Chroniques noires et partisanes

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COMME UN PAPILLON de Christophe Molmy / La Martinière

Avec Comme un papillon, Christophe Molmy signe cette année son cinquième roman chez la Martinière. Il a également remporté le grand prix du Quai des Orfèvres 2026 récompensant un manuscrit inédit de roman policier soumis anonymement à un jury de 22 personnes du milieu judiciaire. Brûlez tout est sorti dernièrement chez un éditeur que nous tairons qui a publié dernièrement Bardella, De Villiers, Zemmour en attendant Jean Valjean Sarkozy… donc pas un écho, pas un écu ici. Passons…

Le nom de Christophe Molmy ne doit pas vous être inconnu si vous suivez un peu l’actualité. Flic, il était le boss de la BRI en 2015 et est entré en premier dans le Bataclan avec son groupe un triste soir de novembre pour sauver des vies et stopper les barbares. Pénétrer dans le pandémonium ce soir-là doit poser un homme, une vie. Respect ! Christophe Molmy est entré en littérature en 2015 mais ces polars n’ont jamais été chroniqués chez nous. Il est vrai que notre plaisir se manifeste plus dans le Noir que dans le polar ces derniers temps. « Armé » de son expérience professionnelle, l’auteur a ainsi écrit trois histoires où sont présentes les luttes entre les gangs et les flics. Son quatrième roman, La fosse aux âmes racontant un attentat et ses conséquences directes ou indirectes sur les victimes, montrait peut-être une nouvelle direction donnée à son œuvre. Ce virage vers le Noir est joliment confirmé par ce nouveau roman qui m’a bluffé.

« Comme un papillon : épinglé au mur.

 Mathieu Ezcurra n’avait jamais douté de lui. De ses actes. De sa légitimité. De son mariage. Jusqu’au jour où il est arrêté pour viol, les menottes passées devant l’école de ses enfants. C’est le début d’un vertige sans fin pour cet homme qui ne savait pas qu’il pouvait tomber.Autour de lui, les voix des femmes qui croisent sa trajectoire. Son épouse qui décide que c’est la fois de trop. La psychologue experte auprès de la Cour d’Appel, qui l’invite à remonter aux origines de la faille. Et puis cette femme dont on ignore l’identité, mais dont la vie a été percutée par celle de Mathieu, et qui ne s’en est jamais remise. »

Comme un papillon raconte la chute d’un homme qui n’a pas compris les effets du mouvement Me too, prenant en considération la parole des femmes, mettant à la lumière la notion de consentement que les hommes depuis le début des temps n’avaient jamais vraiment acquise, mettant ainsi fin à des siècles d’omerta. Matthieu Ezcurra, le mâle Alpha, Priape moderne, universitaire qui laisse son cerveau à la fac le soir pour devenir l’étalon de Tinder va tout perdre du jour au lendemain… famille, boulot, respectabilité et même conscience, la folie le guette, la prison aussi. Allez, on ne va pleurer non plus sur le sort d’un pervers narcissique même si Molmy fait le choix de raconter le coupable et son déni qui ne le quitte pas. Tout en traitant avec intelligence le thème du consentement, des violences physiques infligées aux femmes, des blessures psychiques inoculées, Christophe Molmy y adjoint deux thèmes aussi costauds dont le respect pour l’intrigue, prenante, ne nous autorise pas à parler. Ajoutons que le final, très surprenant, en laissera plus d’un sur les fesses.

Pour la réflexion qu’il impose aux hommes, pour la sobriété et l’efficacité de la plume et pour son final machiavélique Comme un papillon est une réussite. Un roman intelligent, creusant profondément, invitant parfois à se retourner sur sa propre histoire… peut-être…

Clete.

ON SE SOUVIENT DU NOM DES ASSASSINS de Dominique Maisons / La Martinière.

« Max Rochefort, dandy parisien et feuilletoniste à succès, croise le chemin de Giovanni Riva, jeune employé du journal Le Matin. L’excentrique Rochefort prend le jeune homme à son service dans son atelier d’écriture. Mais la réalité rattrape les meilleurs scénarios issus de l’imagination de Max: lors d’une soirée mondaine, un cardinal est retrouvé mort, atrocement mutilé dans sa chambre d’hôtel. Sous pression politique, la Sûreté doit désigner un coupable rapidement. Pour sauver une jeune innocente accusée du crime, Max et Giovanni se lancent dans l’enquête… Entourés d’une ligue de gentlemen extraordinaires – l’écrivain Gaston Leroux, l’aéronaute Louis Paulhan, le psychologue Alfred Binet et bien d’autres –, ils seront conduits des splendeurs aux bas-fonds du Paris bouillonnant et amoral de 1909. »

Oh, le beau roman que voici et qui je l’espère plaira au plus grand nombre tant il regorge de qualités et fait montre d’une culture et d’une intelligence de l’auteur pour combler le lecteur en quête d’un polar tranchant avec le formatage que l’on retrouve tellement.

Avant tout Dominique Maisons redonne des lettres de noblesse au roman-feuilleton popularisé au 19ème et au début du 20ème  et tombé dans l’oubli depuis longtemps sauf en de quelques étincelles plus ou moins récentes comme « l’aliéniste » de Caleb Carr ou « l’interprétation des meurtres » de Jed Rubenfeld grands devanciers anglo-saxons de « On se souvient … » et dont le cadre est New York. Ici, on est à Paris à la même époque et d’ailleurs Freud est suggéré pour résoudre certains problèmes mais il est à New York dans le roman de Jed Rubenberg justement à tenter de résoudre une autre enquête la même année…

Dans ce  décor de la « ville lumière » au début du XXème, Dominique Maisons n’avait pas besoin d’aller chercher ailleurs que dans notre Histoire, nos histoires, la trame héroïque, architecturale, intellectuelle, criminelle, littéraire et sociétale de son roman.

Paris comme décor magnifique, une ville modifiée par Hausmann pour lui faire quitter son aspect médiéval mais dont les mentalités, les modes de vie gardent encore bien des aspects proches du Moyen Age et c’est avec plaisir que le lecteur découvrira de multiples aspects surprenants, cocasses de la vie parisienne de l’époque où dès que l’on s’éloigne du cœur l’existence devient bien chaotique. Dominique Maisons, avec passion, travail et talent a su recréer une ville que l’on sent vivre au fil des aventures des deux héros comme l’avait fait, pour une période plus ancienne, Tim Willocks dans « Les douze enfants de Paris ».

Tout en suivant le rythme effréné du roman, on découvre le Paris qui travaille, la délinquance des « Apaches », la police et les brigades du Tigre, le système hospitalier, les prisons, les asiles psychiatriques, les salles de spectacle, les grands quotidiens, le faste de la bourgeoisie, le cinéma, l’automobile, l’aviation, un monde moderne éblouissant en train d’éclore qui ferait peut-être oublier que la guerre est proche et c’est encore un bel exploit de l’auteur de montrer au détour de dialogues que le chaos, inéluctablement, n’est pas loin.

Nous plongeant dans le Paris de 1909, Dominique Maisons y invite certaines personnes éclairées de l’époque : Alfred Binet, Gaston Leroux, Louis Paulhan, Guillaume Apollinaire pour ne citer que les plus évidents. Et ce cadre magnifique, baroque, cette époque de grandes mutations et ces novateurs sont mis au service d’une intrigue qui va rebondir tout au long de ces 500 pages avec Max Rochefort et Giovanni Riva à pied d’oeuvre pour combattre le mal sur terre comme sous terre et même dans les airs.

Bien sûr, c’est une évidence, les péripéties sont parfois, très rocambolesques mais écrites de manière si intelligente en multipliant les références et les clins d’œil aux grands du genre que c’ en est un régal et que l’on fonce et qu’on tremble comme des gosses avec les héros. Gaston Leroux, Pierre Ponson du Terrail, Maurice Leblanc, Eugène Sue, Pierre Souvestre et Marcel Allain… tous les grands romanciers de l’époque sont ici célébrés, honorés par un Dominique Maisons, très maître de son sujet, au service passionné d’une intrigue riche.

Dans les dernières lignes du roman Giovanni dit « Une bonne littérature d’aventures ne doit pas s’alourdir des états d’âme »… Peut-être mais une bonne littérature d’aventures montre aussi le talent, le travail d’un auteur. « On se souvient du nom des assassins » et nul doute qu’on n’oublie pas non plus le nom de l’auteur une fois le roman terminé.

Magnifiquement rocambolesque.

Wollanup.

 

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