Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

L’HIVER DERNIER, JE ME SUIS SÉPARÉ DE TOI de Nakamura Fuminori aux éditions Philippe Picquier

Traduction : Myriam Dartois-Ako.

Nakamura Fuminori est un jeune auteur qui a reçu au Japon un prix pour chacun de ses livres, rien que ça ! Ce livre est son troisième roman paru en France, mais pour moi c’était une découverte et une belle…

« Un journaliste est chargé d’écrire un livre sur un photographe accusé d’avoir immolé deux femmes, mais pourquoi l’aurait-il fait ? Pour assouvir une effroyable passion, celle de photographier leur destruction par les flammes ? A mesure que son enquête progresse, le journaliste pénètre peu à peu un monde déstabilisant où l’amour s’abîme dans les vertiges de l’obsession et de la mort. Un domaine interdit où il est dangereux, et vain, de s’aventurer… »

Nakamura Fuminori nous plonge dans un univers sombre, peuplé de personnages étranges, fascinants, habités par des obsessions puissantes. Il construit son roman en alternant le récit du journaliste qui enquête et des documents à la provenance mystérieuse : lettres, rédactions d’enfant, transcriptions de documents vidéo…  Il mêle tous ces éléments  avec une habileté magistrale et crée une intrigue tortueuse : on est perdu, on se jette sur la moindre piste, on s’engouffre dans toutes les impasses et chaque nouvel éclairage, chaque élément nouveau nous entraîne toujours plus loin dans la noirceur et la folie.

Les personnages sont tous des êtres torturés, obsédés par des passions dévorantes, il est question ici  d’amour, de folie, de mort, de vengeance mais aussi d’art. Le narrateur est fasciné par Kiharazaka Yûdaï, le photographe condamné à mort pour avoir immolé deux femmes, par ses œuvres puissantes et par le personnage. L’homme est instable, insaisissable, obsédé par son art et la perfection de l’image qu’il veut obtenir, il n’a aucune empathie pour ses modèles. Cette quête artistique l’a déjà mené à l’hôpital psychiatrique par le passé.

Le journaliste, qui lui-même n’est pas au mieux et s’anesthésie pas mal à l’alcool, rencontre tout un tas de personnages étranges plus ou moins malsains qui flirtent avec la folie : la sœur du condamné, femme fatale et inquiétante, un fabricant de poupées qui peuvent surpasser leur modèle mais sont parfois maudites, un ami d’enfance, mathématicien qui a exploré les limites de son intelligence…

Des questions se posent sur la culpabilité du photographe, mais enquêter dans cette atmosphère vénéneuse où les passions ne sont qu’absolues, les sentiments exacerbés et où les apparences sont doublement, voire triplement trompeuses peut être dangereux.

L’écriture de Nakamura Fuminori est ciselée, envoûtante, et il se joue de son lecteur avec un talent extraordinaire jusqu’à la toute fin, avec une révélation finale plus que déroutante pour achever le lecteur déjà soumis à rude épreuve tout au long du roman.

Brillant.

Raccoon

2 Comments

  1. tu n’es pas le premier à me faire saliver sur ce livre….c’est re et renoté pour moi. Merci!

  2. De rien, on l’a pris parce que « passion polar » comme « actu du noir », nous ont fait aussi saliver et du coup, on voulait voir.
    Et la grande qualité est là, sans conteste, faut juste persévérer car le départ laisse un peu perplexe et démuni mais après… quel bonheur.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

© 2019 Nyctalopes

Theme by Anders NorenUp ↑