Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

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QUE DIEU ME PARDONNE de Philippe Hauret / Jigal polar.

Il y a le blanc et le noir, il y a le yin et le yang, la raison et l’action, la radicalité et l’humanisme, il y a la componction et l’impénitence. Les dualités sont au cœur constant de notre société et pour certains ce sont des occasions de construire et pour d’autres d’anéantir. Tout un chacun possède cette capacité de réflexion dans cette dimension inextinguible d’évolution au sein d’une communauté. On se retrouve face à des personnages qui s’opposent par leurs classes sociales, leurs statuts professionnels et sociales, leurs visions de l’existence. L’enquête n’est pas le cœur du récit et les flics ont « naturellement » en leur sein les personnalités disparates constituant notre société. Et l’engrenage impitoyable noir de jais broiera des trajectoires, des rêves, anéantira des idéaux, révélera des déviances lytiques.

« Ici, une banlieue tranquille, un quartier résidentiel et ses somptueuses maisons dans lesquelles le gratin de la ville coule des jours paisibles… À quelques encablures, une petite cité, grise et crasseuse. Avec sa bande de jeunes désœuvrés qui végètent du matin au soir. Deux univers qui se frôlent sans jamais se toucher.

 D’un côté, il y a Kader, le roi de la glande et des petits trafics, Mélissa, la belle plante qui rêve d’une vie meilleure… De l’autre, Rayan, le bourgeois fortuné mais un peu détraqué… Et au milieu, Mattis, le flic ténébreux, toujours en quête de rédemption.

 Une cohorte d’âmes égarées qui n’auraient jamais dû se croiser… Des destins qui s’emmêlent, des illusions perdues, des espoirs envolés… Et puis, cette petite mécanique qui se met en place comme une marche funèbre… implacable ! »

Sans coup férir le saut dans la mer banlieusarde est profond et rude. Tout aussi prestement, on s’attache à des personnages qui suintent le bon faisant face au désarroi, au désoeuvrement, à l’absence de part onirique ou à son excès. Les hommes se livrent pour se délivrer d’un carcan instrumentalisé par nos politiques déracinés du terrain de  nos quotidiens. C’est bien dans ce condensé littéraire d’une réalité crue que Philippe Hauret puise le message d’espoir d’une société exsangue, gangrenée par l’arrivisme, l’abandon de valeurs, le refus d’accepter et de comprendre son prochain.

La lumière attire les borgnes et l’angélus refoule les parvenus. Sans parasite, le récit se tend d’une inéluctable dramaturgie en invectivant son lecteur d’une salvatrice parabole grattant la preuve que la clarté est universelle. Et de nouveau, au travers d’un personnage déchiré par un trouble dissociatif, Rayan, les symboliques récurrentes de nos sociétés émergent, trouvent appui, pour perpétrer l’irréparable.

La nuance est vaine, la réalité est dure, sans écho, sans ébauche d’une quelconque leçon. Le drame est ancré et Hauret cloue au pilori nos immuables oppositions vérolées d’une concorde.

(petit bémol pour l’avant dernier paragraphe semblant sorti de nulle part et brisant quelque peu la cohérence, de fil directeur)

Que Dieu lui pardonne, ça reste à voir !…

Contrition ravageuse d’un cumulus gonflé d’une haine ébène.

Chouchou.

 

LES DOUZE BALLES DANS LA PEAU DE SAMUEL HAWLEY de Hannah Tinti / Gallimard.

Traduction: Mona de Pracontal.

Les romans dont vous n’attendez pas grand-chose d’autre qu’un bon moment de lecture  vous procurent parfois le plus de plaisir. De Hannah Tinti, je ne connaissais rien et seul le titre évoquant à plein nez le western m’avait séduit. Par contre, dans mes lectures estivales, je compte bien m’enfiler « le bon larron » son premier roman, paru, lui aussi chez Gallimard en 2009.

« Samuel Hawley n’est pas un père tout à fait comme les autres. C’est un marginal, un esprit libre qui a vécu sur la route pendant des années, commettant cambriolages et larcins. C’est aussi un passionné d’armes à feu et, dès que sa fille Loo atteint l’âge de douze ans, il lui en enseigne le maniement dans un bois du Massachusetts. Les armes ont marqué sa vie tout comme son corps, criblé de douze impacts de balle, autant d’histoires importantes dans le destin de cet homme que l’auteur entreprend de raconter. Elles viennent entrecouper l’autre histoire, celle de la quête que mène Loo pour en savoir plus sur sa mère, morte tragiquement peu après sa naissance… »

« Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley » touchera, espérons-le, un très large public parce qu’il le mérite déjà pour son histoire mais aussi par son ouverture sur différents genres : parfois western moderne avec des duels épiques ou tragiques, souvent roman sociétal montrant différents visages d’une Amérique de par le périple de Hawley et de Loo sa fille pour fuir les sales combines foirées par le père, très loin des canons vantés par les promoteurs d’un rêve américain et surtout et toujours roman racontant l’histoire d’un père et de sa fille dans le deuil et le mystère de la disparition de la mère et épouse avec bien sûr le thème ricain récurrent de la rédemption traitée ici souvent de manière très touchante et amenée sans avoir l’air d’y toucher.

Utilisant un ton léger, Hannah Tinti semble raconter une histoire juste tragi-comique mais ne vous y fiez pas, on est  souvent dans le gros drame et parfois même dans le crève-cœur. Outre le terrible final peut-être un peu rocambolesque, plusieurs passages sont porteurs d’énormes émotions. L’humour présent dans tout le roman permet de moins s’appesantir sur le pathos mais on voit très bien comment un Benjamin Whitmer nous déglinguerait avec une telle histoire en appuyant là où cela fait déjà mal. Non, ici, on se rapproche plus du ton « des frères Sisters » mais de bien plus belle manière.

Intelligemment composé, le roman alterne avec bonheur chapitres sur la vie actuelle de Hawley et Loo et narrations sur les douze balles qui ont troué la peau de notre héros poissard. Si l’histoire racontant le présent des personnages aurait pu être un peu abrégée par moments dans la première partie, par contre, on savoure le chemin de croix des douze impacts de balles frappant notre héros dans sa vie, en se demandant quelle épreuve, quel duel, quelle couillonnade, quelle calamité va encore s’abattre sur un Hawley, tout sauf une pointure, dans le domaine du vol.

La composition très travaillée et le mélange des genres auraient pu donner quelque chose de boiteux mais il n’en est rien. Une fois la dernière ligne lue, on voit la belle architecture, on comprend la belle harmonie, on constate l’immense talent de conteuse de Hannah Tinti et on ressort de ce roman enchanté par la bien belle histoire de Hawley et Loo, l’œil peut-être un peu brillant…

Epatant !

Wollanup.

QUAND SORT LA RECLUSE de Fred Vargas chez Flammarion

Fred Vargas est une archéozoologue et une écrivaine qu’on ne présente plus tant ses livres ont du succès, notamment ceux de la série du commissaire Adamsberg qu’on retrouve ici avec bonheur.

« – Trois morts, c’est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n’est pas de notre compétence.

– Ce qu’il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J’ai donc rendez-vous demain au Muséum d’Histoire naturelle.

– Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais

dans quelles brumes avez-vous perdu la vue?

– Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.

– Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l’araignée recluse? »

Adamsberg et son équipe, cette brigade qu’on aimerait réelle où les enquêtes soulèvent toujours des questions existentielles qui font évoluer même les plus bourrins, où l’on nourrit chat et merles. Adamsberg, policier original avec ses pensées volatiles, ses intuitions brumeuses, son œil sans pareil pour les détails qui paraissent insignifiants, Danglard sa mémoire érudite et sa rigueur presque insoluble dans le vin, Retancourt la déesse mère, Peyrenc le poète… et tous les autres, on les retrouve avec un grand plaisir, avec en prime une visite de Mathias, personnage d’anciens romans que personnellement j’adore.

Pourtant, dans cet opus, la brigade n’est pas loin d’imploser : Danglard s’oppose à Adamsberg de façon inédite et brutale et menace de briser l’unité de la brigade. L’enquête démarrée sur un frisson de nuque d’Adamsberg se fera donc sans et malgré lui, après trois morts par morsure de recluse, une petite araignée du sud de la France peu agressive et normalement non mortelle, contrairement à sa cousine d’Amérique, malgré un venin nécrotique capable de provoquer des dégâts horribles chez les sujets sensibles.

Mais les recluses ce sont aussi ces femmes qui se faisaient volontairement emmurer vivantes au Moyen-Age. Considérées comme des saintes protectrices de par le sacrifice de leur vie, elles survivaient grâce à la charité et aux dons qu’on leur passait par une fenestrelle. Fred Vargas, l’historienne amoureuse des mots ne pouvait passer à côté : elle nous entraîne dans une sombre histoire de recluses qu’elle tisse de main de maître en jouant avec les sens, les racines des mots sans oublier leur musique ! Son écriture ciselée, sensuelle crée un univers étrange et poétique avec des dialogues savoureux et on y plonge avec délice.

L’affaire des morts par morsure de recluse fait du bruit sur le net dans les blogs spécialisés : la cousine américaine de la recluse a-t-elle pris l’avion ? Le dérèglement climatique est-il en cause ? Les hypothèses vont bon train et cette mini psychose donne un prétexte à Adamsberg pour enquêter. Il va être entraîné dans une histoire noire, violente dont les racines plongent loin dans le passé mais aussi dans les ténèbres de l’esprit humain, le mal dont il est capable, la souffrance qu’il peut infliger. Une histoire dont personne ne sortira indemne, ni les personnages, tous réussis, ni le lecteur.

Fred Vargas raconte une histoire extraordinaire tout en étant complètement vraisemblable. La psychologie des personnages est fouillée, même les inconscients s’expriment, Fred Vargas connaît la puissance des mots et des noms. Elle réussit à nous tenir en haleine jusqu’au bout et nous offre un roman fort qui nous confronte au Mal et résonne longtemps après avoir refermé le livre.

Magnifique !

 

Raccoon.

LE TEMPS DE PALANQUINE de Thierry Di Rollo / le Bélial’.

Palanquine, énorme boule de feu rouge sang, traverse les abysses sidéraux à notre rencontre. Inéluctablement. On la surnomme « la Messagère », mais il apparaîtrait surtout qu’elle draine davantage d’interrogations dans son sillage stellaire que de réponses…

Ce monstre cosmique paré du feu de l’Apocalypse a le temps de l’éternité pour lui et semble bien se rire de nos misérables destinées humaines. Il parcourt les éons avec l’assurance d’un Dieu, nous promettant la destruction dans un temps qui sera le sien. Arrivée aux abords de notre système solaire en ce matin d’un XXIIe siècle agonisant, Palanquine colore de flaques sanguines notre planète et plonge l’humanité dans une transe mystique où tous les repères fondent et se désagrègent.

Parce qu’il refuse l’inévitable, qu’une vingtaine d’années supplémentaires en recherche pourraient permettre à une technologie émergente de dévier l’astre honni, le professeur Desmond Lockerbie décide d’envoyer vers le passé des messagers, les rectifieurs. Leur mission consistera à faire avancer les progrès scientifiques de manière suffisamment notable qu’ils puissent endiguer la course de Palanquine dans un lointain futur et parer au cauchemar de la fin des temps. Seront-ils plus forts que ce que l’Histoire avait prévu pour nous ?

Dès les premiers chapitres du Temps de Palanquine, le lecteur se trouve plongé d’une poigne impitoyable dans un monde sombre et oppressant, fortement teinté steampunk (au sens littéral du terme) pour des raisons que nous ne dévoilerons pas ici.

Nous abordons la pénombre d’un appartement de Délicité, ville monstre à l’agonie, théâtre rétro-futuriste et déliquescent dont l’esthétisme se trouve coincé quelque part entre les années 40 du siècle dernier et un futur bien trop proche. Nous y rencontrons John Linker, le narrateur de l’histoire, fou d’amour pour la belle Eleanor Wayne autour de laquelle gravite le merle Nemo et ses trilles chantantes. Ce couple, tel le roc dans le tempête, s’engagera dans l’aventure de la rectification temporelle accompagné de deux acolytes, Sarah Quarry et William Torn. L’un bourreau et l’autre victime, pôles magnétiques entre lesquels s’électrise un arc hideux de violences sexuelles et psychologiques. Une bien étrange équipe pour une destination non moins étonnante et incertaine…

« Alors qu’est ce qu’on est vraiment lorsque d’un coup tout déraille ? J’essaie d’affronter cela et de l’écrire. Et quoi de plus terrible que l’aliénation subie par les êtres humains ? De plus révélateur ? Je parle de l’aliénation sous toutes ses formes : physique, mentale et sociale. C’est mon terreau à moi. »

(entretien paru dans Bifrost n°85 entre Tierry Di Rollo et Olivier Girard, son éditeur)

Si Thierry Di Rollo nous parle ici de voyages temporels, avec force théories et lois scientifiques à l’appui, on aura vite compris que l’intérêt de cet ouvrage se situe ailleurs, c’est à dire vers le centre, dans les nimbes intérieures et autres circonvolutions de l’âme humaine (ou du moins de sa psyché).

Treizième roman à l’actif de l’écrivain, Le Temps de Palanquine s’inscrit par conséquent et par essence dans une dimension poétique, onirique et introspective. S’il renoue bien ici avec les obsessions récurrentes de l’auteur – la violence, le désespoir, le sexe, la drogue (vous reprendrez bien un peu de K. Beckin ?) – il n’en demeure pas moins une tentative nouvelle, alors que tout s’effondre, d’un sursaut vers la vie peu coutumier à l’auteur.

Ce nouvel opus de Di Rollo s’étire en effet comme une ode tenace contre le déterminisme et la fatalité, comme un trait acéré pour l’audace et la croyance dans les champs des possibles. Même si l’espoir s’avère aussi ténu qu’un électron dérivant dans l’infini quantique ; parce que demain est encore là et qu’il faut bien continuer… le Temps de Palanquine s’érige pour ainsi dire en un ardent et phallique majeur dressé à la face de la toute puissante loi de l’entropie et à celle de l’esprit borné, prisonnier de ses propres schémas.

On se réjouira des petites notes d’humour ponctuant le récit comme autant de bulles d’oxygène. Je pense ici au mot laissé par Lockerbie lors de la première mission menée par l’équipe, ou à cette savoureuse rencontre inopinée entre Eleanor et Philip K. Dick à l’occasion d’une convention de SF en 1972.

Le Temps de Palanquine, ouvrage hypnotique à effet de boucle rétroactive s’annonce comme un événement fort ainsi qu’un jalon intime à part dans le parcours littéraire de l’auteur. Une lumière au bout du tunnel.

Wangobi.

L’HIVER DERNIER, JE ME SUIS SÉPARÉ DE TOI de Nakamura Fuminori aux éditions Philippe Picquier

Traduction : Myriam Dartois-Ako.

Nakamura Fuminori est un jeune auteur qui a reçu au Japon un prix pour chacun de ses livres, rien que ça ! Ce livre est son troisième roman paru en France, mais pour moi c’était une découverte et une belle…

« Un journaliste est chargé d’écrire un livre sur un photographe accusé d’avoir immolé deux femmes, mais pourquoi l’aurait-il fait ? Pour assouvir une effroyable passion, celle de photographier leur destruction par les flammes ? A mesure que son enquête progresse, le journaliste pénètre peu à peu un monde déstabilisant où l’amour s’abîme dans les vertiges de l’obsession et de la mort. Un domaine interdit où il est dangereux, et vain, de s’aventurer… »

Nakamura Fuminori nous plonge dans un univers sombre, peuplé de personnages étranges, fascinants, habités par des obsessions puissantes. Il construit son roman en alternant le récit du journaliste qui enquête et des documents à la provenance mystérieuse : lettres, rédactions d’enfant, transcriptions de documents vidéo…  Il mêle tous ces éléments  avec une habileté magistrale et crée une intrigue tortueuse : on est perdu, on se jette sur la moindre piste, on s’engouffre dans toutes les impasses et chaque nouvel éclairage, chaque élément nouveau nous entraîne toujours plus loin dans la noirceur et la folie.

Les personnages sont tous des êtres torturés, obsédés par des passions dévorantes, il est question ici  d’amour, de folie, de mort, de vengeance mais aussi d’art. Le narrateur est fasciné par Kiharazaka Yûdaï, le photographe condamné à mort pour avoir immolé deux femmes, par ses œuvres puissantes et par le personnage. L’homme est instable, insaisissable, obsédé par son art et la perfection de l’image qu’il veut obtenir, il n’a aucune empathie pour ses modèles. Cette quête artistique l’a déjà mené à l’hôpital psychiatrique par le passé.

Le journaliste, qui lui-même n’est pas au mieux et s’anesthésie pas mal à l’alcool, rencontre tout un tas de personnages étranges plus ou moins malsains qui flirtent avec la folie : la sœur du condamné, femme fatale et inquiétante, un fabricant de poupées qui peuvent surpasser leur modèle mais sont parfois maudites, un ami d’enfance, mathématicien qui a exploré les limites de son intelligence…

Des questions se posent sur la culpabilité du photographe, mais enquêter dans cette atmosphère vénéneuse où les passions ne sont qu’absolues, les sentiments exacerbés et où les apparences sont doublement, voire triplement trompeuses peut être dangereux.

L’écriture de Nakamura Fuminori est ciselée, envoûtante, et il se joue de son lecteur avec un talent extraordinaire jusqu’à la toute fin, avec une révélation finale plus que déroutante pour achever le lecteur déjà soumis à rude épreuve tout au long du roman.

Brillant.

Raccoon

LE DERNIER PÉCHÉ de Rebecka Alden / Denoël.

Traduction : Lucas Messmer (suédois)

 

« Vous pensiez qu’il n’existait que sept péchés capitaux? Voici le huitième, et il est redoutable…
Brillante auteure et conférencière, Nora sait convaincre son public que le bonheur et la réussite sont à la portée de chacun, pour peu que l’on s’en donne la peine.
Ce bonheur, elle a décidé de le construire après son accident, survenu dix ans plus tôt lorsqu’elle est tombée du septième étage et a miraculeusement survécu.
Elle vit à présent avec son mari, Frank, qui est aussi son agent, et leurs deux enfants, dans un quartier résidentiel cossu. Une fois par an, Nora organise pour tout le voisinage une somptueuse fête où elle joue à merveille son rôle d’hôtesse.
Mais ce tableau idyllique est un jour bousculé par l’arrivée de Klara, qui s’installe dans la maison d’en face. Alors que Nora s’attaque à son prochain best-seller – un roman sur les sept péchés capitaux –, Klara se montre une voisine de plus en plus présente. Charmante et gaie, elle séduit tout le monde. Seule Nora ressent un profond malaise. Petit à petit, des fragments de son passé lui reviennent et un soupçon se met à la hanter : et si cette chute, dix ans plus tôt, n’avait pas été accidentelle? »

La proposition était alléchante, elle possédait des atouts. Mais l’emballage présente plus d’attraits que la confiserie.

Un couple mène une existence quasi bucolique dans un cadre où voisinage et activités professionnelles communient dans un bel équilibre. Celui-ci se rompt à l’apparition d’une étrange résidente. La vie de Nora jouit de même d’une cadence, de réglages dignes des plus illustres horlogers helvétiques. Mais voilà cette dérangeante voisine instillera le grain de sable dans le mécanisme huilé. Et le temps printanier laissera la place à un climat gris et tumultueux. Entre analyse psychologique déroutante et suspense pavé d’évidences lestes, le récit se veut tel une toile arachnéenne.

Le rythme de sa lecture et sa construction ne sont pas à mettre en cause, elle se montre fluide et aérée, mais c’est bien plus dans l’équilibre et le manque d’originalité que le récit faillit. L’intrigue n’en est pas une et souffre d’ incohérences et d’absence de tension percussive. Les impostures, la veulerie humaine étaient le cadre d’un roman qui aurait pu, qui aurait dû imposer un tempo différent et surtout une consistance affirmée.

L’incise entre le tourbillon,Charybde, et le récif, Scylla, s’oppose par ce biais et l’accord de la raison et de la foi permet de mettre en évidence une situation qui se dégrade de manière inéluctable. Évoquée dans le livre l’image est bien réelle et adaptée sans pour autant nous délivrer ce message sous son meilleur prisme dans sa mise en abîme.

J’en ai, probablement, trop attendu et du coup la déception n’en est que plus marquée…

Noir Clair.

Chouchou.

LATIUM de Romain Lucazeau (tome I et II) / Denoël/Lunes d’encre

 

Romain Lucazeau est le lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire 2017 du meilleur roman francophone, distinction qu’il recevra à Saint Malo le 4 juin prochain à l’occasion du festival « Etonnants Voyageurs » pour son premier roman Latium, sorti fin 2016 chez Lunes d’encre. La nouvelle fera grand bruit au sein du petit monde de la science-fiction française, n’en doutons pas, et mérite que l’on s’y intéresse de plus près. Gilles Dumay, son éditeur, a même été jusqu’à dire « qu’ il est le parfait exemple de la SF que j’ai toujours souhaité publier, qui fait autant rêver que réfléchir (et dont « Dune » m’a toujours semblé être l’archétype insurpassable). ».

Qu’en est-il exactement ? Ouvrons les quelques 449 pages de son premier volet afin de nous faire une idée du phénomène.

Et si Rome était vraiment éternelle ? Qu’elle avait propulsé ses philosophes les plus audacieux au sein des étoiles ? La mystique pythagoricienne et la réminiscence platonicienne chevauchant de conserve des automates intelligents sur les routes galactiques de la sentience et du libre arbitre : telle est la vision lumineuse que Romain Lucazeau souhaite nous faire partager au travers de son diptyque Latium.

Cet ancien normalien de 35 ans, agrégé de philosophie et qui enseigna à Science-Po Paris avant de de devenir consultant, frappe fort dans son premier roman. C’est un coup de maître. Si les aficionados du genre avaient déjà pu préalablement goûter à la saveur antique de ses nouvelles, force est de constater que ce jeune auteur restait pour le grand public nettement méconnu. Cet état de fait n’est plus de mise, les trois coups viennent d’ailleurs de sonner et le rideau se lève sur les étendues glacées du cosmos :

Une Nef, véritable machine de guerre s’étendant sur des dizaines de kilomètres y git inexorablement, quasi-éteinte à elle-même et au monde. Ce colosse de métal est un automate computationnel, un assemblage de programmes plus ou moins complexes organisant et participant à un tout dénommé Plautine. Cette Intelligence pour l’instant endormie s’est mise en quête de l’Homme, dont elle tire son origine. Disparue depuis des millénaires, annihilée après une mystérieuse hécatombe, l’humanité semble avoir en effet bel et bien déserté le cosmos.

Or sans l’homme, point de salut : la privation du créateur incarné rend l’éternité des machines impensable. Elles deviennent folles, amputées qu’elles sont de leur raison d’être, impuissantes à contrôler la menace extérieure. Car les barbares forcent les frontières du bras d’Orion, prêts à fondre sur cet ersatz d’humanité mécanique restant. Les semblables de Plautine en attente de son hypothétique retour se sont d’ailleurs retranchées dans l’Urbs, cité bâtie aux abords du système solaire des origines. L’espoir semble bien maigre, quand surgit soudain un signal des profondeurs de l’espace…

Le décor étant planté, on n’en dira pas plus de l’intrigue et des protagoniste en jeu tant le plaisir de la découverte est grand. Le récit s’annonce gorgé de « sens of wonder » propre à toutes les grandes épopées SF, porté ici au pinacle d’une écriture savante et fluide, ciselée de main d’orfèvre, étourdissante d’envolées conceptuelles mais jamais pompeuse. On pourrait croire dans ce théâtre de machines à une hard SF mâtinée d’allégories métaphysiques assommantes et inaccessibles au néophyte : il n’en est rien !

Il y a en effet une grande poésie sous la plume de Lucazeau, et même un coup de pinceau à la Miyazaki rapprochant l’oeuvre des paysages oniriques et épiques propres à l’enfance. Ainsi la geste homérique des hommes-chiens du proconsul Othon, ou celle plus humble mais non moins touchante du petit robot scarabée Virgil délivrant Plautine de ses propres entrailles de fer et de feu.

Et quel incroyable paradoxe que de voir ces Nefs, demi-dieux mécaniques ayant le pouvoir d’embraser et de réduire à néant des planètes entières, soumises à l’absence de leur primate de créateur !

Un noeud épineux et oedipien propre à cette tragédie spatiale post-humaine que nous propose de démêler Romain Lucazeau, qui aime visiblement Corneille, les monadologies de Leibnitz et le théâtre antique. Cette quête ontologique s’inscrit donc avec brio comme un prolongement des fresques dantesques élevées par les géants de la science-fiction que sont Dan Simmons, Iain M. Banks, Asimov et même K. Dick.

L’aventure nous portera jusqu’au rivage de l’Urbs, à ses intrigues de palais et bien évidemment jusqu’à sa révélation finale, mais il me semble avoir écrit préalablement que je n’en dirai pas plus.

Aux lecteurs qui se sont déjà régalés des deux tomes de Latium, notons que l’excellente nouvelle « De si tendres adieux » est parue dans le Bifrost n°84, faisant écho au trio Béréniké, Antiochus et Titus dans une sorte de préquelle à l’épopée présente.

Aux autres, je ne saurais que trop recommander cette lecture captivante, inaugurant le parcours, on l’espère bien, d’un futur grand de la science-fiction française.

Wangobi

KADHAFI, LE FOOT ET MOI de Luca Masali / Métailié noir.

Traduction: Serge Quadruppani.

« Début des années 80. Dans une Turin dominée par la Fiat, où les Brigades rouges tirent leurs derniers coups de feu, Giovanni Oddone, petit dealeur et demi-maquereau que seuls le football et les grosses voitures passionnent, est arrêté à la suite d’un imbroglio qui lui vaut d’être accusé de terrorisme. Mais, du fond de sa prison, il va se lancer dans une entreprise à la mesure de son hilarante mégalomanie : monter une arnaque grandiose impliquant la Fiat, la Toro – l’autre équipe de foot turinoise – et Kadhafi. Pour cela, il va utiliser les charmes plastiques de Cosetta, sa petite amie pas vraiment soumise, et les folies cocaïnées d’une héritière fantasque de l’empire Agnelli, mais il lui faudra compter sur de nombreux adversaires : les bureaucrates du foot, une policière amoureuse de Cosetta et surtout la mafia, qui tire les ficelles. »

 Encore une jolie petite trouvaille des éditions Métailié avec ce polar de Luca Masali très connu en Italie mais pour de la SF. Ici, c’est un roman qui va flirter allègrement avec la comédie très burlesque avant de se glisser vers des horizons beaucoup plus sombres créant un suspense qui ne connaîtra son dénouement qu’en toute fin de roman.

Pas besoin d’être fan de foot pour aimer ce roman et puis le foot, en Italie, c’est une religion, un invariant de la société italienne où les meilleurs amis peuvent ne plus se parler le lendemain d’un Lazio / Roma, d’un Inter /Milan AC et bien sûr, et c’est ce qui nous importe d’un Juventus / Toro à Turin. Passons sous les symboliques et sous les aspects politiques de l’histoire des clubs : ce qui nous intéresse, c’est l’attachement éternel à un club, à un maillot dès la plus petite enfance, tout le folklore raconté avec amusement par l’auteur.

Pas non plus besoin de s’intéresser à la geopolitique ou au monde des barbouzes pour apprécier le rôle des services secrets russes, ricains, iraniens mis en alerte à la suite d’une méprise de Giovanni, identifié, à tort, dans la mouvance terroriste qui frappe le pays à l’époque. Quant à l’opération que tente de monter notre pathétique héros, en payant durement de sa personne, avec le dictateur libyen, elle contient un fond de vérité puisqu’un des fils de Khadafi a bien été actionnaire de la Juve, bien plus tard, dans les années 2000 et avait même commencé une carrière de footballeur pro adoubé par les relations et les pressions de son père car ses qualités intrinsèques de footballeur ne sautaient pas immédiatement aux yeux des entraîneurs. Je vous conseille de jeter un œil sur la fiche wikipédia de l’abruti, elle vaut tous les romans.

Bref, l’aspect footballistique comme les références à Kadhafi ne doivent pas vous freiner et si vous désirez passer un bon moment de bouffonneries parfois assez grasses mais par ailleurs toutes très exubérantes, suivez les pérégrinations de Giovanni Oddone, un peu proxo, un peu barjot, très mégalo et grand fan du Toro aux prises avec la police et la Maffia dans l’Italie des années 80.

Exubérant !

Wollanup.

AU MILIEU DE NULLE PART de Roger Smith / Calmann Levy.

Traduction: Estelle Roudet.

« Ivre et pris d’un accès de violence, le président de l’Afrique du Sud, suite à une dispute avec son épouse, la tue d’un coup de lance. Sans scrupule, il exige aussitôt de Steve Bungu, son fidèle exécuteur des basses œuvres, d’organiser le mensonge qui l’exonérera et lui permettra de rester au pouvoir. Comment ? En forçant un ancien flic à la réputation irréprochable de monter une enquête bidon accusant quelqu’un d’autre à sa place.
Pendant ce temps, relégué à des tâches subalternes pour avoir critiqué le régime corrompu de l’après-apartheid, l’inspecteur Disaster Zondi est expédié en plein milieu du désert du Kalahari pour y arrêter un vieux suprématiste blanc accusé d’avoir tué un jeune Noir. »

« Au milieu de nulle part » est le huitième roman de Roger Smith à paraitre en France .Ancien militant anti-apartheid, réalisateur et scénariste, Roger Smith est avant tout un formidable auteur de thrillers prenant pour cadre son pays, l’Afrique du Sud, dans la période actuelle, c’est-à-dire  plus de vingt ans après la fin de l’Apartheid sauf pour Un homme à terre , situé aux USA. C’est le quatrième roman de l’auteur que je lis et je dois bien reconnaître qu’il ne m’a jamais déçu, m’a souvent surpris et secoué et très souvent enthousiasmé.

Connaissant bien les règles du thriller, Smith construit ses romans avec des chapitres courts, nerveux, efficaces et un incipit toujours monstrueux créant de suite l’addiction. Celui-ci ne fait pas exception aux règles que l’auteur s’est dicté mais il a ce coup-ci franchi un cap, même si c’est très facile pour un Sud-Africain de franchir le Cap ( je sais, elle est mauvaise mais je n’ai pas pu m’en empêcher, fallait que je la fasse).

Jusqu’à maintenant, les romans de Smith que j’ai eu la chance de lire s’intéressaient à des individus lambda se débattant dans des situations d’urgence, souvent en fuite dans un pays particulièrement chaotique et violent. Ici, il s’intéresse au sommet de l’ Etat avec cet assassinat à la lance tribale d’une de ses épouses par le président sud-africain et lors d’une enquête double et trouble fait le portrait terrible du pays, d’un point de vue politique dans une nation où une partie des bannis sont devenus les nantis et où les Boers, seigneurs parias sont maintenant des parias, enfin ceux qui réclament encore la suprématie blanche.

Bref, jusqu’à maintenant Roger Smith peignait des situations où les personnages étaient victimes de la corruption alors qu’ici, il nous permet de voir comment celle-ci fonctionne, qui la crée, qui la maîtrise et qui en profite avec des méthodes millénaires de chantage ordinaire ou d’Etat. Et que ce soit Joe Low le flic légendaire cassé, Steve Bungu l’ancien combattant de l’ANC devenu maintenant exécuteur des très basses œuvres étatiques ou Disaster Zondi l’enquêteur découvert dans « mélange de sangs », ils ont tous trois connu des drames, des absences, fait des conneries qui les enchaînent au bon vouloir d’ un pouvoir aussi corrompu qu’à l’époque où Mandela était emprisonné.

L’ampleur sociétale donnée au roman est accentuée par des personnages secondaires particulièrement tordus comme Magnus Kruger accusé de meurtre qui a créé ce qu’il nomme une république boer indépendante au fin fond du Kalahari en compagnie de 300 nazes illettrés fin de race et probablement consanguins ce qui excuserait en partie une telle misère intellectuelle. On comprend très vite que les trois personnages principaux, par leurs engagements, leurs idéaux, leur histoire, ne se laisseront pas tous balader et on sait très vite que le maquillage du meurtre va partir en sucette. De fait, la situation initiale explosive va dégénérer rapidement et le lecteur connaîtra d’imprévisibles rebondissements, des scènes hallucinantes par le déchaînement inouï de violence bien souvent salement gratuite, aveugle et cette impression de saleté qui couvre les pages, de gâchis quand on voit que les victimes d’autrefois sont devenues égales aux bourreaux d’antan.

Probant réquisitoire contre le pouvoir politique sud-africain, les élites dirigeantes, la valetaille avide, « Au milieu de nulle part » est un formidable roman qui colle aux doigts tant l’histoire poisseuse, puante, vous dégomme dès le départ pour ne plus vous lâcher pendant plus de quatre cents pages de sang et de larmes.

Impeccable.

Wollanup.

PS: pour devancer les éventuelles questions…  Dans le même genre que lui pour ce roman, ouais, c’est largement meilleur que les derniers Deon Meyer.

HOTEL DU GRAND CERF de Franz Bartelt / le Seuil / Cadre noir.

Franz Bartelt est un poète, nouvelliste, dramaturge et feuilletoniste, plusieurs cordes donc à son arc littéraire. Depuis 20 ans, il est présent dans le paysage littéraire français, et, comme beaucoup certainement, je l’ai découvert il y a plus de dix ans au moment de la sortie à la Série Noire de « le jardin du bossu ». Si vous êtes lassés des polars hyper calibrés, si vous recherchez un roman original tout en restant néanmoins un polar particulièrement solide, plongez dans l’univers baroque de Franz Bartelt, cet « Hôtel du grand cerf » est une étape très recommandée.

« À Reugny, petit village au cœur des Ardennes, plane depuis cinquante ans le secret de la mort de Rosa Gulingen. La star mondiale de cinéma avait été découverte noyée dans la baignoire de sa chambre à l’Hôtel du Grand Cerf, qui accueillait l’équipe de son prochain film ; du bout des lèvres la police avait conclu à une mort accidentelle. Quand Nicolas Tèque, journaliste parisien désœuvré, décide de remonter le temps pour faire la lumière sur cette affaire, c’est bien logiquement à l’Hôtel du Grand Cerf qu’il pose ses valises. Mais à Reugny, la Faucheuse a repris du service, et dans le registre grandiose : le douanier du coin, haï de tous, est retrouvé somptueusement décapité. Puis tout s’enchaîne très vite : une jeune fille disparaît ; un autre homme est assassiné. N’en jetons plus : l’inspecteur Vertigo Kulbertus, qui s’est fait de l’obésité une spécialité, est dépêché sur place pour remettre de l’ordre dans ce chaos. »

Quand des auteurs non spécialisés dans le polar y mettent leur plume, les romans, en plus des canons d’un genre, regorgent souvent d’originalités, de trouvailles, de singularités, de moments différents qui plairont au lecteur patient tout en pouvant énerver le lecteur avide de sensations beaucoup plus fortes et immédiates.

Et c’est le cas dans cet éblouissant « Hôtel du grand cerf ». Entamé comme un roman rural très classique, sis dans les Ardennes belges décrivant le petit univers de la commune de Reugny, le roman , tout en gardant la singularité d’une chronique villageoise, s’en démarque très rapidement avec l’arrivée d’un formidable personnage en la personne de Vertigo Kulbertus, enquêteur dépêché par sa hiérarchie pour élucider le mystère de ces meurtres qui s’abattent sur la contrée. Flic solitaire, obèse, à deux semaines de la retraite, l’animal ne va pas y aller avec des pincettes pour réveiller de leur torpeur des autochtones, abasourdis par les méthodes spéciales de Kulbertus, personnage outrancier dans ses agissements, ses réparties… Un punk dans l’âme et sans états d’âme. Vertigo Kulbertus président !

Conséquence de l’arrivée du « barbare », des scènes d’investigation policière complètement à l’ Ouest, des dialogues étranges sur les hémorroïdes devant des suspects ébahis, stupéfaits. Vertigo, à sa manière, sonde l’insondable, provoque gentiment dans les termes et fait horriblement mal dans sa manière de parler sans langue de bois. Et c’est un enchantement, un peu comme dans les romans de l’Autrichien Heinrich Steinfelt (« Requins d’eau douce ») autre grand barge du polar, les tableaux se succèdent dans une ambiance franchement hilarante, décalée et parfois aux bords ultimes du grotesque.

Avec un tel Vertigo au taquet, l’histoire aurait pu rester moyenne, sans coup d’éclat, mais Franz Bartelt a su y adjoindre une intrigue de haut vol qui va vous faire vivre de beaux rebondissements, crédibles et totalement imprévisibles, achevant ainsi le lecteur déjà bien secoué par Super Vertigo et nous renvoyant vers des périodes très obscures de l’histoire du XXème siècle des deux côtés de la frontière.

Ce roman aux senteurs très Agatha Christie avec un Hercule Poirot trash est de plus servi  par une langue riche, particulièrement addictive qui ne permet pas de réelles pauses et sous l’ironie, l’humour, le sarcasme, l’outrance et l’outrage se glisse une description bien navrante de certains comportements humains de la faune locale.

Après « Récit d’un avocat » d’ Antoine Bréa, « Hotel du grand cerf » prouve allègrement que la collection polars du Seuil a su réussir sa mue avec des romans un peu hors du cadre traditionnel et qui font de « cadre noir » , une collection sur laquelle, il faudra vraiment compter à l’avenir , y compris, et c’est bien, pour les auteurs français.

Très attachant.

Wollanup.

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