Chroniques noires et partisanes

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BANLIEUE EST de Jean-Baptiste Ferrero /Lajouanie.

“Un détective venu aider un vieux copain en conflit avec un caïd local constate à son grand désespoir que la banlieue n’est décidément plus ce qu’elle était : on y viole, on y massacre, on y corrompt, on s’y drogue, on s’y radicalise et on s’y débauche comme jamais…Cynique mais pas blasé, idéaliste mais pas naïf, Thomas Fiera, enquêteur gouailleur et un poil expéditif, entreprend alors, aidé de sa fine équipe, de s’attaquer aux racines du mal.”

Chroniqueur fatigué mais qui ne fera pas de blagues pourries avec le nom de l’auteur.

Le roman commence lors d’un enterrement et qui ne connaît pas l’oeuvre de Jean-Baptiste peut s’imaginer, redouter ou espérer un roman débordant de pathos, usant de pessimisme et de spleen. Mais ceux qui ont déjà goûté aux aventures de Thomas Fiera, le sosie littéraire de l’auteur qui ose les outrance que les convenances interdisent à l’homme, savent très bien que la morosité va très vite faire place à beaucoup d’humour irrévérencieux.

Le style de l’auteur s’apparentait déjà à du Audiard, à du san Antonio, réminiscences certaines de ses univers littéraires et cinématographiques d’autrefois même si l’auteur n’est pas d’un âge canonique. Dans les précédentes enquêtes du détective irascible qu’il ne vaut pas mieux trop chatouiller, cela donnait un ton old school qui séduisait mais qui pouvait sembler bien obsolète ou étranger aux plus jeunes des lecteurs. Ici, avec cette dichotomie entre la banlieue qu’a connue Fiéra et ce qu’elle est devenue, cela devient un régal de voir débarquer dans le bronx le détective au volant d’une DS de 1976 et de le voir évoluer dans une “chienlit” que n’aurait pas désavoué le grand Charles. Le contraste, la confrontation de deux mondes est souvent jouissive.

Attention, ce n’est pas un roman pour gamins, la violence est à la hauteur du bordel ambiant, les répliques y sont assassines, Fiéra va y laisser de plumes aussi. La Jouanie appose sur ses couvertures “roman policier mais pas que”. Ici, merci Jean Baptiste Ferrero, le slogan prend tout son sens.

Décapant, méchamment irrévérencieux.

Wollanup.



MOURIR EN AOÛT de Jean-Baptiste Ferrero / Editions du 38.

Soyez les bienvenu(e)s dans la société MC4. Non, non, ce n’est surement pas un succédané du groupe hard rock de Détroit  mais bien une galerie des « damnés du pompier » pendant Glam Rock  Gary Glitter…

« À Paris au mois d’août, on s’ennuie sérieusement.

Le meilleur remède contre l’ennui, c’est LES ennuis. Et les ennuis, Thomas Fiera les attire à un point qui n’est pas raisonnable. Ancien universitaire en rupture de ban qui suite à un drame personnel est devenu enquêteur privé, Fiera promène son spleen et son humour caustique dans le monde des entreprises sur lequel il jette un regard sceptique et blasé.

Recruté par le PDG de la société MC4 pour traquer un corbeau, un sale petit délateur sournois qui le met en cause auprès des médias, Fiera, flanqué d’une équipe d’aventuriers aussi improbables que dangereux, se retrouve embarqué dans un merdier infernal où il doit se farcir de faux druides, de vrais fachos et d’authentiques tarés en tous genres.

Lui et ses quatre amis provoquent une forte augmentation de l’activité des pompes funèbres qui ne doit pas grand-chose à la canicule.

Y’a pas à dire : Paris au mois d’août, c’est mortel ! »

Embarqué dans un groupe de cinq « Fiera Bras » où se côtoient allègrement des compétences, des personnalités disparates mais bien imbriquées dans un catalogue de valeurs et de lignes de conduites sécantes. On nous brinquebale avec saveur, titillant nos papilles gustatives dans un bric à brac interlope tendance fricassée de phalanges, saupoudré d’un zeste de siffleur du grill costal…

 

La bande à F. se voit profiler à leurs pupilles mydriatiques les atermoiements d’un groupuscule licencieux adepte des pratiques réprouvées par la morale et la bienséance politico-éthique. Ajoutée au tableau une idylle naissante de notre protagoniste principal lui ouvrant l’aptitude , rêvée par chacun, de voltiger, de planer dans une hébétude toute juvénile. Dotés pour la plupart de psychologie abrasive voire inexpugnable dans cette volonté commune d’aller au bout du bout, on s’enflamme à l’idée que seule la résolution de leur mission corbac portera à l’acmé.

J’y ai, personnellement, retrouvé des accointances jubilatoires à des textes de Prudon tel « Nadine Mouque » ou des similitudes à certains écrits de Jean Bernard Pouy.

La danse des mots, entre gigue, fox trot ou autres jerks, frétille sous notre lecture et nous botte le cul, la substance blanche envoie des impulsions anarchiques neuronales par le chatouillis des dendrites atteintes des folklores de la Saint Guy. Bien plus que par la rhétorique, sa sémantique, l’ouvrage se singularise d’une profonde candeur, d’un ping-pong alerte sans la naïveté basique mais tout au contraire d’un déroulé sulfureux, gratte cul du cynorhodon.

L’Alphonse Boudard n’aurait pas renié cette verve, ce conte vert et imagé d’une sensiblerie bien masquée mais bien là !

Vivifiant, dépaysant par son stylo, évasion garantie… Une bonne benzo sans prescription, ni effets délétères !

Chouchou.

 

 

 

 

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