Chroniques noires et partisanes

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VOIR VENISE… de Lionel Destremau / Esprit noir / Melmac éditions.

Les éditions Melmac originaires de Marseille proposent une collection Esprit Noir dédicacée au Noir dans toutes ses formes « consacrée au polar, au roman noir, au roman policier et au thriller. Tous les genres qui constituent le polar, de l’humour jusqu’au fantastique ou presque, en passant par le roman social ou les pas de côté, le décalage, qui est la marque de fabrique de MELMAC. »

Esprit noir engage cette nouvelle année avec quatre sorties, trois en poche et un grand format. Voici donc la première livraison avec Voir Venise… de Lionel Destremau que l’on retrouve habituellement au catalogue de la Manufacture de Livres.

Un palace vénitien, le glamour, le romantisme, le gothique de la cité des Doges et une orgie de drogue et de sexe qui dégénère gravement à cause d’une drogue expérimentale et testée par une assemblée de glandeurs, de crypto monnayeurs, d’influenceurs à deux balles squattant à Dubaï ou ailleurs… du moment que ça pue bien le fric. Dans cet immeuble où l’indicible s’est produit, relaté dans une première partie nommée, cela coule de source, « … Et mourir », est logée aussi une famille française. La famille de Paul  (« Manman », les gosses et la belle famille) se plaint d’une fuite de liquide provenant de l’appartement voisin. Paul, qui a toujours rêvé de la Sérénissime, veut passer un séjour parfait et va ouvrir la porte qui donne sur l’enfer. Ce sera l’entame d’une seconde partie nommée « … Et courir » car Paul a découvert de la thune, beaucoup de thune dans des enveloppes et de quoi bien cimenter ses narines et flinguer son cerveau. Mais, mais tout le monde sait que « Bien mal acquis ne profite jamais » …

Melmac évoque un court roman mais il n’est pas non plus faux de parler d’une grande novella. Conte noir violent, Voir Venise est addictif au plus haut point. A la sidération de la première partie succédera une seconde partie épouvantable elle aussi, mais animée d’un humour noir des plus corrosifs. Voir Venise… s’appréciera en un « one shot » tendu, horrible et monstrueusement jouissif.

Clete.

ONE WAY OR ANOTHER de Stéphane Signoret / Melmac Editions.

2024, du côté de Marseille : autant dire qu’on est loin de New-York et de ses seventies génésiaques. Mais Tom n’a qu’en ligne de mire cette unique terre promise, cette terre qui lui est promise depuis qu’il est gamin, cette terre limoneuse qui vit éclore Blondie, Patti Smith, Richard Hell ou les New York Dolls, en amont des prémices punk. Scotché à ce passé fantasmé, il doit néanmoins aujourd’hui ranger et achalander les étagères de son petit bouclard dédié corps et âme à la Grosse Pomme, cet aimant-amant et principale mégalopole de l’est américain. Nommé Little Apple, c’est dire, l’échoppe vivote dans l’attente d’éventuels chalands, entre les lithographies de Jean-Michel Basquiat et les fantômes de Lou Reed, entre les mugs siglés CBGB et les authentiques vinyles des Ramones. À trente-neuf ans, bientôt quadra, Tom malmène également la guitare au sein d’un combo de rock’n’roll animé des mêmes cicatrices millésimées Bottom Line 73 ou Bowery 76.

Sûr que, « d’une façon ou d’une autre » (One Way Or Another en VO empruntée à un titre de l’album Parallel Lines de Blondie), Tom doit beaucoup à Stéphane Signoret. Précisons que ce dernier est à la tête du psychotonique conglomérat Lollipop Music Store (boutique, label, concerts, sis au 2 Boulevard Théodore Thurner 13006 Marseille, pour nos lecteurs sudistes) et endosse volontiers la même panoplie de fan invétéré et d’activiste en première ligne que le héros de son court roman. Hey Ho Let’s Go… Et si Stéphane cisaille depuis toujours les riffs binaires au sein des Neurotic Swingers ou Pleasures, c’est en toute logique qu’il inocule à Tom un goût identique pour les six cordes chauffées à blanc. Stéphane fait donc de Tom son porte-voix. Et ça leur va bien, même si les New York Toys de Tom n’endossent que le costard étriqué d’un « Tribute band », condamné à ne faire que des reprises, voué à clowner ou cloner une légende dont ils sont à la fois la perdurance et le mime triste.

Et puis des coups pleuvent lors d’une parenthèse bruxelloise. Le baston violent, soudain et dystopique, brouille les neurones et le One Track Mind, ce dernier monomaniaque par définition. De fait Tom opère un retour vers le futur inespéré, soit un salto-arrière d’un demi-siècle, direction l’année 1974 et l’East Village. Téléporté là, et après s’être clochardisé du Chelsea Hôtel aux pires artères d’Alphabet City, il monte un groupe onirique en compagnie de Richard Hell (Television, Heartbreakers, Voidoids, soit l’épine dorsale de la Blank Generation) et Jerry Nolan (Suzi Quatro, Wayne County, New York Dolls, Heartbreakers, Idols, London Cowboys…). Ҫa plane pour moi, ça plane pour lui, ça plane pour nous. En un texte expéditif, ponctué de photos et autres souvenirs visuels millésimés, Stéphane Signoret bouscule le Wall Of Sound (de briques de préférence, le mur) entre simplicité punk parfaitement dans le ton et picorage de fan assumé, même si la juxtaposition de formules qui se télescopent ne s’avère pas si anodine que ça. Par exemple, à y regarder de plus près, un chapitre intitulé Home Is Where I Want To Be s’incrémente dès ses premières lignes d’un « Cette ville est un enfer », soit un double hommage aux Dogs du regretté Dominique Laboubée. Et ainsi de suite. Oublions du coup d’autres agréables clins d’œil à répétition, d’autres private jokes pointues, pour ne saluer que ces souriantes balades downtown au gré des pas de l’auteur, voire ces rencontres apocryphes avec Deborah Harry ou Johnny Thunders. Tom ne s’en remettra pas, certains de nous non plus d’ailleurs…

JLM

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