Chroniques noires et partisanes

Étiquette : benoit minville

RURAL NOIR de Benoît Minville/SN by JOB

HIGHWAY TO NIÈVRE!

 

Une Série Noire dans le Morvan au son du rock, des décharges de fusil de chasse et des histoires de mômes qui ne rigolent pas.

Deux potes, un frangin, une fille, une même famille ; le clan de Tamnay en Bezois. C’est l’été, on traine, on zone au bord de la rivière, première cigarette, premier flirt amoureux, premières bières, et première déchirure entre deux amis pour la vie, mais pas à cause d’une poule, non, plutôt d’un troisième larron, une ombre, un méchant petit gars « avec une tête à caler une moissonneuse batteuse. », qui va mettre le rififi entre les deux potes. Le côté obscur d’une famille trouble qui vient d’arriver dans le coin. Déjà, le minot traine un pecolt, (un flingue à plombs) dans les poches de sa salopette. Plus tard, le flingue restera, mais les balles remplaceront les plombs.

Du coup on se guette, on se surveille, on se regarde de biais (normal), ça tire sur les vaches, ça se castagne, mais le vieux simplet du village rode, je confirme, chaque village a son simplet, d’habitude le gars pépère, pour le coup, c’est le pervers, pépère ! Les filles sont rares, les petites, plus accessibles, et ça va mal tourner. Le clan a morflé, les deux potes vont avoir besoin de leur ombre pour régler ça. Coups de couteau, de chaînes de vélo en travers de la tronche, et déchaînements de violence, les gamins des campagnes n’ont rien à envier à ceux des cités.

Quinze ans plus tard, le gars n’est pas mort, par contre, un des potes n’en est pas loin, c’est devenu, avec l’ombre, un des plus gros dealers du coin. Il va y avoir des comptes à régler, pour de bon, cette fois, les racailles de la ville vont descendre, les kalachnikovs remplacent les lance-pierres, les courses dans la forêt, la nuit dans un hiver noir comme la mort, ne sont plus pour jouer, mais pour échapper au double canon du fusil de chasse d’un taré du coin. Ça ne rigole pas chez nous, enfin, je veux dire, chez eux !

Il ne manque plus que les alambics, mais les pick-up et le Marshall, pardon le gendarme, sont bien là, même les Porches Cayenne ont les phares jaunes. 😉

C’est chaud, c’est saignant, ça gueule et ça s’envoie des répliques sans retour, mais il y a une pelletée, une brouettée, un vrai fourrage de profondeur là-dedans, de l’amitié entre potes malmenés, de la vraie, qui m’a ramenée aux bouquins de Le breton, comme les Hauts Murs, et ces histoires de gosses devenus adultes, et inversement, redevenus gosses devant l’avenir glauque et le besoin de rêver, encore, un peu, comme dans la Trilogie Noire de Léo Mallet, et quand aux odeurs de purin, au petit bar au papier peint jaunâtre qui sent la vinasse, et aux dialogues au couteau et au « chasse » à canon long, des gars qui parlent peu, mais… qui parlent peu. C’est du ADG tout craché, on y est, pas de doute, dans la Loire, pardon, la Noire, dans la Série.

Cette adolescence maudite, ici entourée de brume, d’herbe boueuse et de granges aux toits délabrées.

Mais attendez vous à une truc totalement nouveau, du jamais lu, en somme, quelques chose de frais, de vivifiant, comme un morceau de Métal ( la musique, hein, l’un des personnages parle d’appeler son futur neveu ; Lemmy), l’auteur vient de la littérature jeunesse, cela se voit, j’ai retrouvé mes années Signes de piste et Six compagnons, L’Ile au Trésor, ces lectures qui me chauffaient le cœur, mais aussi, plus tard, une course folle dans la garrigue, en serrant la main d’un frère de la campagne, le petit Marcel et le petit Lili, dans La gloire de mon père.

Du Pagnol Noir, et  Rock’n roll !

Va-ton croire qu’il n’y a que des histoires de viol, de bagarre de gosses aux genoux usés et de parents alcoolique dans la cambrousse profonde de notre belle France ? Non, il y a aussi des hommes qui se battent, qui fondent des familles, malgré le chômage, le désespoir et la solitude, malgré la misère, existentielle et sexuelle, et comme partout, cette violence liée à l’argent, à l’envie de s’en sortir, et de faire s’en sortir les siens ; chez nous !

Un premier polar, et il y un truc là aussi, l’auteur en a sous le pied, on le sent, il n’a pas tout dit, loin de là. C’est peut-être pour ça qu’il commence, et en finit, avec cette histoire de gosses et d’adolescents, pour nous préparer, à quoi ? À la suite, l’âge adulte sans réminiscences, mais toujours, sombre dans le cœur, et à voir son style, Rock’n roll et sauvage, on s’attend au pire. Ce qui veut dire, dans le Noir ; au meilleur !

Une phrase de lui, je crois ; un auteur à suivre.

Merci Minville.

JOB.

 

Un job pour le weekend!

Quand vous avez un pote qui sort un roman, malgré les avis sur le net, malgré les photos de libraires montrant l’exposition du bouquin dans leurs rayons, vous ne pouvez  vous empêcher d’être animé de suspicion et de vouloir constater de visu comment le job a été fait dans votre ville.

Ce samedi, je suis donc rentré dans la version locale d’une grande enseigne bien connue de Benoît pour voir comment était présenté « Rural Noir »…

Le bouquin était bien là, (Mouais! je rendrai un rapport bien plus complet au principal  intéressé).

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Comme l’exposition ne me convenait pas, j’ai refait le présentoir pour qu’il montre plus facilement au passant quel livre choisir et masquer ainsi une certaine daube auréolée d’un coup de cœur

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Ne restait plus qu’à indiquer le bon roman à acheter, hélas, sans mon argument de vente préféré, ma batte « Louisville Slugger 300 » refusée par la sécu du magasin.

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Bon si j’étais resté dix minutes de plus, je pense que j’aurais pu commencer à signer les autographes à la place de l’auteur tant les badauds étaient surpris par cet impromptu d’un type déguisé en bouseux ricain avec casquette des Cardinals de Saint Louis, tee redneck avec  dixie flag et gros ceinturon.

Si toi aussi tu veux aider ton libraire un samedi après-midi de grande affluence, n’hésite pas à venir, comme moi avec Raccoon, accompagné d’une personne dont le charme aura beaucoup plus d’effet que le tien pour tenter d’amadouer la sécu et la responsable du rayon bien dubitatifs devant ta tronche et ne parvenant pas réellement à percevoir l’urgence nécessaire de ta quête et surtout… prie pour ne pas avoir été reconnu par des relations du boulot.

A sa demande expresse, j’attendrai la venue du Boss d’Unwalkers déguisé en cowboy version « Lone Ranger » pour faire les autres librairies de la ville.

Rockn’read!

Wolanup.

PS: une nouvelle chro aujourd’hui de Rural Noir par JOB, un auteur chroniquant un de ses pairs.

RURAL NOIR de Benoît Minville/SN.

Chroniquer le roman d’un pote n’est vraiment pas chose aisée et j’ai déjà revu ma copie plusieurs fois et je ne suis pas plus sûr de mon fait dans cette nouvelle tentative. Benoît Minville n’est plus un débutant. Après avoir écrit deux romans pour ados de qualité chez Sarbacane, le voilà à la Série Noire et putain, c’est quand même la Série Noire, le temple du polar et du roman noir  social qui accueille un mec en or, un passionné certes mais la marche est haute quand même. A Nyctalopes, on a revendiqué un côté partisan et nul doute que je vais le prouver ici parfois bien involontairement mais souvent sciemment car quand on apprécie l’homme, on a tendance à devenir aveugle devant le travail de l’artiste, enfin c’est mon cas.

 

« Adolescents, Romain, Vlad, Julie et Christophe étaient inséparables ; ils arpentaient leur campagne et formaient un «gang » insouciant.
Puis un été, tout bascule. Un drame, la fin de l »innocence.
Après dix ans d’absence, Romain revient dans sa Nièvre désertée, chamboulée par la crise, et découvre les différents chemins empruntés par ses amis. »

A propos de « Rural Noir », l’éditeur parle très justement de « country noir », terme créé par Daniel Woodrell (un hiver de glace) mais on peut citer aussi Larry Brown pour certains descriptions bienveillantes de personnages pittoresques de la campagne de la Nièvre voire le McCarthy de « Un enfant de Dieu » et bien sûr Lansdale pour cette grande amitié entre quatre ados. Très ricain comme inspiration, sans nul doute, si on y ajoute les thèmes du retour, de l’auto-justice et de la quête de rédemption grands classiques de la littérature US. En mêlant adroitement deux histoires situées à quinze ans d’intervalle, il a aussi réussi à créer et orchestrer un suspense dont la construction plairait sûrement à Thomas H.Cook.

Mais « Rural Noir » est avant tout un roman français, ancré dans la boue de la Nièvre, dans la campagne de Tamnay -en -Bazois (180 hbts). Et cette ruralité est magnifiquement décrite comme le petit paradis d’une bande de gamins qui vit son petit coin de campagne comme un beau terrain de jeux le temps d’un été. Et que certaines pages décrivant la vie à la campagne sont belles et sentent le vécu, les jours heureux. Le texte est parsemé de petites remarques, de détails, d’anecdotes qui font l’authenticité du roman, lui donnent le goût de la cambrousse, d’une époque qui semblait belle avant le drame.  « L’innocence serait fauchée durant cet été là. ».

Alors cette période dorée n’est pas niaiseuse mais bien une belle évocation des liens du sang, des liens amicaux, de la fraternité, de l’appartenance à une famille, à un clan et c’est un thème récurrent chez Benoît qui, livre après livre, comme dans la vie, célèbre et entretient l’amitié tout en nous faisant partager ses combats et ses passions … même les pires quand ce sagouin nous balance du AC/DC dès la première ligne du roman avant tout le kit de survie du metalleux en goguette par la suite.

La seconde histoire du roman, de ces gamins devenus adultes est beaucoup plus tragique, désenchantée et devient en même temps le témoin d’une réalité économique et sociale vécue dans ce coin de France, la désertification de l’espace rural avec toutes les conséquences connues sur la vie de ces populations campagnardes laissées pour compte maintenant de la même manière que les marginaux des campagnes autrefois.

Les acteurs, Romain,Vlad, Julie et Chris, sont à nouveau réunis mais quinze ans sont passés par là; la vie, les erreurs, les mauvais choix, les rendez-vous ratés, les trahisons, les fuites et la bande se retrouve pour éprouver la qualité des liens qui les unissaient au moment d’une nouvelle crise majeure. Cette partie du roman est plus brute, bien plus adulte aussi dans son traitement et dans l’analyse de la réalité du terrain, une vraie SN. Du noir mais aussi de nombreux signaux, des balises montrant la misère de la campagne en 2016, partie très juste, à l’instar des écrits de son ami Nicolas Mathieu (« Aux animaux la guerre »).

Beaucoup d’émotion, de douleur, de colère…

Benoît Minville montre bien la difficulté de devenir adulte et il me semble aussi que ce roman restera comme son passage à la maturité en tant qu’auteur et il y est parvenu à sa manière qui séduit tant, avec sincérité, humanité, et un cœur énorme.

Minville rules!

Wollanup.

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