
Succédant à Bleus, Blancs, Rouges sorti il y a un an et à L’étendard sanglant est levé sorti en septembre, 14 juillet est le troisième et ultime volume d’une trilogie noire et politique se déroulant dans la France de la fin du giscardisme en 1977 à la mi-juillet 1984 sous Mitterrand.
Juillet 1982. Les attentats à répétition opérés par Carlos et les services syriens sur le sol français poussent François Mitterrand à s’entourer d’une cellule anti-terroriste composée des plus fins limiers du GIGN, de la PJ et des RG.
« L’inspectrice Jacquie Lienard va profiter de cette opportunité pour grimper dans la hiérarchie auprès de l’Élysée et s’assurer une place de choix au sein de la lutte contre les groupuscules pro-palestiniens, Action directe et le FLNC. Tout comme Marco Paolini depuis la DST et Robert Vauthier depuis la DGSE, elle traque une ancienne moudjahida du FLN qui répond au nom de Khadidja Ben Bouazza et qui n’est autre que la supérieure directe de l’ex-policier Jean-Louis Gourvennec, devenu convoyeur d’explosifs pour l’extrême gauche révolutionnaire.
Au gré des scandales qui secouent la Mitterrandie, des crises successives au sein de Beauvau et de la montée fulgurante de l’extrême droite, tous se dirigent vers un seul point de mire qui leur permettra enfin de découvrir la vérité sur Geronimo et Khadidja Ben Bouazza : Beyrouth. »
Alors, on ne va pas vous faire une fois de plus l’article. L’an dernier, en plus des avis donnés, nous nous sommes entretenus avec Benjamin Dierstein en février puis en septembre. Et puis nul besoin de vous convaincre, si vous y revenez une troisième fois, c’est parce que vous avez bien saisi que Dierstein est un magnifique conteur d’histoires, sans états d’âme pour le ressenti du lecteur : il fonce, il cogne, il relance, il crée l’addiction, ne laisse pas le temps de souffler, si jamais cette stupide idée vous venait à l’esprit.
Benjamin Dierstein sait raconter des histoires sans jamais perdre son lecteur dans des intrigues à plusieurs volets, au moins autant que les quatre principaux personnages du cycle. Vauthier, Lienard, Paolini et Gourvennec ont déjà tous bien morflé, tous leurs idéaux sont tombés au champ du déshonneur mais Dierstein a décidé de les accabler encore plus, les souillant tous définitivement dans les égouts de la République où ils se débattent depuis déjà trop longtemps. Certains vont prendre très cher.
14 juillet, un titre qui semble annoncer un feu d’artifice, un bouquet final mais on est très loin des féeries pyrotechniques des Champs un soir de fête nationale, beaucoup plus proches de la mocheté de tirs de mortiers nocturnes dans des quartiers bétonnés abandonnés. Paris, Marseille, la Corse, Beyrouth, le Chouf et … Locminé (pour happy few bretons) !!! La mort présente dans tous les théâtres, du sang versé sous toutes les latitudes.
« Au silence assourdissant de la détonation se substitua rapidement un concert de hurlements asymétriques, qui résonna dans la gare comme le chant final d’une civilisation mourante. »
Les intrigues sont nombreuses et complexes. Cela nécessite parfois une certaine concentration, mais encore une fois, Benjamin fait de son lecteur un hôte privilégié et ne le perd jamais. La bibliographie, les cartes et les deux index de fin de volume mais aussi les revues de presse, articles de journaux, tribunes ou tracts particulièrement porteurs de sens sur la vérité du pays sont de belles aides à une compréhension plus universelle. On ajoutera que, comme par le passé, les différents biais narratifs, écoutes téléphoniques, rapports de police apportent beaucoup à la compréhension de la situation et offrent une belle diversité dans le discours. Par ailleurs, la superbe narration de la garden-party de l’Elysée du 14 juillet 1982, en début de volume, sera l’occasion de remettre en ordre tous les éléments du puzzle, de dépoussiérer nos souvenirs avant que Dierstein nous expédie en enfer aux côtés de ses quatre « damnés ».
840 pages de haine, de trahisons, de violences, de meurtres, de coups tordus, de guerres, de douleur et de chagrin. « Des larmes et du sang » avait-il promis…On a beaucoup comparé Dierstein à des auteurs ricains qui lui ont montré la voie. Au moment où, l’histoire terminée, on se sent un peu orphelin, il serait plus juste de dire qu’il fait tout simplement, avec passion et acharnement, du Dierstein. Furieux, avec un petit côté rock n’roll en plus qui le rend unique. Lisez la dernière phrase du roman, une ultime provoc, ce garçon n’a honte de rien.
Bravo et merci.
Clete.
Du même auteur chez Nyctalopes:
La cour des mirages, Un dernier ballon pour la route.
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