The Fien’s Delight

Traduction: Jérémy Chateau

« Paru en 1873 à Londres, où Ambrose Bierce s’est exilé pour trouver la célébrité, un recueil de textes courts, de l’essai au poème, représentatifs de son humour noir.
Il navigue sur les thèmes de la moralité, du surnaturel et du macabre. Son utilisation de l’ironie et de la prose satirique reflète la désillusion d’une époque marquée par les conflits et les bouleversements sociétaux. »

Jusqu’ici inédit en France, Les délices du Démon est considéré comme le recueil, le fracas qui introduit l’œuvre la plus célèbre d’Ambrose Bierce Le dictionnaire du diable que l’on trouve encore dans les librairies mais qui, malgré sa virtuosité, n’offre pas le même réel plaisir de lecture. Journaliste, novelliste, poète, Bierce était surnommé « l’homme le plus méchant de San Francisco » tant on craignait son art à épingler férocement ses contemporains. Ancien combattant de la guerre de Sécession, il a aussi écrit sur le conflit et montré, dans l’horreur, l’absurdité de la guerre. Admiré par ses pairs, de Jack London à Lovecraft en passant par Stephen King, Bierce a consacré la majeure partie de son œuvre à la littérature fantastique. Il est aussi présent dans la première saison de True Detective qui met en scène la ville de Carcosa, une de ses créations. Parti soutenir la lutte de Pancho Villa, on perdra sa trace au Mexique peu avant la première guerre mondiale.

Dans Les délices du Démon, son premier ouvrage, on le découvre en brocardeur furieux et désinvolte de ses contemporains et de leurs peines, de leurs actes et crimes que l’on a tendance à attribuer au diable, au démon, au Malin alors qu’elles ne sont que la conséquence de la banale vilénie humaine. Nul besoin de présence surnaturelle pour tuer son époux, son voisin, l’étranger de passage et Bierce, méchant et souvent irrésistible, montre notre part sombre avec un humour noir fin et élégant. Alors, on est dans un sacré pandémonium et Bierce y fourre tout, de petites histoires cruelles d’une à deux pages, des « ricanismes », des extraits de presse fictifs, des poésies (hum, à éviter), des fulgurances de trois à quatre lignes… tout est bon pour défoncer la bonne société américaine et ses tares…

« Un étranger en haut-de-forme est arrivé en ville hier, et s’est installé à la Nugget House. Ce matin, les garçons jonglaient avec son couvre-chef. Les obsèques auront lieu à quatorze heures. »

Alors, tout n’est pas parfait dans cet immense foutoir, tous les textes en se valent pas, certains contenus restent cryptés mais on sent constamment une belle hargne destructrice, un verbe fort et le propos s’avère souvent méchamment jouissif. Ajoutons aussi que Bierce avait une très belle plume dans un siècle qui n’en manquait pas et que les « saloperies » qu’il peut raconter sur ses contemporains prennent une toute autre dimension. Bonheur de lecture particulièrement immoral écrit avec beaucoup de morgue et de désinvolture, Les délices du Démon s’avère une délicieuse friandise enrobant les pires penchants de l’homme, qu’on déguste petit à petit, au gré de nos envies de contempler les manifestations du malheur… chez les autres.

« Le surintendant de la mine, Mag Davis, nous a sollicités pour passer l’annonce suivante : il serait bon de mettre un terme à l’habitude de balancer des Chinois et des Indiens dans le puits, car le travail a repris dans la mine. Le vieux puits, derrière chez Jo Bowman, est tout aussi valable, et plus proche du centre-ville. »

Clete.

PS: les amateurs de l’excellent auteur belge Bernard Quiriny y trouveront assurément leur bonheur.