Chroniques noires et partisanes

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PRENDRE GLORIA de Marie Neuser chez Fleuve noir

 

Marie Neuser revient avec un deuxième opus consacré au tueur coupeur de cheveux, roman inspiré de l’histoire vraie d’un psychopathe qui a sévi en Italie et en Angleterre et dont la traque a duré de 1993 à 2011 avant d’aboutir. « Prendre Gloria » complète « Prendre Lily », partie anglaise de la chasse de cet homme abject, tellement gluant qu’il glissait entre les mailles des filets tendus par la police, pourtant convaincue de sa culpabilité. Dans ce deuxième tome, qui chronologiquement commence avant, on a le récit de la partie italienne de la vie de ce tueur bien né, malheureusement pour ses futures victimes, et la genèse de sa monstruosité et de son impunité.

 
« Dans la commune italienne de P., on sauve les apparences. Et surtout le dimanche. Le 12 septembre 1993 a dérogé à la règle.
Ce jour-là, Gloria Prats quitte son amie Elena pour honorer un rendez-vous. Elle franchit le perron de l’église de la Miséricorde. Un rendez-vous furtif, pas plus de quelques minutes.
Le 12 septembre 1993, les minutes deviennent des heures. Gloria ne ressort pas.
Une fugue, à coup sûr. Ou un coup de ce petit Albanais trop discret pour être honnête. Tout, mais pas le principal suspect, protagoniste numéro 2 du rendez-vous : Damiano Solivo. »

 
L’épigraphe du livre est claire « Io so. Ma non ho le prove » : Je sais tout. Mais je n’ai aucune preuve. Ici, la recherche du coupable n’est pas le propos, on sait qui est le coupable et pire : tout le monde le sait ! Pourtant, Marie Neuser parvient à nous tenir en haleine pendant tout le bouquin.
Par une construction habile, tantôt narratrice, tantôt faisant s’exprimer les personnages, elle démonte et nous donne à voir les mécanismes qui se sont mis en branle dès le soir de la disparition de Gloria pour sauver ce monstre né dans une « bonne famille », une famille qu’il ne faut pas contrarier. Contrarier certaines personnes peut s’avérer dangereux sur ces terres de mafia…

 
Les Solivo ont le bras long, tentaculaire même et c’est hallucinant de voir jusqu’où peuvent aller des puissants pour protéger leur rejeton et surtout leur nom car même le père Solivo considère son fils comme un raté, un bon à rien, un idiot pourri gâté par sa mère (ben oui, il faut bien un coupable et Solivo père, bourgeois imbu de lui-même et de sa réussite n’envisage même pas la moindre responsabilité de sa part). Peu importe que des innocents soient broyés dans cette machination.

 
Ca fait froid dans le dos ! Cette histoire de seigneurs tout puissants ne date pas du moyen-âge…

 
Les menaces, les intimidations remontent très haut et très rapidement, les flics se heurtent à un mur infranchissable de silence, de mensonge et de corruption… L’enquête est sciemment dirigée vers des innocents qui auront des ennuis puisqu’il faut bien enquêter !

 
Le suspense est là, dans l’assemblage de ce puzzle : corruption, arrangements entre amis, intimidation, accidents providentiels… Les pièces s’emboîtent parfaitement et on comprend comment de braves gens en viennent à se taire et à protéger d’ignobles pourris : les menaces sont réelles, concrètes et on n’a qu’une vie… La vérité peut s’avérer mortelle en Italie. Si la famille de Gloria n’avait pas été aussi têtue, acharnée puis soutenue par une journaliste intrépide…

 
Marie Neuser nous dresse un tableau très noir de la société italienne : corruption à tous les niveaux plus… l’église ! L’église, omniprésente dans ces terres catholiques par excellence, impliquée sans remise en question dans toutes les étapes de la vie des gens (du baptême à l’extrême onction en passant par les activités extra-scolaires) est totalement pourrie elle aussi ! Et complètement impliquée dans cette affaire bien entendu ! En collusion totale et active avec la mafia car elle aussi a de lourds et sombres secrets à cacher. Les petits arrangements avec la morale et l’honnêteté satisfont tout le monde ou presque pourvu qu’il n’y ait pas de vagues ! Un portrait vraiment glaçant de l’Italie !

 
Un livre passionnant mais effrayant !

 
Raccoon

JEU DE MIROIRS d’Andrea Camilleri/Fleuve noir

Alors déjà Andrea Camilleri est un écrivain qu’on ne présente plus, enfin moi je l’ai fait à maintes reprises et je résumerai une dernière fois en disant que Camilleri est en Italie l’équivalent de ce que fut San Antonio chez nous. Il a écrit des bouquins très noirs, des romans historiques mais il est célèbre pour les aventures de Salvo Montabalno, commissaire de police sicilien et de son équipe du commissariat évoluant dans une Sicile à la fois pittoresque et sinistre.

« Jeu de miroirs » daté de 2011 est la vingtième enquête de Montalbano traduite en France et il nous reste cinq inédits à découvrir. Qui mieux que Claude d’Action-Suspense, grand spécialiste, pour résumer l’action de ce roman?

Alors si j’ai fait l’ économie de la présentation éditeur, lui préférant la jolie prose de Claude inspirée par le parler utilisé par Serge Quadruppani pour la traduction de le série consacrée à Montalbano, c’ est aussi parce que pour une fois l’enquête, à mon goût, est très prévisible et n’est pas de première qualité, mettant juste l’accent sur la maffia, plaie connue de l’île. Il est donc fortement conseillé de choisir un épisode précédent pour découvrir le personnage et l’auteur.

Mais pour les fans, malgré une enquête bien plus faible, tout ce qu’on aime dans ces romans de Camilleri est là. Le questeur et ses interrogations, sa fiancée Livia, l’équipe du commissariat, la bonne bouffe, le soleil, les belles femmes sulfureuses, le crépuscule de séducteur de Montalbano, tout un monde qu’on adore et qui fait qu’on attend avec impatience, tous les ans au coeur de l’hiver ce rayon de soleil et des péripéties truculentes mais aussi graves. Et tout ceci est superbement énoncé ici par Jean Marc d’Actu du noir et je suis entièrement d’accord avec tout ce qui est écrit par cet autre fan de Camilleri.

 

Classique.

Wollanup.

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