White Devils
Traduction: Yoko Lacour

« Après avoir signé un best-seller avec un retentissant true crime, Tom Dunbar a disparu des radars. Son ambitieux second livre a fait un flop. Alors que les droits d’auteur commencent à se tarir, le restaurant imaginé par sa femme, la sublime et vénéneuse Beth, les précipite dans un gouffre financier. Ils vont tout perdre, jusqu’à leur maison avec vue sur l’océan, dans l’un des coins privilégiés de Los Angeles. La situation est critique : hors de question pour Tom de renoncer à l’écriture et, pour Beth, de s’exiler dans un quartier de seconde zone. Heureusement, elle a un plan : soutirer de l’argent à son père, Bud Sturges, auteur à succès. Mais quand le richissime écrivain refuse, une idée sombre et dérangeante commence à s’insinuer dans les esprits survoltés de Beth et Tom…«
En ce moment, la maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture a, comme qui dirait, sérieusement le vent en poupe. C’est peu de le dire. Une petite maison d’édition devenue grande et incontournable dans le paysage littéraire français, tant d’un point de vue qualitatif, qu’en termes de chiffres de vente qui se sont notamment envolés avec la publication des livres de Michael McDowell. Mais au-delà même du contenu, s’il y a bien une maison d’édition qui soigne l’esthétique de ses publications, jusque dans les détails, c’est Monsieur Toussaint Louverture. Preuve en est, une fois encore, avec Diables blancs de l’Américain James Robert Baker, dont la couverture toute en dorures et représentant une femme qui semble frappée d’un coup de folie, marque instantanément les esprits. Autant dire qu’on ne se fout pas de la gueule du lecteur, il y a du boulot derrière. Pour autant, je ne connaissais rien de James Robert Baker, et je ne suis certainement pas le seul. Celui-ci s’est ôté la vie en 1997, à 51 ans, et aucun de ses livres n’était arrivé jusqu’à chez nous, surtout pas Diables blancs qui restait totalement inédit à ce jour et dont la toute première publication se fait aujourd’hui en France. Un écrivain dont la vie a tout d’un roman et dont ce livre inédit va certainement faire parler de lui.
Jusqu’où est-on capable d’aller pour connaître à nouveau le succès ? A en croire Tom Dunbar et Beth, les principaux protagonistes de ce livre : loin, très loin. Un couple qui, tout en s’empoisonnant la vie, envisage le pire pour retrouver des jours meilleurs. Une relation hautement toxique entre un écrivain et sa femme dont l’instabilité psychologique et le mélange de prescriptions médicales deviennent un cocktail explosif. C’est dans cette atmosphère là qu’ils vont échafauder un plan machiavélique qui devrait, si tout se passe bien, leur apporter l’argent et le succès, leur évitant ainsi de perdre le luxe dans lequel ils vivent depuis un certain temps déjà. L’idée est de devenir les acteurs de leur propre true crime pour que Tom Dunbar puisse ensuite en faire un nouveau livre à succès. Ce plan, d’une stupidité évidente, nous fait constamment nous demander à quel moment cela va leur péter à la gueule. Les choix risqués s’enchaînent et l’escalade de rebondissements n’en finit plus. Nous voilà alors plongés dans un vrai faux true crime, ou peut-être un faux vrai true crime, pour le meilleur et pour pire. Enfin, surtout pour le pire…
Addictif au possible dès les premières pages, James Robert Baker aspire le lecteur dans une spirale infernale qui tient en haleine sans le moindre temps mort. Rédigé sous la forme d’un monologue qui s’avère être une transcription de cassettes audios que Tom Dunbar enregistre pour les donner à Jim, un ami écrivain, et ainsi faire toute la lumière sur l’entreprise désespérée qui fut la leur, Diables blancs jouit d’une construction extrêmement solide. On apprend dans la postface que l’auteur se filmait en train de jouer ses personnages dans le but de parfaire les dialogues. Il y a une évidente maîtrise dans l’écriture de James Robert Baker. Il arrive à nous donner l’impression que l’on voit les choses venir et pourtant nous surprend régulièrement. Avec ce roman, il délivre autant une satire complètement cintrée de l’Amérique, qu’une réflexion sur le true crime qui nous crame quelques neurones au passage, tout en prenant un joyeux plaisir à dynamiter toute morale. Le parfait scénario pour un film de cinéma.
Diables blancs de James Robert Baker est l’archétype même du page-turner. Vous allez prendre furieusement votre pied à la lecture de ce livre, initialement relégué aux oubliettes, alors qu’il a tout d’un classique. Une bombe noire méchamment corrosive et jubilatoire ! Après cette lecture, vous réfléchirez à deux fois avant de mélanger n’importe quels médicaments.
Brother Jo.
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