
Alors qu’on guettait son apparition dans le catalogue de la Série Noire ou de la Noire, Antoine Chainas signe son retour mais chez Plon… Surprise ? En fait pas vraiment. Premièrement, ce roman n’aurait certainement pas trouvé sa place dans une collection polar comme la SN et deuxièmement chez Plon, il retrouve Aurélien Masson qui a guidé ses premiers pas en littérature, son entrée à la Série Noire, rien que ça, il y a presque 20 ans.
Alors que Bois-aux-renards, son dernier roman, divaguait, flottait dans les fantômes des croyances et légendes issus des cauchemars les plus anciens et les plus primitifs, La désabondance au contraire, dirige sa focale vers un futur très marqué par les mondes de Philip. Dick, Frank Herbert, Pierre Boulle et même le Vercors du roman « Les animaux dénaturés ». On est donc dans de la SF et les amateurs de polars, très justement alertés par le nom de Chainas, ne doivent pas l’ignorer… On est très loin de Pur grand prix de la littérature policière 2017.
« Disparues depuis dix ans au cœur des montagnes après la fuite de leur père, les cinq sœurs Kowalsky réapparaissent et deviennent un phénomène mondial avant d’être intégré au projet spatial EnnoIA. Propulsées aux confins du système solaire à bord du vaisseau la Génitrice, une intelligence artificielle conçue pour explorer l’univers, elles recherchent de nouveaux espaces pour développer le tourisme spatial de demain.
Mais le programme de la Génitrice semble soudain s’enrayer et tandis que le vaisseau erre dans le vide sidéral, que les frontières spatio-temporelles se font plus poreuses et qu’une catastrophe imminente approche, l’une des sœurs parvient à s’éjecter du vaisseau à bord d’une capsule pour rejoindre la Terre. Elle y retrouve une humanité ayant tourné le dos à la technologie et à l’idée de progrès. Vivants dans la forêt en tribus nomades, les êtres humains sont de moins en moins nombreux et le processus de désabondance enclenché des décennies plus tôt est poussé à son acmé jusqu’à l’étiolement du langage. »
Le lecteur doit savoir que cette quatrième de couverture n’énonce, héroïque, que le strict minimum. On avait cru remarquer que le Noir devenait un cadre trop étriqué pour l’imaginaire d’Antoine Chainas et qu’il avait « besoin » ou « envie » de nouveaux théâtres peut-être moins contraignants que le polar. Les habitués de l’auteur avaient bien vu cette nouvelle habitude d’inclure des petits intermèdes très déstabilisants au cœur de ses histoires. Cette première mise en péril du lecteur était apparue sous la forme d’une intrusion dans des mondes numériques dans Empire des chimères avant de nous ramener rapidement vers une réalité plus rassurante. Ces plongées dans l’inconnu, l’enfoui, le trouble… provoquaient d’ailleurs le ballet ensorcelant de Bois-aux-renards. En conséquence, il n’est nullement étonnant qu’Antoine Chainas ait eu envie d’emprunter ces voies nouvelles sans carcan que la SF lui proposait.
Chacun appréciera à l’aune de son vécu, de son histoire et de ses convictions les propositions, les choix de vie évoqués dans ces pages mais personne ne restera insensible à leur lecture. On ne reste jamais indifférent à la lecture de Chainas, à son écriture non plus.
Roman très intelligent, foisonnant mais aussi très exigeant par les questions qu’il ne cesse de poser et d’accumuler: nature et culture, le besoin et l’envie, le déclin civilisationnel, la filiation… jusqu’au vertige.
Clete.
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