Gabriel’s Moon
Traduction: Isabelle Perrin

Un Anglais sous les tropiques, Comme au neige au soleil, La croix et la bannière, Les nouvelles confessions… des grands souvenirs de lecture dans les années 80. Et c’est donc avec une grande curiosité que je retourne dans les univers de l’Ecossais William Boyd, grand conteur à l’humour précieux que j’ai délaissé pendant des décennies.
« Au début des années 1960, Gabriel Dax, auteur reconnu de récits de voyage, réalise au Congo une interview du Premier ministre Patrice Lumumba, qui avoue craindre pour sa vie. De retour à Londres, Gabriel apprend son assassinat. Contacté par Faith Green, une mystérieuse agente du MI6, il tombe bientôt sous son emprise et devient son espion, son « idiot utile », basculant dans un labyrinthe de duplicité et de trahisons. Les missions s’enchaînent à travers l’Europe, Cadix un jour, Varsovie un autre, ponctuées de rencontres inquiétantes.
Alors que les bandes enregistrées de l’interview de Lumumba par Gabriel attisent l’intérêt de certains, l’affrontement entre Américains et Soviétiques sur fond de crise des missiles à Cuba fait redouter une troisième guerre mondiale. »
L’espionnage pendant la guerre froide dans les années 60, voilà bien un thème qui semblait être une invitation à l’écriture pour Boyd. Et de fait, le Britannique nous offre un superbe roman qui devrait séduire le plus grand nombre. Notre « héros » est un candide, le genre de personnage que Boyd aime bien faire évoluer dans des univers inattendus. Gabriel’s moon nous met dans les pas de Gabriel, confronté à un monde nouveau, pensant faire le facteur pour le Foreign Office contre une rémunération intéressante. Servir son pays et arrondir ses fins de mois tout en se promenant dans diverses villes européennes, Cadix, Varsovie, le bonheur pour Gabriel.
Cependant, petit à petit, Gabriel, naïf mais bien loin d’être abruti, commence à voir l’envers du décor, ce qui traîne sous le tapis. On s’intéresse à lui de façon bien trop empressée, il finit par penser que les belles rencontres féminines qu’il effectue ne sont peut-être pas le seul fait de son charme. Il sait des choses qui intéressent beaucoup de monde. Le temps de l’insouciance du touriste en promenade est révolu. Gabriel s’est lancé dans une entreprise bien trop grande pour un néophyte comme lui. Il risque sa peau et un épisode nocturne sur un bateau lui ouvrira les yeux… tout en nous plongeant dans l’univers des vieux romans d’Eric Ambler.
Le lecteur devra peut-être affronter une très épisodique complexité du récit au début du roman, mais l’ensemble s’avère limpide, passionnant, charmant avec la finesse et l’intelligence qu’on reconnait à William Boyd depuis ses débuts.
Classe.
Clete.
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