècle, d’une famille d’immigrés juifs, les Gursky. Il mêle cette saga familiale à l’histoire du Canada, brodant la fiction sur la réalité à la manière des mythes et obtient une épopée surprenante et drôle.

Il construit son récit sans suivre la chronologie et il y a énormément de personnages, forcément ! Au départ, on est un peu perdu dans ce foisonnement mais l’auteur est brillant, on a des repères  au fur et à mesure que l’histoire se met en place et on le lit finalement facilement. C’est une histoire mouvementée, racontée avec une verve truculente et des personnages hauts en couleur : Moses, le journaliste fasciné par cette famille dont l’enquête va servir de lien entre les différents éléments, est un alcoolique patenté ; les Gursky ont tous un grain, chacun dans un style différent  et les personnages secondaires ne sont pas en reste !

Chez les Gursky, deux personnages sont devenus légendaires, Ephraïm et Solomon. Ephraïm l’aïeul par qui la conquête du Canada a commencé, seul survivant de l’expédition Franklin partie à la recherche du passage du Nord- Ouest en 1845 grâce à son régime casher…

Un des vaisseaux de l’expédition Franklin pris dans les glaces.

Solomon le petit-fils qui, avec des trafics en tout genre, va faire décoller la fortune familiale pendant la prohibition… Ces deux personnages sont animés d’une énergie extraordinaire, rabelaisienne. Après des débuts misérables, ils ont une grande soif de vivre et ne sont ni étouffés par les scrupules, ni impressionnés par le moindre dogme. Rien ne leur fait peur : ils transgressent les lois, utilisent à leur profit la religion et les superstitions, escroquent sans vergogne les crédules. Des escrocs flamboyants ! Ils se créent dans le même temps une fortune et une légende.

Cette légende sera bien sûr revue et corrigée, la vérité parfois bien verrouillée par des descendants désireux de s’intégrer dans la bonne société et d’oublier leurs débuts peu glorieux…  Mordecai Richler s’attaque ainsi à bien des hypocrisies, des intolérances qui existent ou ont existé dans la société canadienne. Il a un grand talent pour mettre en scène et révéler les travers des grands bourgeois, des nouveaux riches, des immigrés juifs, des prêtres, pasteurs ou rabbins, des intellectuels… nul n’échappe à son humour ravageur, et s’il y a quelques longueurs dans ce roman très dense, certains passages sont vraiment drôles.

Un roman picaresque à découvrir.

Raccoon

LE RESEAU FANTOME d’Oliver Harris, le Seuil policiers

Traduit par Jean Esch.

« Le réseau fantôme » est le deuxième roman de l’écrivain anglais Oliver Harris. On y retrouve son enquêteur, Nick Belsey, tête brûlée qui apparemment a l’art de s’attirer des ennuis.

« Fantasque et indiscipliné, le constable Nick Belsey est astreint à des tâches limitées au sein de la brigade criminelle de Hampstead. Mais comment résister à l’attrait de l’aventure, quand la poursuite d’un chauffard en BMW vous mène dans un abri souterrain datant de la Seconde Guerre mondiale rempli d’ossements de rongeurs, de caisses de champagne millésimé et de stocks de psychotropes hors commerce ? Un décor pittoresque pour séduire sa nouvelle conquête. Mais une fois en bas, la jeune fille disparaît soudain, comme volatilisée dans l’obscurité, et l’exploration des entrailles de la ville qu’entreprend Belsey se solde par un échec. Ayant reçu du ravisseur des messages narquois et menaçants, Belsey persiste dans ses recherches, au cours desquelles il apparaît bientôt que ses véritables adversaires sont d’éminents serviteurs du Royaume, et que l’enjeu de cette affaire dépasse de loin la survie d’une innocente. »

Oliver Harris signe ici un thriller mâtiné d’espionnage qui nous entraîne dans les sous-sols de Londres sur un rythme trépidant. Pas de temps mort dans cette enquête pour Nick Belsey, véritable course contre la montre pour retrouver sa dulcinée. Course dans laquelle il fonce, tête baissée, coupable d’avoir entraîné Jemma dans ces souterrains, obligé de mentir à ses collègues sur son rôle dans cette histoire, de trouver des soutiens auprès de personnages plutôt louches… Il tient le coup grâce aux divers produits qu’il ingurgite et mène, halluciné, une enquête hallucinante.

Et cela fonctionne : Oliver Harris maîtrise et le suspense est là jusqu’au bout. Même quand on a du mal à apprécier ce genre d’univers, on veut savoir la fin et comment ce diable de Nick, personnage attachant, va pouvoir s’en sortir. On retrouve l’ambiance de la guerre froide, la peur de la menace nucléaire qui a apparemment été bien plus forte au Royaume-Uni qu’ici, les efforts déployés par les services secrets pour étouffer leurs manigances, les taupes… Pour les amateurs du genre, c’est parfait.

Les descriptions du Londres souterrain sont documentées : Oliver Harris est membre de l’association « Subterranea Britannica », consacrée à la recherche des structures souterraines à l’abandon. Londres évidemment a connu les bombardements pendant la deuxième guerre mondiale et contient bon nombre d’abris souterrains, reliés au réseau du métro, aménagés parfois en abris anti-nucléaires, tout un monde étrange…

La plateforme 4 abandonnée de Wood Lane.

Un thriller efficace dans un univers étonnant.

Raccoon

 

 

TRAME DE SANG de William Bayer chez Rivages / thriller

Traduction : Pierre Bondil

William Bayer est un grand auteur de polars et de thrillers, il a d’ailleurs obtenu plusieurs prix dont le prix Edgar Allan Poe pour Pèlerin en 1982 et le prix Mystère de la critique en 1986 et en 2005 pour Le rêve des chevaux brisés. Il arrive toujours à nous tenir en haleine tout en mêlant à une enquête passionnante où il décortique la psychologie de ses personnages, des éléments d’érudition sur des sujets variés parfois originaux : le tango (La ville des couteaux), les tarots (Tarot), la fauconnerie (Pèlerin)…

Il va mettre ici tout son talent au service d’un genre littéraire très anglo-saxon : la prep school story, roman initiatique se déroulant dans un de ces lycées/internats privés tellement importants dans ces pays. Ces écoles exercent une fascination bien moindre chez nous, tellement fiers de notre école laïque et publique. Mais apparemment elles représentent une expérience inoubliable pour ceux qui l’ont vécue (avec traumatisme parfois)  et l’auteur parle de l’atmosphère particulière qui y règne « l’effet de serre » exacerbant tous les conflits. William Bayer aime ce genre littéraire, il cite Tobias Wolff, Irving et bien sûr Salinger. Dans une petite interview post roman, il précise qu’il a eu envie d’écrire sur le passage à l’âge adulte dans un pensionnat de la Nouvelle Angleterre au moment d’une cérémonie pour le cinquantième anniversaire de la fin de ses études dans son ancien pensionnat : Phillips Exeter, il parle donc de ce qu’il connaît !

« Joel Barley, jeune artiste prometteur, tombe amoureux de Liv Anders, danseuse et tisserande. « Ce qui ne peut être dit doit être dansé. Ce qui ne peut être dansé doit être tissé. Et ce qui ne peut être tissé doit être imprimé dans la chair » : l’étrange mantra de Liv intrigue Joel ; de même lorsqu’elle affirme « dissimuler sa douleur dans ses tissages ». Lorsque Liv est tuée, il apparaît qu’elle avait bien dissimulé quelque chose dans l’une de ses compositions abstraites, et Joel, aidé de ses deux amis Justin et Kate, veut découvrir quoi. »

Bon, j’avoue ! J’ai eu un peu de mal à m’intéresser aux problèmes de ces gosses de riches surdoués… Mais c’était sans compter sur le talent de Bayer qui parvient à nous entraîner dans cette intrigue originale : il n’y a pas de flic ici, ce sont ses amis qui n’arrivent pas à accepter le suicide de Liv qui enquêtent. Dans ce roman initiatique, il nous fait revivre avec justesse ces moments, ces premières fois où on est confronté à la noirceur du monde, au pouvoir qui corrompt, à la passion… Il développe aussi sa conception de l’art ( Delamere est une école inventée qui met en avant les matières artistiques) et ce qu’il implique dans la vie des gens.

Comme à son habitude, son livre est très documenté, il a fait une recherche approfondie sur la vie scolaire dans ce genre d’établissement. Il a collaboré également avec une tisseuse japonaise, Naomi Kobayashi pour vérifier si la manière dont Liv transmettait son message était plausible ! C’est d’ailleurs une des œuvres de cette artiste qui illustre l’édition américaine.

Il y a beaucoup de sous-intrigues dans ce roman : suicide, harcèlement, sex-club d’élèves, arrestation d’un prof… il s’en passe des choses graves dans cette école ! Bayer y condense dans le lieu et le temps des scandales réels dans de telles écoles WASP, mais tout se tient finalement !

Un Bayer atypique quant à la teneur de l’enquête, mais Bayer n’a pas besoin d’un tueur en série pour orchestrer le mystère et le suspense psychologique.

Raccoon

PLUIE DES OMBRES de Daniel Quiros aux éditions de l’Aube

Traduction : Roland Faye

Daniel Quiros est un écrivain costaricien vivant en Pennsylvanie où il enseigne la littérature espagnole à l’université. Ce livre est son deuxième roman. On y retrouve son enquêteur : Don Chepe, ex-guérillero et détective occasionnel. Je le découvre moi, mais cet opus est indépendant, il se lit et s’apprécie même sans avoir lu le premier.

« Costa Rica. Le corps d’un jeune homme est retrouvé, ­mutilé, au bord d’une route à quelques mètres d’une école. La ­police en fait peu de cas car c’est un Nica, un immigré du ­Nicaragua, et il y a de la drogue dans le ventre du cadavre…

Ce devait être encore un narcotrafiquant. Sauf que.

Sauf que Don Chepe connaissait le garçon, et qu’il n’était certainement pas un dealer. Épaulé de son fidèle Gato, l’ex-guérillero devenu détective à ses heures se lance à la poursuite des coupables. »

L’histoire se passe dans la province du Guanacaste au bord de L’Océan Pacifique, c’est la saison des pluies et Daniel Quiros sait sacrément bien nous mettre dans l’ambiance… Les trombes d’eau continuelles, les routes défoncées, les petits villages de pêcheurs du Guanacaste dont la vie est à l’arrêt pendant cette saison… on y est ! On ressent la moiteur de cette saison des pluies.

La pluie tape sur le système de Don Chepe, le narrateur, ancien guérillero vieillissant et revenu de tout mais qui ne peut se contenter de l’indifférence des autorités face au meurtre d’Antonio, un jeune homme qu’il connaissait, dont le cadavre détrempé a été retrouvé entre deux averses à côté de sachets de drogue. Les indices éventuels emportés par la pluie…

On découvre très rapidement que le Costa Rica, la « Suisse d’Amérique centrale » n’est pas le paradis écolo-pacifique que l’on aurait aimé découvrir… Cette province, paradis vert des riches touristes et des surfeurs, Daniel Quiros va nous en dévoiler des côtés sombres, extrêmement sombres et violents…

D’abord ce racisme anti-Nica, car beaucoup de Nicaraguayens pauvres sont venus chercher du travail dans cet Eldorado voisin. Et dire qu’ils ne sont pas les bienvenus est un euphémisme, les insultes ne précèdent que de peu les coups (de poing ou de machette !). L’amalgame Nicas/narcos est courant (il nous rappelle bien des choses… chaque pays a ses « Nicas » !) et bien utile pour justifier l’inaction de la police…

Ensuite la corruption… la police, toutes les administrations… Le développement du tourisme qui est devenu la première source de revenus du pays, devant l’exportation de plantes et fruits tropicaux, brasse des capitaux colossaux avec bien sûr l’opportunité de blanchiment d’argent, le Costa Rica est sur la route de la drogue qui remonte vers les Etats-Unis. Les grands complexes touristiques se développent en permettant toutes les magouilles et tous les trafics. Et si, côté clients, les promoteurs insistent sur le caractère écolo et durable de leurs installations, côté population locale, c’est une autre histoire ! Gare à ceux qui s’opposent aux projets ! Déjà, ils sont peu nombreux, les pauvres goûtent et apprécient le confort qu’un peu d’argent peut leur procurer et c’est bien connu : l’argent n’a pas d’odeur. Les rares qui s’y risquent sont à la merci d’accidents malheureux.

Enfin la violence… omniprésente, quasi naturelle : on dégaine, on sort la machette, on démolit à coup de couteaux, de poings. C’est la manière locale de régler un problème ! Don Chepe et le Gato, son acolyte ne sont pas en reste !

Daniel Quiros livre un portrait du Costa Rica qui fait froid dans le dos. Il le dévoile habilement au cours d’une enquête très bien construite. Don Chepe va s’acharner à découvrir la vérité en prenant de grands risques. Ce n’est pas un super héros, plutôt un homme désespéré sur le mode rageur ! Ça le rend attachant et on souhaite ardemment sa réussite… On adhère même aux dérapages !

Un solide polar qu’on ne lâche pas !

Raccoon

 

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