«La Butte est certes plus proche que la ville. Techniquement, elle fait même partie du village. Pourtant, elle est une terre de pure étrangeté dont le grain irradie jusque sous la peau des fillettes qui leur offre un miroir hostile.»

Les frères Grimm seraient déçus de ne pas avoir écrit ce conte ! Sombre et violent, il est traversé de malédictions, de rites de passage cruels et de merveilleux. La nature y est puissante, belle et hostile. La fin de l’histoire laisse apparaître une morale…

  Les frères Grimm étaient aussi des linguistes et le style de Stephene Gilleux les aurait sans doute comblés… Ici tombent les filles est son le premier livre. Elle y déploie une connaissance fine de la psychologie des enfants et de leur famille. Sa plume est incisive et poétique

Les Editions Phébus — « Maison d’histoires et d’étonnements » — présentent sobrement l’ ouvrage :

«… Dans un futur proche où le grand dérèglement contraint aux migrations, un père a choisi de fuir la ville pour emmener sa famille sur la Butte, le domaine de ses ancêtres isolé en montagne. Pilha, Dag et Mette, ses trois filles y mènent une vie de servitude sous les ordres de leur mère. Il y a aussi Finn, le frère, né un jour de tempête, le seul pour lequel le Père envisage un avenir »

La Butte est un  « Paysage de glace, de neige et d’eau », nimbé d’une « lumière étouffée par des nuages de cendres ». Régulièrement dévastée par des tornades et des séismes apocalyptiques, elle incarne « un monde où les hommes croient encore que la nature les punit d’avoir profité d’elle ».

Pilha, l’aînée, dès l’apparition « de la maladie du sang », sera la première en âge de « suivre le protocole » et à subir « l’entraînement » décrété par le père.

La tension ne cesse de s’intensifier jusqu’à la dernière page du livre, faisant osciller le lecteur entre l’espoir de voir ces enfants échapper au pouvoir effroyable du père, et la déception de les voir retomber dans ses griffes. Impossible d’interrompre ce rythme ensorcelant …

Comment vont-ils s’organiser pour résister au désastre causé par la violence et la folie du père, et par celles, d’une autre nature, de la mère 

Violence des superstitions, violence faite aux femmes, maltraitance, mensonges, souffrance de la forêt elle aussi décimée … Mais « la collusion avec les plantes en compagnie desquelles Dag se sent vivante», le sourire de cette renarde qui « troue sa solitude » et lui fait signe, l’institutrice bienveillante et courageuse …agissent comme ces baumes d’Arnica que fabrique Dag : ils soulagent, apaisent et redonnent espoir.

Soaz.