Arderá el viento
Traduction: Michelle Guillemont.

Depuis plus d’une quinzaine d’années, contre vents et marées, Asphalte nous offre une littérature urbaine de qualité française, d’abord d’accord, mais surtout internationale. Asphalte parle le plus souvent espagnol parfois portugais et a pleinement contribué à la reconnaissance d’une certaine littérature noire sud-américaine. Citons juste ces jolies découvertes signées Asphalte : le Chilien Boris Quercia ou le Brésilien Edyr Augusto. Pour ma part, j’ai été particulièrement impressionné (et je le reste !) par Basse saison de l’Argentin Guillermo Saccomanno, impressionnant roman choral cartographiant l’adage populaire comme quoi « l’oisiveté serait la mère de tous les vices » récompensé par le prestigieux prix Hammett 2013. une station balnéaire argentine à la morte saison, un marigot où dominaient l’ennui, le vice, le vide et la violence. Signalons que l’Argentin avait déjà obtenu le prix Hammett en 2009 pour 1977, roman racontant la dictature argentine.
“Hugo et Moni Esterházy, couple charismatique au passé mystérieux, arrivent à Villa, une petite ville de la côte argentine, où ils reprennent un hôtel à l’abandon. Avec leurs deux enfants, Aniko et Lazlo, inquiétants et plus énigmatiques encore que leurs parents, ils s’immiscent peu à peu dans la vie locale et font voler en éclats le fragile équilibre de la communauté en apparence tranquille…”
L’achat de cet hôtel en ruines fait de la famille Esterházy une attraction dans cette petite ville endormie hors de la folie estivale et de facto les fait rejoindre la communauté des notables de la cité. Comme dans beaucoup de villes, les petits arrangements, les magouilles, les marchés truqués font que les affaires fonctionnent bien et que l’argent va dans les bonnes poches, et que tout le monde en croque. Ah, cette époque bénie que les nantis de Villa vont regretter ! Milo, le père artiste incompris et joueur compulsif, la mère Moni qui pense qu’elle peut tout s’offrir avec son cul et teste toutes les frasques érotiques qu’elle est en train d’écrire dans un roman porno. Quant aux deux enfants, le qualificatif le plus sympathique pour les désigner serait peut-être “adolescents”. Lâchés dans ce nouveau territoire, ces quatre étrangers dérangés vont créer un effet domino meurtrier et cruel pour toute une communauté.
Parti sur la même idée de photographie d’une station balnéaire que Basse saison, Le vent s’embrasera se distingue ensuite en concentrant sa focale sur une famille, moteur du chaos. Guillermo Saccomanno a déclaré avoir écrit ce roman à une époque délicate de sa vie et s’être astreint à l’écriture d’un chapitre complet chaque jour. On peut décemment supposer alors qu’on ne va pas baigner dans l’euphorie.
Miroir blafard de nos suffisances et insuffisances, Le vent s’embrasera se révèle comme un témoin un peu barré et cruel de nos vacuités occidentales. La répugnance et le malaise nés de certains évocations et situations gênantes est annihilée par une plume renversante dans son art à exprimer la morgue, le dédain, le mépris avec un humour noir mordant, atout ultime des désespérés.
Un talent beaucoup trop rare, une écriture sans concession, un réquisitoire puissant de nos suffisances. Un peu barré, franchement malsain, Le vent s’embrasera » du Noir insidieux et intelligent comme on aime. Peut-être même le parfait exemple d’une certaine littérature noire et élégante vers laquelle Nyctalopes penche inlassablement depuis ses débuts.
Clete.
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