
« Il y avait une chose qui échappait encore plus que les autres à la capitaine Blandine Blanco, pourquoi un homme était plus attristé que sa femme, de la mort de l’amant de sa femme ? »
Serions-nous dans un vaudeville? Orso Orsini découvre que sa femme le trompe. Il s’empresse d’annoncer à la femme de l’amant que son mari couche avec sa femme…Elle le gifle. Il se met à suivre l’amant …
Ernesto Diaz, l’amant magnifique, fin, cultivé, marchand d’art et cubain… est assassiné. Pourquoi ?
Orsini est bien sûr le suspect numéro un.
Mais, fort heureusement, le livre va progressivement abandonner la légèreté du début et gagner en intensité et en profondeur.
On va en effet comprendre que la fascination éprouvée par Orso Orsini pour Ernesto, son obsession à le suivre est une sorte de compensation destinée à combler un sentiment de vide, laissé par le départ de son fils en Somalie.
« mon antidépresseur s’appelle Ernesto Diaz, lui et moi passons des heures à marcher dans Paris… »
«Et on me l’assassine !
La femme d’Orso est une copiste talentueuse spécialiste des peintres cubains. Peut-elle se retrouver « au centre d’un trafic d’œuvres d’art » ?…Peut-elle franchir la ligne parfois assez floue qui sépare le métier de copiste de celui de faussaire ?
Orso Orsini , en homme raisonnable, avec sa logique et son sens de l’observation, mais aussi son irrationalité, va s’attacher à aider la commissaire Blandine Blanco dans son enquête…
La Corse est très présente tout au long du roman. La Corse est l’enfance d’Orsini. Il l’a quittée depuis quarante ans mais se sent toujours déraciné. Son ascendance autonomiste et violente, peut-elle faire de lui « naturellement » un suspect potentiel ?
« Sur l’île, des tas d’enfants, corses ou pas, vivaient normalement, mais pas Orso, pas Stella, pas Antoine, la capitaine l’avait capté. Les détonations et les coups à la porte avaient traversé leurs nuits, toujours peur que les gendarmes débarquent, ou qu’un clan rival surgisse. »
Une autre île, Cuba, est au cœur de l’enquête : Ernesto Diaz avait pour mission « d’assurer la protection des œuvres en danger, les éloigner des réseaux mafieux qui les exportent en secret vers des collections privées »
L’hémorragie des peintures cubaines, témoins de la sensibilité et de l’histoire du pays, qui finissent reléguées dans des coffres étrangers à des fins spéculatives, m’a particulièrement captivée.
Les recherches sur les peintres cubains sont bien travaillées et l’analyse de la personnalité d’Orso Orsini est fine et sensible. Les rebondissements de la fin du roman sont assez spectaculaires. On passe donc un bon moment avec toutefois la vague impression que l’auteure est « partagée entre la volonté que l’enquête progresse et la peur qu’elle progresse. »
D’autres livres parus chez Rivages Fils de femme (1996), Sarah, (1997) et De femme en femme (2023).
Soaz

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