
L’objet-livre m’a semblé être un petit bijou qui n’en démentira pas le contenu : il ouvre le récit avec cette photographie aux couleurs ensorcelantes, presque magiques mais aussi des plus pertinentes, nous y voyons les ombres et les lumières de l’aven, la cité de pierres où nous plongera Lilian Bathelot « un paysage qui traverse les âges » . Le site est classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Pour le centenaire de la société Aven Armand, Lilian Bathelot a reçu une proposition d’écriture de la Manufacture de livres, soit un an de travail à plein temps.
Première descente.
Lilian Bathelot emprunte à l’histoire : « inexploré pendant des millénaires, l’Aven Armand était un abîme, un gouffre, objet de légendes terrifiantes, gosier du diable, accusé d’avaler les troupeaux et les voyageurs égarés. »1
Première époque d’une intrigue en trois déclinaisons :
Pour commencer, s’immerger au « cœur du territoire du clan des hautes terres du milieu sur le causse qui ne s’appelle pas encore Méjean » et comme les pierres y parlent encore, Orhark, la Chamane, trace ses ambitions et nous emmène au détour du néolithique moyen, dans la Préhistoire.
Un aven est : « Un puits naturel aux parois abruptes, creusé dans un plateau calcaire par les eaux d’infiltration et formé, soit par dissolution, soit par effondrement de la voûte de cavités karstiques, dans les Causses ».
Nous allons agréablement descendre sans rappel, et nous laisser glisser « au confluent des gorges de la Jonte et du Tarn ». Suivre l’écriture talentueuse de Lilian Bathelot, heureuse surprise, d’un niveau littéraire qui fait tellement de bien, une vraie découverte. Une écriture nourrie par des connaissances techniques évidentes, par une pratique de la nature et de la spéléologie mais aussi par une attention aux relations humaines dont il nous parle.
Que tire-t-on des brumes et des transmissions du passé, et des secrets enfouis dans la terre ?
On pense au travail d’André Leroi-Gourhan, on aime le récit très prenant de Lilian Bathelot qui nous immerge dans une histoire contemporaine à travers le temps d’une écriture fine et habitée.
Deuxième temps en 2025, gorges du Tarn, spot de grimpe secret « Paul Emploi » :
Fanny, pigiste avec un master en Histoire de l’Art. Sous une pile de vieux journaux, Élodie, embauchée en tant qu’extra dans l’équipe de guides, son amie, trouve, en vidant la maison de sa grande-tante, dans une maison qui avait appartenu à Louis Armand, des carnets mystérieux où cet aïeul forgeron « notait en détail la préparation des exposés avec Édouard-Alfred Martel ».
Ces carnets sont une porte d’entrée mystérieuse vers une histoire vibrante et singulière sur la mémoire des territoires, une forme de permanence des paysages, ce que les hommes laissent derrière eux, et un hommage à la terre. On aurait peut-être souhaité une dimension policière plus affirmée.
Troisième époque, XIXème siècle, la découverte de l’Aven Armand, au départ de l’Hôtel du Rosier, 18 septembre 1897 :
« Le premier dimanche de septembre est passé, et Ginette, la tenancière de l’hôtel des voyageurs du Rosier, en est fort aise. Désormais, la chasse est ouverte, et pendant les mois d’automne et d’hiver, elle va pouvoir régaler sa clientèle de lièvres, de perdrix, de cailles, de lapins, et même de sangliers qui lui coûteront le prix de quelques cartouches de chasse. La somme rondelette investie quelques années en arrière dans l’achat d ‘un fusil hammerless de calibre 12 pour son aîné est amortie depuis belle lurette ».
N’en disons pas plus de ces entrelacements.
Lisez-le.
1 : piqué sur le site de l’Aven Armand
Chiara Zinc
Du même auteur chez Nyctalopes.
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