La Svedese
Traduction: Anne Echenoz

« Sharon, dite Sharo, est une fille de banlieue comme tant d’autres, avec des rêves pas trop grands. Elle est blonde, grande, mince et a toujours l’air renfrogné ; ce n’est pas une beauté classique, mais elle attire les hommes comme le miel attire les mouches. Ayant grandi aux Tours, dans la banlieue romaine, elle a une vie plus dure que la moyenne. Elle vit avec sa mère invalide et a enchaîné les petits boulots précaires pour la même raison : les mains baladeuses de ses patrons. Puis, une mystérieuse livraison effectuée pour le compte de son petit ami, un petit voyou, change le cours de son existence. Sous la protection d’un aristocrate blasé, Sharo entame son irrésistible ascension criminelle. »
Sharo devient ainsi la Suédoise, à cause de sa chevelure blonde. Et elle monte dans les réseaux criminels de la came. Alors certains y verront une victime entrée dans ce trafic accidentellement, pour se sortir d’une situation difficile à s’occuper de sa mère invalide… Néanmoins, aussi sympathique qu’elle puisse paraître, elle s’engage et devient tout simplement et vulgairement une dealeuse spécialisée dans la « gina » mixture bourrée de GHB qui, quand elle est prise de manière consciente provoque une grande euphorie, une désinhibition… dont les clients friqués de Sharo se délectent pour rendre encore plus « libres » leurs victimes consentantes… ou pas ! Et bienvenue dans les orgies romaines modernes.
— Tu as besoin de quelque chose ?
— La Suédoise
— Quoi ?
— Elle doit mourir.
Dès le premier chapitre, on sait que les jours de la jeune femme sont comptés, malgré le soutien d’un de ses admirateurs, noble désœuvré, très classe en apparence, mais en fait un sinistre individu aux loisirs et pulsions bien dégueulasses. On va suivre le parcours de Sharo pendant quinze mois, en espérant que la gamine des quartiers populaires s’en sortira face aux chefs mafieux…
S’il n’a pas l’ampleur de certains autres de ses romans, — Giancarlo De Cataldo glisse d’ailleurs au détour d’une page « on n’est pas dans Romanzo Criminale » — La Suédoise n’est pas pour autant une série B. Le roman offre un bel instantané de la capitale italienne en période de confinement COVID ainsi que des éléments sur les nouvelles drogues en vogue chez une population romaine très friquée et très perverse, voire puante. Parallèlement, De Cataldo montre les quartiers périphériques de la cité, misérables, où certains desperados tentent l’aventure comme Sharo. De Cataldo, c’est l’esprit du roman noir romain, sa plus belle et plus convaincante émanation.
Clete
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JE SUIS LE CHÂTIMENT, ALBA NERA, L’ AGENT DU CHAOS, ROME BRÛLE, SUBURRA.
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