
« Vincent et David McCabe ont grandi ensemble au milieu de nulle part, hors de la vue de leurs parents démissionnaires, entre une forêt aux replis innombrables et les recoins obscurs et encombrés de la maison de leur jeune tante Marylou. La famille McCabe, après d’éphémères années de prospérité, menace ruine, rongée par les disparitions, le silence et la folie.
Ils ont seize et dix-sept ans. Chacun à sa façon cherche une issue. L’un veut partir, l’autre veut disparaître. Au solstice d’hiver, ils essaient sans le savoir de se dire adieu.«
Particulièrement conquis en 2024 par Amiante de Sébastien Dulude et ses deux jeunes ados touchants (presque la même tranche d’âge que nos deux principaux protagonistes du livre qui nous intéresse ici), je me suis dit depuis qu’il fallait que je creuse un peu plus du côté de la littérature québecoise, en espérant tomber à nouveau sur une pépite du même acabit. Intrigué par La maison du rang Lynch d’Alexie Morin, prix des libraires du Québec en 2019 avec Ouvrir son coeur (comme Sébastien Dulude avec Amiante), publié chez le Quartanier dont Alexie Morin est codirectrice éditoriale (comme Sébastien Dulude qui est directeur littéraire chez La Mèche), j’ai présumé avoir flairé là un livre à ne pas louper. Annoncé comme le premier tome du Cycle de Wickford Mills, La maison du rang Lynch est-il aussi fort qu’Amiante ? Je ne vais pas comparer, mais force est de constater qu’il y a un faisceau d’indices semblant étayer cette théorie.
Dans son premier roman de fiction, Alexie Morin tisse l’histoire d’une famille pas tout à fait fonctionnelle avec ses plaies, ses fantômes et ses secrets. Cette famille à la particularité de vivre dans des maisons toutes les unes à côté des autres, en lisière de forêt au Québec, à Wickford Mills un lieu fictif du type Castle Rock chez Stephen King. Le livre s’attarde notamment sur deux cousins, aux profils assez différents, mais qui ont grandi ensemble. Ces deux cousins doivent se construire avec les traumas qui pèsent sur leur famille, notamment la disparition dans les bois d’une fille de la famille à seulement 11 ans et la mort d’un enfant en bas-âge, le frère de l’un des deux cousins. La famille étant relativement nombreuse, il ne fait pas bon être distrait pour saisir les liens entre les différents personnages, sans parler de la chronologie qui fait de constants allers et retours entre 1983, 1994 et 1999, ainsi que les alternances de points de vue.
Une évidence difficilement niable, l’écriture d’Alexie Morin est solide et fait preuve d’une maîtrise telle qu’on sent le projet qui a longtemps maturé avant d’aboutir. Elle est particulièrement minutieuse dans la construction de la structure de son histoire. Si elle se réclame de la « weird » fiction, ce n’est pourtant pas si « weird ». Le plus « weird » ici, c’est surtout la quantité d’expressions québécoises sur lesquelles il arrive que l’on bute et qui parfois compliquent la compréhension. L’autrice n’étant pas avare en descriptions et détails, récit donc assez dense, privilégiant une narration lente et immersive, ne traçant pas une trajectoire des plus directes, la quantité non négligeable de québecois finit par devenir le point noir du livre. Si on s’y perd parfois et que le roman a un peu de mal à s’élancer avant de trouver son rythme, elle sait assez bien alimenter le mystère pour nous garder en haleine. Elle flirte avec le fantastique sans jamais en être complètement, avec le gothique également, et finit par faire penser, un peu, à la série télévisuelle Dark, tout en étant tout de même assez éloignée de la dite série.
La maison du rang Lynch est un roman initiatique à la croisée des genres qui révèlera pour certains, ou confirmera pour d’autres, une voix particulièrement intéressante et ambitieuse de la littérature québécoise. Assez inclassable, ce qui fait son charme, ce premier tome du Cycle de Wickford Mills pose plein de questions dont les potentielles réponses rendent tout à fait curieux de la suite, si tant est que l’on arrive à se familiariser avec la langue.
Brother Jo.
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