Chroniques noires et partisanes

Étiquette : Peter Grainger

QUE DIEU LES GARDE de Peter Grainger / Flammarion.

But for the Grace

Traduction: Traduction : Nicolas Paul

« Le cheminement était ardu, subtil, délicat et sinueux mais comment diable former un jeune enquêteur autrement ? »

Que Dieu les garde est le deuxième roman de Peter Grainger traduit en français.

Robert Partridge — le véritable nom de l’auteur — y remet en scène l’inspecteur DC Smith et son stagiaire zélé Chris Waters, dans la petite ville anglaise de Kings Lake, que l’on retrouve cette fois sous un triste voile de neige fondue.

Une étrange affaire, que l’on pourrait presque qualifier de crime sans criminel, éclate dans une maison de retraite huppée après la mort d’une vieille dame. Un mois plus tard, les analyses scientifiques révèlent qu’elle est décédée d’une overdose d’héroïne.

Autant dire une piste complètement refroidie…

La présence, dans cette institution, de la mère d’un très haut responsable de la hiérarchie policière de Smith risque-t-elle de compliquer l’enquête ? Et quel rôle jouent les trois amis de la résidente disparue ? Ils étaient cinq au départ… et voilà qu’une deuxième pensionnaire meurt soudainement à son tour.

On retrouve intactes « l’autodiscipline, l’autonomie et l’autorité morale » de Smith, ce personnage auquel on s’était attaché dans Une mort accidentelle. Toujours aussi intuitif, ingénieux et implacable dans sa manière de progresser, il travaille dans les interstices des non-dits, des silences et des expressions fugitives.

Le lieu même de l’intrigue entraîne naturellement des réflexions sur ces vestiges de vie abritées dans les maisons de retraite : des existences souvent brillantes, désormais réduites à un horizon qui se rétrécit chaque jour un peu plus. Sans jamais alourdir le récit, Peter Grainger aborde aussi, avec beaucoup de délicatesse, les questions de l’euthanasie et du suicide assisté.

Qualifier l’écriture de Peter Grainger est finalement assez simple : il suffit de reprendre les commentaires que DC Smith lui-même emploie à propos d’un livre qu’on lui a adressé:

« Le style était clair, concis et précis, mais gardait l’humanité qui faisait défaut à tant d’autres récits sensationnels. »

Une définition qui correspond parfaitement à ce roman : une écriture respectueuse, factuelle et intègre.

Un livre très agréable — presque réjouissant et rafraîchissant malgré les thèmes abordés — dans lequel on boit aussi des quantités impressionnantes de thé !

Soaz.

UNE MORT ACCIDENTELLE de Peter Grainger / Flammarion.

An Accidental Death

Traduction : Nicolas Paul.

« Cependant, durant sa lecture du dossier, il avait remarqué un détail étrange dans le rapport d’autopsie, à partir duquel tout s’était enclenché. »

À son retour d’une mise à l’écart — sanction, rétrogradation ? — l’inspecteur DC Smith hérite d’un dossier déjà traité par la Criminelle. Le passé du policier ne sera jamais vraiment exhumé, sinon par petites touches, « d’une brosse très fine, vu la fragilité de l’œuvre du temps ». Juste assez pour comprendre que Smith est un enquêteur extrêmement expérimenté, sous ses dehors anticonformistes et volontiers drôles. « Depuis plus de trente ans qu’il exerce son métier avec autant de sagacité que d’obstination, Smith n’est pas homme à renoncer, même et surtout quand sa hiérarchie devient pesante. »

L’action se situe dans le Norfolk, comté rural ouvert sur la mer du Nord. Ce décor confère à ce roman noir un calme légèrement brumeux, une atmosphère grise et feutrée qui baigne tout le récit.

Et c’est un roman noir, assez classique dans sa forme : un jeune homme de dix-sept ans, athlétique, retrouvé noyé — accident ou meurtre ? —, des barbouzes bosniaques, des policiers déloyaux… Et malgré cela, la lecture demeure étonnamment paisible et plaisante.

L’enquête semble couler de source, alors qu’elle est menée avec une grande finesse et une rigueur constante et de grandes qualités d’observation.
Est-ce l’effet du jeune Chris Waters — qui aurait sans doute détesté cette expression —, novice « plein de fraîcheur et d’inexpérience », collant aux basques de l’inspecteur Smith ? Grâce à lui, et à l’estime que lui apporte immédiatement DC Smith, le lecteur demeure dans une forme de légèreté confiante généralement absente de ce genre de littérature.

L’écriture est sobre, élégante, efficace.

Peter Grainger, auteur britannique de la série DC Smith, compte déjà onze volumes publiés en anglais et a trouvé ses lecteurs, ceux qui apprécient le style d’enquêtes patientes, humaines et fines aux thrillers ultra-violents. (Même si l’un n’empêche évidemment pas l’autre !)

Flammarion vient d’ailleurs de publier une autre enquête de l’inspecteur Smith : Que Dieu les garde… Voilà qui donne très envie d’y jeter un œil.

Soaz

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