Chroniques noires et partisanes

Étiquette : rivages thriller

TRAME DE SANG de William Bayer chez Rivages / thriller

Traduction : Pierre Bondil

William Bayer est un grand auteur de polars et de thrillers, il a d’ailleurs obtenu plusieurs prix dont le prix Edgar Allan Poe pour Pèlerin en 1982 et le prix Mystère de la critique en 1986 et en 2005 pour Le rêve des chevaux brisés. Il arrive toujours à nous tenir en haleine tout en mêlant à une enquête passionnante où il décortique la psychologie de ses personnages, des éléments d’érudition sur des sujets variés parfois originaux : le tango (La ville des couteaux), les tarots (Tarot), la fauconnerie (Pèlerin)…

Il va mettre ici tout son talent au service d’un genre littéraire très anglo-saxon : la prep school story, roman initiatique se déroulant dans un de ces lycées/internats privés tellement importants dans ces pays. Ces écoles exercent une fascination bien moindre chez nous, tellement fiers de notre école laïque et publique. Mais apparemment elles représentent une expérience inoubliable pour ceux qui l’ont vécue (avec traumatisme parfois)  et l’auteur parle de l’atmosphère particulière qui y règne « l’effet de serre » exacerbant tous les conflits. William Bayer aime ce genre littéraire, il cite Tobias Wolff, Irving et bien sûr Salinger. Dans une petite interview post roman, il précise qu’il a eu envie d’écrire sur le passage à l’âge adulte dans un pensionnat de la Nouvelle Angleterre au moment d’une cérémonie pour le cinquantième anniversaire de la fin de ses études dans son ancien pensionnat : Phillips Exeter, il parle donc de ce qu’il connaît !

« Joel Barley, jeune artiste prometteur, tombe amoureux de Liv Anders, danseuse et tisserande. « Ce qui ne peut être dit doit être dansé. Ce qui ne peut être dansé doit être tissé. Et ce qui ne peut être tissé doit être imprimé dans la chair » : l’étrange mantra de Liv intrigue Joel ; de même lorsqu’elle affirme « dissimuler sa douleur dans ses tissages ». Lorsque Liv est tuée, il apparaît qu’elle avait bien dissimulé quelque chose dans l’une de ses compositions abstraites, et Joel, aidé de ses deux amis Justin et Kate, veut découvrir quoi. »

Bon, j’avoue ! J’ai eu un peu de mal à m’intéresser aux problèmes de ces gosses de riches surdoués… Mais c’était sans compter sur le talent de Bayer qui parvient à nous entraîner dans cette intrigue originale : il n’y a pas de flic ici, ce sont ses amis qui n’arrivent pas à accepter le suicide de Liv qui enquêtent. Dans ce roman initiatique, il nous fait revivre avec justesse ces moments, ces premières fois où on est confronté à la noirceur du monde, au pouvoir qui corrompt, à la passion… Il développe aussi sa conception de l’art ( Delamere est une école inventée qui met en avant les matières artistiques) et ce qu’il implique dans la vie des gens.

Comme à son habitude, son livre est très documenté, il a fait une recherche approfondie sur la vie scolaire dans ce genre d’établissement. Il a collaboré également avec une tisseuse japonaise, Naomi Kobayashi pour vérifier si la manière dont Liv transmettait son message était plausible ! C’est d’ailleurs une des œuvres de cette artiste qui illustre l’édition américaine.

Il y a beaucoup de sous-intrigues dans ce roman : suicide, harcèlement, sex-club d’élèves, arrestation d’un prof… il s’en passe des choses graves dans cette école ! Bayer y condense dans le lieu et le temps des scandales réels dans de telles écoles WASP, mais tout se tient finalement !

Un Bayer atypique quant à la teneur de l’enquête, mais Bayer n’a pas besoin d’un tueur en série pour orchestrer le mystère et le suspense psychologique.

Raccoon

LA CHAMBRE BLANCHE de Martyn Waites/Rivages thriller.

Newcastle, 1946.

Traumatisé de guerre, Jack fait la connaissance de Dan Smith, leader travailliste qui va changer sa vie, et de Ralph, un entrepreneur dans le bâtiment, qui l’engage.Avec la conquête de la mairie par Dan, la ville semble sur le point d’expérimenter l’utopie socialiste : destruction des taudis, édification de vastes cités abordables et futuristes pour loger tout le monde, modernisme.

Mais l’idéal socialiste n’empêche pas la corruption, surtout dans le bâtiment. C’est… l’huile qui graisse les rouages. Il n’empêche pas non plus que se perpétuent des fléaux sociaux tels que l’exclusion, l’exploitation ou le gangstérisme.

Brian, petit truand abject, entend justement profiter de la transformation de Newcastle pour atteindre la respectabilité.Sur sa route, il trouve Ralph et Jack, ainsi que Monica, une ancienne petite amie qu’il avait mise sur le trottoir.Mais partout où il passe, Brian sème la désolation…

Le noir ne se départ pas du noir, la violence ne se départ pas de la violence… On suit les parcours intriqués, entremêlés, entrecroisés de personnages tourmentés, meurtris voire pathologiques dans une fresque à la Pollock révélatrice des affres d’une vie et de sa genèse. Ebouriffé par la capacité suggestive de l’auteur qui « magnifie » cette noirceur en respectant un tempo, consistant du début jusqu’à son terme, on ressort de cette lecture blessé et groggy par moments. Malgré ce déchainements d’horreurs réalistes le dernier mot est ESPOIR. Martyn Waites est un maitre!
N.B.: Pollock le peintre.

Probablement mon polar de l’année voire de ma décade.Un bouquin c’est une alchimie de temps,d’état d’esprit,de sensations.La synthèse débouche parfois sur une étincelle,une détonation sans coup férir.

Chouchou.

 

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