Chroniques noires et partisanes

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LES SERPENTS SONT-ILS NÉCESSAIRES de Brian De Palma et Susan Lehman / Rivages.

Traduction: Jean Esch.

Du 31 mai au 4 juillet, la Cinémathèque française présente une rétrospective du grand réalisateur de cinéma Brian De Palma au moment où sort son premier roman écrit à quatre mains avec sa collaboratrice, journaliste au NY Times Susan Lehman. La rétrospective est un événement que j’aimerais bien vivre tant De Palma n’a eu de cesse de hanter ma modeste vie adulte de cinéphile. De même, voir la couverture d’un roman griffé De Palma ne peut qu’appeler le fan, le faire rêver d’un scénario machiavélique orchestré par un grand maître du genre. Et sinon pour les Martiens, De Palma, c’est ça mais bien plus aussi, en toute subjectivité admirative.

Mais, en fouillant un peu sur le net aux USA, on parvient à en savoir un peu plus sur ce projet d’écriture, De Palma s’étant exprimé sur le roman dans une récente update de l’ouvrage “Brian De Palma : entretiens avec Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud”. Voici donc ce qu’il pense de son roman et du métier d’auteur qui ravira certainement toutes celles et ceux qui rament dans leur quotidien de romancier. Inutile de traduire, c’est suffisamment explicite. Infos trouvées sur un site américain.

“My partner Susan Lehman and I wrote a novel together you know? A political thriller, according to an idea I had for a scenario. I am very good at designing the plot and dialogues, it’s the characters, and all the rest has been written together [with four hands]. It was sent to one of my agents at ICM who didn’t know what to do with it. I think it’s very commercial material. And as I am in France, I thought maybe I could edit it in your country. I sent the manuscript to a friend in Paris who recommended an editor in France, we’ll see. As you get older, you always have ideas, but it’s more difficult to be able to mount them when you reach an age like mine. So it’s easier to make novels. Kazan knew that too.

Ecrire un roman est plus facile que de réaliser un film dit De Palma, mais écrire un roman digne de la signature célèbre apposée sur la couverture est-ce aussi aisé? Ce sera à vous d’en juger, d’apprécier à sa juste valeur le divin cadeau que font aux fans du réalisateur et à tous les lecteurs les éditions Rivages avec cette exclusivité mondiale. Que vous aimiez ou pas le présent, force est de reconnaître que l’éditeur aurait été bien bête de laisser passer ce manuscrit écrit par le réalisateur du “Dahlia Noir” d’un certain James Ellroy, présent depuis toujours dans le catalogue de Rivages.

“Barton Brock est le directeur de campagne de Joe Crump, qui a pour adversaire le sénateur Lee Rogers dans l’Ohio. Les choses se présentent mal pour Crump ; il est incapable de faire jeu égal avec le charismatique Rogers, redoutable débateur. Une seule solution : compromettre Rogers qui a un talon d’Achille. Bien que marié à une femme forte respectable, il ne peut s’empêcher de sauter sur tous les jupons qui passent à sa portée. Côté jupon, Brock a trouvé ce qu’il faut en la personne d’une blonde renversante nommée Elizabeth De Carlo, serveuse au McDo local. Quoi de plus simple que de séduire le sénateur Rogers et de prendre une petite photo qui sera diffusée dans tous les médias et sur tous les réseaux sociaux ? Brillant. Sauf qu’Elisabeth a plus d’un tour dans son sac…”

Au départ une idée de scénario, le roman se décline comme un thriller, genre cher à Brian De Palma. On y retrouve, bien sûr, des thèmes récurrents de son oeuvre le sexe, la politique et des meurtres. L’histoire démarre très vite et ne laisse aucun moment de répit ensuite mais perd un peu de sa cohérence à un moment. L’apparition de nombreux personnages qu’on retrouvera bien sûr dans le final installe une sorte de désordre et on a un peu du mal à savoir qui sont vraiment les personnages principaux du roman. Néanmoins, rapidement, Lee Rogers, le sénateur charmeur de l’Ohio, s’impose comme le grand “homme” de l’histoire. Chaud lapin cinquantenaire encore très bien de sa personne (imaginez le George Clooney d’ “Intolérable cruauté” de Joel Coen), Lee Rogers va comprendre que politique et histoires de cul ne font pas toujours bon ménage et que les frasques, même les plus anciennes, peuvent se payer de façon tout à fait abominable.

La filiation avec “ Blow out” est évidente et on découvre aussi, et c’était très prévisible, des clins d’ œil sympathiques, très appuyés, à son maître Alfred Hitchcock: le tournage d’une version française de “Vertigo” au pied de la tour Eiffel, “fenêtre sur cour”, et sûrement d’autres aussi que je n’ai pas su saisir attestant qu’on est bien dans l’univers de De Palma.

“Les serpents sont-ils nécessaires?”, ma foi, se lit sans déplaisir, fait son oeuvre de bonne série B et devrait trouver  un public pas uniquement cantonné aux aficionados. On est souvent déçu par les adaptations cinématographiques des romans qu’on a aimés mais, à l’opposé, cette histoire filmée par le magicien De Palma prendrait certainement une forme plus dramatique, plus originale dans sa construction et bien plus aboutie que le roman.

Wollanup.

Sortie le mercredi 16 mai.

 

 

Dr KNOX de Peter Spiegelmann / Rivages

Traduction: Fabienne Duvigneau.

“Le Dr Knox soigne les pauvres dans son dispensaire de Skid Row, le quartier qui compte le plus de sans-abri aux Etats-Unis. Pour boucler ses fins de mois toujours difficiles, il effectue des « missions » parfaitement illégales chez diverses célébrités d’Hollywood, ce qui n’est pas vraiment pour lui déplaire car il a la trouble satisfaction de mener une double vie. Un jour, une jeune étrangère arrive avec son fils en proie à des convulsions. Lorsque le médecin revient dans la salle d’attente après avoir soigné le petit garçon, la mère a disparu.”

Le petit est toujours là par contre et Adam Knox décide de le garder et de le cacher au lieu de le confier aux services sociaux. Se mettant en situation illégale et rapidement délicate, il n’en enfonce pas moins le clou en partant à la recherche de la mère  générant un bel ensemble de gaffes et d’erreurs qui finiront très rapidement par lui créer de graves soucis. Deux dangereux groupes sont à ses trousses: une mafia russe locale particulièrement redoutable recherche la mère tandis qu’une famille historique et puissance de L.A. met tout en oeuvre pour retrouver l’enfant tout en promettant les dix plaies de l’Egypte à Knox et à son dispensaire du Skid Row.

A Los Angeles, il existe un complexe hospitalier nommé The Good Samaritan et dans cette même ville, dans le quartier des SDF du Skid Row en proie à la gentrification du centre ville, vit et exerce un bon samaritain, ce brave docteur Adam Knox. Au début d’une quarantaine particulièrement fringante, un look de surfer ou de tennisman sous fumette, une gentillesse, un dévouement pour les plus démunis et une compassion à tout épreuve, ce brave docteur  a beaucoup (trop) d’atouts dans son jeu. Ne vous attendez cependant pas à un roman noir particulièrement social voire engagé politiquement, ces thèmes font partie d’un décor créé par l’auteur mais ne sont pas réellement approfondis. Concernant les sans abris de la cité des anges, lisez plutôt les brûlots de Larry Fondation et si les histoires d’enlèvement d’enfants vous intéressent , vous aurez bon goût de déguster la série Kenzie et Gennaro de Dennis Lehane qui traite bien plus dramatiquement, bien plus profondément ce genre de souffrances.

Le lecteur va vite s’apercevoir que le ton particulièrement léger racontant les déboires et malheurs de Knox fait naviguer l’histoire dans des eaux proches de la comédie, j’insiste bien sur proche car le roman propose néanmoins quelques bonnes montées d’adrénaline. Néanmoins, à chaque fois que Knox se fout dans la merde, son grand ami Sutter, ancien militaire et propriétaire d’une officine de sécurité haut de gamme rencontré lors d’une mission humanitaire dans le trou du cul de l’Afrique, le suit comme un ange gardien. Il va le sauver à tant de reprises que le lecteur amusé attend à chaque fois le “deus ex machina” salvateur et parfois bien improbable. On peut ainsi se demander si le dit Sutter n’est pas le vrai héros de ce roman jusqu’à que, dans un final particulièrement coton où le soldat ne sert plus à rien, Knox, utilisant ses connaissances médicales rafle toute la mise et se voit auréolé d’une couronne de lauriers.

Soyons clairs, ce roman ne satisfera pas les purs et durs du polar mais il possède néanmoins une écriture qui le rend facile à lire et une histoire sans réelle prise de tête mais néanmoins intéressante. Souhaitons lui la carrière qu’il mérite: parsemé de grains de sable et taché d’huile solaire comme un bon polar de l’été qui a fait le job, tranquille entre deux rêveries à l’ombre d’un parasol et la contemplation de la faune des plages en période estivale.

L.A. light.

Wollanup.

LES SOEURS DE FALL RIVER par Sarah Schmidt / Rivages.

Traduction: Mathilde Bach.

“Les sœurs de Fall River” est le premier roman de Sarah Schmidt, bibliothécaire australienne, un coup d’essai devenu rapidement un coup de maître , le roman étant devenu rapidement un best seller et également en cours d’ adaptation cinématographique.

Le roman est basé sur des faits réels : l’assassinat des époux Borden, massacrés à la hache dans le Massachussets en 1892. Lizzie Borden, une des filles, fut accusée puis acquittée. Cette affaire prit rapidement une ampleur nationale et alimenta longuement les journaux de l’époque mais n’a toujours pas été élucidée aujourd’hui et ne le sera sûrement jamais plus.

Au moment des faits, les sœurs, âgées de 30 et 40 ans vivaient encore chez leur père et Sarah Schmidt nous plonge dans l’ambiance malsaine de la maison Borden en dévoilant tous les dysfonctionnements familiaux.Plusieurs voix se feront entendre dans le roman: les deux soeurs, la bonne Bridget et Benjamin, un homme peu recommandable et sans scrupules embauché par John, l’oncle des filles et personnage tout aussi trouble et également sans scrupules.

Sarah Schmidt réussit parfaitement à nous faire ressentir l’atmosphère vicieuse, glauque de cette famille: la violence sourde du père, l’ennui, le désarroi, la folie de Lizzie, le dévouement d’ Emma, la relation des deux soeurs basée sur une fidèlité morbide à leur défunte mère. L’auteure explore tous ces éléments bien en place pour que se développent des relations malsaines. L’amour et la haine se côtoient de manière très dangereuse et propice à l’arrivée d’une tragédie.

Les deux victimes ne sont pas très sympathiques aux yeux des deux filles et on les imagine très bien imbus de leur importance, tyranniques et suffisants. On s’aperçoit rapidement que tous ont des raisons pour faire éclore un tel drame.

Sarah Schmidt réussit parfaitement à nous faire ressentir cette ambiance pesante, glauquement dérangeante, mortifère  mais, hélas, et c’est dommage, ne propose pas sa propre version de l’histoire, se contentant finalement de dresser un tableau réaliste, crédible et somme tout particulièrement prenant d’une histoire criminelle américaine non résolue et devenue légendaire.

Passionnant mais frustrant.

Wollanup.

LA PHOTOGRAPHIE DE LUCERNE de William Bayer chez Rivages

Traduction : Pierre Bondil.

William Bayer est un des grands auteurs américains dont j’attends les livres avec impatience. Ses romans sont toujours fascinants, mêlant une enquête passionnante à une grande érudition sur des sujets variés. Passionné d’art et de psychanalyse, il a été fasciné par le personnage de Lou Andréas-Salomé il y a plusieurs années déjà. Il voulait l’insérer dans un de ses romans sans écrire un roman historique et c’est par le biais d’une photo qu’il a eu l’inspiration de ce livre.

                « Tess Berenson, jeune artiste performeuse, emménage dans un vaste loft à Oakland en Californie. La locataire précédente, Chantal Desforges, y a laissé des traces singulières : une croix de Saint André ainsi qu’une sorte de cellule fermée par une grille. C’était une dominatrice qui recevait une clientèle de haut vol. Fascinée par cet univers, Tess envisage d’en tirer une performance. Mais lorsque le cadavre de Chantal Desforges est retrouvé dans le port, Tess se transforme en enquêtrice. Elle ne soupçonne certainement pas que le labyrinthe où elle se perd la conduira à une photographie prise au XIXe siècle : la « Photographie de Lucerne » sur laquelle on voit Lou Andréas-Salomé qui semble fouetter Friedrich Nietzsche… »

Cette photo est l’origine du roman, mais aussi l’origine de l’intrigue, première mise en abyme d’une longue série dans ce livre brillant où William Bayer mêle plusieurs histoires qui se croisent, se répondent et se rejoignent finalement avec un immense talent. L’enquête de Tess va la mener loin dans l’Histoire, certains événements passés depuis plus d’un siècle n’en finissent pas de résonner encore aujourd’hui et William Bayer, maître du suspense, nous tient en haleine jusqu’au bout.

Il insère à son histoire des personnages réels, notamment Lou Andréas-Salomé à Vienne en 1913 et Freud avec qui elle étudie pour devenir psychanalyste à cette époque. Pour ma part, je ne la connaissais pas, mais le livre m’a donné envie d’en savoir plus sur elle, intellectuelle brillante, écrivaine, femme libre qui ne s’est pas laissée éclipser par les hommes autour d’elle. On comprend la fascination de William Bayer qui fournit en fin d’ouvrage une bibliographie pour en savoir plus sur elle. Si elle devient personnage de roman, William Bayer a veillé à être crédible et à respecter sa vie tant sur la chronologie que sur sa personnalité. Une fois ceci posé, c’est un personnage à part entière et un très beau ! William Bayer lui consacre une bonne part de son récit, il l’embarque allègrement dans son histoire avec une rencontre peu probable. Il n’hésite pas non plus à imaginer une correspondance entre elle et Freud, jouant de sa liberté d’écrivain.

Il construit son roman en alternant les chapitres historiques et les chapitres contemporains. Tess est la narratrice dans les parties contemporaines, elle s’improvise enquêtrice d’abord pour comprendre cette femme assassinée qu’elle a à peine connue mais qui l’intrigue : une dominatrice qui se considérait comme une thérapeute. C’est une véritable enquête policière qu’elle mène, en collaboration avec l’inspecteur chargé de l’enquête et les découvertes qu’elle fait vont peu à peu faire écho à sa propre vie et l’entraîner dans la création d’une pièce de théâtre.

Puis il y a la troisième histoire, celle d’un mystérieux major allemand Ernst Fleckstein, un personnage énigmatique et inquiétant dont les mémoires commencent dans l’Allemagne hitlérienne des années 30. William Bayer entremêle ces trois destins de main de maître, sans jamais perdre le lecteur. Les interactions entre ces personnages, leur vie et cette fameuse photo qui refait surface à différentes époques et provoque des réactions en cascade sont dévoilées progressivement et tout se tient, l’enquête policière, les personnages qui sont magnifiques, leurs liens et leurs ressorts psychologiques : un véritable travail d’orfèvre !

Brillantissime !

Raccoon.

 

JANVIER NOIR d’ Alan Parks / Rivages.

Traduction: Olivier Deparis.

« Le regard du gamin se fixa soudain, comme s’il venait seulement de remarquer sa présence. Son bras pivota dans sa direction, le pistolet se braqua droit sur sa tête. McCoy se figea tandis que le gamin affinait sa visée. Une détonation sèche retentit. Une nuée de moineaux s’envola du toit et la foule paniqua pour de bon. »

Avec Alan Parks, Rivages a sûrement touché le gros lot. Auteur d’un premier roman remarquable, le romancier écossais a l’intention de raconter une histoire criminelle de Glasgow en douze volumes, si j’ai bien lu, et à la fin de ce premier opus particulièrement attractif sur de nombreux points, on ne peut que l’encourager dans sa quête.

« Dans l’un des secteurs les plus passants de Glasgow, devant la gare routière, un garçon d’à peine vingt ans ouvre le feu sur l’inspecteur McCoy et sur une jeune femme, avant de retourner l’arme contre lui. La scène se déroule sous les yeux de Wattie, l’adjoint de McCoy. Qui est ce mystérieux garçon ? Quel est le mobile de son acte ? C’est ce que les deux policiers vont s’efforcer de découvrir, malgré l’opposition de leurs supérieurs. »

L’action se déroule en 1973 et la parenté avec le regretté William McIlvanney qui a si bien écrit sur Glasgow dans l’impeccable série policière Laidlaw, n’est absolument pas usurpée. Peut- être un peu moins peut-être que chez son illustre prédécesseur, Glasgow reste néanmoins un personnage important du roman. Une ville en pleine déliquescence , rongée par la baisse de l’activité économique et par une criminalité bien organisée, ayant quasiment pignon sur rue, arrosant une police corrompue et se lançant dans le trafic d’héroïne tout en en méprisant les victimes de ce poison. Glasgow, la déglinguée…

Mais la grande star, c’est Harry McCoy, un flic abordant la trentaine et jeune inspecteur après de nombreuses années à arpenter le pavé de la ville. Quand on crée un personnage amené à durer, la difficulté provient de la capacité de donner envie au lecteur de retrouver ce personnage, d’arriver à laisser des éléments de l’histoire du personnage en suspens, de parvenir à rendre son héros attractif. Alan Parks n’a pas pu éviter certains clichés qu’on rencontre chez les flics de papier: des zones d’ombre dans l’histoire de McCoy, un adjoint novice, un chef particulièrement irascible, une copine toxico et prostituée, des amitiés sulfureuses, des addictions. Mais d’un autre côté, un flic lisse, quel intérêt… et là, le saupoudrage est tout à fait acceptable. On peut aisément rapprocher McCoy de l’Irlandais Jack Taylor de Ken Bruen pour cette propension à prendre des coups et de toujours avancer mais aussi à faire des mauvais choix avec un raisonnement perturbé par des substances prohibées ingurgitées en masse.

Commencée le premier janvier par une visite en prison, dans une atmosphère blafarde de chutes de neige qui dégueulassent la ville, l’enquête se déroule sur une dizaine de jours. Entamé par une scène forte, le roman ne perdra jamais ce rythme trépidant. McCoy va fouiller toutes les couches de la société glaswegienne: des toxicos, prostituées, barons du crime, SDF, à la haute bourgeoisie en effleurant la noblesse. C’est rude, violent, carré, pas un instant pour souffler. A la manière des enquêtes de Robicheaux de Burke, à un certain moment, quand il s’ intéresse à une famille de nantis, on comprend qu’il a touché aubut mais on devine aussi qu’il aura bien du mal à envoyer les coupables devant un tribunal.

McCoy est obstiné, déterminé, et dans cette atmosphère très sombre saturée de perversité et tapissée de testostérone, le souffle d’humanité qu’il apporte, contribue à garder une certaine confiance en l’homme.

Must have !

Wollanup.

 

QUE LA GUERRE EST JOLIE de Christian Roux / Rivages.

« La ville de Larmon, située à une heure de Paris, est dirigée par un maire plein d’ambition qui a de grands projets immobiliers. Il veut convertir l’ancien quartier ouvrier où l’usine Vinaigrier faisait vivre toute une communauté, en un ensemble résidentiel haut de gamme. Mais les gens qui continuent d’habiter le quartier ne l’entendent pas de cette oreille. Pas plus que les artistes qui ont investi l’usine pour leurs performances et installations d’art contemporain. Alors la municipalité va recourir à des pratiques illégales pour faire déguerpir les habitants. Tout est bon : chantage, menace, incendies criminels… Meurtre. Mais pour cela, il faut des voyous, des bandits, des gens qui ne reculeront devant rien. » 

Pas de doute, on entre ici dans le dur, dans le social, dans le malaise urbain à la croisée des mondes politiques et dans l’univers du grand banditisme en col blanc mais aussi barbu bas du front ou encore racailles en baggy et casquettes criardes ricaines.  

 Ah Dieu ! que la guerre est jolie 
 Avec ses chants ses longs loisirs 

Dans un magnifique premier chapitre à la plume experte et talentueuse et auréolé d’une citation de Guillaume Apollinaire , Roux montre la poésie de bombardements nocturnes sur Bagdad et le supplice de rats enflammés par une main criminelle dans un immeuble abandonné. Le grand frisson, l’horreur palpable, le malaise naissant sans artifices, la description glaciale, sans états d’âme, la détermination, l’inhumanité. Tout est dit déjà dans cette intro d’un roman qui par la suite, pendant quelques pages, aura un cours plus anodin avant de remonter avec une explosion finale destructrice. 

Le roman, l’histoire, en apparence et en réalité, n’est pas très originale mais bénéficie d’un cadre contemporain, mettant en scène de nouveaux et importants acteurs de l’internationale du banditisme venus des Balkans ou de mosquées  salafistes de quartiers français. Si cette actualisation permet de bien dater le roman, de parfaitement l’ancrer dans le présent de certains quartiers du pays tout en laissant présager du futur, son originalité, sa richesse, sa force et son âme se situent plus dans ce traitement des magouilles si souvent décrites et contées mais montrées ici avec le sceau de l’authenticité du vécu, du témoignage livré avec sincérité et souvent avec une certaine empathie tangible. 

La plume de Christian Roux  sonne juste, authentique, et j’ai très souvent adhéré à de petites  remarques anodines  mais tellement justes. Les personnages, les principaux mais aussi tous les autres sont particulièrement bien peints, permettant de comprendre leur personnalité, leur parcours, leurs idéaux comme leurs combats menés comme perdus. Le propos est humain mais ne se veut pas humaniste. Christian Roux ne juge pas les options, les comportements même si tout acte d’écrire, par ses choix narratifs, inclut sa part de subjectivité. 

Parsemant son propos de souvenirs de guerre d’un photographe, l’auteur ose un parallèle surprenant entre la réalité de la guerre en Irak et Syrie et la situation de Larmon. Et si la comparaison parait  initialement particulièrement osée, le talent de persuasion de l’auteur, avec cette impression de détachement qui marque les pages, arrive à nous convaincre, nous persuader que la destruction de l’usine Vinaigrier contribue à l’effacement de l’histoire de gens, gomme l’histoire d’un quartier ouvrier, bafoue la mémoire collective tout comme des bombardements en Irak, et qu’ici aussi, la mort frappera aveuglément emportant des vies anonymes et surtout innocentes. 

Noir brillant! 

Wollanup. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA VÉRITABLE HISTOIRE DU NEZ DE PINOCCHIO de Leif GW Persson chez Rivages

Traduction : Catherine Renaud.

Leif GW Persson est un expert en criminologie suédois renommé, il a écrit plusieurs essais sur le sujet. Mais il a également écrit plus d’une dizaine de romans pratiquement tous traduits en français dont trois sont des aventures du commissaire Evert Bäckström. « La véritable histoire du nez de Pinocchio » est le troisième volet de cette série mais même si on n’a pas lu les autres, ce qui était mon cas, on n’est pas gêné pour la compréhension du bouquin. Ceux qui connaissent déjà retrouveront sans doute avec plaisir ce héros atypique…

« Evert Bäckström est chargé d’une affaire peu commune : trouver un suspect pour le meurtre de Thomas Eriksson, célèbre avocat des gros bonnets de la mafia suédoise, n’est pas difficile, mais réduire la longue liste des personnes qui voulaient sa mort est presque impossible. Heureusement, Bäckström a passé des années à cultiver des relations douteuses, avec l’aide desquelles il résout ses affaires en échange de quelques faveurs. Mais cette fois, même le flic le plus corrompu de Suède ne pourra prédire où cette enquête le mènera. La victime était en possession d’œuvres d’art russe d’une grande valeur, dont une boîte à musique du joaillier Karl Fabergé dont l’origine remonte au mariage entre la famille royale de Suède et les Romanov. »

C’était le lundi 3 juin. Même si c’était un lundi et qu’il avait été réveillé au beau milieu de la nuit, le commissaire Evert Bäckström y repensera toujours comme au plus beau jour de sa vie. Son téléphone portable professionnel s’était mis à sonner à cinq heures pile et, comme celui qui appelait semblait bien décidé à le faire décrocher, il n’avait pas eu le choix.

  • Oui, répondit Bäckström.
  • J’ai un meurtre pour toi, Bäckström, annonça l’agent de permanence de la police de Solna.
  • À une heure pareille ? dit Bäckström. Ça doit au moins être le roi ou le Premier ministre ?
  • Encore mieux que ça ! s’exclama son collègue qui criait presque d’enthousiasme.
  • Je suis tout ouïe.
  • Thomas Eriksson, déclara l’agent de permanence.
  • L’avocat ? fit Bäckström, qui eut du mal à cacher sa surprise. Ce n’est pas possible, pensa-t-il. C’est trop beau pour être vrai.

Ainsi commence le roman, c’est rare qu’un détective se réjouisse du meurtre sur lequel il enquête, mais Evert Bäckström n’est pas un détective ordinaire, en plus il avait eu des démêlés avec la victime…

C’est un sacré personnage ce commissaire : raciste, sexiste, homophobe, prétentieux et méprisant… un anti-héros odieux et repoussant ! Adepte de la bouffe, de la baise et des alcools forts, ce qu’on pourrait comprendre mais qui ne le rend pourtant pas sympathique vu sa prétention et son mépris pour les autres. Il fait bosser ses adjoints pendant qu’il s’accorde des pauses roboratives et bien évidemment est corrompu. Lors d’une enquête, il utilise son intelligence davantage pour trouver un moyen de s’enrichir que pour la résoudre. Sans scrupule, il n’hésite pas à monnayer des fuites dans la presse, à dérober des pièces à conviction… un ripou de première classe !

Et pourtant on le suit avec jubilation, il est tellement imbu de lui-même qu’il en devient drôle dans sa vie quotidienne : son attention à son Supersalami qu’il considère comme un super héros, ses efforts pour se débarrasser de son perroquet… Il est éminemment cynique, il connaît parfaitement les frontières du politiquement correct et contrôle avec brio le fossé entre ce qu’il peut dire et ce qu’il pense. Leif GW Persson insère dans les dialogues les pensées in petto des personnages, pas seulement celles de Bäckström et ce décalage leur donne encore plus de mordant.

Il y a forcément quelque chose de pourri au royaume de Suède pour qu’un homme tel que Bäckström y soit un héros ! Lors de l’enquête sur le meurtre de l’avocat, le commissaire et son équipe sont amenés à s’intéresser à des ventes d’œuvres d’art appartenant à des proches du roi… Ben oui la Suède est une monarchie, il y en a encore plein au XXIème siècle… incroyable non ? Il y a un roi donc, une cour, des privilèges et une police spéciale VIP chargée d’éviter les scandales. C’est une Suède bien sombre que nous décrit Leif GW Persson, très loin de l’image qu’on s’en fait ici parfois. Et que dire de la police et de ses pratiques quand l’auteur confie que Bäckström lui a été inspiré par des policiers qu’il a rencontrés ?

Leif GW Persson entraîne son lecteur dans une histoire noire et rocambolesque qui remonte à plus de cent ans avec de nombreuses ramifications comprenant, entre autres, le dernier tsar de Russie, Churchill et un lapin maltraité. Et l’histoire se tient, le lecteur n’est jamais perdu et malgré la noirceur, on regarde en riant souvent Bäckström se démener pour résoudre cette affaire et surtout en récolter un maximum d’argent !

Un bon polar, incisif et drôle.

Raccoon

UN HOMME DOIT MOURIR de Pascal Dessaint / Rivages.

Un nouveau roman de Pascal Dessaint, c’est un événement. Déjà parce qu’il fait l’ouverture de la rentrée littéraire noire de Rivages et ensuite parce que l’auteur a déjà prouvé depuis plus de 25 ans qu’il savait écrire des polars bien troussés, impeccables, bien dans leur époque, traitant de sujets d’actualité et le plus souvent environnementaux depuis quelques années. J’avais raté quelques-unes de ses dernières livraisons et je me réjouis de renouer avec sa prose. Pascal Dessaint est, par ailleurs, un homme charmant, à l’écoute de ses lecteurs, avec qui il discute facilement dans les nombreux salons de l’hexagone qu’il honore de sa présence chaleureuse avec, parfois, une chemise tropicale du meilleur goût…

« Boris, naturaliste, est expert auprès des industriels qui veulent installer des projets controversés dans certains territoires. Il s’arrange pour que ses rapports soient favorables aux projets. Autrement dit, il a plus ou moins vendu son âme au diable. Dans un paysage de mer, de dunes et de pins, qui ressemble à Hossegor, une maison futuriste et cossue se dresse. Son propriétaire a imposé cette construction dans une nature sauvage, grâce au pouvoir de son compte en banque. Dans cette même contrée, un groupe industriel veut implanter une unité de stockage de matières dangereuses. Pour les opposants, c’est une Zone A Défendre, un conflit qui couve. »

Roman à deux voix, « Un homme doit mourir » débute par un beau prologue où Dessaint, en prenant son temps, montre sa belle plume tout en nous offrant le cadre final de l’intrigue. L’ entame laisse présager une intrigue à forte connotation écolo, défense de la nature avec des approfondissements sur une libellule dont la vie et l’implantation locale gênent les lourds desseins des industriels et mettant en scène défenseurs anonymes de la région d’une part et financiers et élus intéressés par l’appât du gain d’autre part .

Mais ce n’est que le début et en fait on a le droit à un bon polar/ roman noir bien crispant grâce au talent de Dessaint qui tisse sa toile, son piège que l’on ne voit pas forcément venir et qui trouve son aboutissement  comme sa plénitude dans un huit clos étouffant lors d’une deuxième partie très nerveuse.

« Décider de tuer un homme n’est pas tout. Encore faut-il choisir le moment favorable et surtout la bonne arme. A ce moment, la question du courage reste secondaire, elle se posera bien assez tôt. »

Le roman couvre bien sûr des sujets brûlants comme les ZAD, la mondialisation, la course au fric roi, la corruption, la protection de l’environnement, le combat des humbles, les délocalisations, les migrants, tous traités avec sérieux et bien intégrés à une intrigue tendue qui font de ce roman un rendez-vous incontournable pour ceux qui veulent entendre le message d’un auteur qui sait trouver les bons arguments, apporter les infos utiles sans édulcorer la vérité, tout en maîtrise,et qui glisse des traits d’humour très fins avec un final qui s’avérera un beau pied de nez.

Juste et utile.

Wollanup.

PS: Et puis un auteur qui cite James Lee Burke et T.C. Boyle mérite respect.

LA DÉCOURONNÉE de Claude Amoz / Rivages.

Le fait des hasards de l’inspiration ou bien le pouvoir de persuasion d’une personne de chez Rivages, peu importe, toujours est-il qu’après le bon retour de Hugues Pagan il y a quelques mois, voici Claude Amoz qui y va aussi d’un nouveau roman dans une collection chez Rivages qui porterait très mal son nom de « thrillers » avec « la découronnée », histoire particulièrement attachante malgré l’extrême banalité et  le caractère très ordinaire des histoires racontées et qui devrait faire fuir les amateurs de polars survitaminés.

« Viâtre, une ville au bord du Rhône. Ce sont les vacances d’été, la chaleur est étouffante. Johan et Guy Mesel sont frères mais tout les oppose: Johan est un universitaire brillant et un passionné d’escalade alors que Guy, complexé par sa petite taille et dévoré par l’eczéma, est agent technique dans un lycée professionnel en montagne. Ils décident d’échanger leurs appartements pour la durée des vacances et c’est ainsi que Guy s’installe dans le logement que Johan vient d’acheter à Viâtre, dans la montée de la Découronnée. Il est saisi par l’atmosphère qui y règne et s’aperçoit que les lieux portent encore la trace des précédents occupants, en particulier un coffre à jouets dans une alcôve. Dans la même ville, Habiba est employée aux cuisines d’un foyer pour SDF sur lequel règne un prêtre tyrannique. La fille d’Habiba, Zahra, partage la vie du père de Camille, une adolescente qui a perdu sa mère dix ans plus tôt. La famille habitait dans la montée de la Découronnée et Camille garde en mémoire des souvenirs flous de scènes violentes entre ses parents. Un mystère plane sur les circonstances de la mort de sa mère dont elle a conservé des photos. Il y a aussi la vieille Maïa, qui a élevé les frères Mesel, et un détective privé pas forcément très doué pour les enquêtes. »

Une ville fictive, au bord d’ un fleuve le Rhône qui n’a pas d’autre rôle que celui de figurant, un quartier « la découronnée », théâtre de trois drames ancrés dans un passé plus ou moins lointain, tel est le décor d’un roman qui va explorer plusieurs voix et voies du passé pour trouver des réponses aux interrogations de différents personnages liés par une dramaturgie tournant autour de ce quartier, ses maisons, ses habitants, ses lieux de vie ou de mémoire. Mais « la découronnée », Claude Amoz nous le dit page 217, c’est aussi et avant tout : « la couronne d’une mère, ce sont ses enfants. » et le roman tourne autour de femmes ayant perdu de force ou par des errements ou par la conséquence des problèmes psychologiques leur « couronne » , leur aura de mère et par conséquent aussi d’enfants victimes de ce manque de protection et d’amour maternels.

Pas d’explosions, pas un meurtre, pas un coup de feu, pas un flic, mais néanmoins une grande violence contée par une Claude Amoz dont le grand talent est de rendre passionnante une histoire pourtant bien peu spectaculaire. En s’attachant par petites pointes très affutées à la psychologie de ses personnages, Claude Amoz réussit à nous rendre familiers, amicaux, complices de ces hommes et femmes en quête d’identité. Ainsi, la tristesse de Guy, la douleur de Maïa, le désarroi de Camille, peu à peu nous apparaissent inducteurs d’empathie et ce parcours a priori bien ordinaire prend des dimensions bien plus altières mais aussi bien plus émotionnellement éprouvantes dans un roman qui séduira les lecteurs prenant le temps de la découverte des non-dits et des non – écrits parsemant un roman évoquant plusieurs fois et de belle manière l’univers d’ Andersen et plus particulièrement le conte « la reine des neiges ».

Très attachant.

Wollanup.

PROFIL PERDU de Hugues Pagan / Rivages.

Vingt ans après « dernière station avant l’autoroute », Hugues Pagan nous revient avec un polar. Il n’est pas resté inactif durant cette période puisqu’il a largement collaboré à l’écriture de scénarios pour la TV comme pour le cinéma. Néanmoins, ceci reste un bel événement pour ses fans et certainement une aubaine pour un public plus jeune pour découvrir cet auteur.

« Une ville de l’Est de la France. Un commissariat que tous les flics surnomment « L’Usine ». En cette soirée de réveillon de l’année 1979, un inspecteur du Groupe stupéfiants interroge Bugsy, dealer connu des services, à propos d’une photo représentant une jeune femme. Le dealer ne dira rien, sinon qu’il faut « demander à Schneider » et le flic le laissera partir, omettant de le fouiller au corps, une erreur de débutant. Schneider est le chef du Groupe criminel. Flanqué de son adjoint Charles Catala, il sillonne la ville en voiture tel un fantôme. Deux événements vont faire basculer son existence : une enquête trouble et complexe sur l’attaque à main armée dont a été victime l’un de ses collègues et une rencontre en forme de coup de foudre ; après Cheroquee la vie ne sera plus jamais la même pour Schneider… »

Pour ce redémarrage, Pagan nous ressort l’inspecteur Schneider un héros de deux de ses romans. Il me semble bien qu’il s’agit d’un prequel mais ayant lu les autres romans de la série, il y a fort longtemps, et n’ayant pas été franchement ébloui de manière réellement durable, à l’époque, par le personnage, il ne m’a pas été très compliqué de retourner dans ce climat très particulièrement sombre cher à l’auteur, autour du héros et de son enquête.

« Profil perdu » est un polar, un vrai, procédurier, dans l’enfer d’un commissariat au milieu des flics qui se supportent, supportent leurs collègues, supportent leurs conditions de travail avec son cocktail de violence, de misère humaine, et de malheur et commandés à la brigade criminelle par Schneider, flic incorruptible, terriblement seul et implacable, une version flic de papier du personnage du samouraï de Melville interprété par Delon dans les années 60 et le côté Bayard sans peur et sans reproche de l’homme pourra un peu énerver certains lecteurs… ou pas. Le roman est situé dans une ville de l’Est de la France en 1979, dans la France de Giscard où  on écoute du Chris Isaak, bien avant que celui-ci ait commencé à produire discographiquement… mais sinon l’époque est bien rendue.

Le roman raconte avant tout l’enquête sur le meurtre d’un flic, crime qui prévoit la guillotine au coupable à l’époque et le déroulement est très réussi, avec moult investigations et sans réels coups d’éclat hollywoodiens dans une atmosphère très sombre atténuée par la rencontre entre Schneider et Cheroquee dans ce qui ressemble à un  coup de foudre.

Retour gagnant donc pour un Hugues Pagan qui maîtrise son art et dont la connaissance parfaite des milieux policiers permet une plongée très enrichissante dans l’univers des commissariats de police de la fin des années 70 tout en montrant les tourments de son héros dans un roman prenant.

Vintage et sobre.

Wollanup.

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