Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Wollanup (Page 77 of 80)

LE LAGON NOIR d’Arnaldur Indridason/Métailié noir.

Traduction, évidemment, le talentueux et fidèle compagnon Eric Boury,

Douzième roman de la saga du flic Erlendur en Islande, « le lagon noir » ravira les habitués d’ Indridason tant le personnage est savamment étudié par le grand maître. Alors, depuis qu’il a égaré son héros dans la région des grands lacs de l’est ou de l’ouest de l’île lors d’une enquête, je ne sais plus exactement, et qu’il ne sait plus quoi faire de son flic en 2016, Indridason écrit des prequels qui ravissent les fidèles du flic taciturne et qui nous montrent en partie les causes des tourments de son héros tout en nous révélant ses obsessions, sa grande humanité et sa compassion pour les oubliés, malades, émigrés, bannis. S’il s’adresse en premier aux lecteurs compulsifs de l’auteur, ce tome comme tous les autres peut très bien être lu par les néophytes qui apprécieront certainement les qualités d’écriture de l’auteur, véritable ambassadeur de ce petit caillou glacé de l’Atlantique Nord.

« Reykjavik, 1979. Le corps d‘un homme est repêché dans ce qui va devenir le lagon bleu. Il s’agit d’un ingénieur employé à la base américaine de l’aéroport de Keflavik. Dans l’atmosphère de la guerre froide, l’attention de la police s’oriente vers de mystérieux vols effectués entre le Groenland et l’Islande. Les autorités américaines ne sont pas prêtes à coopérer et font même tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher la police islandaise de faire son travail. Dans un climat de tension, conscients des risques qu’ils prennent, Erlendur et Marion Briem poursuivent leur enquête avec l’aide d’une jeune femme noire, officier de la base.

Le jeune inspecteur Erlendur vient d’entrer à la brigade d’enquêtes criminelles, il est curieux, passionné par son métier, soucieux des autres, mais il ne cache pas son opposition à la présence américaine sur le sol islandais.

En parallèle, il travaille sur une vieille affaire non résolue. Une jeune fille disparue sur le chemin de l’école quarante ans plus tôt, à l’époque où la modernité arrivait clandestinement dans l’île, portée par les disques de rock et les jeans venus de la base américaine. »

Flic très atypique, Erlendur, s’intéresse, de manière privée, une fois de plus, au « cold case » d’une jeune fille disparue et c’est l’occasion de belles rencontres avec des Islandais ordinaires, derniers témoins avant l’oubli afin d’aider Erlendur dans des recherches d’une personne dont tout le monde, des décennies plus tard, n’a plus grand chose à faire. On le sait, Indridason va à son rythme, s’intéresse aux petits détails, ausculte de manière très pointilleuse les histoires, creuse les moindres pistes, fait des investigations qui n’intéressent que lui et toute cette quête est, à nouveau, de premier ordre en montrant aussi une facette plus musclée qu’on ne lui connaît pas forcément.

Parallèlement on suit l’enquête sur la mort mystérieuse d’un homme retrouvé flottant dans un lagon d’une région désertée par les Islandais et les fans se réjouiront de retrouver Marion, la chef et mentor d’Erlendur, à ses côtés. Les investigations vont tourner autour d’une base américaine, vestige de l’occupation des forces alliées pendant la seconde guerre mondiale et considérée comme une verrue sur le sol islandais par Erlendur comme par son créateur. Indridason connait parfaitement le sujet puisque jeune, il a lui- même travaillé sur cette base et ceci lui donne une nouvelle occasion de montrer sa farouche opposition aux invasions étrangères sur son ile.

Attention, Indridason ne ronronne pas, c’est très bon et comme toujours admirablement écrit que ce soit dans les descriptions des Islandais ou dans le tableau amoureux de la nature tourmentée du pays.

Humain!

Wollanup.

 

ORGASME de Chuck Palahniuk / Sonatine

Traduction: Clément Baude

 

 

Je n’ai jamais été un grand fan des romans de Chuck Palahniuk tout en lui reconnaissant un verbe fort pour écrire des satires sociales au vitriol et parfois dérangeantes mais là, je pense faire un break après celui-ci qui me laisse un bien sinistre souvenir.

« Penny Harrigan, jeune femme modèle et aspirante avocate, travaille dans un prestigieux cabinet new-yorkais. C’est là, au détour d’un couloir, qu’elle rencontre le magnat des médias, Linus Maxwell, venu régler les détails de son divorce avec la star française Alouette d’Ambrosia. Le soir même, Linus invite Penny à dîner.

Comment s’habiller lorsqu’on sort avec l’homme le plus riche du monde ? Comment se comporter quand son hôte compte parmi ses conquêtes les femmes les plus célèbres et les plus puissantes de la planète ? Et pourquoi un homme comme lui invite-t-il à dîner une fille aussi désespérément normale ? Malgré toutes ces questions, Penny passe une soirée de rêve, et c’est le début d’un véritable conte de fées.

Notre Cendrillon des temps modernes tombe en effet sous le charme de son chevalier servant. Amoureux platonique, celui-ci l’enchante. Aussi, quand elle croise Alouette à Paris et que celle-ci lui conseille de ne surtout jamais faire l’amour avec Maxwell, Penny ne comprend d’abord pas très bien. Mais, très vite, tout s’éclaire. Maxwell voue en effet une véritable obsession au plaisir féminin, une obsession aux conséquences multiples et très étonnantes. »

Oh, bien sûr je m’excuse parce que c’est sûrement moi qui n’ai pas saisi la portée philosophique de la chose, la brillante satire sociale, c’est moi, pas de problème, je plaide coupable, le tsunami c’est moi, l’explosion du Hindenburg, c’est moi aussi et Kennedy, bien sûr, c’est moi mais je n’aime pas trop en parler… J’ai raté quelque chose avec ce roman parce que: trop prude, trop vieux, trop collet monté, trop provincial, trop has-been, trop ringard, trop con, je veux bien tout entendre après avoir écrit brièvement ce que je pense de ce roman et je dis bien brièvement parce que je ne veux pas trop m’attarder dessus très longtemps et après si vous voulez le lire, ne vous privez surtout pas.

Préalablement, il faut bien le reconnaître, c’est bien écrit et on suit le début de l’histoire de cette nouvelle « Cendrillon » avec un brin d’amusement sachant bien avant Penny que les dégâts sont à venir et même quand le roman commence à devenir n’importe quoi dans le dernier tiers, on peut toujours y voir un certain intérêt grâce à l’écriture de Palahniuk mais c’est vraiment tout ce que j’ai pu trouver de positif dans « Orgasme ».

Ce qui navre déjà au départ, c’est qu’un homme ait la prétention d’écrire un roman basé sur le plaisir féminin en mettant toutes les femmes dans un même panier de jouisseuses animales réagissant de manière uniforme, bestiale, sauvage et sans aucune retenue aux stimuli de machines créés par Max, grand séducteur. C’est une vision assez accablante, déprimante, animée par une prétention sans fin. Alors, évidemment on est dans une fable, un conte cruel et on abandonne toute retenue, tout réalisme quand des évènements majeurs et catastrophiques sont racontés puis oubliés sans conséquence aucune sur la marche du monde. Juste choquer, provoquer par des scènes chocs mais pas du tout susceptibles de vous faire fantasmer. Il y a des moments très chauds, sexuels mais sales,voire franchement dégueulasses et pas du tout propices aux fantasmes ou alors je ne comprends plus rien.

En fait ces passages pornographiques doivent choquer tout en montrant une critique de la société mais celle-ci est pauvre, simpliste, dirigée contre les femmes, pauvre troupeau de bécasses uniforme lisant toutes les mêmes romans insipides, utilisant toutes le même parfum, chaussant les mêmes chaussures ridicules… et les New-Yorkais avec qui l’auteur doit être franchement en conflit pour balancer de la sorte.

Alors, il y aura bien des surprises, si vous les aimez bien déjantées dans le gros bordel final caricatural où on bascule presque dans une histoire de zombies.

Faites donc connaissance avec Baba Barbe-Grise grande prêtresse du plaisir surnommée ainsi à cause de sa toison pubienne qui lui tombe aux pieds. En gros, bandant comme du Sardou.

Enjoy!

Wollanup.

 

 

TROIS JOURS ET UNE VIE de Pierre Lemaitre/Albin Michel

Alors, en préambule, je fais partie des rares neuneus qui n’ont pas lu « Au revoir là-haut »  mais je vais bientôt m’y mettre ayant appris que l’immense Albert Dupontel allait en faire l’adaptation cinématographique. Je ne suis donc pas de ceux qui attendaient avec impatience la suite du roman récompensé par le prix Goncourt en 2013 et qui finalement doivent se « contenter » d’un roman noir, premières amours de l’auteur et n’ai donc aucun a priori vis à vis de l’auteur.

« À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.
Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.
Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

Tout commence bien par la mort d’Ulysse le chien des voisins pour Antoine qui va, et on l’apprend très vite, tuer Rémi par accident, cacher son acte et devenir un assassin à l’âge de douze ans. Un sujet déjà souvent lu, un décor champêtre de nos campagnes qu’on voit si souvent traité en ce moment dans la littérature noire, rien de quoi faire sauter au plafond un lecteur qui découvre Pierre Lemaître et pourtant ce roman a beaucoup d’atouts provenant plus de l’ambiance qu’a su créer l’auteur que d’une intrigue bien menée mais ne faisant pas forcément s’émouvoir tant on est partagé vis à vis d’Antoine. Peut-on être considéré comme coupable de meurtre à 12 ans? Selon votre opinion, vous vivrez ces trois terribles jours d’enquête en tremblant pour l’enfant ou en espérant qu’il soit découvert. C’est selon, mais dans les deux cas en admirant la manière de Lemaitre pour mettre Antoine au cœur de l’événement, lui faire traverser tant d’épreuves avec sa vision d’enfant déformée ou totalement fausse des événements.

Mais la plus grande réussite de « trois jours et toute une vie », c’est d’offrir un beau portrait de la population de cette petite ville au moment d’un drame qui touche toute la communauté. Au centre bien sûr Antoine et sa mère, puis la famille accablée, puis le maire et patron de l’usine, puis l’ensemble de la population réagissant au drame en tentant une solidarité qu’une catastrophe naturelle fera vite exploser. On voit les hiérarchies communales, les rumeurs, les inimitiés, les jalousies, les hypocrisies, les accusations, le rôle encore important de rassembleur de l’église… toute une vie provinciale qui est décrite de façon juste, sans remarques, sans jugements même si en lisant bien la partie consacrée à la messe, on y note des sommets d’hypocrisie, de bons sentiments à gerber du côté clergé comme du côté pratiquants.

Et il y a aussi d’autres réflexions qui me viennent à l’esprit mais que je dois taire pour ne pas spolier l’histoire. L’étude du tissu social de Beauval est passionnante et nul doute que Pierre Lemaitre est fin observateur de ces contemporains et de leurs agissements et comportements. Un bon roman qui séduira les plus sociologues des amateurs de Noir et peut-être ennuiera d’autres par son manque d’action qui cache néanmoins certaines révélations finales surprenantes voire touchantes.

Intelligent.

Wollanup.

 

 

 

 

 

 

J’AI ÉTÉ JOHNNY THUNDERS de Carlos Zanón/Asphalte

Traduction: Olivier Hamilton

Rock!

Ce roman est rock, doublement rock, infiniment rock. Rock dans le sens musical mais aussi dans le sens anglais de pierre précieuse de joyau noir et je n’ai pas peur de tels superlatifs tant j’ai été ébloui et bousculé par ce roman. Tout est magique pour l’amateur de rock un peu expérimenté, comme dans « Haute Fidélité » ou « 31 songs » de Nick horby, le genre de roman où l’évocation de groupes, d’époques musicales, de morceaux vous rappelle différentes étapes bonnes ou mauvaises de votre propre histoire, où les choix musicaux vous rendent d’emblée complices de l’auteur. Et le parcours musical proposé dans ce roman colle de façon presque inquiétante au mien. J’ai jubilé pendant tout le roman et j’aurai du mal à expliquer de façon précise à quel point j’ai lu le roman que j’attendais depuis un petit moment. Le genre de bouquins dont vous avez vraiment envie de parler avec vos amis. L’auteur en est même devenu un pote au moment où j’ai commencé à chipoter sur une référence musicale et pourtant c’est une sacrée pointure en matière de culture rock. Et si j’ai choisi de mettre en premier Pixies, c’est d’abord parce que les pages parlant du morceau « Debaser » dans le roman sont superbes et je n’ai pu qu’approuver ces dires tout en notant à plusieurs reprises une vraie préférence pour Kim Deal par rapport au « gros » et d’autre part, c’est quand même Pixies la grande star musicale de ce roman, qu’on retrouve dans certaines pages, dans les titres de chapitres « Ed is dead », dans des moments urgents ou dramatiques à vous briser le cœur.

Et là, je m’interromps un instant parce qu’il n’y a quand même une grosse connerie dans le roman, une énorme pour moi, mais vu la confidentialité du groupe en France, cette énorme bévue ne choquera sûrement pas grand monde et n’est pas très importante dans l’histoire non plus. Mais, moi, je suis un grand fan des Avett Brothers dont la musique est attachée à de belles périodes récentes de ma vie et ils n’ont jamais écrit « live and let die », c’est McCartney pour un James Bond,  les Avett Brothers chantent « Live and Die » et ce morceau magique, » les Beatles sous le soleil » respirant l’humanité, les bonheurs simple vécus et chantés, est présent à deux énormes moment du roman, l’un terriblement tendre et émouvant et l’autre complètement ahurissant et je vous invite à lire le dernier chapitre avec le morceau au casque, je l’ai tenté et si vous avez aimé le roman jusque là, eh bien là, vous allez mourir de plaisir… « Live and Die »

De la magie, dès la couverture, quelle belle photo qui colle bien à l’histoire, un mec en cuir triturant sa guitare mais ce n’est pas Johnny Thunders, c’est un anonyme dans un bar, un prolo du rock, un roadie à vie, un glandeur des backstages, un mec trop camé pour voir sa triste réalité qui à 40 ans s’en imagine 20. Ce n’est pas le côté glamour du rock que l’on va connaître, ce n’est pas festif, c’est un roman noir que vous allez lire, surtout un roman noir où, bien sûr, la musique joue parfois la plus belle partition mais c’est une histoire, une vraie, sale et misérable.

Le titre bien sûr, bien trouvé, l’évocation de l’icône d’une certaine génération ayant grandi et parfois, hélas, vieilli, en écoutant l’aimable hymne ado « Born to lose ». Ce n’est pas tant la zik de Thunders qui est vénérée mais plutôt son attitude destructrice, rock n’roll, « no future » « sex, drugs and rockn’roll ». Issu en partie d’un courant qui voulait brûler les icônes (« beatlemania has bitten the dust » the Clash, London Calling) Johnny Thunders se retrouve finalement canonisé comme une prochaine génération canonisera peut-être Casablancas ou Doherty. Pour ma part, les artistes qui nous montrent leur lent suicide par la drogue ne m’émeuvent plus depuis très longtemps mais l’apparition de son nom sur une belle couverture a eu immédiatement un effet attractif incontrôlable. De toutes les manières si vous êtes déjà conquis, la lecture de la quatrième de couverture ne pourra que vous enchanter si vous êtes bien le passionné de littérature noire de grande qualité qui passe par chez nous.

« Ancien guitariste de rock, Francis revient à Barcelone, dans le quartier où il a grandi, où il a noué ses premières amitiés et surtout où il a découvert le rock. La cinquantaine bien tassée et sans le sou, il doit retourner vivre chez son père. Mais Francis a un plan en tête. Retrouver une vie normale, trouver un job qui va lui permettre de payer ses pensions alimentaires en retard, renouer avec ses enfants, rester à l’écart de la drogue… Et revoir sa petite soeur adoptive, afin qu’elle l’aide à se remettre en selle. Mais celle-ci fréquente un certain don Damiàn, le parrain du quartier, qui a la main sur tous les trafics… »

« J’ai été Johnny Thunders » est donc aussi et de façon magistrale un roman noir qui vibre au son de la basse de Kim Deal et aux hurlements de Frank Black, une bande son Pixies parfaite pour la catastrophe inévitable. Francis a cru devenir une rock star le soir où il a été membre du backing band de Johnny Thunders échoué, tel l’épave qu’il était devenu, à Barcelone. Mais la réalité a été autre et il n’est devenu une gloire que dans son quartier gris de Barcelone et s’en sont suivies de longues années de coke, d’héroïne, d’alcool, de paradis artificiels avec les désillusions oubliées dans la poudre, la réalité modifiée par la seringue…Et puis à l’approche de la cinquantaine…

« Il y a toujours un commencement.

Un jour, tu te réveilles à côté de quelqu’un dont tu te fiches totalement, tu te fourres les doigts dans le nez, ils en ressortent rouges et blancs,et c’est là que te reviennent en mémoire,tout en même temps, le nom de ta mère, celui de ton fils et le titre d’une chanson. Alors tu te dis: c’est bon,ça suffit. »

Et le retour à la vie, à la réalité que vivent quotidiennement depuis des décennies les habitants de son quartier va s’avérer terriblement humiliante pour un Francis vieilli, bouffi qui repart de zéro sans un centime, sans aura ni charisme ni histoire autre que fantasmée, sans came et avec les problèmes de la vie réelle, pension alimentaire, boulot de merde, petits délits minables mais Francis affronte la réalité, se bat pour son fils ado qu’il redécouvre à l’âge de quinze ans. Mais ses démons reparaîtront très vite et quand Francis sera bien shooté, attention les yeux, le roman va accélérer en cadence mettant l’aspect musical en sourdine pour entrer dans une zone particulièrement stressante parce que Francis, malgré toutes ses fautes, ses manquements, les saloperies qu’il a pu faire aux femmes, à ses gosses est quelqu’un de très touchant dans sa quête de rédemption. L’ intrigue criminelle existe et elle permet d’offrir des scènes particulièrement violentes, percutantes. L’ étude psychologique des personnages est magnifiquement écrite. L’écrit d’une manière générale est en parfaite adéquation avec le climat général de l’histoire, très mordant, précis, rock… provoquant de nombreux chocs émotionnels de grande envergure qui vont vous mettre dans des drôles d’état si vous captez bien certains moments magiques comme d’autres monstrueusement tristes.

L’indie rock de ces trente dernières années, une histoire très noire avec des personnages aussi fascinants que misérables, les deux s’entrecroisant pour fusionner dans un final phénoménal mais aussi un auteur qui raconte son amour de la musique, qui se révèle, se raconte à travers l’histoire de Francis, s’identifie à lui en le faisant jouer des reprises de Willy de Ville, musicien qui a été l’objet d’un de ses ouvrages inédits en France. On sent le roman d’introspection, de la maturité, des réflexions sur la solitude, l’amour, le vieillissement, des coups à l’ego, des claques dans la gueule de nos fantasmes. Un énorme roman. Noir parfait.

Merci et bravo Asphalte.

ROCK!

Wollanup

L’ HOMME POSTHUME de Jake Hinkson/ Gallmeister

 

1029-cover-posthumous-56aa4a2ea5ee9

 

traduction:Sophie Aslanides

La collection néo-noir de Gallmeister, à peine un an d’existence, est déjà devenue un rendez-vous incontournable pour les amateurs de Noir ricain. Il faut dire que parrainée par un remarquable Benjamin Whitmer, elle ne pouvait que connaître et dès les premières parutions qu’un grand succès auprès de ceux qui adorent le Noir qui bouge, qui cogne, qui horrifie, qui offre un très grand plaisir de lecture.  Après l’effroyable « Corrosion » en janvier, voici donc le deuxième opus de l’année avec un nouveau roman de Jack Hinkson après « l’enfer de Church Street » lauréat du Prix Mystère de la Critique (Meilleur roman étranger) et faisant partie des 10 meilleurs polars sélectionnés par le magazine Lire en 2015 prouvant ainsi que dès le départ la collection a trouvé son public et peut être d’ores et déjà considérée comme un Must du genre. Je me demande seulement pourquoi « Cry Father » de Whitmer n’a pas obtenu, lui, cette récompense… enfin.

« Les choses ont vraiment mal tourné quand Elliott s’est suicidé. Ou plutôt quand il a raté son suicide. Car après être resté mort pendant trois minutes, le voici ramené à la vie. Et il y a cette jeune infirmière un peu étrange qui prend soin de lui. Il n’a toujours rien à perdre alors pourquoi ne pas faire un bout de chemin avec elle. Mais une fille comme ça ne voyage jamais seule, alors Elliott devra composer avec des jumeaux débiles. Et Stan the Man. »

Alors si vous n’avez jamais ouvert un roman de la collection neonoir, vous allez être sûrement bien secoués par le cocktail rednecks, violence, tourments, drogue, flingues, coups foireux, personnages au bord de la rupture, déchaînement final qui est particulièrement bien réussi et crée des romans plutôt courts et extrêmement agités dans la veine d’un JimThompson qui a si bien écrit sur les losers, les rejetés de l’Amérique, les sociopathes comme les psychopathes. Tous ces nouveaux auteurs, à qui la maison Gallmeister a offert un blanc seing pour nous montrer les pire déviances de la société américaine actuelle et les combines malhonnêtes et meurtrières utilisées par des racailles ou des gens désespérés pour s’en sortir, suivent bien les traces du grand maître Thompson et font le job d’une manière efficace, sans temps morts avec leur lot de violences et d’actes barbares. Le lecteur débutant s’attaquant à un Neonoir doit absolument savoir qu’il va vivre une expérience qui peut s’avérer parfois assez traumatisante tant la violence est présente et visible, rendue encore plus terrible par l’insouciance, l’absence de remords des bourreaux.

Personnellement, en temps qu’habitué de la collection et de ces lectures noires ricaines, je dois dire que pour une fois, et même si j’ai dévoré le livre en deux heures, je n’ai pas été aussi séduit qu’à l’habitude et je ne pense pas que ce soit le fait d’une certaine lassitude. Le roman m’a paru trop court, privilégiant uniquement l’action, laissant trop de parts d’ombre chez les personnages, certains disparaissant avant que l’auteur ne nous les fasse vraiment connaître autrement que très superficiellement. Malgré cela, on sent  la crise de la société dans les actes, les réflexions, les pensées mais ce n’est pas suffisamment traité à mon goût pour qu’on sente l’aspect social ambiant déplorable créant ce genre de situations. On privilégie l’action et c’est un choix qui se respecte. Violence, coup foireux, trafic de drogue, associés débiles et génie du mal, duel final sont bien présents et on peut y adjoindre aussi le classique des polars ricains la rédemption et encore …la religion qui est une autre grande réalité de la société américaine.

Tout ceci donne un polar qui fonce, ne ralentit pas mais qui peut-être ne laissera pas un souvenir impérissable parce que finalement assez prévisible pour l’habitué vu le schéma initial mis en place et ceci malgré certains chapitres et coups d’éclat très réussis. Alors, attention, le fan y trouvera son bonheur et ce roman est à conseiller aussi à ceux qui n’ont jamais lu cette collection car il est sûrement moins extrême que certains sortis l’an dernier.

Neonoir continue donc à montrer, noirceur et violence d’ une certaine Amérique underground mais n’a pas pour objectif de l’expliquer se concentrant sur l’incitation au crime et à la délinquance que l’époque provoque chez les moins armés intellectuellement, les plus déterminés, les plus pourris et les plus désespérés. Et c’est chaud!

Wollanup.

ROUGE ECARLATE de Jacques Bablon/Jigal

Ceux qui ont lu et apprécié « trait bleu » le magnifique premier polar de Jacques Bablon chez Jigal attendaient certainement comme moi, le retour de cet auteur qui dans un mélange de violence et de péripéties particulièrement déjantées nous avait offert l’an dernier,dans une Amérique fantasmée, un superbe roman noir, une joyau très court mais d’une grande intensité que beaucoup d’auteurs aimeraient savoir reproduire en si peu de belles pages folles. Alors, bien sûr, l’auteur était forcément attendu au tournant du deuxième roman et avant d’entrer plus dans les détails, les fans du premier opus peuvent foncer tête baissée pour rentrer à nouveau dans le grand bastringue créé par Jacques Bablon, talentueux, malin,espiègle, doué pour nous raconter des histoires à vous fendre le cœur en plus de vous choquer.

« Elle mange une fraise. Un délice ! N’aurait pas dû. Un piège tendu par une ordure. Salma, trentenaire canon et forte tête, s’en tire avec quelques côtes et le nez cassés. Un avertissement. Courir comme une dératée lui suffira-t-il à échapper au pire ? Joseph, son père, est assailli par une envie de flinguer le mec d’à côté et d’étrangler Rosy qui ne le fait plus bander. Pourrait être amené à changer de cible. Marcus, le fameux voisin, faux expert-comptable et vrai salaud, fait dans l’import-export de produits prohibés, un milieu difficile où l’on ne peut espérer vivre vieux. À ses côtés, la fameuse Rosy, maman dévouée, pas aimée comme elle devrait. Leur petit garçon s’appelle Angelo, mais personne n’a dit qu’avoir quelque chose d’un ange protégeait des balles. À chacun sa petite maison… Un matin, ça canarde à la chevrotine dans l’une, l’autre est ravagée par les flammes. Pour les rescapés, le début de la cavale… »

Le premier roman revêtait la couleur bleue, le second est rouge écarlate mais pas de sang, rouge comme les fraises que déguste Salma tels des fruits défendus au début de l’histoire et qui la mèneront à sa perte, ou au moins aux débuts d’un gros bordel rendu encore plus terrible par les agissements de son père à l’Ouest de l’Ouest.

« Rouge écarlate » continue d’explorer des pistes qui avaient rendu « trait bleu » irrésistible. Si dans le premier, nous pensions être aux States, dans celui-ci nous ne savons plus où nous sommes…dans le monde occidental, c’est certain, mais ce sera tout comme infos et amplement suffisant. Gommant de son texte ce qu’il juge inutile à la compréhension de l’histoire, Bablon y prend même un malin plaisir. Si au début certains prénoms tels que Suzy, Joyce Carol, un cheesecake peuvent évoquer l’Amérique, le reste du roman dément cette première impression. Bablon joue avec ce mystère en utilisant des noms de famille tantôt slaves, tantôt méditerranéens, tantôt tout simplement bizarres. Les habitués de Bablon verront que ce coup-ci, il en joue, au travers de certaines phrases comme par exemple: « un journal écrit dans une langue parlée ailleurs ». En moins de deux romans, Jacques Bablon a su créer une connivence avec son lectorat et ce parti-pris de ne pas situer géographiquement l’action allié à l’utilisation du présent donne beaucoup de vitalité à un texte qui ne laisse jamais respirer le lecteur. Mais si l’auteur fait fi du superflu, il peut, néanmoins, tel le grand James Sallis, s’arrêter sur de petits détails d’une tique qui agresse un gendarme, de souris qui se font massacrer par une buse, d’un arbre misérable, pathétique étendard dans une cité HLM.

Dans « trait bleu », nous suivions un homme, ici cinq ou six personnages illustrent la trame et on ne sait lesquels n’auront pas à subir les foudres de la plume de Jacques Bablon, rude, sans concessions et parfois très surprenante.

Et cette fraise, objet de désir coupable de Salma qui peut être vue comme le fruit défendu de la tentation est aussi le symbole de vie, d ‘envie de maternité d’une Salma, femme très combative, mais aussi habitée de tendres sentiments cachés, de compassion qui font que « Rouge écarlate » est un roman hors norme réjouissant et tout simplement un roman à lire si vous êtes usés par tant de romans formatés.

Auteur à suivre, roman à lire.

Wollanup.

PS:la couverture est magnifique Jimmy.

 

Un job pour le weekend!

Quand vous avez un pote qui sort un roman, malgré les avis sur le net, malgré les photos de libraires montrant l’exposition du bouquin dans leurs rayons, vous ne pouvez  vous empêcher d’être animé de suspicion et de vouloir constater de visu comment le job a été fait dans votre ville.

Ce samedi, je suis donc rentré dans la version locale d’une grande enseigne bien connue de Benoît pour voir comment était présenté « Rural Noir »…

Le bouquin était bien là, (Mouais! je rendrai un rapport bien plus complet au principal  intéressé).

IMG_1868

Comme l’exposition ne me convenait pas, j’ai refait le présentoir pour qu’il montre plus facilement au passant quel livre choisir et masquer ainsi une certaine daube auréolée d’un coup de cœur

IMG_1871

Ne restait plus qu’à indiquer le bon roman à acheter, hélas, sans mon argument de vente préféré, ma batte « Louisville Slugger 300 » refusée par la sécu du magasin.

IMG_1877

 

Bon si j’étais resté dix minutes de plus, je pense que j’aurais pu commencer à signer les autographes à la place de l’auteur tant les badauds étaient surpris par cet impromptu d’un type déguisé en bouseux ricain avec casquette des Cardinals de Saint Louis, tee redneck avec  dixie flag et gros ceinturon.

Si toi aussi tu veux aider ton libraire un samedi après-midi de grande affluence, n’hésite pas à venir, comme moi avec Raccoon, accompagné d’une personne dont le charme aura beaucoup plus d’effet que le tien pour tenter d’amadouer la sécu et la responsable du rayon bien dubitatifs devant ta tronche et ne parvenant pas réellement à percevoir l’urgence nécessaire de ta quête et surtout… prie pour ne pas avoir été reconnu par des relations du boulot.

A sa demande expresse, j’attendrai la venue du Boss d’Unwalkers déguisé en cowboy version « Lone Ranger » pour faire les autres librairies de la ville.

Rockn’read!

Wolanup.

PS: une nouvelle chro aujourd’hui de Rural Noir par JOB, un auteur chroniquant un de ses pairs.

UN HOMME A TERRE de Roger Smith/Calmann lévy

Roger Smith est un auteur sud-africain et « Un homme à terre » est son sixième polar à paraître en France chez Calmann Levy, en gros, un par an depuis six ans. J’avais lu et franchement apprécié le premier « Mélange de sangs » en 2011 mais impossible de comprendre pourquoi je n’y étais pas retourné plus tôt. Tous ceux qui regrettent la perte de vitesse de Deon Meyer, son illustre compatriote, peuvent découvrir sans tarder ce romancier qui, une fois qu’il vous a ferrés ne vous lâche plus. Et, ne vous attardez pas à cette triste couverture qui nous replonge dans les années 80 voire 70, ce roman est loin d’être un nanar.

« Cela fait dix ans que l’homme d’affaires John Turner et son épouse Tanya ont quitté Johannesburg pour s’installer près de Tucson en Arizona. Ils ont une fille de neuf ans et le couple prospère grâce à un brevet d’aspirateur de piscine. Le tableau paraît idyllique, mais ne l’est absolument pas-: John, qui est tombé amoureux de son assistante, veut divorcer. Tanya, qui déteste et son mari et sa nouvelle vie américaine, refuse catégoriquement et menace de le faire chanter.Le couple partage en effet un lourd secret: John a été complice d’enlèvement et de meurtre en Afrique du Sud et Tanya, qui sait tout de l’affaire, pourrait facilement le faire tomber. John, bien décidé à recouvrer sa liberté, tente alors d’utiliser les grands moyens pour arriver à ses fins. Et tout semble lui sourire jusqu’au moment où les tueurs qu’il a embauchés commettent l’erreur qui change tragiquement la  donne… »

Alors peu de choses à dire sur le déroulement de l’histoire tant elle va et doit vous réserver de belles surprises. Un peu comme un Elmore Leonard qui serait un peu en colère comme le proclame très justement la quatrième de couverture, Smith va directement au coeur de l’action, faisant fi de détails qui pourraient ennuyer le lecteur. Tout est mis en place, astucieusement, pour vous faire frémir, vous terroriser voire vous écœurer aussi, il est bon de le signaler, car si tout le roman est très difficile pour les nerfs, la fin est apocalyptique, proche du gore et il faut parfois avoir le cœur bien accroché parce que l’auteur n’est pas un adepte de la sensiblerie et je l’avais constaté dans son premier roman.

Deux histoires se déroulent en parallèle et Smith, de très sombre humeur, en joue pour interrompre le suspense à des moments particulièrement angoissants.

La première se déroule en Afrique du Sud et raconte la tragédie qui a fait de Turner, épave à l’époque, un criminel qui a fui son pays. Une sale histoire dont il est plus victime que coupable, enfin vous jugerez l’homme qui, de toutes les manières, n’est pas franchement sympathique mais il est tellement bourré, défoncé qu’on peut peut-être lui accorder quelques circonstances atténuantes et le considérer comme victime d’un salopard de flic corrompu.

La deuxième partie se déroule de nos jours en Arizona, dix ans après la tragédie et on retrouve un John Turner sobre comme un chameau, appliquant à la lettre « the american way of life » d’un chef d’entreprise au-dessus de tout soupçon, flanqué d’une épouse infernale dont il veut se débarrasser de manière définitive puisqu’elle lui fait un chantage qui pourrait le conduire en prison jusqu’à la fin de ces jours. Les passages très difficiles de cette partie ricaine sont supportables néanmoins tant ce qu’il va arriver à l’ensemble des salopards de ce huis-clos dans la maison familiale n’est qu’un juste retour des choses, enfin pour la plupart parce, néanmoins, certains passages risquent de vous mettre dans un état très fébrile et…le mot est faible.

Pas de temps mort pour un roman qui démarre vraiment de manière particulièrement infernale laissant le lecteur pantois devant ce déchaînement de violence avant de comprendre un peu plus tard quelle partie macabre est en train de se jouer devant lui. Certains trouveront peut-être que certains personnages sont un peu stéréotypés mais Smith n’est pas franchement un philosophe et tout est mis en place pour vous faire vivre un vrai cauchemar où, en bon voyeur, vous retournerez avidement pour savoir qui va s’en sortir dans ce jeu de massacre.

Magnifiquement construit, passionnant, sans discours pompeux, sans sentimentalisme dégoulinant, un vrai très bon polar qui cogne dur, très dur.

Wollanup.

 

KO A LA 8e REPRISE de Bill Cardoso/ Editions Allia

« KO à la huitième reprise » n’est pas un roman mais une grosse nouvelle du genre journalistique gonzo où le reporter est un des protagonistes, un des acteurs de l’évènement sur lequel il est en train d’écrire. Alors le terme aurait été créé pour parler d’ un article de 1970 du plus grand des auteurs gonzo,le célèbre et très surprenant Hunter S. Thompson, à qui on doit notamment le phénoménal « Las Vegas Parano » qui deviendra un film ensuite sous la direction de Terry Gilliam. Travail courageux car réellement fait en immersion comme Thompson vivant le quotidien des Hell’s Angels, il offre néanmoins une réjouissante subjectivité parce qu’il est souvent vécu à travers l’alcool ou/ et les drogues qu’ingurgite le journaliste et ensuite écrit dans un état très similaire. C’est souvent très instructif sur les mœurs de nos contemporains et passionnant quand cela relate un événement d’envergure mondiale pour nous en faire ressentir l’ambiance réelle et intime comme dans cette formidable nouvelle proposée par des éditions Allia qui prouvent ainsi que la beauté de leurs petits formats n’est pas leur seul atout. »

« J’avais prévu de vous chauffer avec les histoires hilarantes de mes maladies équatoriales… ma malaria, ma blennorragie, ma dysenterie, mon hépatite, mon intoxication alimentaire ; de vous entretenir de la marijuana la plus forte au monde, appelée bangi en lingala, la langue franque de Kinshasa et la langue officielle de l’armée du Zaïre francophone, dont le nom lui-même est dérivé de l’arabe maghrébin bhang… »

Je ne connaissais pas Bill Cardoso mais il fait vraiment partie de cette caste d’allumés du gonzo. Envoyé au Zaïre par le journal américain « New Times » pour couvrir le match du siècle en boxe Mohamed Ali George Foreman en 1974, la star symbole des Afro-Américains contre un boxeur qui a « renié » son âme de sportif noir, le chouchou des Zaïrois contre le favori des ennemis congolais voisins, Bill Cardoso sera contraint d’y passer cinquante jours et cinquante nuits et attendez-vous au pire vu ce qu’il picole et son goût immodéré pour la meilleure ganja du monde qu’il vient de découvrir au cœur de l’Afrique.

Si vous n’aimez pas la boxe, ce n’est pas grave parce que peu de pages parlent du match en lui-même. Toutes, par contre, parfois de façon indirecte, racontent cet étonnant fait de société pour lequel toute l’Amérique et une grande partie du monde avaient les yeux rivés sur le Zaïre, récent nom, à l’époque, du pays maintenant connu comme la république démocratique du Congo pour voir le triomphe de Ali, idole des Afro-américains contre Foreman considéré comme le valet des Blancs.

Pendant un peu plus de cent pages, nous assistons au vrai combat , ô combien déséquilibré celui-là, entre un Bill Cardoso complètement torché et une administration, une diplomatie et une sécurité zaïroises particulièrement obtuses. Nous rencontrons Norman Mailer et d’autres grands noms de la presse, sur place eux aussi, mais le personnage principal est néanmoins le président zaïrois Mobutu qui se voit en révolutionnaire alors qu’il n’est qu’un triste dictateur comme l’Afrique en produit tant.

Il serait vain de tenter de raconter le périple de l’auteur qui passe d’un sujet à un autre sans prévenir mais toujours avec un franc parler réjouissant et en même temps énormément subjectif, laissant deviner que son état instable africain dû à ses multiples addictions a persisté pendant le temps postérieur de l’écriture. Au milieu d’anecdotes, se perçoit aussi parfois une vision un peu infantilisée du pays à l’époque qui peut, peut-être, un peu gêner mais qui doit être remise dans le contexte d’ivrognerie récurrent de l’auteur pendant ces cinquante jours et ces cinquante nuits.

Au final, et ce n’est pas vraiment une surprise, vous verrez,  le journal New Times n’a jamais diffusé le travail qu’il avait commandé à Bill Cardoso…

Réjouissant.

Wollanup.

 

Entretien avec Willy Vlautin

Willy Vlautin a accepté de répondre à mes questions. Vous allez voir, c’est un mec bien.

Mais tout ceci aurait été impossible sans la gentillesse et le professionnalisme des gens d’Albin Michel et surtout sans le travail de traduction des questions et des réponses effectué par Hélène Fournier, traductrice des romans de Willy Vlautin que je remercie infiniment de pallier à mes carences en anglais.

 

 

Leader du groupe alt-country Richmond Fontaine, créateur du groupe the Delines et auteur reconnu de quatre romans dont le tout nouveau « Ballade pour Leroy » chez terres d’Amérique d’Albin Michel, Willy Vlautin le personnage public a plusieurs cordes sympathiques à son arc mais, pour les Français qui vous connaissent moins, qui est l’homme Willy?

C’est gentil à vous de dire tout ça. Qui suis-je ? Si seulement je le savais. J’imagine que nous passons tous notre vie à essayer de savoir qui nous sommes. Avant tout, je suis un fan de littérature et de musique. Quand j’étais petit, je ne savais pas quoi faire. Comment m’approcher encore plus des livres et de la musique ? Impossible de les boire ou de les manger, alors il fallait que je m’en approche. Que j’y plante mon drapeau, et c’est ce que j’ai fait. Je n’étais pas particulièrement talentueux mais j’ai toujours su quel genre d’histoires je voulais raconter. Je voulais raconter des histoires sur le monde ouvrier.

You are the leader of the Richmond Fontaine alt-country band, the creator of the Delines group and the famous author of four novels. As a public figure, you have more than one great strings to your bow but, for the French people who don’t know you very well, who is Willy?

It’s nice of you to say all that. Who am I? Hell I wish I knew. I guess we all spent our lives trying to figure out who we are. I guess more than anything I’m a fan of literature and music. As a kid I loved them both so much that I didn’t know what to do. How could I get closer to them? I couldn’t eat or drink them, I just had to join them. I had to plant my flag on that side of things and so that’s what I did. I didn’t have talent or great ability but I always knew the kinds of stories I wanted to tell. I wanted to tell working class stories.

 

En m’adressant en premier au musicien, j’ai appris que Richmond Fontaine sortait un nouvel album en mars. Est-ce un feu d’artifice final pour une carrière de 20 ans agrémentée par une dizaine d’excellents albums ou juste une nouvelle étape?

En tout cas, ce sera notre dernier album pour un bon bout de temps. Comme nous en sommes tous très satisfaits, nous nous sommes dit que ce serait bien de s’arrêter là. Ca fait un bail qu’on est ensemble et on est restés bons amis. RF a été la meilleure famille que j’aie jamais eue et, par respect, on s’est dit que ce serait bien de s’arrêter sur un album que nous aimons tous énormément. On va partir en tournée jusqu’à la fin de l’année et puis on fera la fête tout un week-end.

I will first address the musician. I heard that there is a Richmond Fontaine album coming out in March. Is it the final fireworks after a 20-year career with around ten great albums or just a new step?

I think at the very least it’ll be our last record for some time. We all feel great about the new record that we figured it would be a good place to stop. It’s been a great run and we’re all still good pals. RF has been the best family I’ve ever had so out of respect for it we thought we would stop on a record we all love. We’ll tour for the rest of the year and then have a week long party.

Vous travaillez conjointement donc sur deux projets musicaux Richmond Fontaine et the Delines que vous avez créé en 2012 et où on peut apprécier la voix si troublante d’Amy Boone, pour quelle raison avez-vous créé ce nouveau groupe à voix féminine? Quand vous écrivez une nouvelle chanson, savez-vous au départ à quelle identité musicale vous la destinez?

Amy est une amie que j’ai rencontrée lors de la tournée qu’elle a faite avec son groupe, The Damnations. Dès que je l’entendais chanter, je me disais : « Oh, j’adorerais faire partie d’un groupe avec un vrai chanteur/une vraie chanteuse. Sa voix est douce, rauque, romantique ». J’ai toujours rêvé de faire partie d’un groupe où je ne serais pas sur le devant de la scène, où je me contenterais d’écrire des chansons et de jouer de la guitare. Mais vous avez raison, j’ai plusieurs casquettes quand j’écris. Pour Amy, j’essaie d’écrire de la musique soul, des mélodies très romantiques que je serais incapable de chanter. Elle est capable de tout chanter. En fait, ça me permet d’avoir une grande liberté pour écrire.

You work on two musical projects, Richmond Fountaine and the Delines that you created in 2012 with Amy Boone’s thrilling voice. Why this new group with a woman’s voice ? When you write a new song, do you know, from the start, to which musical identity you intend it?

Amy is a good friend of mine who I met while touring with her band, The Damnations. When I’d hear her sing I’d say to myself, “Man oh man I’d love to be in a band with a real singer. Her voice is sweet, worn, world weary, and romantic.” I’ve always wanted to be in a band where I was in the back, where I just helped write songs and play guitar. I’ve never had the personality to be comfortable as a front person. But you’re right I do put on different hats when writing. When I write for her I try to write classics, big romantic soul tunes that I could never sing myself. But I always feel she can sing anything and do it well. So in a lot of ways it’s like taking the handcuffs off my writing.

Quelle est pour vous la différence de portée d’un message social envoyé par le biais de la musique par rapport à celui inclus dans un roman? S’adressent-ils tous deux au même public?

Mes chansons sont la bande-son de mes romans. Ils vivent dans le même univers, dans le même pâté de maisons, dans le même immeuble. La plupart de mes romans étaient, à la base, des chansons. Généralement une idée donne lieu à une chanson. Mais il arrive que j’écrive deux ou trois chansons qui se transforment ensuite en roman. Ballade pour Leroy a commencé de cette façon-là.

For you, what is the difference of impact between a social message you send through music and through a novel ? Do they address the same public?

I think mostly that my songs are soundtracks to my novels. They live in the same world, on the same block, in the same apartment building. Most of my novels have started as songs. Usually an idea I have is completed as a song, but once in while it’ll just be the start of the idea. I’ll write two or three songs and then a story and soon it becomes a novel. THE FREE began that way.

Patterson Hood a créé la belle chanson « Pauline Hawkins », présente sur le dernier album de Drive By Truckers en hommage à l’héroïne de votre roman « ballade pour Leroy », ce qui est un bel hommage de la scène musicale alt-country/folk et j’aimerais savoir si dans cette communauté musicale, il existe des groupes dont le talent mériterait d’être reconnu chez nous?

Quand j’ai entendu Pauline Hawkins, j’ai cru que j’avais trouvé un million de dollars sur le trottoir. J’étais fier, fou de joie, et je me sentais tellement chanceux. Patterson Hood est un de mes héros et The Drive By Truckers est le seul groupe dont j’aimerais faire partie. Ça a été un honneur pour moi et je ne l’oublierai jamais.

Patterson Hood wrote the wonderful song – Pauline hawkins – which is part of the Drive By Truckers’ last album, in tribute to The Free’s heroine. This is a great homage of the alt-country/folk music scene and I’d like to know if, among this musical community, there are talented groups that would deserve to be known here in France.

When I heard Pauline Hawkins I felt like I’d just found a million dollars in the middle of the road. I was so damn excited and proud, felt so lucky. Patterson Hood is one of my songwriting heroes and The Drive By Truckers is the only band I wish I was in. So it was a great honor and one I’ll never forget.

Avez-vous choisi d ‘écrire pour mieux raconter vos contemporains surtout les oubliés du rêve américain ou le projet d’écrire a -t-il toujours été en vous?

Jeune, je m’intéressais déjà aux droits des ouvriers. John Steinbeck, l’auteur qui a écrit sur la classe ouvrière américaine, était déjà un héros à mes yeux quand j’étais lycéen. J’avais une photo de lui tout à côté d’une photo de The Jam et de The Who. J’ai grandi dans une région où il y avait beaucoup de paumés et le patron de ma mère a souvent essayé de les embaucher et de les réinsérer. Si bien que j’ai vu des hommes échouer, s’effondrer puis rebondir et s’effondrer à nouveau. Et puis ma mère a fait le même boulot pendant trente ans et a toujours eu peur de se faire virer. Tout ça a eu beaucoup d’impact sur moi et sur ma vision du monde. Les riches contre les pauvres. Les propriétaires contre les travailleurs.

Did you choose to write to be able to depict your contemporaries, especially those who are neglected and unable to fulfil the American dream ? Or have you always had it in you to write?

Even as a kid I was interested in worker’s rights. John Steinbeck, the American working class writer, was a hero of mine even in high-school. I had a picture of him right next to a picture of The Jam and The Who. Where I grew up there were a lot of wayward men, drifters, and my mom’s boss often tried to hire them and re-habilitate them. So I saw how men fail and fall apart and then rebound and then fall apart. I think that had something to do with it, and also my mom worked the same job for 30 years and was always scared of getting fired. She was a bit crazy about that, but even so it had a big impact on me and my ideas of the world. Rich vs. Poor, owners vs. workers. The haves the have nots.

« Ballade pour Leroy » est le premier de vos romans qui ne soit pas un road movie, pourquoi ce changement, avez-vous eu envie de parler des gens que vous côtoyez,de l’Amérique que vous connaissez?

L’idée de fuir en allant jusqu’à la prochaine ville m’a toujours attiré. C’est peut-être lié à la culture cinématographique des Etats-Unis. Petit, je vivais dans les films. J’ai beaucoup réfléchi à cette idée selon laquelle je serai plus heureux dans la ville d’à-côté, que j’y réussirai mieux, et j’ai dû faire beaucoup d’efforts pour m’en défaire. C’est comme une béquille. Ce qui explique peut-être pourquoi j’écris là-dessus. Et puis, aux Etats-Unis, il peut y avoir tellement de solitude et de distance au sein d’une même famille. Dans bon nombre de familles, les parents vivent dans une ville, chaque enfant dans une ville différente, les oncles et tantes dans d’autres villes encore, et les grands-parents aussi. Il y a sans doute là-dedans une certaine part de liberté mais aussi un grand sentiment d’isolement et un appauvrissement de l’idée même de famille. Ça m’a toujours intéressé. Mais dans Ballade pour Leroy, personne n’est libre. Tous les personnages sont coincés. Si bien que je ne les ai pas fait bouger. Le seul qui voyage, c’est Leroy, et il voyage dans sa tête pour fuir.

Unlike your previous novels, The Free is not a road movie. Why this change ? Did you want to talk about people you mix with, about the country you know ?

The idea of escape by leaving to the next town has always been attractive to me. Maybe it’s because of US movie culture. I lived inside movies as a kid. The idea that I’ll be happier and better and more successful in the next town is something I’ve thought a lot about and tried hard to overcome. It’s a crutch. Maybe that’s why I’ve written about it. Also there can be such a loneliness and distance between families in the US. In a lot of families, the mom and dad will live in a town, the kids will live in separate towns, the aunts and uncles in yet different ones, and the grandparents in different ones as well. There’s freedom in that I suppose but also isolation and the breakdown of the idea of family. That’s always interested me. But in THE FREE, everyone in it is the opposite of free. They are stuck. So I didn’t let them move anywhere or really go anywhere. I suppose the only one who travels is Leroy, and he travels in his mind as escape.

En même temps, il existe une continuité avec vos autres écrits puisque le personnage principal est encore une fois un jeune à qui la vie n’a pas réellement souri? Pourquoi un tel attachement à des personnages jeunes et maudits?

Vous avez raison, mes personnages ont souvent une vingtaine d’années et certains sont même plus jeunes. C’est un âge difficile, un âge où, sur bien des plans, vous mettez en place tout votre avenir. J’ai tellement bataillé à cet âge-là. Et j’ai eu bien du mal à m’en sortir. D’où des personnages comme Frank et Jerry Lee dans Motel Life et Allison Johnson dans Plein Nord. Dans ces deux romans, les personnages principaux, qui ont une vingtaine d’années, sont dans un sale état et ils doivent désormais survivre en tant qu’adultes. Dans Cheyenne en automne, ce qui m’intéressait, c’était le sentiment d’impuissance d’un garçon de 15 ans qui avait presque l’âge de conduire et de gagner de l’argent, mais pas tout à fait encore. L’impuissance, l’incapacité à disposer de soi-même. Dans Ballade pour Leroy, c’est différent. Il ne s’agit pas de personnages blessés qui sont en marge de la société. Ils appartiennent à la classe ouvrière, à la classe moyenne, et ils sont perdus. Ils sont happés par la société dans laquelle nous vivons. A travers Carol/Joe, je cherchais moins à parler d’une jeunesse laissée pour compte que de la droite religieuse et de son influence aux Etats-Unis.

At the same time, there is a continuity as the main character is also a young person that life doesn’t treat well? Why this fondness for young and ill-fated people?

You’re right I do write a lot about people in their twenties, sometimes even younger. It’s a hard age, an age where, in a lot of ways, you set up how you will live the rest of your life. I struggled so much in my twenties. I barely made it through. I think that’s why I wrote characters like Frank and Jerry Lee in THE MOTEL LIFE, and Allison Johnson in NORTHLINE. In both those novels the main characters come into their twenties in beat up shape and they have to now survive as adults. In Lean on Pete I was interested in the powerlessness of being a boy, 15 years old, close to being able to driving a car and making money but not quite there. The lack of power, of self-determination. In The Free it’s different. It’s not about wounded people who are fringe people in society. They are working class, middle class people, the best people, who are getting lost in America. Swallowed by it. The idea of Carol/Jo in the novel, was less about disenfranchised youth as it was about the religious right and its influence in America.

Entre l’histoire de l’envoi de la garde nationale en Irak, le système de santé américain, le surendettement des ménages, la descente vers la marginalisation de gens des classes moyennes, tous ces thèmes évoqués dans le roman pour montrer la détresse de la population ne sonnent-ils pas comme des messages très significatifs envoyés aux dirigeants des USA? Êtes-vous impliqué politiquement?

Ce roman est le plus politique que j’ai jamais écrit. Le titre, The Free, fait référence à notre hymne national. Notre intervention en Afghanistan et en Irak de même que notre système de santé m’affectaient beaucoup, m’empêchaient de dormir si bien que j’ai commencé à écrire sur le sujet et Ballade pour Leroy est né ainsi. C’est dans mes romans que je pense être le plus à même d’aider politiquement et c’est donc là que je concentre toute mon énergie.

In The Free, there are various themes showing people’s distress – the National Guard sent to Iraq, the American health system, the debt burden, the middle-class’s marginalization. Are they very significant messages sent to the leaders of your country ? Are you politically involved ?

This novel is my most political novel. The title THE FREE comes from the US national anthem. I was deeply upset over our involvement in Afghanistan and Iraq, and well as our health system. Both of these issues wouldn’t leave me alone, they’d wake me up at night so I began writing about them and THE FREE came from that. Politically I think the best help I can be is in my novels so I focus my political ideas and energy into them.

Où trouvez-vous votre matériau pour l’écriture? Avez-vous rencontré des gens extraordinaires comme Pauline, Leroy et Freddie?

J’admire les infirmières, je suis sorti avec une infirmière pendant environ deux ans, d’où le personnage de Pauline. J’ai toujours voulu leur rendre hommage à travers l’écriture. C’est l’un de mes objectifs en tant que romancier. J’ai aussi voulu écrire sur ce que vivent les soldats de la garde nationale, sur l’injustice de leur sort. Je me suis toujours fermement opposé à notre intervention en Afghanistan et en Irak. D’où le personnage de Leroy. Quant à Freddie, il représente la classe ouvrière. C’est un homme honnête et bon mais il est tellement mis sous pression qu’il en arrive à enfreindre la loi. Par ailleurs, j’ai été peintre en bâtiment pendant douze ans.

Where do you find your material to write ? Have you met extraordinary people like Paulin, Leroy or Freddie ?

I admire nurses and I went out with a nurse for a couple years so that’s where Pauline came from. I’ve always wanted to write a tribute to nurses. It’s been one of my goals as a novelist. As for Leroy, I wanted to write about, in my own way, the struggle of the United States National Guard soldiers. I’ve always been dead set against our involvement in Afghanistan and Iraq and the National Guard soldiers took an unfair role in my opinion. That’s where Leroy came from. And Freddie, he’s the working class. He’s an honest and good man who’s under such duress he breaks the law. I was a house painter for 12 years and that’s where he came from.

Elmore Leonard a dit que si on écoutait une chanson country à l’envers, votre femme ne vous avait pas quitté, vous n’aviez plus perdu votre job, votre pick-up n’était plus tombé en panne et votre chien n’était plus mort. Pour vous, peut-on qualifier « Ballade pour Leroy » de chanson country, quel est le roman que vous avez vraiment voulu écrire?

Ballade pour Leroy est plutôt une chanson folk politique et enragée. Dans la veine de Bob Dylan et de Woody Guthrie. Motel Life est plutôt une chanson country, Plein Nord une ballade triste et romantique et Cheyenne en automne une chanson folk.

A country song is usually sad. Is The Free a country song?

I think of THE FREE as more of an angry political folk song. In the vein of Bob Dylan and Woody Guthrie. I see The Motel Life as a country song, NORTHLINE- a long sad romantic ballad, and Lean on Pete- a traditional story folk song.

Quel est pour vous le morceau, la musique qui collerait le mieux avec « Ballade pour Leroy »?

Ah, c’est une question difficile. Je n’y ai jamais réfléchi ! Au moment où je vous écris, je dirais une chanson de Drive By Truckers ou peut-être de Woodie Guthrie

For you, what would be the music, the piece of music, that would go well with The Free?

Ha what a question. I’ve never thought about this! This morning, right now, I think THE FREE does feel like a Drive By Truckers song or maybe a Woodie Guthrie song.

 

Thank you so much Willy!

Wollanup.

Entretien réalisé par mail en février 2016.

« Older posts Newer posts »

© 2026 Nyctalopes

Theme by Anders NorenUp ↑