
« Elles ont grandi dans une petite ville ouvrière du Nord où l’on s’ennuie, où tout se sait, où il n’y a pas d’avenir. Leur amitié est un havre fait de secrets, de joies et de chagrins partagés, d’une passion commune pour les faits divers et de séances de spiritisme forcenées. À la sortie de l’adolescence, Insaf part étudier la médecine à Lille, quand Mandy, elle, reste. L’une découvre la vie en colocation, ses premières fêtes, et entrevoit un futur tout tracé. L’autre enchaîne les jobs laborieux, et ressasse le passé. Un crime local en particulier, un féminicide datant des années 1990, l’obsède ; quels secrets l’usine désaffectée des Mourons peut-elle cacher ? Aux yeux de Mandy, seule Insaf peut lui venir en aide. »
A en croire internet, Amélie Hamad est une poétesse dans la trentaine, déjà publiée à plusieurs reprises dans quelques revues. Les Quelqu’unes, avec du William Blake en couverture, est son premier roman noir. Ça sort chez la maison bordelaise Le Gospel.
Un décor planté dans le Nord de la France, un crime, une pointe d’ésotérisme et une dimension sociale annoncée, nous avons bien là les bases d’un potentiel roman noir. Deux jeunes amies, perçues comme « gothiques » dans leur adolescence, ont pris des voies différentes pour s’engager dans la vie d’adulte, l’une quittant d’ailleurs les Mourons (un nom évocateur…), mais les deux finissant pas se rapprocher à nouveau en s’improvisant enquêtrices. De là, le passé refait surface et les souvenirs que l’on visite sont mis à l’épreuve d’une réalité trouble et parfois difficile. Une histoire qui nous plonge dans une atmosphère grise où grandir n’enchante pas forcément et où être une jeune femme qui se confronte aux hommes comportent les risques que l’on connaît. Néanmoins, pour nos deux protagonistes, c’est aussi l’opportunité de réaliser qu’une amitié peut être un solide rempart, bien qu’imparfait, face à l’adversité.
Entre emails, blogs, sms ou autre journal intime, Amélie Hamad n’hésite pas à diversifier la forme pour ancrer son histoire dans son époque. Elle tâche également de rester dans une langue plutôt simple, certainement pour que la jeunesse de nos deux protagonistes reste perceptible. Tout est relativement fluide même si, à mon sens, cela manque un peu de corps, d’épaisseur, pour ne pas donner l’impression que l’on reste en surface. On perçoit bien la volonté d’Amélie Hamad, on ressent également la tendresse évidente qu’elle a pour ses personnages, mais cela reste un peu trop « gentillet » et attendu pour véritablement faire mouche. Peut-être que le roman s’adresse avant tout à un lectorat jeune, pour ne pas dire adolescent ? Ou peut-être est-ce juste moi ? Dans tous les cas, sans réel déplaisir à la lecture, je suis passé un peu à côté du potentiel du livre.
Les Quelqu’unes est un roman noir ancré dans son temps et dans son environnement, plus féminin que de coutume et au propos pertinent, mais auquel il manque le petit quelque chose qui peut faire la différence, malgré d’éventuels défauts. Restons curieux de la suite.
Brother Jo.
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