Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Wollanup (Page 61 of 80)

AU MILIEU DE NULLE PART de Roger Smith / Calmann Levy.

Traduction: Estelle Roudet.

« Ivre et pris d’un accès de violence, le président de l’Afrique du Sud, suite à une dispute avec son épouse, la tue d’un coup de lance. Sans scrupule, il exige aussitôt de Steve Bungu, son fidèle exécuteur des basses œuvres, d’organiser le mensonge qui l’exonérera et lui permettra de rester au pouvoir. Comment ? En forçant un ancien flic à la réputation irréprochable de monter une enquête bidon accusant quelqu’un d’autre à sa place.
Pendant ce temps, relégué à des tâches subalternes pour avoir critiqué le régime corrompu de l’après-apartheid, l’inspecteur Disaster Zondi est expédié en plein milieu du désert du Kalahari pour y arrêter un vieux suprématiste blanc accusé d’avoir tué un jeune Noir. »

« Au milieu de nulle part » est le huitième roman de Roger Smith à paraitre en France .Ancien militant anti-apartheid, réalisateur et scénariste, Roger Smith est avant tout un formidable auteur de thrillers prenant pour cadre son pays, l’Afrique du Sud, dans la période actuelle, c’est-à-dire  plus de vingt ans après la fin de l’Apartheid sauf pour Un homme à terre , situé aux USA. C’est le quatrième roman de l’auteur que je lis et je dois bien reconnaître qu’il ne m’a jamais déçu, m’a souvent surpris et secoué et très souvent enthousiasmé.

Connaissant bien les règles du thriller, Smith construit ses romans avec des chapitres courts, nerveux, efficaces et un incipit toujours monstrueux créant de suite l’addiction. Celui-ci ne fait pas exception aux règles que l’auteur s’est dicté mais il a ce coup-ci franchi un cap, même si c’est très facile pour un Sud-Africain de franchir le Cap ( je sais, elle est mauvaise mais je n’ai pas pu m’en empêcher, fallait que je la fasse).

Jusqu’à maintenant, les romans de Smith que j’ai eu la chance de lire s’intéressaient à des individus lambda se débattant dans des situations d’urgence, souvent en fuite dans un pays particulièrement chaotique et violent. Ici, il s’intéresse au sommet de l’ Etat avec cet assassinat à la lance tribale d’une de ses épouses par le président sud-africain et lors d’une enquête double et trouble fait le portrait terrible du pays, d’un point de vue politique dans une nation où une partie des bannis sont devenus les nantis et où les Boers, seigneurs parias sont maintenant des parias, enfin ceux qui réclament encore la suprématie blanche.

Bref, jusqu’à maintenant Roger Smith peignait des situations où les personnages étaient victimes de la corruption alors qu’ici, il nous permet de voir comment celle-ci fonctionne, qui la crée, qui la maîtrise et qui en profite avec des méthodes millénaires de chantage ordinaire ou d’Etat. Et que ce soit Joe Low le flic légendaire cassé, Steve Bungu l’ancien combattant de l’ANC devenu maintenant exécuteur des très basses œuvres étatiques ou Disaster Zondi l’enquêteur découvert dans « mélange de sangs », ils ont tous trois connu des drames, des absences, fait des conneries qui les enchaînent au bon vouloir d’ un pouvoir aussi corrompu qu’à l’époque où Mandela était emprisonné.

L’ampleur sociétale donnée au roman est accentuée par des personnages secondaires particulièrement tordus comme Magnus Kruger accusé de meurtre qui a créé ce qu’il nomme une république boer indépendante au fin fond du Kalahari en compagnie de 300 nazes illettrés fin de race et probablement consanguins ce qui excuserait en partie une telle misère intellectuelle. On comprend très vite que les trois personnages principaux, par leurs engagements, leurs idéaux, leur histoire, ne se laisseront pas tous balader et on sait très vite que le maquillage du meurtre va partir en sucette. De fait, la situation initiale explosive va dégénérer rapidement et le lecteur connaîtra d’imprévisibles rebondissements, des scènes hallucinantes par le déchaînement inouï de violence bien souvent salement gratuite, aveugle et cette impression de saleté qui couvre les pages, de gâchis quand on voit que les victimes d’autrefois sont devenues égales aux bourreaux d’antan.

Probant réquisitoire contre le pouvoir politique sud-africain, les élites dirigeantes, la valetaille avide, « Au milieu de nulle part » est un formidable roman qui colle aux doigts tant l’histoire poisseuse, puante, vous dégomme dès le départ pour ne plus vous lâcher pendant plus de quatre cents pages de sang et de larmes.

Impeccable.

Wollanup.

PS: pour devancer les éventuelles questions…  Dans le même genre que lui pour ce roman, ouais, c’est largement meilleur que les derniers Deon Meyer.

HOTEL DU GRAND CERF de Franz Bartelt / le Seuil / Cadre noir.

Franz Bartelt est un poète, nouvelliste, dramaturge et feuilletoniste, plusieurs cordes donc à son arc littéraire. Depuis 20 ans, il est présent dans le paysage littéraire français, et, comme beaucoup certainement, je l’ai découvert il y a plus de dix ans au moment de la sortie à la Série Noire de « le jardin du bossu ». Si vous êtes lassés des polars hyper calibrés, si vous recherchez un roman original tout en restant néanmoins un polar particulièrement solide, plongez dans l’univers baroque de Franz Bartelt, cet « Hôtel du grand cerf » est une étape très recommandée.

« À Reugny, petit village au cœur des Ardennes, plane depuis cinquante ans le secret de la mort de Rosa Gulingen. La star mondiale de cinéma avait été découverte noyée dans la baignoire de sa chambre à l’Hôtel du Grand Cerf, qui accueillait l’équipe de son prochain film ; du bout des lèvres la police avait conclu à une mort accidentelle. Quand Nicolas Tèque, journaliste parisien désœuvré, décide de remonter le temps pour faire la lumière sur cette affaire, c’est bien logiquement à l’Hôtel du Grand Cerf qu’il pose ses valises. Mais à Reugny, la Faucheuse a repris du service, et dans le registre grandiose : le douanier du coin, haï de tous, est retrouvé somptueusement décapité. Puis tout s’enchaîne très vite : une jeune fille disparaît ; un autre homme est assassiné. N’en jetons plus : l’inspecteur Vertigo Kulbertus, qui s’est fait de l’obésité une spécialité, est dépêché sur place pour remettre de l’ordre dans ce chaos. »

Quand des auteurs non spécialisés dans le polar y mettent leur plume, les romans, en plus des canons d’un genre, regorgent souvent d’originalités, de trouvailles, de singularités, de moments différents qui plairont au lecteur patient tout en pouvant énerver le lecteur avide de sensations beaucoup plus fortes et immédiates.

Et c’est le cas dans cet éblouissant « Hôtel du grand cerf ». Entamé comme un roman rural très classique, sis dans les Ardennes belges décrivant le petit univers de la commune de Reugny, le roman , tout en gardant la singularité d’une chronique villageoise, s’en démarque très rapidement avec l’arrivée d’un formidable personnage en la personne de Vertigo Kulbertus, enquêteur dépêché par sa hiérarchie pour élucider le mystère de ces meurtres qui s’abattent sur la contrée. Flic solitaire, obèse, à deux semaines de la retraite, l’animal ne va pas y aller avec des pincettes pour réveiller de leur torpeur des autochtones, abasourdis par les méthodes spéciales de Kulbertus, personnage outrancier dans ses agissements, ses réparties… Un punk dans l’âme et sans états d’âme. Vertigo Kulbertus président !

Conséquence de l’arrivée du « barbare », des scènes d’investigation policière complètement à l’ Ouest, des dialogues étranges sur les hémorroïdes devant des suspects ébahis, stupéfaits. Vertigo, à sa manière, sonde l’insondable, provoque gentiment dans les termes et fait horriblement mal dans sa manière de parler sans langue de bois. Et c’est un enchantement, un peu comme dans les romans de l’Autrichien Heinrich Steinfelt (« Requins d’eau douce ») autre grand barge du polar, les tableaux se succèdent dans une ambiance franchement hilarante, décalée et parfois aux bords ultimes du grotesque.

Avec un tel Vertigo au taquet, l’histoire aurait pu rester moyenne, sans coup d’éclat, mais Franz Bartelt a su y adjoindre une intrigue de haut vol qui va vous faire vivre de beaux rebondissements, crédibles et totalement imprévisibles, achevant ainsi le lecteur déjà bien secoué par Super Vertigo et nous renvoyant vers des périodes très obscures de l’histoire du XXème siècle des deux côtés de la frontière.

Ce roman aux senteurs très Agatha Christie avec un Hercule Poirot trash est de plus servi  par une langue riche, particulièrement addictive qui ne permet pas de réelles pauses et sous l’ironie, l’humour, le sarcasme, l’outrance et l’outrage se glisse une description bien navrante de certains comportements humains de la faune locale.

Après « Récit d’un avocat » d’ Antoine Bréa, « Hotel du grand cerf » prouve allègrement que la collection polars du Seuil a su réussir sa mue avec des romans un peu hors du cadre traditionnel et qui font de « cadre noir » , une collection sur laquelle, il faudra vraiment compter à l’avenir , y compris, et c’est bien, pour les auteurs français.

Très attachant.

Wollanup.

ATTENDS-MOI AU CIEL de Carlos Salem / Actes noirs.

Traduction: Judith Vernant

« -Même pas en rêve. »

« Quand Piedad de la Viuda, une femme séduisante et dévote au seuil de la cinquantaine, s’éveille ce lundi-là, elle ignore que sa vie va basculer à jamais. Un mois plus tôt, Benito, son époux, dont le succès dans les affaires doit tout à la fortune de sa belle-famille, est décédé dans un accident de voiture. Fille de paysans enrichis, Piedad a vécu une existence oisive, marquée par la piété héritée de sa mère, les aphorismes de son père et les boléros qui ont bercé son enfance. Brusquement, elle s’aperçoit que son mari n’était pas celui qu’elle croyait … » (Ne lisez pas la suite de la quatrième de couverture, vous vous gâcheriez un début tonitruant.)

Les hasards de l’inspiration des auteurs comme les calendriers des éditeurs créent de singulières heureuses coïncidences puisqu’après « la daronne » de Hannelore Cayre sorti chez Métailié en mars, revoici un roman qui donne la vedette à une femme proche de la cinquantaine qui sort de l’ombre pour s’ouvrir à la vie de manière très délictueuse et par ailleurs véritablement jouissive. Dans les deux cas, l’éveil se fait après 25 ans d’inertie et de veuvage pour la daronne et de cocufiage de classe mondiale pour l’héroïne de Carlos Salem, Piedad « une femme avec un corps à se damner et un cerveau de nonne ». Ensuite les quêtes des deux femmes sont différentes tout comme les déclencheurs. Par ailleurs, si une certaine critique sociale est présente dans le roman de Salem, elle est nettement moins poussée et mordante que dans l’excellent roman de Cayre.

Comme toujours chez Salem, il ne faudra pas tellement s’intéresser à la plausibilité de l’intrigue sous peine de vivre très mal le livre, comme ce fut le cas pour moi lors de la lecture de « un aller simple » premier roman de l’auteur sorti en France en 2009 et dont la folie et l’exubérance m’avaient désarçonné  puisque je ne m’attendais pas à un tel roman complètement loufoque. Aussi, faut-il bien prévenir le néophyte, Carlos Salem semble se moquer de la vraisemblance de son intrigue policière emporté par l’extravagance et la truculence des situations abracadabrantes qu’il invente pour le plus grand bonheur des lecteurs appréciant des moments d’hilarité et des espaces de grande exubérance contrebalançant des passages empreints de mélancolie. Outre Piedad, particulièrement remontée dans sa nouvelle vie, Salem a su créer des personnages très déjantés mais aussi très touchants comme ce formidable Soldati déjà rencontré dans « un aller simple » et dont j’aimerais vraiment qu’il soit un jour le personnage principal d’une histoire.

Alors, le roman est particulièrement addictif puisque ce sont les méchants qui morflent à coups de crucifix, de sac à main… et franchement, ceux à qui cela arrive, on ne va pas trop les regretter. De toute manière, il semblait rapidement évident que l’éveil de Piedad ne pouvait qu’être douloureux tant ce qu’elle apprend pendant le premier chapitre, comme dirait Nietzche, si cela ne la tue pas, cela doit la rendre plus forte et en l’occurrence, extrêmement forte.

Lisez ce premier chapitre brut, violent à l’humour terriblement noir et si vous n’êtes pas complètement conquis, il n’y a pas d’espoir. Ah et puis bien sûr, du cul, du cul, du cul.

Jouissif.

Wollanup.

INDIAN PSYCHO de Arun Krishnan / Asphalte.

Traduction : Marthe Picard.

« Arjun Clarkson est le rêve américain incarné : cet orphelin indien issu d’une basse caste, complexé et peu sûr de lui, a immigré à New York où il connaît une brillante carrière dans la publicité. Jusqu’au jour où, dans un accès de folie, il poignarde une ancienne collègue…
Pour brouiller les pistes, Arjun décide de faire croire à l’existence d’un tueur en série chassant ses proies sur le plus populaire des réseaux sociaux : MyFace. Certes, cela implique de commettre d’autres assassinats, mais n’est-ce pas l’occasion rêvée de se venger de tous ceux qui se sont moqués de lui ?
Au fil des meurtres, la rumeur de ce « tueur de MyFace » s’amplifie et sème la panique sur la toile, car Arjun est un excellent publicitaire. Sa distraction, en revanche, risque de compromettre sa carrière de serial killer… »

A propos de l’auteur Arun Krishnan, Asphalte dit : « Arun Krishnan est né en Inde et vit désormais aux États-Unis. Professionnel du marketing et de la communication, il travaille pour de nombreuses entreprises technologiques et organisations non gouvernementales. » et c’est sans nul doute pour cela que le discours de l’auteur sur les réseaux sociaux est si pertinent. Krishnan analyse les comportements, les codes, les règles d’un réseau social nommé Myface, composé à partir de Myspace et facebook, vous aviez sûrement reconnu et c’est passionnant, très mordant et souvent très drôle et parfois un peu moins hilarant quand on retrouve ses propres travers. Je vous ferai grâce de mon état d’esprit quand apparaît sur mon actu la premier dent de la petite dernière, les poses du chat, le contenu de l’assiette du repas au restau, des groupes hilares par forte addiction alcoolisée, les pieds et les jambes de la copine terminés par ses doigts de pied en éventail devant la mer turquoise, des selfies dégueu, des photos déplacées, des analyses politiques du café du commerce, la directrice de collection en maillot de bain…tous ces trucs qu’on reçoit qui nous gonflent mais qu’on aime bien balancer par ailleurs ! Ayant créé mon profil pour le site, je ne vais pas non plus cracher dans la soupe mais chacun risque d’y retrouver ses propres erreurs, les manifestations de son égocentrisme, l’exposition de son narcissisme ainsi que sa subordination à la mode ou au message bien-pensant dans des pages particulièrement mordantes.

Forcément se dégage un portrait terriblement féroce d’une élite newyorkaise qui bosse à Manhattan mais vit dans des placards à Queen’s. Une classe dirigeante, branchée, blanche, WASP avec une moralité Nouvelle Angleterre très austère qui codifie tous les rapports entre les individus y compris et surtout les rapports sentimentaux.

Toute personne ayant vécu à New York, verra rapidement la justesse de la description et s’apercevra que les goûts, les choix, les snobismes, les tropismes présentés dans le roman font montre d’une connaissance très pointue de ce petit monde où à la première rencontre, avant de voir si on pourrait se plaire, on annonce combien on gagne et donc si on appartient au même monde.

Enfin, « Indian Psycho » est un bon thriller mais que l’on devrait plutôt aborder comme un conte cruel dans le théâtre extraordinaire de Manhattan parce que si Arjun exploite les failles laissées par ses victimes sur les réseaux sociaux, le gouffre, c’est quand même du côté de l’enquête qu’il est le plus béant favorisant cette grande boucherie que nous allons vivre dans la peau de l’assassin.

Non par le ton mais par certains points comme le cadre, le milieu évoqué,  on pourra rapprocher le roman de celui de Brett Easton Ellis  » American psycho » et en partie pour les difficultés d’intégration au très réussi « Indian Killer » de Sherman Alexie où on parle d’Amérindiens.

« Indian Psycho » s’avère très rythmé et le ton est particulièrement drôle et, malheur, on finit presque par s’attacher à ce grand malade qu’est Arjun. Au fur et à mesure que le roman avance, on sent que le filet se resserre, que la fin est proche mais ceci dit, l’auteur ayant pris quelques libertés avec l’authenticité dans l’intrigue, on peut aussi aisément penser qu’il pourrait tout aussi bien surprendre dans l’épilogue.

Pointu et acéré.

Wollanup.

LA FEMME DE TES RÊVES d’ Antonio Sarabia / Métailié Noir.

Traduction: René Solis.

« Journaliste sportif au Sol de Hoy, Hilario Godínez a des relations ambiguës avec le monde de sa petite ville de la province mexicaine. Une inconnue lui écrit des lettres d’amour depuis dix ans, il n’a aucune idée de son identité. Lui qui rêvait d’être écrivain et dont la carrière littéraire semble définitivement compromise conquiert des admirations encombrantes chez les tueurs du cartel local grâce à ses chroniques de foot.

Le jour où on retrouve dans un dépotoir le corps du brillant footballeur Torito Medina – enfin, une partie du corps –, tout dérape. Il se retrouve en première ligne et se lance dans la résolution de l’énigme. Au passage il drague la jolie chroniqueuse mondaine de bonne famille qui lui révèle tout un univers de plasticiens et de galeristes.

Son admirateur musclé le met en garde mais il s’obstine dans sa recherche du salaud qui s’amuse à semer les cadavres incomplets dans la ville effrayée. »

Sans vouloir faire de généralité, il me semble que les polars américains en langue espagnole, du moins ceux qui ne veulent pas copier le modèle anglo-saxon, ont un supplément d’âme, peut-être latin. Ils ont le don de vous intégrer dans l’histoire, une propension à la connivence avec le lecteur. A grand renforts d’humour et d’auto – dérision, cette collusion avec le lecteur crée une certaine proximité, intimité qui fait de ces polars de bien bons compagnons.

Et les Mexicains, que ce soit Rolo Diez, Enrique Serna et beaucoup d’autres, sont des spécialistes pour vous conter des horreurs et tout le malaise d’une société mexicaine totalement gangrénée par les narco-trafiquants et leurs affaires tout en utilisant un ton presque patelin comme pour démystifier le malaise général ambiant. On pourra donc ainsi intégrer dans la liste Antonio Sarabia dont le propos particulièrement rude d’une sordide histoire de corps démembrés n’exclut néanmoins pas de nombreux moments souriants et d’autres étonnamment romantiques. Le mode narratif de courts chapitres où le héros s’apostrophe pourra surprendre au départ mais contribue pleinement à créer un peu de légèreté et d’intimité dans une histoire bien puante.

Alors, ce n’est pas le roman de l’année mais c’est une histoire qui se lit avec beaucoup de plaisir de par la qualité de l’antihéros créé et par les mystères qui entourent sa vie sentimentale. Hilario Godinez aussi peu à l’aise avec les femmes qu’avec les truands mène, presque malgré lui une enquête que personne ne lui a demandé de résoudre. Ainsi, de par ses déambulations et ses errances affectives, on aperçoit un peu de la vie des Mexicains et surtout leur amour pour le football.

Ca cause ballon rond un peu comme dans l’excellent « la peine capitale » de Santiago Roncagliolo mais, ici aussi, ce n’est juste qu’un cadre où transparaissent rapidement délinquance, magouilles et corruption tout en laissant de la place à une très belle histoire de correspondance secrète où l’auteur apporte des sujets de réflexion plus hauts, loin des élucubrations morbides de quelques graves malades mentaux.

Attachant.

Wollanup.

 

DANS LES EAUX DU GRAND NORD de Ian McGuire / 10 / 18.

Traduction: Laurent Bury.

« Patrick Sumner, un ancien chirurgien de l’armée britannique traînant une mauvaise réputation, n’a pas de meilleure option que d’embarquer sur le Volunteer, un baleinier du Yorkshire en route pour les eaux riches du Grand Nord. Mais alors qu’il espère trouver du répit à bord, un garçon de cabine est découvert brutalement assassiné. Pris au piège dans le ventre du navire, Sumner rencontre le mal à l’état pur en la personne d’Henry Drax, un harponneur brutal et sanguinaire. Tandis que les véritables objectifs de l’expédition se dévoilent… »

Amoureux des grands vents, de territoires vierges et de terres sauvages où l’homme n’est plus qu’un simple élément quand les éléments se déchaînent, ce roman est sûrement pour vous. Ian McGuire vous convie dans le grand Nord canadien à la fin du 19ème siècle, très loin des dernières lueurs de la civilisation où l’homme, animal en danger comme les autres, tente de survivre.

Par les atmosphères, les situations « Dans les eaux du Grand Nord » évoque forcément le Melville de Moby Dick mais aussi Jack London. Au chaos orchestré par la nature, McGuire adjoint une figure du mal particulièrement abjecte, un tueur animé d’aucun remords, bestial dans ses agissements, provoquant ainsi un rythme infernal au roman tout en lui donnant une couleur particulièrement sinistre.

Fonctionnant sur les thèmes de la survie et de la vengeance, « Dans les eaux du grand nord » peut être rapproché de « le revenant » de Michaël Punke (Presses de la Cité) devenu le film éponyme d’Alejandro González Iñárritu interprété par Leonardo DiCaprio avec une énigme policière néanmoins plus étoffée quand on apprend petit à petit la réalité de l’expédition. Par ailleurs, en de maintes occasions, la terrible vie des baleiniers comme l’existence des populations nomades qui peuplent ces territoires hostiles sont racontées avec talent et pédagogie.

Bref,  » Dans les grandes eaux du Nord » est un bon « page-turner », réellement enthousiasmant, au rythme soutenu, sans faiblesses, à conseiller pour une lecture originale et roborative de weekend, capable de moments lyriques à qui je reprocherai sans doute, une fin un peu escamotée et une psychologie des personnages qui aurait mérité d’être plus détaillée dans un univers masculin particulièrement barbare.

Frissons septentrionaux.

Wollanup.

 

 

LITTLE AMERICA de Henry Bromell / Gallmeister.

Traduction: Janique Jouin- de Laurens.

Mack Hopper, agent de la CIA, arrive au Korach en 1957 avec sa femme et leur fils Terry. Sa mission est de tisser des liens  avec le jeune roi de ce pays sans ressources, mais déterminant pour l’influence américaine au Moyen-Orient. Il se rapproche peu à peu du souverain plein de charme jusqu’à ce que ce dernier soit mystérieusement assassiné. Quarante ans plus tard, Terry, devenu historien, entreprend des recherches sur ce qui s’est passé au Korach. Petit à petit, il explore souvenirs et archives de cette petite Amérique du bout du monde pour trouver la clé du mystère qui entoure la  mort du roi et, surtout, découvrir quel fut le rôle de son père dans cette affaire.

Alors les petits bandeaux pour vendre les petits bouquins comme les citations d’auteurs, il faut souvent s’en méfier mais peut-être que les éditeurs pourraient faire gaffe parce que mettre comme argument de vente, que Bromell avant de mourir en 2013, était l’auteur de la série Homeland pour inciter à l’achat de ce magistral Little America désorientera certainement les fans de la série comme il pourra servir de repoussoir à d’autres éventuels lecteurs comme ce fut mon cas au départ avant de lire des recensions particulièrement enthousiastes.

Situé dans une optique, une époque, un cadre, un lieu complètement différents de la série, le roman pourra séduire tout lecteur exigent qui réalisera rapidement que hormis l’espionnage, les deux œuvres ne semblent pas avoir une paternité.

Sur 410 pages de très, très haut niveau avec parfois des envolées lyriques magnifiques, de beaux moments d’enchantement : une prière solitaire du roi, un rendez-vous nocturne dans les orangeraies … c’est un intense plaisir de lecture tant la plume est maîtrisée et est experte à montrer les sentiments, les émotions, les relations entre les personnages, montrant leur nature tout en laissant un part d’obscurité puis en provoquant doutes et interrogations, une lecture forte, éminemment triste et injuste bien sûr mais belle, émouvante comme la « Pastorale américaine » de Philipp Roth.

Variant avec brio les modes de narration pouvant désarçonner au départ pour ensuite séduire tant ils permettent de multiples angles d’appréciation des scènes racontées : des plus intimes à celles plus terribles de cette guerre froide qui se joue sur un bout de désert sans pétrole ni richesses. La situation du Moyen- Orient de l’époque est montrée, expliquée : le parti baas, les « frères musulmans », la CIA, le KGB, l’Egypte de Nasser, la Syrie, le pétrole… tout est déjà en place et fonctionne ici à l’échelle d’une antenne de la CIA que l’on découvre d’une manière beaucoup moins spectaculaire que l’on s’imagine, plus ordinaire mais limite attachante. Hopper et ses collègues ont quitté le doux confort des bords de l’Hudson du magnifique Westchester pour recréer une petite Amérique, « la Pax Americana » à des milliers de kilomètres de là avec des Chevy, du Coca, des Chesterfield, Frank Sinatra, Cole Porter, les barbecues… C’est ainsi que fonctionne, à découvert, la CIA à l’époque. Les enfants grandissent ainsi dans des zones de fortes turbulences sans grande compréhension du petit monde dans lequel ils vivent ni comment celui-ci fonctionne réellement.

L’intrigue, toute en finesse, explore intelligemment les relations entre les personnages, les liens dans la famille, peint de belles personnalités prises entre les affres des choix personnels et ceux imposés par la position, la culture, les intérêts financiers… du grand art.

On appréciera aussi ce roman pour son intrigue que l’on sait dramatique et que la connaissance de la belle âme du roi rendra encore plus cruelle, mais et de manière brillante, « Little America » propose, à l’évidence, une géniale et splendide introspection d’un auteur, un long et bel hommage à un père dans les non-dits, les souvenirs, les interrogations, sous couverts fictionnels d’une histoire qui ressemble sûrement à celle de Henry Bromell, lui-même fils d’un agent de la CIA.

Great America !

Wollanup.

Wollanup.

L’ ÉTÉ DES CHAROGNES de Simon Johannin / Allia.

C’est un premier roman. C’est donc original sans être totalement événementiel même si l’auteur est jeune et devrait donc, à priori se bonifier avec le temps. J’ai terminé le livre, il y a plus d’une quinzaine mais j’ai eu beaucoup de mal à exprimer mes sentiments et je pense que ce petit écrit ne rendra pas parfaitement compte de mes impressions, ma foi, bien contradictoires.

« Ici c’est La Fourrière, un « village de nulle part » et c’est un enfant qui raconte : massacrer le chien de « la grosse conne de voisine », tuer le cochon avec les hommes du village, s’amuser au « jeu de l’arabe », rendre les coups et éviter ceux des parents.

Ici on vit retiré, un peu hors-la-loi, pas loin de la misère aussi. Dans cette Guerre des boutons chez les rednecks, les bêtes sont partout, les enfants conduisent leurs parents ivres morts dans des voitures déglinguées et l’amitié reste la grande affaire.
C’est un pays d’ogres et d’animaux errants, un monde organique fait de pluie et de graisse, de terre et d’os, où se répandent les fluides des corps vivants et ceux des bestioles mortes. Même le ramassage scolaire ressemble au passage des équarisseurs.
Mais bientôt certains disparaissent, les filles vous quittent et la forêt finit par s’éloigner. »

 Etonnant roman à plusieurs titres qui semble formé de deux parties complètement différentes  au point que j’ai pensé que la fin comprenant une trentaine de pages, qui tranche réellement jusqu’à choquer, ne faisait pas partie du même roman. Celui-ci débute comme la chronique rude mais très vivante, alerte, de deux ados durant un été à la campagne où ils vivent dans le sud- ouest  de la France. S’il y a un petit peu une mode en ce moment pour faire passer les ruraux pour des taiseux philosophes humanistes, ici, c’est loin d’être le cas.

A la Fourrière, sur des terres communales vivent deux familles exploitant les terres et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ressemblent bien à leurs cousins ricains rednecks .Alors, j’ai lu que ce roman se moquait de la ruralité mais ce n’est pas le sentiment que j’en ai eu. Les gamins ont l’air d’être livrés à eux-mêmes, sans repères parentaux efficients, et d’être obligés de grandir comme ils le  peuvent, avec à la clé le lot de conneries qui va avec, c’est certain mais ce genre de familles, de comportements existe aussi et il serait malhonnête de vouloir nier leur existence comme il serait stupide d’en faire une généralité. Sans doute, l’auteur a exagéré un peu le trait mais de nombreuses anecdotes m’ont rappelé beaucoup de souvenirs de mes séjours estivaux durant l’enfance à la campagne chez mes grands-parents dans la cambrousse du Nord-Finistère et racontent une certaine réalité que je vis tous les jours. Il y a beaucoup de vécu visiblement, cela sonne authentique ;

La prose est vive, capable de beaucoup d’éclats comme lors d’un enterrement hilarant et rock n’ roll, ressemblant à celui présent dans l’excellent « Mister Alabama » de Phillip Quinn Morris paru chez Finitude l’an dernier. Bien sûr, certains passages sont sales, repoussants et le meilleur exemple est cette lapidation de chien qui débute le roman mais globalement cette partie est très réjouissante, addictive et souvent particulièrement attachante et drôle tout en montrant bien les manques affectifs et éducatifs et prouvant surtout  qu’il faudra compter à l’avenir avec Simon Johannin.

J’aurais aimé que le roman s’arrête là puisque dans le final d’une trentaine de pages, nous assistons à la descente vers les enfers de la drogue du narrateur dans cet automne raconté de manière certainement trop brève et qui tranche trop avec le propos assez gouailleur du début. Le thème devient très dramatique mais aussi très commun, très souvent traité et de bien plus belle et prenante manière dans la littérature et semble donner à penser que le malheur arrive, finalement, quand on quitte le cocon « barbare » de la campagne. Par ailleurs, j’ai eu du mal à comprendre les raisons d’un tel anéantissement du héros en si peu de temps.

Certainement, Simon Johannin a forcé un peu le trait, n’a pas réussi à complètement maîtriser sa fougue, il n’empêche que ce premier roman surtout les premiers trois quarts prouve que les Editions Allia ont découvert un auteur de talent dont on reparlera certainement très vite.

Prometteur.

Wollanup.

L’ AFFAIRE ISOBEL VINE de Tony Cavanaugh / Sonatine

Traduction: Fabrice Pointeau.

 

Alors, il est tout à fait normal que les éditeurs fassent la promotion de leurs auteurs et des romans qu’ils présentent mais parfois, peut-être, qu’ils prennent les lecteurs pour des gogos. Sonatine dont nous suivons assez régulièrement les sorties est, pour moi, un nom magique pour toujours associé au chef d’œuvre de Tim Willocks « la religion » et pour bien d’autres raisons aussi reste une maison sérieuse proposant des thrillers souvent de bonne facture si on excepte le deuxième roman  de Robert Pobi qui, lui, était un grand foutage de gueule pour le lecteur ayant lu le précédent.

Or, donc,si on lit le bandeau accompagnant le roman, Sonatine a découvert le nouveau Michaël Connelly.  Je dois avouer que je ne suis pas un grand spécialiste de l’auteur mais, néanmoins je peux vous garantir d’une part que le personnage principal Darian Richards, d’un point de vue psychologique, est à des années-lumière de Harry Bosch et d’autre part, jamais ici, on ne ressent la tension, l’angoisse et le dégoût provoqués par la lecture du superbe roman de Connelly « le poète ». Bien sûr, tout cela est encore une question de goût, ce n’est juste que mon impression mais il semblerait aussi que l’on ne soit pas très sûr de son affaire chez Sonatine puisqu’ on aborde la série Darian Richards à sa quatrième aventure.

Alors, que va-t-il se passer ensuite ? Va-t-on nous refourguer les aventures précédentes en cas de succès de « l’affaire Isobel Vine », des romans qu’on n’a pas jugé bon d’éditer en premier afin de respecter une certaine chronologie qu’affectionne en général le lecteur sérieux ? Cavanaugh risque-t-il de disparaître si ce roman ne marche pas ? Tony Cavanaugh serait-il devenu le nouveau Michaël Connelly en cours d’écriture du quatrième roman mais pas avant ?

Comme on rate le début de la série, certains aspects de la psychologie des personnages restent mystérieux et pour cause, l’auteur a déjà eu trois romans pour tout expliquer aux lecteurs, il ne va peut-être plus trop s’étendre à l’avenir sur les heurts et malheurs de Darian pendant toute la saga. Alors, on apprend des bribes de son histoire. Il a vécu quatre ans dans une cabane au bord d’un lac mais pourquoi ? On l’ignore. Il a quitté la section criminelle de Melbourne mais pourquoi ??? Il ressasse une précédente affaire, et cela finit par être gonflant, notre ignorance, pendant tout le bouquin, au point qu’on pense, hélas en vain, qu’elle va être résolue dans ce roman. C’est certainement raconté dans un précédent volume, une histoire de tueur du train qu’il n’a jamais réussi à choper mais pour quelles raisons ? Peau de balle ! Beaucoup de trous noirs pour le lecteur ainsi qu’un sentiment qu’on vous a refilé un produit trop gravement tronqué pour être apprécié à sa juste valeur. Pour terminer, même le choix de la couverture n’est pas très réussi car si l’image est belle, elle n’a par contre aucun rapport ni de loin ni de près, y compris dans la symbolique, avec le contenu du livre. Par contre, si vous êtes d’accord sur la filiation avec Connelly, vous pouvez même rêver de lire toute la geste de Darian Richards dans l’ordre et donc de manière cohérente et plus en phase avec la pensée de l’ auteur ainsi que, peut-être, remarquer une évolution dans l’écriture . Les chroniques que j’ai pu lire encensent le livre et il est peut-être temps d’arrêter avec les regrets et de parler du roman qui mérite néanmoins considération malgré cette grosse déception.

« Pour n’importe quel passant, les rues, les places, les jardins de Melbourne possèdent un charme certain. Pour Darian Richards, chacun de ces lieux évoque une planque, un trafic de drogue, un drame, un suicide, un meurtre. Lassé de voir son existence ainsi définie par le crime, et uniquement par le crime, il a décidé, après seize ans à la tête de la brigade des homicides, de passer à autre chose. Une vie solitaire, plus contemplative.

Il accepte néanmoins de sortir de sa retraite par amitié pour le chef de la police qui lui demande de disculper son futur successeur, en proie à des rumeurs relatives à une ancienne affaire : en 1990, après une fête donnée chez elle, on a retrouvé le corps sans vie de la jeune Isobel Vine. Suicide, accident, meurtre ? L’enquête fut d’autant plus délicate que quatre jeunes flics participaient à cette soirée. Elle fut classée sans suite, mais le doute persiste sur ce qui s’est réellement passé.

Reprendre des investigations vingt-cinq ans après les faits n’est jamais une partie de plaisir, surtout quand l’affaire concerne de près la police. Les obstacles ne manquent pas. C’est sans compter sur le caractère obstiné, rebelle et indiscipliné de Darian Richards et sur sa fâcheuse habitude à porter davantage d’attention et de respect aux morts qu’aux vivants. »

Dès le départ, vous aurez compris qu’on va découvrir un meurtre et non pas un suicide sinon à quoi passerait-on les 400 pages du bouquin parce que Cavanaugh est peut-être Connelly mais n’est pas Thomas H. Cook réussissant à vous trimbaler comme il veut. On est  dans un « cold case » où sont impliqués quatre flics de Melbourne qui ont gravi de hauts échelons depuis cette histoire. Alors, il y a pas mal de clichés dans cette histoire et chez les personnages et les lecteurs assidus de polars les verront très bien mais il y a aussi une grande maîtrise du dosage du suspense allant jusqu’à la création de moments de tension factices pour faire monter la pression. Les purs et durs du polar ne marcheront certainement pas dans ces artifices.

Utilisant par ailleurs des chapitres courts, technique de plus en plus utilisée dans les thrillers, Tony Cavanaugh maîtrise parfaitement son histoire et la manière de la raconter, très formatée certes, mais qui fonctionne et va crescendo dans une deuxième partie où il fait parler l’assassin. Par ailleurs, les multiples retours sur la situation initiale de 1990 offrent une compréhension plus fine et permettent de conforter ou d’infirmer certaines de nos présomptions. Si on ajoute un beau rebondissement dans la dernière partie, on tient là un honnête thriller, idéal pour les lecteurs qui ne vont pas souvent vers le polar. Rien d’ inoubliable mais rien de désagréable non plus. Il existe déjà d’innombrables romans ressemblants sur la forme et le fond.

Wollanup.

PS:Dans le bouquin,  une référence au groupe aussie « Hunters and Collectors » très bienvenue et qui m’a rajeuni de plus de deux décennies.

 

MAUVAISE PRISE de Eoin Colfer / Série Noire.

Traduction: Sébastien Raizer.

Eoin Colfer, l’auteur irlandais vedette internationale de la littérature pour jeunesse, quand il a envie de se défouler, de quitter les aventures d’ Artémis Fowl, il crée le clone adulte de son anti-héros pour enfants et il lui invente des aventures chaudes, hautes en couleur dans le New Jersey et à New York dans le milieu des gangsters.

« L’ancien militaire Daniel McEvoy s’apprête à quitter le monde sans foi ni loi de la pègre du New Jersey pour se concentrer sur sa nouvelle vie de patron de club. Mais lorsqu’il se retrouve au fond de l’Hudson, enfermé dans un taxi de la mort, après avoir été kidnappé par deux flics qui comptaient faire de lui le héros d’un snuff-movie, il comprend qu’il n’en a pas fini avec les manigances et les vengeances des barons du crime de Cloisters.

Si Dan veut survivre, il devra échapper à des malfrats qui se trouvent des deux côtés de la loi, et retrouver sa tante qui lui avait jadis tout appris sur l’art de caresser les filles. »

Un auteur qui cite Elmore Leonard dès la première phrase du roman mérite bien sûr tout mon respect mais, en même temps, se met une putain de pression. Suite de « Prise Directe » à la Série Noire » en 2012, « Mauvaise Prise » ne nécessite pas d’avoir lu le premier pour l’apprécier et le comprendre. Concentré sur 36 heures et 300 pages, « mauvaise prise », en ces lendemains d’élections, peut s’avérer un excellent roman à la gueule de bois électorale que certains doivent ressentir de manière plus ou moins aiguë.

Ne prônant aucune autre intention que de vous divertir par une action et un humour débridés de tous les instants, le roman part comme un missile et ne faiblit jamais même si la répétition de certaines situations peut amener à penser que le roman s’arrête juste avant que ne gagne une certaine monotonie. Mais ce n’est pas le cas, Daniel, homme sympathique mais héros pathétique se retrouve attaché et en string rose dès les premières pages et ce n’est que le début de l’hystérie car les barges et les connards merveilleux qui peuplent ce roman déjanté vont faire de leur mieux pour lui pourrir la vie. Vous pouvez ajouter par ailleurs des considérations particulièrement vachardes sur les Irlandais et la religion bien disséminés dans les quelques moment de calme.

« Si j’avais été joseph le charpentier et que la vierge Marie soit rentrée à la maison en m’expliquand qu’elle avait été fécondée par le Saint- Esprit, alors le christianisme aurait connu un destin très différent. »

« Putains de farfadets, de Riverdance, de chaumières, foutaises, connerie d ‘Homme tranquille ».

Pas de message derrière une toute petite intrigue néanmoins amplement suffisante pour servir de grands moments de bouffonneries bien noires et souvent irrésistibles.

Explosif.

Wollanup.

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