Chroniques noires et partisanes

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CHAIR de David Szalay / Albin Michel.

Flesh 

Traduction: Benoît Philippe.

« István, quinze ans, vient d’emménager avec sa mère dans un quartier modeste d’une petite ville de Hongrie. Isolé, désœuvré, c’est par hasard qu’il se lie avec sa voisine de palier, une quadragénaire mariée. Celle-ci lui fait découvrir les plaisirs de la chair, jusqu’à ce qu’un incident mette un terme à leur relation.

Après quelques années dans un centre de détention pour mineurs, István s’engage dans l’armée et combat en Irak. De retour, il part pour l’Angleterre où, travaillant comme chauffeur et agent de sécurité, il intègre la sphère de l’élite économique et politique, et tente de faire fortune dans l’immobilier. Mais par-delà son ascension sociale se cache un être fondamentalement passif, comme étranger au monde et à lui-même. Même dans son rapport au sexe. »

On avait moyennement apprécié Ce qu’est l’homme sorti en France en 2018. Bien que les prix littéraires ne soient absolument pas l’indicateur de nos choix de lecture, le Booker Prize (l’équivalent britannique du Goncourt) reçu par David Szalay en 2025 pour Chair nous a néanmoins titillés. Et si nous nous étions trompés sur cet auteur vivant à Vienne et à la double nationalité canadienne et hongroise ? Pour info, ceux qui avaient découvert David Lynch par son Booker Prize Le chant du prophète se garderont de comparer les deux écritures.

Il est amusant de constater qu’un roman intitulé Chair pour des raisons que vous comprendrez en le lisant soit justement tout le contraire. Ecrit vraiment à l’os, sans aucune fioriture, sans aucun effet de style si ce n’est un grand art de l’ellipse qui s’avère bien utile pour ne narrer que les grands moments de la vie de son « héros ».

Personnage sans affect, sans réaction par rapport à ce qu’il vit, István subit sa vie. Guidé par les incitations de sa mère et par ses histoires de cul souvent condamnables, il côtoiera pourtant les étoiles durant son parcours anglais.  Mais incapable de se rebeller contre l’injustice et dans l’adversité saura-t-il réagir ? On le sait tous « Il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne ». Pour vous aider peut-être à appréhender l’homme, le parcours d’István ressemble beaucoup à celui du personnage de Barry Lyndon du roman de William Makepeace Thackeray immortalisé par le chef d’œuvre de Stanley Kubrick.

Dérangeant, troublant et particulièrement irritant, Chair est pourtant un roman méchamment addictif qui se lit comme un thriller de grande envergure qu’il n’est absolument pas.

Clete.

CE QU’EST L’ HOMME de David Szalay / Albin Michel.

Traduction: Etienne Gomez

C’est auréolé des louanges de la critique anglo-saxonne, distingué par des prix littéraires et finaliste du prestigieux Man Booker Prize qu’est publié en France en ce début d’année le 4e roman de David Szalay, sélectionné par Granta comme l’un des jeunes romanciers britanniques les plus talentueux de sa génération. En matière de pedigree, il y a moins consistant.

Ce qu’est l’homme est – tandis que l’on débat encore (roman ou pas roman ?), débat qui ne sera pas tranché ici tant il apparaît secondaire par rapport au fond – le kaléidoscope de neuf portraits d’hommes agencés selon différents âges de la vie. Ces hommes ont entre 17 et 73 ans, ce sont des hommes blancs, européens, appartenant à divers échelons de la classe moyenne même si la plupart du temps il faut leur reconnaître un degré de réussite universitaire, sociale ou économique. Ils n’ont pas la même nationalité, ne vivent pas au même endroit mais tous s’interrogent sur le sens de ce qu’est être vivant, en rapport avec leur âge, leur expérience et leurs désirs, ce moment de leur existence où nous les rencontrons. Ce peut être le sexe, la réussite sociale, le bien-fondé d’une relation, le sens d’un parcours…

David Szalay a un œil pour les détails qui donnent de bons instantanés. Où le sinistre domine. En fait, une sorte de blues de l’homo europaeus se dégage et résonne dans la série écrite par David Szalay. Sa vie représentée est faite de mouvements physiques fréquents sur un continent qui a aboli ou adouci les frontières. Mais lui reste enfermé dans de vieux taraudements mâles : « est-ce que je vais baiser ? Si oui, avec qui ? Est-ce que je peux réussir (mieux/plus, à cocher) ? N’est-il pas trop tard pour moi à mon âge ? Où est-ce que j’ai échoué dans tout ce parcours ? ».

Écrit de façon précise, avec toute la tension du présent, ce « roman » propose une vision des hommes de ce début de siècle en plein désarroi, en pleine crise, incapables de se donner une réponse, vision déclinée sans affect aucun, de façon clinique.

Faut-il pourtant abonder dans les éloges ? Les lectrices et lecteurs adultes se feront leur idée. A titre personnel, je dirais que je n’ai pas été plus impressionné que cela par ce texte, par la portée du propos. Les hommes sont mal barrés effectivement en ce début de siècle. Sont-ils seulement les seuls ? La photographie de neuf d’entre eux, englués dans leur questionnement trivialement masculin reste focalisée sur un sous-ensemble établi. Leurs membres, blancs, hétéros semblent sans problème extraordinaire , sans imagination, sans humour non plus. Les paroles qu’ils échangent sont plates. A vrai dire, ces hommes sont fades, inintéressants, rien ne nous rapproche particulièrement de l’un ou de plusieurs d’entre eux.

Il y a une promesse forte qui accompagne ce « roman » de définir ou circonscrire un Zeitgeist masculin. Szalay y contribue mais la répétition d’un même motif sans éclat ne fait pas une démonstration implacable.

Paotrsaout

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