Penitence

Traduction: Héloïse Esquié.

« Nora a tué Nico. Je ne sais pas ce que je suis censée éprouver, comment une bonne mère est censée réagir. Est-ce que choisir de soutenir l’une revient à trahir l’autre ? »

Kristin Koval, qui a exercé comme avocate à New York et Denver, a constaté une hausse du nombre de fratricides. Ses pensées se tournant toujours vers les parents, elle ne cesse de se demander : « Seraient-ils enclins au pardon, ou pas ?» .Ce sera l’un des thèmes de ce premier roman.

« Nora Sheehan est assise dans une cellule de prison à Lodgepole, Colorado, entourée de trois murs de parpaings et de barreaux d’acier gris et froids tels qu’elle n’en avait vu jusque-là qu’à la télévision. Elle a treize ans, la femme qu’elle deviendra peut-être n’est encore qu’une ombre, bien qu’elle soit prête, déjà, à se défaire de son enfance. »

Nora vient de tuer son frère Nico, quatorze ans. Il avait « récemment été diagnostiqué comme souffrant de la maladie de Huntington juvénile ».

Alors que Nora, mutique depuis le meurtre, va être placée dans un centre de détention du Colorado, des « négociations » vont s’engager entre un procureur qui songe à faire un exemple pour se donner des chances de réélection et Julian, avocat pénaliste à Manhattan, en « croisade pour redresser tous les torts du système judiciaire ». Des négociations passionnantes pour le lecteur, tant elles sont claires, pertinentes, à la fois nuancées et implacables. Nous n’assisterons pas au procès avec ses harangues habituellement mortellement ennuyeuses dans les romans. Dans ce système judiciaire, la « pénitence » de Nora sera fixée à l’avance.

Mais Julian Dumont « est quelque chose de plus qu’un avocat, par rapport à l’accusée, là. Mais quoi, il ne le sait pas.» Car il y a Nora et Nico mais aussi David et Angie Sheeman. « et par-dessus tout, Angie.» Tous les secrets enfouis par ces deux familles, qui les rongent depuis des décennies, émergeront lentement, à doses infinitésimales, tout au long du récit, sans en ralentir le rythme.

C’est un roman subtil et puissant. Que ce soit l’approche des nuances du droit pénal ou la construction psychologique des personnages, le travail est documenté, fouillé, passionnant. L’écriture est sobre, toute en retenue.

« Nous sommes tous davantage que la pire chose que nous ayons faite. » comme un leitmotiv, est une citation extraite de Et la justice égale pour tous de l’avocat Bryan Stevenson. Il est fondateur de l’Equal Justice Initiative, défendant un système judiciaire à l’opposé de celui de l’administration Trump, fournissant (entre autres) une assistance juridique gratuite aux enfants condamnés à mourir dans des prisons pour adultes…

Soaz.