Traduction: Charles Dejonge.

Dans l’ombre de Téhéran est le premier roman de I.S. Berry. L’Américaine a travaillé pour la CIA quelques années et a été en poste en Irak et surtout à Bahrein où elle a vécu la crise des « Printemps arabes » dans le petit royaume et en faire le cadre historique de son roman. Signalons la malice de l’éditeur qui a remplacé le placide titre original « The Peacock and the Sparrow » (le paon et le moineau) par un bien plus brûlant « Dans l’ombre de Téhéran ». L’Iran est certes au centre de l’intrigue mais on n’y mettra pas un pied et on ne croisera aucun barbu barbant.
« Shane Collins est un agent de la CIA blasé. Le monde du renseignement lui a pris une grande partie de sa vie et il est prêt à raccrocher. On lui confie un dernier poste, dans le golfe Persique, à Manama, la capitale du royaume de Bahreïn dont les banlieues ont été gagnées par la contagion du Printemps arabe. Sa mission est d’identifier les soutiens iraniens sur lesquels s’appuient les rebelles pour fomenter une insurrection. Au cours d’un événement diplomatique, il rencontre Almaisa, une jeune artiste énigmatique, et découvre grâce à elle une facette de Bahreïn que la plupart des étrangers ne connaissent pas. Il tombe lentement amoureux et commence à se poser des questions auxquelles il n’avait jamais songé. Lorsque son informateur de confiance se retrouve impliqué dans un meurtre, Collins est entraîné malgré lui au coeur du conflit. Ses sentiments et sa loyauté sont alors mis à rude épreuve. »
Shane Collins n’est ni sympathique ni antipathique. Il fait son taf, commence à penser à une autre vie et tente d’harmoniser toutes ses relations: sociales privées comme professionnelles. Il est considéré comme un bon professionnel. Peut-être mais néanmoins, c’est aussi un gros con de mâle Alpha, américain et membre d’une agence qui pense être le nec plus ultra du monde du renseignement. Shane Collins est ce genre de type qui ne se pose aucune question quand il se rend compte qu’il a entamé une histoire avec une jeune femme qui a l’âge de ses enfants. Enfin, il a un réel souci avec l’alcool.
Shane Collins fait donc son boulot obscur de surveillance à la recherche d’un indice, d’une connexion, se frotte à sa hiérarchie, tente de trouver la vérité dans les propos de son informateur et se crée pas mal de dossiers sur tous ceux qui gravitent autour de lui. Alors, le rythme est plutôt lent, on est dans le pas prudent de Collins dans le four de Bahrein. Les multiples descriptions de la ville n’aident pas non plus et peuvent lasser parfois. Et puis dans le dernier tiers du roman, le rythme s’accélère et Collins sera notre précieux témoin pour découvrir comment on culpabilise des innocents, comment s’organise un mouvement terroriste ou de résistance selon le point de vue, comment s’allume et se développe une émeute et comment l’étouffer par une répression sanglante dans la version de la monarchie de Bahrein…
Avec sa connaissance du terrain, son expérience d’agent de la CIA et sa narration éclairante des dessous d’un « printemps arabe », I.S. Berry offre un roman prenant sur l’extrême solitude de l’agent secret, premier témoin des errances et vilénies du monde.
Clete.
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