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Chroniques noires et partisanes

Étiquette : lawrence block

TUE-MOI de Lawrence Block / Série Noire.

Traduction: 紳士 Sébastien Raizer.

Avec les décès de Donald Westlake et de Elmore Leonard, Lawrence Block devient un des derniers géants du polar, un des derniers monstres sacrés ricains ayant commencé leur carrière dans les années 60 ou 70  en nous offrant des œuvres importantes, en multipliant leurs héros et en écrivant parfois sous pseudonymes des polars racés. Sans vraiment le savoir, je pense que Westlake devait apprécier les bouquins de Block tout comme celui- ci a dû apprécier les aventures de Dortmunder ou de Parker du défunt écrivain, New-Yorkais comme lui.

Ayant débuté sa carrière en France à la Série Noire, Block a ensuite été édité par le Seuil puis par Calmann Levy avant de revenir à la Série Noire en 2015.Ce retour nous a permis de retrouver tout d’abord Scudder dans une vieille aventure « ballade entre les tombes » ressorti au moment de la sortie du même film éponyme. Scudder est un ancien flic, ancien alcoolo devenu privé et qu’on pourrait présenter à de nombreux égards comme le cousin de Dave Robicheaux de James Lee Burke, eh ouais, rien de moins que cela.

L’an dernier, Bernie Rhodenbarr, libraire le jour cambrioleur la nuit a fait son retour à la SN avec « le voleur de petites cuillères », personnage tranchant avec les tourments de Matt Scudder par sa bonne humeur y compris dans les situations les plus périlleuses.

Et en cette fin d’année, voici le cinquième tome des aventures de Keller, « hitman », tueur à gages et philatéliste.

Commencée par le biais de nouvelles écrites pour des magazines ricains comme Playboy à la fin des années 90, Keller a finalement lui aussi vu sa geste compilée dans quatre livres édités par le Seuil et Calmann Levy pour aboutir à ce « Tue moi » de 2013 édité cet automne en France par Gallimard. Les amateurs du personnage vont se régaler à retrouver ce tueur méthodique, sans pitié ni états d’âme mais capable de réflexion, de philosophie sur la vie et sur ses contemporains, brocardant leurs manies, leurs mauvais côtés et grand amateur de timbres, passion que Block parvient à rendre intéressante en mariant l’histoire du timbre et le destin de certains pays, régions ou  régimes plitiques .Keller a quitté NY a refait sa vie et fondé une famille à La Nouvelle Orleans mais la crise de la fin des années 2000 l’oblige à retourner au charbon.

Block prend sûrement beaucoup de plaisir à raconter les contrats de Keller. L’écriture est précise, c’est du grand art, le trait est très souvent moqueur et Block manie un humour noir et pince sans rire absolument délicieux, élégant. Organisées pour plaire au plus grand nombre, les cinq aventures font l’impasse sur la majeure partie de l’exécution du crime pour se concentrer sur le travail en amont, les préparatifs, les choix exécutifs, l’environnement social de la proie. Lawrence Block propose des instantanés très savoureux sur ses contemporains aux quatre coins des USA au gré de ses évolutions d’ange exterminateur au Texas, à New York et dans les Caraïbes et prend bien soin de ne pas s’embarrasser de détails ou de scènes qui pourraient ennuyer le lecteur.

Il est évident que l’histoire de Keller, entrepreneur et père de famille à NOLA est assez loin de ses débuts solitaires à NY et si l’on peut très bien lire et apprécier cet opus en un one shot, il est préférable d’aborder la lecture par le début pour en apprécier totalement la sève particulièrement jouissive.

Bref, il est très difficile de ne pas fondre devant ce tueur iconoclaste, repoussant mais néanmoins très attachant avec des côtés très dandy créé par un Lawrence Block qui a su donner des lettres de noblesse à la littérature de gare.

Génial !

Wollanup.

 

 

LE VOLEUR QUI COMPTAIT LES CUILLÈRES de Lawrence Block à la Série Noire

Traduction : Mona de Pracontal.

Lawrence Block fait partie des grands écrivains américains, il a écrit plus d’une cinquantaine de romans dont bien sûr la série des Matt Scudder, des polars bien noirs. La série des aventures de Bernie Rhodenbarr, libraire-cambrioleur a un ton beaucoup plus léger et plus drôle. Bernie est l’équivalent de Dortmunder chez Westlake en plus joyeux et moins poissard ! Aux Etats-Unis, tous les romans de la série commencent par « the  buglar », ce qui n’avait pas été respecté en France jusqu’à présent, cet épisode date de 2013.

« À l’heure du numérique, difficile de gagner sa vie avec une modeste boutique de livres anciens et d’occasion sur la 11e Rue Est de New York… Heureusement, Bernie Rhodenbarr a d’autres atouts dans sa manche. Cambrioleur chevronné, on fait souvent plus volontiers appel à lui pour ses talents de crocheteur de serrures que pour ceux de bouquiniste. Mais lorsque «M. Smith», un mystérieux collectionneur, lui propose une petite fortune pour plusieurs vols (incluant aussi bien le manuscrit de L’Étrange Histoire de Benjamin Button de F. Scott Fitzgerald que d’inestimables cuillères en argent), Bernie ignore dans quelle histoire improbable il met les pieds.

Car, pendant ce temps, une riche vieille dame a été retrouvée morte à son domicile, apparemment terrassée par une attaque lors d’un cambriolage qui aurait mal tourné. Toutefois les raisons de son décès ne sont pas si évidentes, et l’expertise de Bernie est également requise par son meilleur ennemi, le policier Ray Kirschmann, afin de l’aider dans son enquête…

Voleur rémunéré et détective amateur, notre (anti-)héros trouve en outre des messages rageurs sur la porte de la librairie qu’il est bien obligé de délaisser… Y aurait-il encore des gens qui lisent? »

Bernie Rhodenbarr est un de ces personnages que j’adore retrouver : sympathique, séduisant, plein d’esprit… Très cultivé, il aime la vie et tous ses plaisirs, les livres bien sûr mais pas seulement ! Et sa liberté de ton, de parole, sa liberté tout court en fait… est souvent réjouissante. Les autres personnages aussi sont attachants : Carolyn, sa meilleure amie toiletteuse de chiens lesbienne, Ray son meilleur ennemi, flic un peu crétin dont l’honnêteté est discutable et même Raffles, son chat qui sait se servir des toilettes…

On se retrouve toujours à New York (avec ou sans trait d’union, vous le saurez en lisant le livre), les bars, les brownstones, les escaliers de secours… c’est un bonheur de retrouver cette ville si particulière, une ville-monde où tout est possible, le meilleur comme le pire. Bernie Rhodenbarr fait partie du meilleur ! C’est un observateur lucide et amusé de ses contemporains et s’il ne vieillit pas vraiment, le monde autour de lui change et il commente, car c’est à lui que Lawrence Block donne la parole. Il n’a pas la langue dans sa poche et n’hésite pas à s’adresser au lecteur, à faire des digressions pleines d’humour tout en préservant son intimité avec des astérisques, à l’ancienne.

Souvent, Bernie est obligé de s’improviser enquêteur pour s’innocenter lui-même. Ici ce n’est pas le cas, c’est Ray qui l’appelle à la rescousse pour résoudre une enquête sur un meurtre alors que lui vaque à d’autres choses, beaucoup moins légales avec un collectionneur fou de « buttons » sous toutes leurs formes, de Benjamin Button aux simples boutons en passant par les badges/boutons des campagnes présidentielles. Le grand talent de conteur de Block entre alors en jeu : il sait mener et mêler les intrigues, maintenir le suspense. Les nouveaux personnages qui apparaissent sont tous hauts en couleur : un riche agoraphobe, des jeunes femmes délurées appréciant Bernie qui le leur rend bien, une serveuse de restaurant taïwanaise à l’anglais approximatif…. et les dialogues sont savoureux.

Si Bernie ne respecte pas forcément la loi, il respecte toujours la vie. Ce n’est pas forcément le cas  de la justice qui a parfois des incohérences, des méandres que savent suivre certains coupables, souvent des riches, pour s’en tirer. On retrouve tout de même un peu de noir, l’univers de Block. Mais Bernie est loin d’être naïf, et, à l’occasion, se sert de ses talents, avec ou sans la bénédiction de Ray, pour que des crimes ne restent pas impunis et c’est plutôt jouissif !

Les enquêtes de Bernie se terminent toujours sur la même scène finale où il réunit les suspects et démasque le coupable en hommage à Nero Wolfe le « détective en fauteuil » de Red Stout, mais ce n’est pas la seule référence que Block nous offre : les histoires de Bernie Rhodenbarr sont toujours truffées de clins d’œil à des livres, des auteurs, il n’est pas libraire pour rien ! On les repère quand elles concernent un auteur qu’on connaît et cela ajoute encore à la connivence qu’on a avec Bernie et au plaisir de la lecture.

Bon, vous avez compris que je suis fan !

Un plaisir de lecture familier mais toujours renouvelé et qui donne la patate ! Que demander de plus ?

Raccoon

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