Chroniques noires et partisanes

Étiquette : s.a. cosby

LE ROI DES CENDRES de S.A. Cosby / Sonatine.

King of Ashes

Traduction : Pierre Szczeciner

Roman est à la tête d’une entreprise de gestion de patrimoine florissante à Atlanta. Quand il apprend que son père a été victime d’un accident de la route, il n’a d’autres choix que de revenir à Jefferson Run, la petite ville de Virginie où il a grandi. Là-bas, ce sont des fantômes qui l’attendent : la mystérieuse disparition de sa mère, dont il ne s’est jamais remis ; l’entreprise de pompes funèbres de son père, ses odeurs de mort et de cendres, qu’il n’a jamais supporté. Il y retrouve aussi sa sœur et son frère, qu’il culpabilise toujours d’avoir abandonnés le jour où il a fui Jefferson Run. Cet ancien fleuron industriel de l’État est aujourd’hui devenu une ville en perdition, gangrénée par la pauvreté, la violence et la drogue. Lorsque son frère Dante se retrouve impliqué dans une affaire criminelle, Roman va tout faire pour l’aider à en s’en sortir. Il va alors subir de plein fouet la réalité désastreuse de l’Amérique d’aujourd’hui, où une nouvelle génération, sans aucun scrupule et prête à tout, tient maintenant les rues. Il n’est pas au bout de ses surprises : comme dans toute famille qui se respecte, tout le monde cache des choses. Son père a-t-il vraiment été victime d’un accident de la route ? Et la disparition de sa mère est-elle vraiment aussi mystérieuse que tout le monde le croit ?

Il fallait bien un jour que je me mette à lire S. A. Cosby tant il semble avoir pris de l’importance ces dernières années. On en dit du bien et on le rapproche parfois d’auteurs que j’apprécie. Le Roi des cendres, son quatrième roman publié chez Sonatine, fera donc pour moi office de porte d’entrée dans son œuvre qui s’étoffe rapidement.

Bien intégré au sein de la nouvelle vagues des auteurs américains de roman noir, pour certains confirmés comme David Joy, ou en devenir, tels que Eli Cranor ou plus récemment Henry Wise, S. A. Cosby, qui a le vent en poupe, semble s’inscrire dans une veine assez brutale du roman noir. C’est tout du moins ce que j’ai cru comprendre en voyant passer ce qui s’écrit sur lui. C’est donc ce à quoi je m’attendais en me plongeant dans Le Roi des cendres. Sans surprise, son nouveau roman est bien en adéquation avec l’image que je me faisais de ses livres.

L’intrigue qui, il faut le dire, ne brille pas vraiment par sa subtilité, nous plonge dans un univers fait de gangs, de flingues et de drogues, au sein duquel nos principaux protagonistes tentent de se construire une vie qui demeure fortement influencée par un drame familial qui a laissé des traces. Une fratrie abîmée mais tant que possible solidaire face à l’adversité, qui se retrouve à nouveau réunie lorsqu’un nouveau drame familial vient réveiller les fantômes du passé et mettre en exergue les torts et vices des uns et des autres. Une tragédie assez shakespearienne où les rebondissements ne manquent pas, voire se répètent un peu, dans laquelle les personnages doivent autant composer avec leur part de violence, qu’avec leur part de vulnérabilité.

S. A. Cosby a la plume très simple qui ne fait pas dans les grandes formules littéraires. Si pas très riche, elle fuse néanmoins et donne une certaine cadence à l’histoire dont le rythme garde une bonne constance, ce sans jamais vraiment faiblir. Ainsi, cela en fait une lecture relativement aisée et rapide. Ce qui sera peut-être moins évident, pour les plus sensibles j’entends, c’est la violence assez frontale de certaines scènes. C’est parfois brutal et Cosby ne prend clairement pas de pincettes. N’allons pas faire les prudes non plus, il y a bien pire en la matière, mais on peut ne pas être tout à fait confortable avec cela.

Le Roi des cendres est un roman noir musclé et direct qui ne manque pas d’action. Si les ficelles sont un peu grosses, cela reste plutôt efficace. S. A. Cosby n’aura probablement pas de mal à trouver son lectorat et il ne serait pas étonnant que son livre finisse un jour par devenir un film ou une série.

Brother Jo.

LES ROUTES OUBLIÉES de S.A. Cosby / Sonatine.

Blacktop Wasteland

Traduction: Pierre Szczeciner

Les routes oubliées est le premier roman de S.A. Cosby à paraître en France. Et nul doute que, comme souvent, Sonatine a fait un bon choix et qu’on devrait retrouver cet auteur afro-américain dans les librairies françaises très prochainement.

Le roman se fend en deux parties qui n’ont finalement pas grand chose à voir. La première pose, de manière un peu longue, pendant un premier tiers un cadre proche des chansons country que l’on a déjà si souvent entendu. Beauregard, rangé des voitures, (l’expression est loin d’être anodine) après un passé dans la criminalité comme chauffeur pour des casses et homme réglant ses problèmes avec ses poings, les pneus de sa caisse, les presses hydrauliques ou avec un flingue quand c’est nécessaire avec une froide violence, a de gros problèmes de thune et dans ce coin rural de la Virginie, sa couleur de peau ne lui octroyant aucun blanc seing, tous les voyants sont dans le rouge. Sa fille doit rentrer à l’université et ça coûte une blinde aux USA et comme cela va bientôt se produire chez nous, on nous l’a déjà promis… Son fils a besoin de lunettes, sa mère lui coûte une fortune à la maison de retraite et il ne peut plus payer les traites de son petit garage. Beauregard est devant un gouffre et va retourner à ses sales habitudes apprises avec un père disparu depuis des années, victime d’avoir franchi trop souvent la ligne blanche .

“Parfois j’étais Bug, et parfois j’étais Beauregard. Beauregard avait une femme et des enfants. Il avait un métier et il allait à la kermesse de l’école. Bug… Bug, lui, il braquait des banques et des fourgons blindés. Il prenait des virages à cent soixante. Bug, c’est le gars qui a balancé les types qui avaient buté son cousin dans une presse à ferraille. J’ai toujours fait en sorte que Bug et Beauregard se croisent pas. Mais mon père avait raison. On peut pas être deux personnes à la fois. Au bout d’un moment, y en a un qui s’échappe et qui détruit tout sur son passage.”

La seconde partie démarre sur les chapeaux de roue quand Beauregard décide de s’associer avec deux tarés, camés jusqu’aux yeux et cons comme des valises mais hélas moins utiles et bien plus dangereux. Il fait le chauffeur d’un casse d’une bijouterie réussi dans un bain de sang non prévu et absolument inutile. Mais, peut-être plus grave, les diams dérobés, appartiennent à un caïd local particulièrement marri par le préjudice et absolument déterminé à récupérer son bien, indispensable à sa survie de malfaisant retors et le mot est aimable pour pareille ordure.

“Ils ont buté mon meilleur ami, Boonie. Ils ont buté mon meilleur ami parce que Bug a déconné et que Beauregard était pas là pour rattraper le coup”.

Et c’est parti pour deux cents pages de furie humaine et mécanique. Beaucoup de bagnoles trafiquées dans Les routes oubliées. Et S.A. Cosby nous embarque à la place du mort, le pied au plancher, l’aiguille dans le rouge. On dévore l’asphalte, les rapports massacrés, la tôle hurlante, la gomme cramée, les moteurs martyrisés, les caisses deviennent des armes, des instruments de mort.

Je sens bien que vous pensez à une version littéraire de Fast And Furious …mais ne me peinez pas, ne vous méprenez pas sur mon choix. Les routes oubliées pue la testostérone, l’adrénaline, l’huile bouillante, le cambouis, le sang et les larmes certes et de manière parfois outrancière mais vous invite à un putain de voyage rarement pratiqué.

Du super très plombé.

Clete

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