Past Life
Traduction: Isabelle Maillet

Dominic Nolan avait frappé très fort avec sa première parution en France Vine Street, la traque folle d’un tueur en série pendant des décennies à Londres. Avait suivi White City qui avait installé Dominic Nolan comme un auteur de polars historiques aussi passionnant que l’Américain Thomas Mullen, autre belle découverte de Rivages.
Comme il l’a déjà fait par le passé, une fois un auteur installé auprès d’un lectorat sûr, Rivages sort ses premiers écrits. J’étais Abigaile Boone est donc le premier polar de Nolan sorti en Angleterre en 2019 sous le titre Past Life et qui se décline comme le premier volume d’une série de deux romans autour d’Abigail Boone. La suite After Life sortira en 2027.
Le fait que Rivages se tourne maintenant vers un roman qui ne l’a pas séduit d’emblée ne signifie absolument pas une tentative de piéger les lecteurs attirés par une signature reconnue. On souhaiterait les mêmes débuts à tout nouvel auteur.
« Portée disparue depuis quatre jours, l’enquêtrice Abigail Boone est retrouvée enfin, confuse et brisée. Souffrant d’une amnésie rétrograde, elle est devenue une étrangère pour son mari, son fils et ses anciens collègues. Perdue dans sa propre vie, sans aucune piste concernant son enlèvement, Boone décide de reprendre ses recherches sur la disparition d’une jeune femme, Sarah Still. Défiant sa famille et la police, elle suivra de manière obsessionnelle une piste mortelle jusqu’aux confins de la cruauté humaine. »
Evidemment, le cadre est beaucoup plus restreint que Vine Street et on n’évolue plus dans une longue intrigue policière et humaine avec trois flics très tourmentés dans une Londres agressée par le Blitz et toutes ses conséquences sociétales. Ici, l’intrigue est resserrée autour du personnage principal Abigail Boone bousillée par des agresseurs et ayant sombré dans une amnésie supprimant tous ses souvenirs précédant son évasion. On est tout bonnement dans un polar d’investigation où Abigail et on la comprend cherche à retrouver ses agresseurs avec une détermination farouche et aveugle :
« Vous habitez Lark avec votre mari et votre fils. Dans une très jolie maison. Il doit bien gagner sa vie, Jack. Ce qui est curieux, c’est que, d’après nos informations, vous n’y êtes pas très souvent. Vous semblez passer pas mal de temps dans une caravane, en compagnie d’une prostituée bulgare et de la fille d’un criminel qui a déjà été condamné ».
Mais, malgré le plaisir à suivre cette intrigue parfois violente, subsistent quelques petits éléments de nature à tempérer notre enthousiasme. Premièrement, à la fin du volume, beaucoup d’éléments restent en suspens mais le resteront-ils dans ma mémoire dans un an ? Pas certain… On subit une belle frustration. Ensuite, l’aspect psychologique du drame vécu par Abigail qui voit son fils et son mari comme des étrangers n’est pas suffisamment évoqué. L’analyse de cette situation, terrible aussi pour sa famille, n’est pas vraiment racontée pas plus que les ressorts de son amnésie. Des manquements peut-être comblés dans la suite ?
Néanmoins, les cinquante dernières pages, magnifiques, raviront les plus réticents et montrent bien que ce mec-là, un jour, il écrira le fabuleux Vine Street.
Clete.
PS : L’allusion au roman de Robin Cook J’étais Dora Suarez est une originalité Rivages pas forcément bienvenue et heureuse que ne s’était pas permise l’auteur qui avait nommé son roman simplement Past Life et dont le sujet est tout autre…
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