The Silent Ones
Traduction : Valérie Le Plouhinec

L’océan frappe fort sur ces côtes du sud-ouest de l’Irlande. Le climat redessine sans cesse le littoral à coups de fouet. Mais hélas, si les vents martyrisent effectivement le paysage, les rochers ne sont pas les seuls à trinquer. Les tempêtes y tannent aussi les couennes et endurcissent les âmes. La découverte d’un nourrisson massacré sur une plage s’inscrit dans ce décor aussi beau que violent, aussi sombre qu’enragé. La police locale prend l’affaire en main, ou plutôt la seule fille des forces de l’ordre de Nead Mara, comté de Kerry, se charge des premières constatations et de la sécurisation de la scène de crime. Et être une jeune femme flic, à l’aube des années 80, dans un commissariat irlandais englué dans la testostérone et le machisme n’est pas une sinécure. Mary Shea fait avec, d’habitude cantonnée aux basses besognes et confrontée aux railleries masculines. Jusqu’à ce que l’inspecteur Matt Foley, débarqué de Dublin, fasse d’elle son alter ego sur l’enquête en marche. Preuve que tous les hommes ne sont pas à jeter des falaises, même si les statistiques locales ne rassurent pas et tissent la trame du présent roman.
Les Silencieuses sont ces femmes, mères ou filles, étouffées dans l’ombre d’une société cadenassée par le mâle. Du docteur lubrique aux mufles ordinaires, du flic misogyne à son collègue homophobe, tout le panel toxique défile sous la plume maîtrisée d’Anna McPartlin. De l’autrice nous ne savons pas grand-chose et ne recensons en marge de nos usuelles tablettes noires que la saga familiale Rabbit Hayes (Les Derniers jours de Rabbit Hayes ou Sous un grand ciel bleu). Pour ses premiers pas dans le thriller, la Dublinoise se joue des ornières avec aplomb et tend un porte-voix pour contrer les silences qui bâillonnent encore la condition féminine. Mary devra affronter tous les obstacles, toutes les peurs ou réticences, pour à la fois faire parler les murs et faire taire la vindicte populaire. La première clouée au pilori se prénomme Joyce. Vouée aux gémonies, elle semble bien être la mère, voire la fille-mère (« Mon Dieu quel horreur, quel péché ! »), du bébé supplicié ces dernières heures. Mais est-ce celui de la plage ? Mary démontrera que non et repartira en quête d’une vérité qui fera des vagues, encore des vagues. Toute l’Irlande va tanguer sous le roulis jusqu’à ce que les culpabilités émergent des remous et d’une flopée de personnages annexes adroitement campés. Entre prouver que son job de gardienne de la paix n’est pas un vain mot et redonner droit et fierté à celles ou ceux qui souffrent, Mary bataillera longtemps avant de démêler l’écheveau. Son récit dense, un brin manichéen ou redondant parfois, s’avère néanmoins une louable plongée au cœur des jugements populistes et des rumeurs indélébiles, de la difficulté à assumer ses différences et à ingérer le venin des vies amères.
JLM





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