Munichs

Traduction: Isabelle Maillet.

« Le 6 février 1958, l’avion qui transportait les « Busby Babes », l’équipe de football de Manchester United, s’écrase à Munich. Sur les 44 passagers, seuls 21 survivront au crash. C’est une tragédie sans précédent pour la ville et le pays. »

En 2006, dans 44 jours : The Damned United, Peace nous racontait l’histoire de Brian Clough, entraîneur légendaire lors de son bref séjour au club de Leeds United. Il y connut la pire période de sa vie d’entraîneur. Suivra en 2014  Rouge ou mort à la gloire du FC Liverpool des années 1960 à 1974. Ici, dans Munichs, c’est le crash de l’avion de Manchester United un soir de décembre 1958 sur une piste de l’aéroport de Munich. Cet accident, lors du retour d’un match de coupe d’Europe disputé à Belgrade contre l’Etoile rouge, sera lourd de conséquences.

Munichs va chercher dans ses moindres détails, plonge dans la narration des survivants et suit le regard clinique de David Peace. Par extension, au fur et à mesure que passent les minutes puis les heures et enfin les jours de deuil, David Peace raconte aussi l’Angleterre ouvrière des années 50. Il montre une ville de Manchester sidérée, la peine qui s’est abattue dès l’annonce de la nouvelle. Les morts, ces jeunes joueurs foudroyés, là-bas, on les connaissait tous. C’était un voisin, un ancien camarade de classe, un parent éloigné, un ami d’enfance, le fils du boucher… c’était des Mancuniens, des vrais et tous portaient très haut les couleurs des « Red Devils » de United. On pouvait s’identifier à eux… et maintenant ne restent que des souvenirs douloureux, des familles effondrées, des gamins éplorés.

Et bien sûr, David Peace parle fort et bien de football, comme l’immense connaisseur qu’il est. Il est évident qu’il préférait le foot d’avant, la mentalité des joueurs de l’époque : l’amour du maillot, le respect du public, des aînés, la reconnaissance à un club qui vous a évité une vie maussade d’ouvrier, le désir de tout donner, des valeurs collectives. Dans Munichs, dans le décor enfumé du comptoir d’un pub, Peace vous confie les histoires des joueurs disparus, embellissant, avec ses mots, des légendes toujours très vivantes aux alentours du stade de Old Trafford. On lit beaucoup de pages extraordinaires sur le football, sur les passions, la folie qu’il déclenche et les cinglés de foot vont se régaler.

« Y avait jamais eu de meilleur buteur de la tête que Tommy, il s’envolait et semblait planer dans les airs, haut dans les airs, et les gens ils n’en revenaient pas, ils se demandaient comment il faisait, mais ceux qui le connaissaient, nous, ses frères et ses copains, on rigolait parce qu’on savait comment il faisait, Tommy… »

N’étant pas le plus grand fan de l’œuvre de David Peace, j’ai toujours été très surpris par le succès de ses romans sur le foot chez des lecteurs ne supportant pas ce sport. Il est évident, et on en a encore une fois la preuve, que David Peace a un réel talent pour rendre addictives ses histoires sans créer un seul instant d’ennui. La composition de l’histoire est virtuose. On regrettera juste que parfois, dans ce magnifique témoignage, ce vibrant hommage, il en fasse des caisses, développant une dramatisation superficielle et vaine.

Roman très classe et d’une belle humanité sur l’Angleterre ouvrière des années 50 et sur l’histoire d’un club de football, Man U et d’une ville, Manchester.

Clete.

PS: En 1990, l’esprit  » Busby Babes » survivait… Ryan Giggs, une star de Man U, courant sur le pavé mancunien tôt le matin.