Chroniques noires et partisanes

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VIE D’O.-G. GAILLARD, BÛCHERON ET POÈTE de Christophe Ségas / Editions du Chemin de fer.

Olivier-Georges Gaillard est né dans les Landes en 1975. Son corps a disparu en 2005 dans un incendie de forêt. Sa vie, brève, se dissout ensuite dans un oubli rapide. Il existe très peu de photos de lui. Ceux qui prétendent l’avoir connu se sont dispersés ou ne sont plus de ce monde. La seule chose tangible qui reste de lui, c’est une oeuvre poétique dont quinze poèmes ont été publiés par sa soeur en 2010. Orphelin précoce, enfant mutique habité par des voix étranges et puissantes, adolescent solitaire à la limite de la violence, torturé par la forêt et les paroles que lui transmettent les pins, il apprend à coucher ses hallucinations sur le papier pour les tenir à distance.
Adulte, devenu bûcheron, il s’apaise un peu. Mais les pins, de nouveau, viennent le hanter. Olivier-Georges deviendra alors vagabond asocial, arpenteur de chemin tenté par toutes les vapeurs, par tous les brouillards, et fuira jusqu’en Argentine.

J’avais repéré Christophe Ségas avec la sortie de son intriguant livre La sous-bois publié aux Monts Métallifères. Malheureusement, encore un que je n’ai toujours pas lu. Pour autant, quand j’ai vu passer la sortie de son nouveau livre Vie d’O.-G. Gaillard, bûcheron et poète, cette fois aux éditions du Chemin de Fer, quelque chose m’a laissé penser qu’il ne fallait absolument pas que je loupe celui-ci. Mon flair ne m’a pas trompé.

Peut-être que certain(e)s se demanderont ce que la biographie d’un poète peut bien venir faire sur un site comme Nyctalopes ? Ma réponse est simple. Une bonne histoire reste une bonne histoire et celle-ci est digne d’un roman. Coutumier du pas de côté, j’essaye régulièrement de chercher de petites (ou grosses) pépites à la marge. Vie d’O.-G. Gaillard est entré dans mon radar et cela me fait particulièrement plaisir de mettre en lumière ce livre qui mérite toute votre attention.

J’imagine que nul ne connaissait Olivier-Georges Gaillard avant la publication de ce livre, moi le premier, et je suis convaincu que nul ne peut l’oublier après lecture. L’histoire de Olivier-Georges Gaillard est celle d’un homme qui a vécu entre deux mondes depuis son enfance jusqu’à sa disparition. Un homme traversé et habité. En proie à une maladie mentale, ou peut-être porteur d’un don ou d’une malédiction qui le connectait à l’inexplicable, on peut avoir envie d’hésiter ou de douter. Sa vie fut à ce point nimbée de mystère, avec une bonne dose de noirceur et de tragique, que couchée ainsi sur papier, elle évoque une histoire issue du folklore que l’on transmettrait de génération en génération. Un peu comme un récit hanté qui se serait mythifié au fil du temps. On est saisi dès les premières pages par cette trajectoire fascinante d’un être « possédé » par des voix de pins qu’il « évacue » par le biais de l’écriture pour ne pas complètement sombrer dans la folie, et qu’il tente de conjurer en tronçonnant frénétiquement des arbres.

Christophe Ségas a ici l’art et la manière de rendre passionnante la vie d’un illustre mais singulier inconnu. Son sens du romanesque insuffle un souffle porteur à son texte. Il le rend si prenant qu’on lit le livre d’une traite et que l’on a qu’une envie : y retourner. Les poèmes d’Olivier-Georges Gaillard publiés à la suite de la biographie ajoutent une dimension supplémentaire au récit. Des textes courts mais puissants qui attisent notre curiosité d’en lire plus. On ne peut qu’espérer que le reste de son œuvre soit un jour publiée. Le travail d’édition des éditions du Chemin de fer, particulièrement soigné, ajoute à l’aura de ce livre.

« dans nos âges successifs
les sentiers de l’enfance
tissent

une trame de soutènement
un filet de secours
un réseau de perturbation

nos yeux affleurent aux flaques brunes
aux racines ocres à peine effacées

les sentiers de l’enfance
se révèlent
plaies vives »

Avec Vie d’O.-G. Gaillard, bûcheron et poète, Christophe Ségas parvient avec éclat et sans superflu aucun, à saisir la sève d’une vie sur la brèche. Un récit troublant et magnétique d’une prégnante beauté. Un incontournable de cette année 2026 et qui ne peut que marquer durablement.

Brother Jo.

LES JOURS DE LA PEUR de Loriano Macchiavelli / Editions du Chemin de fer.

Le piste dell’attentato

Traduction: Laurent Lombard

« Bologne. Années 70. Un attentat détruit le centre de transmission de l’armée, faisant quatre morts et de nombreux blessés. Le sergent Sarti Antonio, flanqué de son acolyte Felice Cantoni, mène l’enquête. Entre milieux interlopes et notables intouchables, c’est tout un système de corruption qui est à l’œuvre et qu’il tente de dénoncer en dépit de la résistance de ses supérieurs, alors que les meurtres se multiplient dans la ville. »

Loriano Macchiavelli est une légende du polar en Italie. Son héros récurrent, Sarti, que nous découvrons ici dans sa première enquête datée de 1974 a été l’objet de deux séries à succès à la télévision italienne en 1978 et en 1991. En France depuis quelques enquêtes éditées par Métailié au début des années 2000, l’auteur avait disparu des librairies. Reconnaissance donc aux éditions du Chemin de fer de nous faire connaître cet auteur, également acteur et metteur en scène et ce Sarti Antonio « pauvre flic perdu devant la complexité du monde et la folie des hommes qui déteste les armes et souffre d’une colite nerveuse qui l’oblige à trouver un lieu approprié aux moments les moins opportuns »

En préambule dans une « lettre d’accompagnement de l’auteur à son personnage qui repart à l’étranger » Macchiavelli, 90 printemps donne le ton, moqueur tout en rappelant les années terribles de la ville de Bologne, martyrisée par des tueries et des attentats politiques dans son passé de la fin du XXème. Si la mafia est souvent présente dans le polar rital, ici, ce sont les luttes politiques qui sont au cœur de l’intrigue.

Dans un format très ramassé, un peu comme les anciennes Série Noire, reflet d’une époque où le genre était considéré comme de la simple littérature de gare, Les jours de la peur nous fait découvrir un flic entêté, usant du coup de poing ou de genou quand on le contrarie vraiment, éprouvé par des problèmes intestinaux gênants, passant ses journées à se prendre la tête avec une hiérarchie pas franche du collier et cherchant un peu d’affection auprès d’une jeune prostituée.

Les jours de la peur, écrit en 1974, montre aussi une société qui n’existe plus vraiment. Pas de téléphone portable ni Internet, la GS Citroën 1000 comme signe extérieur de richesse… c’est à l’usure de ses semelles qu’on reconnaissait un bon flic incorruptible. L’intrigue est passionnante, agrémentée par un Sarti vraiment impeccable, attachant, on attend la suite de ses enquêtes avec une réelle impatience.

Clete.

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