Białe noce
Traduction: Maryla Laurent

« Aux confins de la Pologne, un village à l’orée d’immenses forêts. Rêveurs le jour et insomniaques le soir, ses habitants connaissent les nuits blanches où espoirs, échecs et souvenirs chassent le sommeil tout en réveillant les fantômes.
Un adolescent construit un étang à carpes pour capter l’attention des filles ; une enfant cherche à comprendre l’histoire cachée de ce hameau ; une jeune femme est dangereusement attirée par les profondeurs d’un lac après avoir renoncé à ses fiançailles. Que le ciel s’embrase au crépuscule, que la neige tombe pour imposer le silence ou que la foudre frappe pour interrompre les rêveries, c’est toute l’histoire de la Pologne, depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la fin du communisme, qui se dévoile à travers ces vies minuscules.«
Toujours curieux d’aller vers d’autres destinations, je me suis dit que la Pologne, qui apparaît rarement voire jamais dans mes lectures, me changerait un peu. C’est ce qui m’a amené vers l’autrice Urszula Honek et son premier roman Les nuits blanches publié chez Grasset, nommé au Booker Prize 2024, dont la couverture a également quelque chose d’intriguant.
Direction la Pologne donc, en province, dans un village de montagne particulièrement gris encore relativement éloigné de la modernité. Le genre d’endroit où l’on naît et qu’on ne quitte jamais vraiment. On y vit la vie par défaut dans une évidente solitude. Un village peuplé d’une communauté qui semble prise en étau entre rêves et devoirs. Tout y est statique et le futur n’offre aucune perspective. On y suit un panel de personnages qui finissent tous par être gagnés par le malheur. L’omniprésence de la mort et du deuil est frappante dans ce livre. Un rappel que la vie n’est pas toujours joyeuse, c’est un fait, et que la mort arrive indubitablement, tragique et parfois volontaire.
Le livre d’Urszula Honek tient presque plus du recueil de nouvelles que du roman. Il est fragmenté en plusieurs textes connectés entre eux. Cette fragmentation peut perdre le lecteur, ce fut mon cas, car l’autrice ne s’embarrasse pas d’une quelconque logique dans la chronologie des textes. A cela s’ajoute une vaste diversité de points de vue et une langue qui s’adapte à chaque narrateur. Il faut être attentif pour ne pas perdre le fil. Ecrit d’une prose simple mais poétique – Urszula Honek est d’abord connue pour son travail en tant que poétesse – il se dégage de ces pages une atmosphère onirique voire fantomatique, imprégnée d’une profonde mélancolie qui n’est pas sans rappeler le cinéma de Béla Tarr. On est captivés par les images qui défilent mais des questionnements demeurent.
Les nuits blanches est un livre triste mais jamais larmoyant. Un roman tout à fait particulier sur la vie avec la mortalité en son cœur, se déroulant dans une Pologne peu réjouissante. Si vous êtes en quête d’une lecture légère et apaisante, passez votre tour. En revanche, si vous ne craignez pas ce genre d’environnement relativement sinistre et dur, que vous recherchez une certaine touche d’originalité qui peut faire la différence, vous pourriez être positivement surpris.
Brother Jo.
Commentaires récents