The Borrowed Hills
Traduction: Paul Matthieu

Scott Preston, rédacteur publicitaire, originaire de Cumbrie, où il situe son premier roman débarque chez nous dans la collection « Les grandes traductions » de Francis Geffard qui accueille des grands noms notamment l’Irlandais Paul Lynch.
« Sur les abruptes collines de Cumbrie, dans le nord-ouest de l’Angleterre, on est berger de père en fils. Steve Eliman, un temps chauffeur routier, est de retour dans la modeste ferme familiale pour épauler son père vieillissant lorsqu’une épidémie de fièvre aphteuse frappe la région, vidant les vallées de leurs moutons, inondant le ciel d’une fumée noire.
Frappé de plein fouet par cette tragédie, Steve n’a d’autre choix que de se mettre au service de William Herne, un éleveur voisin, qui l’entraîne dans une périlleuse entreprise au nom de leur survie commune. »
« Un putain de bouquin » pourrait sûrement le mieux exprimer mon ressenti une fois la dernière page achevée. Conscient que cet avis prématurément et excessivement élogieux puisse sonner comme démesuré voire vulgaire, tentons d’expliquer pour quelles raisons il ne faut pas rater ce roman.
Premièrement, et visible dès les premières pages, Le sang des collines est un roman noir de la meilleure engeance. L’éditeur voit juste quand il parle de l’univers de Cormac McCarthy. On est vraiment dans le dur, le sale, le sordide, le mal inexpliqué, d’ailleurs souvent inexplicable. Le Guardian évoque Tarantino et pourtant on est très loin des images léchées hollywoodiennes. On est beaucoup plus proche de l’univers de Sam Pekinpah, génialement à mi-chemin entre La horde sauvage et Les chiens de paille. Si le début des magouilles est couronné de succès, l’alliance de Steve et William avec des types non recommandables, aussi fauchés qu’eux, signera le début de leurs tourments et les entraînera vers l’innommable. Steve passera plus souvent qu’à son tour sous les fourches caudines. Longtemps, on aura du mal à comprendre l’entêtement de certains personnages à rester dans une contrée si hostile alors qu’ils pourraient s’en aller. Le comportement souvent étrange de Steve prendra toute signification dans la deuxième partie du roman. Deux raisons essentielles : une femme parce qu’il y a toujours une femme… et un attachement incompréhensible à la région.
Très vite, alors qu’émergent la violence et les peurs, un crescendo redoutable vers la bestialité créant une atmosphère souvent irrespirable, apparait aussi une autre histoire, beaucoup plus humaine, philosophique. Une colline, le cours d’un ruisseau, un rocher, une bergerie, un vent hurlant venu d’Irlande faisant courber l’échine, un abri, un bois… Qu’est-ce qui fait que certains hommes et femmes, malgré l’hostilité de la vie, les difficultés, le malheur, la douleur, s’accrochent à un lieu, à des contrées inhospitalières où l’homme n’est plus qu’une bête parmi les autres, à la merci des éléments comme tout le règne animal, se battant pour sa survie. Et c’est ce combat de tous les jours contre la pluie, le froid, la neige, qui est aussi conté de très jolie manière, cet attachement viscéral à ce qu’on considère un jour, à tort ou à raison, comme nos racines, notre abri, notre havre…
« Je n’ai ressenti aucune peine quand mon père est mort, mais ces rochers me donnent une putain d’envie de chialer. »
Et puis aussi des moutons, des moutons, des moutons… dans toutes leurs dimensions y compris dans une version biblique sacrificielle.
Un putain de roman noir.
Clete
PS : Petit bonus: 30 songs about sheep, une playlist folk sur Spotify, élaborée par Scott Preston himself.
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