Roger Smith est un auteur sud-africain et « Un homme à terre » est son sixième polar à paraître en France chez Calmann Levy, en gros, un par an depuis six ans. J’avais lu et franchement apprécié le premier « Mélange de sangs » en 2011 mais impossible de comprendre pourquoi je n’y étais pas retourné plus tôt. Tous ceux qui regrettent la perte de vitesse de Deon Meyer, son illustre compatriote, peuvent découvrir sans tarder ce romancier qui, une fois qu’il vous a ferrés ne vous lâche plus. Et, ne vous attardez pas à cette triste couverture qui nous replonge dans les années 80 voire 70, ce roman est loin d’être un nanar.

« Cela fait dix ans que l’homme d’affaires John Turner et son épouse Tanya ont quitté Johannesburg pour s’installer près de Tucson en Arizona. Ils ont une fille de neuf ans et le couple prospère grâce à un brevet d’aspirateur de piscine. Le tableau paraît idyllique, mais ne l’est absolument pas-: John, qui est tombé amoureux de son assistante, veut divorcer. Tanya, qui déteste et son mari et sa nouvelle vie américaine, refuse catégoriquement et menace de le faire chanter.Le couple partage en effet un lourd secret: John a été complice d’enlèvement et de meurtre en Afrique du Sud et Tanya, qui sait tout de l’affaire, pourrait facilement le faire tomber. John, bien décidé à recouvrer sa liberté, tente alors d’utiliser les grands moyens pour arriver à ses fins. Et tout semble lui sourire jusqu’au moment où les tueurs qu’il a embauchés commettent l’erreur qui change tragiquement la  donne… »

Alors peu de choses à dire sur le déroulement de l’histoire tant elle va et doit vous réserver de belles surprises. Un peu comme un Elmore Leonard qui serait un peu en colère comme le proclame très justement la quatrième de couverture, Smith va directement au coeur de l’action, faisant fi de détails qui pourraient ennuyer le lecteur. Tout est mis en place, astucieusement, pour vous faire frémir, vous terroriser voire vous écœurer aussi, il est bon de le signaler, car si tout le roman est très difficile pour les nerfs, la fin est apocalyptique, proche du gore et il faut parfois avoir le cœur bien accroché parce que l’auteur n’est pas un adepte de la sensiblerie et je l’avais constaté dans son premier roman.

Deux histoires se déroulent en parallèle et Smith, de très sombre humeur, en joue pour interrompre le suspense à des moments particulièrement angoissants.

La première se déroule en Afrique du Sud et raconte la tragédie qui a fait de Turner, épave à l’époque, un criminel qui a fui son pays. Une sale histoire dont il est plus victime que coupable, enfin vous jugerez l’homme qui, de toutes les manières, n’est pas franchement sympathique mais il est tellement bourré, défoncé qu’on peut peut-être lui accorder quelques circonstances atténuantes et le considérer comme victime d’un salopard de flic corrompu.

La deuxième partie se déroule de nos jours en Arizona, dix ans après la tragédie et on retrouve un John Turner sobre comme un chameau, appliquant à la lettre « the american way of life » d’un chef d’entreprise au-dessus de tout soupçon, flanqué d’une épouse infernale dont il veut se débarrasser de manière définitive puisqu’elle lui fait un chantage qui pourrait le conduire en prison jusqu’à la fin de ces jours. Les passages très difficiles de cette partie ricaine sont supportables néanmoins tant ce qu’il va arriver à l’ensemble des salopards de ce huis-clos dans la maison familiale n’est qu’un juste retour des choses, enfin pour la plupart parce, néanmoins, certains passages risquent de vous mettre dans un état très fébrile et…le mot est faible.

Pas de temps mort pour un roman qui démarre vraiment de manière particulièrement infernale laissant le lecteur pantois devant ce déchaînement de violence avant de comprendre un peu plus tard quelle partie macabre est en train de se jouer devant lui. Certains trouveront peut-être que certains personnages sont un peu stéréotypés mais Smith n’est pas franchement un philosophe et tout est mis en place pour vous faire vivre un vrai cauchemar où, en bon voyeur, vous retournerez avidement pour savoir qui va s’en sortir dans ce jeu de massacre.

Magnifiquement construit, passionnant, sans discours pompeux, sans sentimentalisme dégoulinant, un vrai très bon polar qui cogne dur, très dur.

Wollanup.