Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Wollanup (Page 74 of 80)

SOUVIENS-TOI DE MOI COMME ÇA de Bret Anthony Johnson / Albin Michel.

Encore un premier roman de grande qualité dans la collection « Terres d’Amérique » d’Albin Michel qui est, je l’ai dit à maintes reprises, coutumière du fait. L’auteur, Bret Anthony Johnson, enseigne la littérature à Harvard, cela se voit, et est aussi un grand fan de skate et cela se voit également.

Alors le magazine Esquire a écrit « comme un roman de Dennis Lehane qui aurait été écrit par Jonathan Franzen » et ce n’est pas faux mais cela mérite néanmoins quelques précisions. S’il est vrai qu’il reprend un thème cher à l’écrivain de Boston avec l’histoire de la disparition d’un enfant, il se rapproche néanmoins beaucoup plus des univers familiaux traités par Franzen. Bref, « Souviens-toi de moi comme ça » n’est absolument pas un thriller mais bien un drame psychologique puissant, tendu, au suspense très intermittent et surtout secondaire.

« Cela fait quatre ans que le jeune Justin Campbell a disparu sans laisser de trace. Fugue ? Kidnapping ? Accident ? C’est une véritable tragédie pour sa famille qui, faute de certitudes, cherche des échappatoires. »

Gros roman, « Souviens-toi de moi comme cela » est divisé en quatre parties relativement égales commençant par une radiographie de la famille. Eric le père, professeur, tente d’échapper à sa détresse dans les bras d’une autre femme. Laura la mère, anéantie, en plus de son travail dans un pressing, retarde ses retours à la maison en s’occupant bénévolement de dauphins malades. Griff le frère cadet de Justin tente de vivre sa vie d’ ado en se demandant s’il devient amoureux et Cecil le grand-père continue comme son fils Eric à placarder des portraits de Justin un peu partout dans les environs de Corpus Christi au Texas. Une famille détruite qui a volé en éclats quatre ans plus tôt quand Justin 11 ans à l’époque, après une dispute avec son frère est parti faire du skate seul et n’est jamais rentré. L’auteur raconte la tragédie que vivent chacun à sa manière les quatre personnages: le poids de l’absence, le désespoir, la résilience, l’horreur d’une mère, la culpabilité d’un père, le sentiment de faute répétés jour après jour, nuit après nuit…

Et puis Justin est retrouvé et dans cette deuxième partie, avec un grand sens du détail, en dévoilant l’invisible, Johnson nous raconte l’euphorie des retrouvailles puis l’horreur de la réalité, les fondements de la captivité de Justin à quelques kilomètres de la maison puis le dur apprentissage d’une nouvelle vie en famille après quatre ans de séparation, et toutes ces interrogations liées à la vie de cet ado loin de ses parents, beaucoup d’interrogations et la prose de Johnson est ici très pudique, très précise, décrivant avec minutie le cheminement intellectuel de chacun, les mystères provoqués par Justin dont chaque fait ou geste est observé, analysé ou interprété à tort comme à raison…

Mais le ravisseur est relâché dans l’attente d’un procès où il compte plaider non-coupable et à nouveau le cauchemar refait surface pour cette famille qui a déjà du mal à revivre en harmonie…et bien sûr apparaissent évidemment les sombres desseins, les idées de vigilantisme, la volonté de réparation…

« Ce qu’il voulait, c’était que Justin hurle et l’injurie. Qu’il le couvre de reproches. Le punisse. N’importe quoi aurait été plus supportable que la pitié. Quand son fils quitta la pièce,Eric fut dégoûté par la profondeur de son soulagement. Pathétique, se dit-il. Impardonnable. »

Grand premier roman qui, par son analyse précise, minutieuse, intelligente et étonnamment empreinte de justesse et de pudeur des comportements de chacun des membres d’une famille dans le marasme, crée une atmosphère effroyablement sombre dont le lecteur patient subira rapidement, lui aussi, les terribles effets.

Redoutable.

Wollanup.

 

 

MON AMÉRIQUE À MOI / Jimmy Gallier (éditions Jigal)

Quand on se prénomme Jimmy, quand on a a grandi dans le Loiret près d’une base américaine, quand, « dans une autre vie », on a produit des groupes de rock, quand on est éditeur de polars, on a sûrement un vécu, un amour, des histoires autour de l’ Amérique et de fait, Jimmy Gallier, le boss de JIGAL nous délivre une belle et touchante déclaration d’amour datant de la tendre enfance, si ancrée dans ses souvenirs qu’il  omet de renseigner les questions qui pourraient ternir le tableau. Merci à  toi Jimmy Gallier pour ce témoignage qui une fois de plus montre le passionné que tu es.

Première prise de conscience d’une attirance pour l’Amérique

J’avais environ 10 ans et j’habitais avec mes parents dans un village près d’Orléans, hameau dans lequel était installée une des plus grandes bases américaines de l’époque. On croisait alors dans les rues davantage de GI que d’habitants frenchy. Et ces Américains étaient là, en famille, avec femme et enfants, mais aussi avec leur Ford, Chevrolet, Mustang, Coccinelle, Cadillac 54, immenses bus américains, GMC de transport de troupes et les Jeep, bien sûr… Bref des centaines d’énormes paquebots américains qui traversaient le village chaque jour ! C’était une autre planète et tous les gamins dont je faisais partie étaient complètement scotchés par la démesure de ces bagnoles, par la stature impressionnante des hommes de la MP (Military Police)   qui d’ailleurs foutaient visiblement les jetons à tous les GI un peu éméchés  , par tout ce qu’on découvrait alors, qui semblait venir d’ailleurs…

Une image

Une image ? Non plusieurs : les GI, les voitures américaines, les chewing-gums et les canettes de bière ! Dès qu’on voyait arriver un bus américain – ils étaient alors 3 fois plus gros que leurs équivalents français, du moins dans mon souvenir – nous courrions après en leur faisant des signes, et ils nous lançaient par la fenêtre des paquets de chewing-gums ! Pareil qu’au Vietnam 😉

Une autre image ? un soir, un groupe de GI qui, un peu à l’écart d’une rue, semblait se planquer et qui secouait en se marrant des boîtes métalliques que je n’avais jusqu’alors jamais vues ! C’était bien sûr des canettes de bière dont ils se sont généreusement aspergés en hurlant…

Un événement marquant

Le 21 juillet 69, 3H56 heure française, nuit noire, yeux fatigués, télé en noir et blanc posée sur le frigo dans la cuisine : un premier homme sur la lune ! Wao…

Un roman

Pareil que pour la musique… Il y en a beaucoup… Mais, sans être limitatif, Harrison (tout…) et Crumley (La danse de l’Ours) restent dans mon panthéon personnel.

danse de l'ours

Un auteur

Un seul ? Ah non, là encore, ça va pas être possible ! Deux, trois, dix, cent… Au tout début les classiques, Mark Twain, Hemingway, London… Puis plus tard Ginsberg, Bukowski, John Fante, Kerouac, Selby… et puis une tonne de polardeux, les Chester Himes, Chandler et les autres… Puis le Montana avec Rick Bass, Mc Guane, Welch… Et surtout Jim Harrison et James Crumley, je l’ai déjà dit… J’en ai bien sûr oublié mille… Pas grave, ils m’ont tous nourri !

Un film

On est en 64, 65…, j’ai une dizaine d’années, mes parents habitent juste en face du ciné du village – oui, ça paraît incroyable, mais il y avait encore des cinémas dans les villages –, le Rex, le Kino ou un nom comme ça, je ne m’en souviens plus… Les fauteuils en velours rouge, défoncés, les minots du village plein la salle qui gueulaient… Et moi tous les dimanches après-midi, après le repas et le poulet rôti, je traversais la rue et m’engouffrais dans ce temple. Je les ai tous vus, les westerns, les péplums et les nanars…Tous ! Et encore une fois ces films, ces histoires, ces images, ces acteurs, ces starlettes, tout semblait arriver direct d’un autre monde ! Et je crois bien d’ailleurs que c’était le cas !

Un réalisateur

John Ford, Anthony Mann, Arthur Penn, John Huston, puis Scorsese, Coppola… et beaucoup d’autres dont j’ai oublié les noms et qui ont eux aussi abreuvé mes nuits de polars noirs, de westerns sanglants, de fictions déjantées, de comédies too much…

Un disque  / Un musicien ou un groupe

La musique, elle vient un tout petit peu plus tard… On commence à voir quelques groupes qui, dans la salle paroissiale, répètent en boucle les chansons des Beatles, on harcèle même le prof de musique pour en reprendre une, nous aussi, avec la chorale… C’est l’époque où la nuit, avec une radio portable et des écouteurs, j’écoute RTL et Jean Bernard Hebey en me planquant sous les draps… Bref la révolte gronde, le rock est parmi nous ! Et d’un seul coup, ça débarque de partout brutalement…

Les solos de guitares, les cheveux longs, les amplis Marshall, les Stratocaster, les Gibson, Jimi Hendrix, les Doors, Grateful Dead, Arlo Guthrie, Jefferson Airplane, Santana, Canned Heat, Les Creedence, Moutain, CSN&Y et plus tard Lou Reed, les Ramones, les New York Dolls… et des flopées d’autres, mes oreilles en résonnent encore !

Une série TV

No série.

Un personnage de fiction

Tom Sawyer in « Les aventures de Tom Sayer » de Mark Twain. Une de mes premières claques littéraires ! La découverte de l’Amérique…

Un personnage historique

Sitting Bull, un sage !

Une personnalité actuelle

Euh… presque actuelle : Steve Jobs.

Une ville, une région

New York, bien sûr, qu’on a parfois l’impression de connaître sans jamais y avoir mis les pieds… Mais aussi la Californie, le Montana, le nouveau Mexique, la Floride, Hawaï… bref toutes les images d’Épinal issues des films et de mes lectures…

Un souvenir, une anecdote

Dans une autre vie, dans laquelle je produisais ou plutôt j’essayais de produire quelques disques, avec ce jour-là, un groupe de Blacks Américains, à Paris, une nuit dans un studio d’enregistrement miteux et ces mecs, le pianiste, le bassiste, le batteur, le chanteur… qui jouaient tous comme des dieux, qui chantaient comme dans les films… En 5mn ils avaient lancé un putain de groove… On s’y croyait… Et rien ne pouvait plus les arrêter ! Sacré nuit, sacré souvenir… mais à l’arrivée, sacré flop  !

Le meilleur de l’Amérique

La musique (enfin… une certaine musique plutôt), la littérature, le cinéma, quelques belles inventions , quelques mythes… et le rêve américain bien sûr !

Le pire de l’Amérique

La liste serait trop longue… Je ne vais pas aujourd’hui m’appesantir et préfère garder en mémoire tout ce qui m’a ébloui, surpris, interloqué, fasciné ou fait rêver…

Un vœu, une envie, une phrase.

Deux phrases, deux mondes… :

– « I had a dream… »

et

– « Good morniiiing Vietnam… »

Une envie :

– Aller y vivre quelques mois, un jour peut-être…

Entretien réalisé par mail le 3 juin 2016.

Wollanup.

jigal

 

 

LES ÉMEUTES RACIALES DE CHICAGO JUILLET 1919 de Carl Sandburg / Editions Anamosa.

Traduction: Morgane Saysana.

Troisième publication de la toute nouvelle maison d’édition Anamosa spécialisée dans les sciences humaines « les émeutes raciales de Chicago » de 1919 est un bien bel ouvrage inédit puisque l’ensemble des textes de Carl Sandburg n’avait jamais été traduit en français.

Chicago, juillet 1919 : un jeune Noir se noie, terrorisé par des adolescents blancs qui commençaient à lui jeter des pierres, sur une plage partagée par une frontière raciale invisible. La police refuse d’intervenir, ouvrant la voie à plusieurs jours d’émeutes qui, dans la ville, laissent derrière eux 23 morts parmi les Noirs, 15 parmi les Blancs et des dizaines d’immeubles dévastés. Rapidement, durant ce  » Red Summer « , des dizaines de villes américaines connaissent à leur tour des émeutes raciales.

L’ouvrage qui se décline en plusieurs parties forme un beau livre où préface, texte proprement dit, puis cahier annexe de fin d’ouvrage avec cartes, photographies et mémorial des victimes offrent un panorama complet des tragiques événements de juillet 1919 à Chicago qui ne sont néanmoins qu’une petite partie des émeutes qui ont secoué et endeuillé le pays cet été là.

La partie centrale et majeure du livre est bien sûr l’écrit de Carl Sandburg qui décrit la condition des Afro-Américains à Chicago au sortir de la guerre. Ils arrivent en grand nombre en pensant que la vie au Nord sera moins difficile que dans le terrible Sud où ils ne sont que les descendants d’esclaves et où les droits minimum ne leur sont pas garantis sans compter l’accès au travail et à la même éducation que la population blanche. Cet afflux à Chicago et dans les grandes métropoles industrielles du Nord se fait sans aucune organisation des autorités qui se contrefoutent bien des conditions de vie des arrivants qui seront forcément mieux lotis dans l’ Illinois que dans le Mississipi ou autres états moyen-moyenâgeux où les lynchages sont monnaie courante. Carl Sandburg explique d’ailleurs que chaque cas de lynchage dans un état du sud est suivi d’arrivées massives en gare de Chicago dans les jours qui suivent.

Carl Sandburg va ainsi montrer les différents aspects de la vie sociale et économique de ces arrivants qui s’ils ne sont pas haïs et méprisés comme en dessous de la ligne Mason-Dixon sont néanmoins largement exploités dans leurs conditions de vie,de travail et dans leurs accès à la propriété ou à un logement décent. Cette partie du livre qui date de l’époque fera le bonheur, bien sûr, des historiens et des sociologues mais aussi de toutes les personnes intéressées par l’Amérique, ses maux, ses fractures et ses paradoxes.

Profane, je vais sûrement faire hurler les puristes mais la partie inoubliable, brillante, c’est l’introduction écrite en février 2016 par Christophe Granger historien, membre du centre d’Histoire sociale du XXème siècle qui réussit un formidable travail de didactique pour les béotiens comme moi en démarrant son propos intitulé « L’Amérique et le démon de la race » par cette phrase : « mais s’il faut le lire encore, si loin après sa parution initiale, c’est peut-être moins pour ce qu’il nous restitue de son époque que pour ce qu’il nous dit de la nôtre ».Un siècle plus tard, on ne compte plus les émeutes raciales qui ont ensanglanté l’histoire des USA avec toujours les mêmes raisons, la ghettoïsation, les différences économiques entre les groupes, le laxisme des autorités, les inégalités sociales, la volonté universelle de médiocres d’écraser pour montrer qu’ils existent.

Si Sandburg, dans cette compilation d’articles qu’il avait écrits pour le Chicago Daily News à l’époque, explique, démontre les conditions qui ont permis l’horreur, Granger, lui, tout en nous apprenant à apprendre de l’Histoire montre les événements avec le recul de l’Historien et donne ainsi des clés indispensables à la compréhension des écrits de Sandburg et du déroulement des jours d’effroi.

On pourrait se dire que ce n’est qu’un phénomène ricain et pourtant l’universalité des maux saute aux yeux.

« Tant que nous n’aurons pas appris à loger tout le monde, à employer tout le monde à un salaire décent et avec un statut professionnel valorisant, à garantir à chacun ses libertés civiles et lui prodiguer une éducation et des divertissements dignes de ce nom, tout ce que nous pourrons dire au sujet du « problème racial » ne restera qu’une sinistre mythologie. »Walter Lippmann août 1919.

Très belle initiative des éditions Anamosa, ouvrage essentiel.

Wollanup.

 

MONEY SHOT de Christa Faust / Gallmeister néo noir.

Traduction: Christophe Cuq.

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Neuvième roman de la collection neo noir des éditions Gallmeister mais surtout le premier écrit par une femme est l’œuvre de Christa Faust et se passe dans les milieux du porno où elle a elle-même travaillé pendant une dizaine d’années.

« Je m’appelle Gina Moretti, mais vous me connaissez probablement mieux sous le nom d’Angel Dare. Vous en faites pas, je n’en parlerai à personne. J’ai tourné mon premier film X à l’âge de vingt ans, même si à l’époque, j’avais menti devant la caméra et prétendu en avoir dix-huit. Mais contrairement à bon nombre de filles avec lesquelles j’ai bossé, j’ai été assez maligne pour raccrocher. Le problème, c’est qu’à l’instar d’un catcheur ou d’un voleur de bijoux, je me suis laissé tenter par un retour. Je n’avais aucune idée que j’allais finir coincée dans un coffre de bagnole. »

D’entrée une leçon à retenir: après avoir tabassé, violé et tiré sur Angel Dare et l’avoir laissée pour morte dans le coffre d’une voiture dans un coin pourri, prenez le soin avant de l’abandonner de vérifier qu’elle est effectivement morte parce que dans le cas contraire vous pouvez être sûr qu’elle sera capable de vous pourchasser jusqu’en enfer.

En quelques heures, Angel va subir de nombreux outrages, échapper à la mort, ruiner sa réputation, voir ses amis se faire descendre, perdre son entreprise et se faire accuser de meurtre dans une affaire qui la dépasse complètement et dont elle ne comprend rien au départ. Aidée par Malloy, gentil gros nounours protecteur et garde du corps redoutable, elle va mener une enquête violente dans les milieux du porno qu’elle connait parfaitement pour dénouer les fils du mystère et surtout pour se venger.

Vous l’aurez compris, on est ici dans le pur hard-boiled, les prouesses et les épisodes violents se succédant à un rythme effréné d’au moins un par chapitre. On est très loin de l’émotion de Whitmer, de l’humour destroy de McBride ou des mondes hallucinés de Bassoff, prédécesseurs de Faust dans la collection. Ici, on cogne, on tue à tout va avec quelques timides pointes d’humour, très peu ou alors je ne les ai pas toutes comprises. Mais l’effet recherché de rythme est bien présent, la rage bien palpable. Manquent néanmoins la réflexion, l’humanité inattendue dans un univers glauque, la fleur dans le caniveau… mais que fout Benjamin Whitmer?

Néanmoins, ceux qui seront ravis par « Money shot » se réjouiront d’apprendre que Christa Faust a écrit en 2011 une suite à ce roman daté de 2008.

Burné!

Wollanup.

 

LA TENDRESSE DE L’ ASSASSIN de Ryan David Jahn / Actes Sud

Traduction: Vincent Hugon

Sortie le premier juin.

Après « De bons voisins », « Emergency 911 » et le magnifique « le dernier lendemain », « La tendresse de l’assassin »est le quatrième roman de l’auteur américain Ryan David Jahn à sortir en France dans la collection « Actes Noirs » d’Actes Sud  qui fête ses dix ans cette année et que beaucoup d’amateurs éclairés ont tort de snober tant elle propose de plus en plus de diversité et d’auteurs talentueux notamment des Américains.

« Andrew était encore un nourrisson quand sa mère fut froidement abattue sous ses yeux à Dallas, en 1964. Pourtant, il se souvient avec une précision déconcertante de ce jour fatidique – l’intrusion d’un homme dans la maison, les coups de feu, les corps de sa mère et de son amant gisant sur le sol –, et l’identité de l’assassin ne fait pour lui aucun doute.
Vingt-six ans plus tard, l’heure de la vengeance a sonné. S’il veut tirer un trait sur son passé, Andrew n’a pas le choix, il doit retrouver et éliminer le responsable de ce drame : son propre père, Harry, ex-tueur à gages, désormais libraire à Louisville, remarié et vivant sous un patronyme d’emprunt.
Mais l’irruption d’un privé menaçant de révéler sa véritable identité et celle d’Andrew va mettre en péril cette nouvelle vie chèrement acquise, et contraindre Harry à sortir de sa retraite pour faire taire le maître chanteur.
Acceptant de faire équipe avec son fils et de l’initier au métier de tueur, Harry est loin de se douter qu’il s’engage avec Andrew dans un jeu à la vie à la mort. »

Afin que chacun comprenne la subjectivité de mes propos, je suis un fan de cet auteur et ce n’est pas ce quatrième roman qui me fera changer d’avis. Les intrigues de Jahn sont toujours originales, la dimension psychologique des personnages est toujours très aboutie et j’adore aussi sa façon d’écrire, pourquoi, mystère, on a tous des auteurs qui nous charment y compris dans les moments plus faibles, plus ordinaires.

Le roman démarre plein pot, ne laissant pas souffler le lecteur, littéralement harcelé dès les premières pages par le récit de la tragédie où la mère d’ Andrew et son amant ont été abattus par son père. L’assassinat est raconté froidement, cliniquement à l’image des agissements professionnels du père assassin actant sans pitié ni remords.

La suite du roman peut se résumer, même si le terme est assez réducteur voire franchement péjoratif et totalement erroné concernant ce roman, à un face à face, un duel, une sorte de huis-clos entre le père et le fils. Harry ne reconnaît pas en ce vieux père l’assassin froid de sa mère qu’il veut venger et Andrew a du mal à se lier à son fils qu’il peine à cerner. Tout le jeu des principaux acteurs est finement raconté par l’auteur qui y adjoint une partie fantasmée par le fils s’imaginant tuer son père en de multiples occasions.

En simplifiant à l’extrême pour vous laisser découvrir par vous-même le charme du roman, « La tendresse de l’assassin » est un roman d’initiation, Harry se disant qu’il deviendra adulte réellement quand il aura tué son père, le parricide comme rite de passage en fait. Il est évident qu’un tel final si prévisible en ferait un roman tel qu’on en lit tellement et si on peut regretter la relative brièveté du bouquin, on ne peut par contre que louer le scénario de l’histoire qui peut provoquer chez le lecteur de bizarres sentiments, d’étranges réflexions et de multiples interrogations tout en le questionnant sur la qualité et l’objectivité de ses souvenirs.

Bluffant.

Wollanup.

LA PEINE CAPITALE de Santiago Roncagliolo/Métailié Noir

Traduction: François Gaudry

Le hasard de mes lectures fait que je suis passé d’un roman argentin parlant des horreurs perpétrées pendant la dictature en Argentine en 1978 « les eaux troubles du Tigre » à un roman péruvien traitant des dictatures en Amérique du Sud à la même époque et dénonçant lui aussi partiellement les mêmes méfaits orchestrés par le pouvoir argentin de l’époque. Si le premier était très sombre, l’autre « la peine capitale », de Santiago RONCAGLIOLO traite cette sinistre époque d’une manière, dans un premier  temps mais juste dans un premier temps, beaucoup plus légère. Signalons que ce roman est un prequel  d’ « Avril rouge » paru au Seuil où Félix alors substitut de procureur a maille à partir avec le Sentier Lumineux.

« La dernière fois que Joaquín était venu le voir, Chacaltana l’avait trouvé un peu pâle. “Prends soin de toi. Tout ira bien”, lui avait-il dit. Apparemment il avait tort.

Félix Chacaltana Saldívar est assistant-archiviste au Palais de Justice de Lima. Il vit avec sa mère, une veuve austère, bigote et mal embouchée. Il aime l’ordre, le code pénal, le bouillon de poulet et sa fiancée Cecilia, qu’il aimerait bien embrasser (mais comment ?). Jusqu’au jour où il tombe sur un bout de papier griffonné qu’il ne sait pas où classer. Dans la foulée, Joaquín disparaît.

C’est la Coupe du monde 1978, les matchs paralysent la ville, et notre parfait Candide se lance sans s’en rendre compte dans une enquête sordide sur fond d’opération Condor. Jamais à court de naïveté, il  promène sa bonne foi inébranlable parmi les espions, les activistes, une blonde mystérieuse et un vétéran de la guerre d’Espagne, tous plus rompus que lui aux secrets du monde. »

Dans « la peine capitale », vous avez un héros, Félix, niaiseux à souhait, à l’ouest de l’Ouest en ce qui concerne une quelconque conscience politique, embringué dans une relation difficile avec sa mère veuve et incapable d’avoir une relation amoureuse adulte avec celle qu’il aime qui a le tort de tenter de comprendre l’assassinat d’un ami. Nombreuses sont les pages franchement savoureuses et on les retrouve avec bonheur et soulagement pour arriver à digérer le drame de la situation politique d’un Pérou qui tente de sortir de la dictature tout en faisant partie de l’opération Condor chargée d’enlever et d’éliminer les opposants en Argentine, au Chili, au Paraguay, en Uruguay, au Brésil, en Bolivie… toute personne ayant des idées révolutionnaires, communistes…Belle région que ce continent sud-américain où les services secrets s’unissaient pour exterminer une jeunesse qui avait le tort d’imaginer un autre avenir ou tout simplement des pensées autres que celles des militaires en place.

Alors, commençant une quête naïve, Félix ne se doute absolument pas qu’il met le doigt et toute le bras dans un engrenage infernal  dont il comprendra l’ampleur et les multiples tortueuses ramifications qu’assez tardivement mais très brutalement voulant préalablement montrer son absolue fidélité à l’administration du pays.

Alors, dans un crescendo terrible, la comédie légère se transforme en thriller particulièrement alarmant au fur et à mesure que Félix prend conscience de ce qui se trame en secret dans le pays et dans toute l’Amérique latine avec comme principaux monstres et bourreaux les Argentins.

Situé pendant la très controversée coupe du monde de 1978 en Argentine voulue comme une vitrine de la grandeur du pays par la junte militaire, le roman offre ainsi des pages d’euphorie populaire devant les exploits de l’équipe péruvienne absolument bien rendus .Les chapitres ont pour titre les différents matchs de l’équipe péruvienne emmenée par le remarquable Cubillas, idole d’un peuple et les scènes d’action ,de violence de détresse et d’amour du roman sont rythmées par les hurlements des commentateurs et les acclamations des populations fiévreuses.

Je ne reviendrai pas sur certains détails : les tricheries des organisateurs afin que l’Argentine arrive en en finale, l’opprobre jetée sur le gardien de but  péruvien accusé bien à tort de trahison mais les vieux amateurs de foot se régaleront en reconnaissant des footballeurs qui les ont fait rêver (Kempes,Lato…), des matchs qui ont fait date. Grande précision néanmoins, le foot n’est qu’un décor, un arrière-plan bien visible, un opium du peuple pour masquer les horreurs qui se déroulent dans le même temps, absolument pas le sujet d’un roman particulièrement passionnant.

Etant aussi doué dans la comédie que dans l’étude sociologique et géopolitique du pays et de la région, Santiago RONCAGLIOLO saura aussi vous émouvoir au plus haut point, y compris avec des personnages pourtant franchement haïssables aux blessures jamais cicatrisées. Un grand, grand roman.

Énorme coup de cœur.

Wollanup.

LES EAUX TROUBLES DU TIGRE d’Alicia Plante / Métailié noir

Traduction: François Gaudry

Alicia Plante est une auteure argentine qui outre de nombreux romans a aussi produit beaucoup de poésie et des essais tout en collaborant avec des périodiques mexicains.

« Un couple est retrouvé mort dans une maison du Tigre, perdue au milieu des mille et un canaux du delta du Paraná, dans ce petit coin de paradis si prisé des habitants de Buenos Aires. Suicide, dit l’enquête, sur la foi d’un mot d’adieu écrit sur une vieille Underwood. Pas si sûr…
Julia, habitante du delta à ses heures, se lance dans l’enquête avec l’aide de Leo Resnik, juge intègre à vocation de redresseur de torts. Ils ne tardent pas à découvrir qu’un crime peut en cacher un autre, plus vaste, plus profond, qui regarde l’Argentine tout entière : les enfants volés de la dictature. »

Dès le début du roman, on en connait la fin car très rapidement, on comprend très vite qui sont les victimes et  quelle funeste raison est la cause de leur mort un peu comme dans le roman de Gabriel Garcia Marquez, toutes proportions gardées, « chronique d’une mort annoncée ».

Julia s’apercevra que le décor romantique, enchanteur de cette Venise argentine située à une trentaine de kilomètres de Buenos Aires où elle a un pied à terre n’est pas le havre de quiétude que cette universitaire est venue chercher. Elle initiera donc une enquête qui sera relayée par le juge Resnik afin que toute la lumière soit faite sur cette tragédie et que l’ on suivra surtout en fin de roman donnant ainsi une réelle dimension de polar à un roman où est d’avantage mise en avant la société argentine jamais remise de la dictature qu’elle a connue de 1976 à 1983. Comme les coupables de haut rang et les tortionnaires de bas étage ont été blanchis par la loi de « punto final »  qui mettait fin aux poursuites à leur encontre en 1986, la vermine vit toujours, créant un climat malsain dans le pays où victimes et bourreaux cohabitent encore infestant les plaies plutôt que de les cicatriser.

Linda Plante profite de son intrigue policière pour parler du drame des enfants d’opposants au régime dictatorial enlevés en très bas âge ou dès leur naissance, volés à leurs jeunes parents emprisonnés, torturés et exécutés par la dictature militaire. Ces enfants seront donnés, troqués, vendus à des familles proches du régime. En volant ces enfants, la dictature entendait éliminer l’avenir de la révolte tout en supprimant le présent de la rébellion représentée par leurs géniteurs, une épuration… William Bayer dans le splendide et terrifiant « la ville des couteaux » traite brillamment, lui aussi, ces disparitions au sein d’un thriller comme toujours magnifiquement documenté à ne surtout pas manquer comme l’ensemble de son œuvre si vous vous intéressez à Buenos Aires et au tango…

Outre la triste réalité d’une époque assez récente dont les stigmates sont si visibles encore aujourd’hui au point de donner des idées bien puantes à des médiocres qui oseront affronter les eaux du Styx, Alicia dresse des portraits psychologiques pointus de l’ensemble de ses personnages montrant ainsi une grande maîtrise pour dévoiler les êtres dans ce qu’ils ont de plus froid,de plus calculateur,de plus mauvais.

Enfin, le remarquable style d’Alicia Plante au service d’une histoire à la construction astucieuse fait de ce livre pourtant sans réel grand suspense un roman particulièrement intelligent et tout à fait recommandable.

Wollanup.

LES OMBRES INNOCENTES de Guillaume Audru / Editions du Caïman

« Les ombres innocentes » est le deuxième roman policier du Poitevin Guillaume Audru dont le premier « l’île des hommes déchus » également aux Editions du Caïman avait connu un franc succès critique si j’en crois les billets lus sur le web.

« Massif Central, été 2013. Un vieillard est retrouvé hagard sur une route de Corrèze. Il a été frappé mais refuse de dénoncer ses agresseurs. Dans une ferme du plateau de l’Aubrac, une femme âgée, pendue à un croc de boucher de sa propre ferme, est découverte par son fils. Dans une clinique psychiatrique proche de Clermont-Ferrand, une femme oubliée de tous hurle sa haine. Trois affaires sans lien apparent. Trois personnes dont la vie va basculer. Matthieu Géniès, journaliste dans un canard de Corrèze. Serge Limantour, gendarme revenu de tout. Jeanne Roussillon, aide-soignante qui, jour après jour, tente de comprendre le mal qui ronge sa patiente. »

Alors, direz-vous peut-être, si cette profusion de romans ayant pour cadre nos belles régions commence à vous irriter. encore un polar rural. Oui mais, « les ombres innocentes » est un très bon bouquin ouvrant sur un scandale méconnu et caché de la cinquième république qui n’ayant pas fait de victimes « comptabilisables » restera comme un épiphénomène, une erreur regrettable et on fera fi des dommages psychologiques des victimes, on oubliera les relents puants de colonialisme que cette hérésie aura ravivés et développés avec le soutien de tous les organismes étatiques.

Ce triste et lamentable épisode ne peut être plus expliqué puisqu’il est le centre de l’intrigue et la lecture du roman vous apprendra avec horreur comment on peut fabriquer des « monstres » ordinaires avec l’aval des autorités de la République comme de la hiérarchie de l’Eglise toujours prompte à l’aveuglement pour une opération à gerber digne d’une époque qu’on pourrait penser révolue depuis des siècles ou tout au moins des décennies.

Loin des romans de plus en plus fréquents où des auteurs citadins veulent nous enseigner la vie dans nos campagnes, ses beautés, ses misères, ses « taiseux. » comme si accablés par la rudesse de la vie, les « ruraux » ne communiquaient pas ou plus…le désert français ancré dans le 19ème siècle, « les ombres innocentes » dresse, lui, un portrait de la Creuse et de la Lozère réaliste, convaincant si j’en crois mes souvenirs de la région.

Si le décor est bien planté, les personnages principaux paraissent aussi tout à fait crédibles authentiques avec leurs forces, leurs failles, leurs faiblesses, rien de bien brillant à montrer, pas de grande originalité, des gens que l’on pourrait côtoyer, des « héros » ordinaires d’une part et de braves gens d’autre part qui s’avèrent, eux, être de belles saloperies.

Et tout cela donne un roman qui se lit d’une traite grâce à la maîtrise d’un Guillaume Audru monstrueusement humain qui propose une intrigue très convaincante qui vous laissera pantois devant ces  horreurs perpétrées  au nom de la grandeur de la chère patrie.

Atterrant.

Wollanup.

MON AMÉRIQUE À MOI / DOA

DOA est l’ acronyme d’un auteur français qui est devenu un grand écrivain avec « PUKHTU primo » et tous ceux qui l’ont lu ont senti la puissance qui émane d’un pavé qu’on aurait bien tort de cantonner à un roman sur la guerre tant il recèle des trésors pour le lecteur patient et attentif; la sensibilité, l’humanité et le chagrin masqués derrière la furie. Devenu l’égal des Ellroy et Winslow et se caractérisant par une modestie et un effacement derrière ses écrits, très soucieux de ses déclarations, DOA  se confie peu et c’est donc avec une joie non dissimulée et non feinte que Nyctalopes vous offre sa vision sans langue de bois de l’Amérique. Take shelter!

Première prise de conscience d’une attirance pour l’Amérique:

J’ai eu la chance de voyager tôt et j’ai connu New York avant mes dix ans. Je garde un souvenir très fort du gigantisme (j’étais tout petit au milieu des buildings), premier contact avec les Etats-Unis, et de ma montée en haut du World Trade Center. Forcément, à cet âge-là, la démesure m’avait impressionné. Tout semblait grandiose, possible là-bas. J’entretiens depuis un rapport plus compliqué avec ce pays. J’admire une partie de sa production intellectuelle que d’aucuns pourraient qualifier d’élitiste, et j’en rejette l’essentiel qui, pour moi, contribue à un grand affadissement artistique au profit du fric-roi, mètre-étalon de l’Amérique. Je respecte certaines réussites, mais je crains son développement technologique, et les bouleversements sociologiques et politiques globaux qu’il implique. Enfin, de sa politique étrangère, sur tous les plans, je perçois qu’elle nous mène au chaos total. Après avoir longtemps souscrit au mythe des Etats-Unis protecteurs du monde libre, je pense maintenant qu’ils se comportent comme la brute de la cour de récré, égoïste, aveugle, irrationnelle.

Une image:

 (Burt Reynolds, « Deliverance » – grosse claque ce film, je l’ai vu très jeune, sans tout saisir, sauf le tropisme sauvage du pays, à tous points de vue)

Un événement marquant:

Hiroshima. Les Etats-Unis sont le premier et le seul pays à avoir utilisé l’arme atomique contre un autre état souverain.

Un roman:

« Méridien de sang », de Cormac McCarthy (en fait il y en aurait beaucoup d’autres, difficile de choisir parmi tous les romans qui m’ont marqué. Celui-ci est le dernier).

Un auteur

Ernest Hemingway.

Un film:

« Blade Runner », de Ridley Scott (le réalisateur est anglais, mais le film est américain, se passe dans une Amérique futuriste et est tiré d’un roman écrit par un auteur américain). Vu à sa sortie en salles, puis devenu mon film de chevet lorsque j’étais étudiant. Et encore aujourd’hui. Celui avec lequel j’ai terminé le plus de nuits. J’ai dû le voir plus de trois cents fois, principalement dans sa version de 1982, avec la voix-off, longtemps la seule disponible.

Un réalisateur:

Sam Peckinpah, un personnage de roman noir, intransigeant, fidèle, violent comme ses films, un des premiers à déniaiser le western et à faire de soldats allemands de la Wehrmacht les héros d’un long-métrage.

Un disque:

« Ascenseur pour l’échafaud », de Miles Davis.

Un musicien ou un groupe:

Jimi Hendrix.

Un personnage de fiction:

Harry Callahan.

Un personnage historique:

George Armstrong Custer, la quintessence maudite de l’Amérique est tout entière contenue dans son destin tragique.

Une personnalité actuelle:

Donald Trump, le populiste américain, reflet de nos passions tristes européennes. Celui dont même le camp républicain ne veut pas. S’il est élu, la face du monde s’en trouvera sûrement changée, en pire.

Une ville, une région:

Martha’s Vineyard, la vieille Amérique civilisée et, d’un certain point de vue, l’Amérique primale, une île magnifique hors saison.

Un souvenir, une anecdote

House of Blues, Los Angeles, 1999. La boîte qui m’emploie édite un jeu dont David Bowie compose la musique avec Reeves Gabrels. Il sont là, avec d’autres pointures, dans cette salle de concert mythique qui, ce soir-là, reçoit le gratin du monde vidéoludique et où tout le monde se presse. Je suis le producteur de ce jeu, réalisé par une équipe brillante, ma place est en coulisses, mais du choix du Thin White Duke à la signature de son contrat et à sa présence ce soir-là, mon implication a été essentielle. Moi seul en suis le moteur, personne d’autre. Et ce moment, cette culmination-là, je me les suis offerts à moi-même. Le plaisir que j’ai ressenti tout au long de cette collaboration, intime, est bien plus important que les honneurs ou les avantages collatéraux qui vont ensuite en découler, parce que David Bowie est, ou a été – c’est dur de l’écrire comme ça – le musicien qui m’a initié au rock. Il m’a dépucelé, musicalement, à douze ans, lorsque j’ai découvert le clip de « Ashes to Ashes » et sa voix magnifique. J’ai commencé ensuite à acheter ses disques et je dois encore avoir un exemplaire de tous ses vinyles, y compris ceux de la période Manish Boys / Davy Jones & The Lower Third (de mémoire, deux singles). Mon plus grand souvenir américain, c’est celui-ci. A cette soirée, le monde m’appartenait. Juste après, je partais en virée « Fear and Loathing in Las Vegas », au Bellagio, hôtel aperçu ensuite dans « Ocean’s Eleven », inauguré six mois plus tôt. Une période de grand n’importe quoi.

Le meilleur de l’Amérique

Guns & ammo (les flingues et les munitions, les vrais – pas la revue du même nom).

Le pire de l’Amérique

Guns & ammo.

Un vœu, une envie, une phrase.

Une envie d’Alaska et de « Voyage au bout de la solitude », à la McCandless. On en revient toujours au mythe du territoire sauvage. A noter que la Russie peut aussi, d’un certain point de vue, offrir les mêmes horizons et les mêmes passions, un hasard ?

Entretien réalisé par mail le 6 mai 2016.

Wollanup.

L’ HONORABLE SOCIETE de DOA et Dominique Manotti / SN et Folio policier.

« À la veille de l’élection présidentielle, des cambrioleurs dérobent l’ordinateur de Benoît Soubise, responsable de la sécurité au Commissariat de l’énergie atomique. Les choses tournent mal, Soubise est tué. Mais une webcam a filmé toute la scène… Le commandant Pâris de la Brigade criminelle se lance sur la piste d’un groupuscule «écoterroriste», tandis qu’en haut lieu on le presse – un peu trop – de conclure son enquête. »

Sortie aujourd’hui en folio d’un grand roman récompensé en 2011 par le grand prix de la littérature policière.

Même écriture sèche, précise, informée, Politique mais non politisée, puissante et révélatrice des coulisses du pouvoir et des affaires de la France et du monde, Dominique Manotti et DOA, deux monstres du roman noir français avaient tout pour se rencontrer tant, malgré des carrières et des parcours différents, ils empruntaient les mêmes sentiers qui mènent à la connaissance, à la véritable information. A l’origine un projet télévisé avorté pour Canal +, le scénario  a été retravaillé par les deux lanceurs d’alerte qui n’ont pas renoncé pour créer ce roman à quatre mains qui m’a fait hurler de bonheur quand j’ai appris cette « union » en 2011. Depuis, ils ont continué excellemment chacun de leur côté avec un brillant « Or noir » pour Dominique Manotti et par un monstrueux Pukhtu dont paraitra la deuxième partie en octobre pour DOA.

Alors le monde politique, des médias, des services de l’état et des affaires présenté dans ce roman est bien dégueulasse, puant, mais cinq ans après sa parution , »l’honorable société » reste hélas toujours d’actualité pour montrer cet univers des puissants prêts à tout pour assouvir leur soif de pouvoir, de richesses en écrasant tous ceux qui les gênent. Le contenu de l’information en 2016, pourtant bien édulcoré offert par les médias actuels, offre de nombreuses tristes similitudes avec le roman sauf que ce que nous vivons n’est pas de la fiction.

Un choc essentiel et indispensable.

Wollanup.

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