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Chroniques noires et partisanes

L’ EXIL DES MÉCRÉANTS de Tito Topin / La manufacture de livres.

Sur la croix, le supplicié, à ses pieds, ses enfants, la raison pour laquelle il s’est sacrifié. Dans ce monde imaginé par l’auteur le message a définitivement perdu de sa substance. Il est désormais régi par des règles exclusives autocratiques religieuses et l’athée, l’apostat est l’image du mécréant. La politique, la société, dirigées par le culte, par la pensée théologique fondent « inévitablement » une dictature arborant les attributs d’un radicalisme exacerbé qui nie les libertés élémentaires. C’est dans cette crise sociétale, cette absence ou plutôt ce refus édicté du libre arbitre que quatre personnages tentent d’entrer en résistance. Leur chemin commun, poussé par une soif ancestral de liberté, les conduira à une recherche d’eldorado rêvé…

« Sous l’impulsion des États-Unis, de l’Arabie Saoudite et d’Israël, les états, lassés des guerres interconfessionnelles, ont décrété que l’ennemi n’était pas celui qui pratiquait une autre religion que la leur, mais celui qui n’en avait aucune. Les livres saints sont devenus des constitutions, les athées sont pourchassés ou enfermés dans des camps d’inoculation de la foi. La contraception, l’homosexualité, l’adultère, le divorce, sont interdits et sévèrement réprimés. Boris, journaliste libre penseur, essaye de fuir. A ses trousses, un tueur, Abdelmalek Chaambi, en mission spéciale pour le ministre de la Justice Divine, l’Evêque Perrin… »

Tito Topin nous entraine avec une déconcertante facilité et fluidité dans ce récit où morosité et société cadenassé côtoient une communauté populaire asservie, servile. La grisaille du tableau est de rigueur mais néanmoins l’auteur fait montre d’une alternance narrative surprenante entre humour décapant et lest de descriptifs glaçants. L’épopée libertaire de nos quatre résistants illuminera l’essence des êtres humains épris d’indépendance, d’un refus intangible de déterminisme. Le noir mêlé au gris se pare de nodules colorés de tons frais, jouissifs. Et les personnalités complémentaires  de notre bande  créent cet équilibre tendant à l’échange de bons procédés, à l’acceptation des différences d’autrui. Les théocraties érigées en lieu commun sur la quasi totalité des pays du globe qui, en obérant les capacités de choix de vie, nourriront les esprits les plus velléitaires, les plus Voltairiens, la source d’une volonté éperdue de démocratie républicaine.

Dans ces Etats, les hommes n’étaient plus des citoyens, mais des fidèles.

La parabole de l’ouvrage montre et démontre la mainmise des religions sur nos sociétés contemporaine, nos systèmes de pensée, socle de dérives autoritaristes, communautaristes. Les écrits saints déviés de leur essence resteront alors les vecteurs d’un souffle unique, univoque, lytique.

Constat d’un monde qui fait froid dans le dos mais où l’écriture ouvre, aussi, à un optimisme clairvoyant !

Chouchou.

2 Comments

  1. Tito Topin, c’est l’écrivain des scénarios de « Navarro » non ? le postulat de ce polar me plait bien !

    • Oui du Navarro d’Hanin, à ne pas confondre avec le Navarin d’agneau, désolé pour cette boutade j’ai un p’tit coup de moue! Tito Topin est aussi publicitaire, illustrateur, lauréat de Grand prix de littérature policière avec « Un gros besoin d’amour » chez Grasset. Et, effectivement, cet ouvrage présente donc en filigrane une analyse sociale fort pertinente et glaciale. Ce livre est à lire et à méditer…

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