Chroniques noires et partisanes

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HONKY-TONK SAMOURAÏS de Joe R. Lansdale / Editions Denoël

Traduction: Frédéric Brument

Il est toujours un plaisir, enrobé dexcitation, que de se replonger dans une nouvelle aventure du duo formé par Hap Collins et Léonard Pine. Les potes denfance ont pourtant des antagonismes, or ils présentent, avant tout, une amitié indéfectible suçant les liens du liquide de vie. Complètement ancrés dans leur culture de lEast Texas, ils sont tout de même investis, guidés par des valeurs de justice universelle, d’égalité inaliénable et de fraternité sans obstacle. Et cest donc, avec délectation, quon les suivra dans cet opus qui les conduira à la lisière de lindicible, de linnommable.

«Hap, ancien activiste hippie et rebelle plouc autoproclamé, et Leonard, vétéran du Vietnam dur à cuire, noir, gay, républicain et addict au Dr Pepper, sont sur un banal contrat de surveillance dans lest du Texas. Alors que la planque sans intérêt touche à sa fin, ils aperçoivent un homme qui maltraite son chien. Leonard règle laffaire à coups de poing. Résultat : lagresseur de chien, salement amoché, veut porter plainte. Une semaine plus tard, une certaine Lilly Buckner débarque dans leur nouvelle agence de détectives privés pour leur faire une proposition : soit ils acceptent de retrouver sa petite-fille, soit elle livre à la police une vidéo de Leonard tabassant lagresseur de chien. Le duo accepte de rouvrir ce vieux dossier et découvre que le concessionnaire doccasion où travaillait Lilly cache de sombres secrets. »

Dès que le binôme sengage dans un contrat cest une assurance morale et éthique. Car les deux compères ne sinvestissent pas à vide ni sans une certaine empathie de la cause. Ils simpliquent corps et âme et font preuve dune abnégation sans faille. Quand ils voient débarquer à leur nouvelle agence denquêtes privées, tenue par la nouvelle compagne de Hap, une vieille catin, ourdie dune vidéo compromettante, leur propose de retrouver sa petite fille disparue dans un nébuleux contexte. Rapidement leurs investigations, épaulés par des acolytes interlopes, vont se tourner vers un réseau où se mêlent escort-girl, proxénétisme, gangs déjantés, tueurs à gages émasculateurs et agences fédérales.

On ne peut sempêcher d’évoquer, pour ce neuvième acte de la série littéraire, la série télévisée adaptée avec ses trois saisons. Et Honky Tonky Samuraï nous permet de retrouver des personnages croisés dans des volets antérieurs, les forces en présence auront maille à partir pour débusquer les responsables de ce système licencieux. Irrémédiablement, les traits de Leonard Pine se matérialisent sur ceux de Michaël K. Williams, rappelez vous le Omar de The Wire, et James Purefoy pour Hap Collins. La verve, le langage vert et la transcription de latmosphère redneck de la zone orientale texane sont rehaussés par la moiteur climatique ne portant pas au dynamisme débridé.

Lansdale conserve son inépuisable candeur et sa volonté farouche de nous prendre la main afin de nous plonger dans ses aventures toujours pleines de décalage, de franche camaraderie, de philosophie sudiste mais optant pour des valeurs humanistes, parfois en antagonismes avec les locales

Une nouvelle page réussie Hap & Leonard avec leur enthousiasme, leur humour et leur capacité à prendre du recul!

Chouchou.

LES ENFANTS DE L’ EAU NOIRE de Joe Lansdale /Denoël.

Une nouvelle lecture très tardive parce que le roman est sorti il y a presque un an. Néanmoins, c’est le genre de bouquins idéal pour les vacances à la fois intelligent et réjouissant, à l’histoire bien menée avec ce qu’il faut d’humour aussi. J’accumule ici beaucoup de lieux communs puisque tout lecteur de Lansdale connaît son talent de conteur et spécialement pour les histoires de l’East Texas qui lui est cher. Il n’a pas son pareil pour raconter son Histoire dans les années trente empreinte de misère sociale et économique et de racisme ordinaire.

En plus du Lansdale conteur hors pair, n’oublions pas l’auteur de romans de série B gore et du duo White Trash épatant  Hap et Leonard dont les aventures et mésaventures ont permis à l’auteur de percer en France il y a quelques années.

« Texas, années 1930. Élevée dans la misère au bord de la Sabine, qui s’écoule jusqu’aux bayous de Louisiane, May Linn, jolie fille de seize ans, rêve de devenir star de cinéma. Un songe qui s’achève brutalement lorsqu’on repêche dans le fleuve son cadavre mutilé. Ses jeunes amis Sue Ellen, Terry et Jinx, en rupture familiale, décident alors de l’incinérer et d’emporter ses cendres à Hollywood. May Linn ne sera jamais une star, mais au moins elle reposera à l’endroit de ses rêves…
Volant un radeau mais surtout le magot d’un hold-up, la singulière équipe s’embarque dans une périlleuse descente du fleuve, le diable aux trousses. Car non seulement l’agent Sy, flic violent et corrompu, les pourchasse, mais Skunk, un monstre sorti de l’enfer, cherche à leur faire la peau. »

Autant le dire tout de suite, c’est le Lansdale amoureux de son petit coin d’enfer de l’East Texas qui est aux commandes de ce roman dans un cadre digne des histoires terribles contées par Faulkner, O’ Connor ou Caldwell glorieux et talentueux tuteurs. Y est décrit un coin du Sud où tous les personnages masculins, ivrognes, dégénérés, fainéants et extrêmement dangereux sont bien à leur place dans ce no man’s land infernal tabassant et réduisant à l’esclavage leurs épouses captives, cognant ou convoitant leurs propres filles ou celles de leurs potes de boisson ou de forfaits. A l’opposé de ce monde d’adultes où les femmes par leur soumission et leur fatalisme face à l’histoire sont aussi coupables, trois ados décident de changer de vie en empruntant le fleuve la Sabine souvent second rôle dans les romans du Texan et dont les méandres noires donneront le rythme et la mélodie de cette belle histoire d’amitié, de fidélité et d’apprentissage de la vie.

La présence de Skunk, créature sylvestre épouvantable, hybride de Bigfoot, de Joe l’Indien de Mark Twain et de Lester Ballard de McCarthy crée un climat d’épouvante digne des meilleurs romans du genre Southern Gothic dont il récupère avec bonheur les invariants avec des rencontres particulièrement étranges tout au long d’un roman qui ne laissera pas souffler le lecteur qui voudra bien rentrer dans l’histoire sans se formaliser de tous ces emprunts.

Si au final, le roman paraît moins abouti et s’avère certainement moins original que « les marécages » écrit par Lansdale en 2000 et lui, franchement indispensable, « les enfants de l’eau noire » a néanmoins tout pour plaire aux amateurs de romans du Deep South comme aux fans d’histoires bien contées et flippantes à souhait.

Wollanup.

 

 

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