Chroniques noires et partisanes

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LES BRACONNIERS de Callan Wink / Terres d’Amérique / Albin Michel.

Beartooth

Traduction: Michel Lederer.

De Callan Wink, il a déjà été parlé dans nos colonnes. D’abord parce qu’il est depuis le départ publié chez Terres d’Amérique qui est une de nos épiceries fines en matière de littérature américaine contemporaine. Ensuite parce que son premier recueil de nouvelles Courir au clair de lune avec un chien volé avait eu de quoi séduire le tenancier du blog. Confessons que nous avons laissé passer son premier roman traduit August (en 2022) mais que nous n’allons pas ignorer aujourd’hui sa dernière publication.

Thad et Hazen, la vingtaine, vivent en autarcie dans une vieille baraque en bois nichée dans les Beartooth Mountains, près du parc de Yellowstone. Abandonnés enfants par leur mère, une femme excentrique et instable, noyés depuis la mort de leur père sous les factures et les arriérés d’impôts, les deux jeunes hommes ne s’en sortent que grâce au braconnage. Ils chassent notamment des ours – dont la vésicule biliaire se vend à prix d’or – pour le compte de « l’Écossais », un colosse inquiétant, dont la fille énigmatique le suit comme son ombre. Lorsque, au retour de leur dernière mission, celui-ci leur propose un marché nettement plus juteux mais bien plus risqué, Thad et Hazen finissent par accepter. Pris dans un engrenage criminel, ils vont devoir affronter la loi comme leurs propres démons.

Callan Wink confirme à nouveau sa maîtrise du sujet et de la plume pour l’exprimer de façon précise. La vie au grand air, dans une nature sauvage, les activités qui s’y rattachent (bûcheronnage, chasse, pêche…) sont décrites avec une très grande justesse. Il n’y a pas à douter que l’écrivain cultive une profonde intimité avec le terroir du Montana.

Mais c’est sur un aspect psychologique et relationnel que le texte de Callan Wink impressionne. Les deux frères vivent sur le fil du rasoir, leurs efforts pour se maintenir désormais que leur père n’est plus sont touchants. Faut-il rester fidèle aux principes de de droiture de celui-ci ou s’en affranchir ? Entre Thad l’aîné et Hazen le benjamin, les tensions vont aller croissant. Le rôle protecteur de Thad n’est peut-être pas taillé à sa mesure. Ou bien alors c’est le côté chien fou de Hazen qu’il ne sait plus cadrer. Parce qu’il faut avancer dans la criminalité et aller au-devant d’ennuis sérieux pour espérer ne pas plonger dans la débine totale, leur face-à-face va se durcir. L’enjeu est aussi de maintenir à flot une cohésion fraternelle mise à mal plus encore par le retour inattendu d’une mère jusque-là bien lointaine. Il y a des secrets enfouis dans cette famille peu portée sur le bavardage. C’est raconté pas à pas par Callan Wink avec beaucoup de délicatesse.

Il y a de la dureté, de la brutalité dans la vie de ces jeunes gens et on pourrait s’attendre à ce que le texte arpente franchement le terrain du roman noir comme suggéré par l’existence d’un bon vilain et de choix criminels. J’ai trouvé que c’était surtout un très convaincant récit familial dont on ressort bien mélancolique.

Paotrsaout

COURIR AU CLAIR DE LUNE AVEC UN CHIEN VOLÉ de Callan Wink / Terres d’ Amérique / Albin Michel.

Traduction:Michel Lederer.

S’il est des collections indispensables à l’amateur de littérature américaine, c’est bien LOT49 du Cherche Midi et l’incontournable « Terres d’Amérique » de Francis Geffard chez Albin Michel. Dans l’une comme dans l’autre, c’est le grand souffle, le talent, la classe et surtout à des années lumière de la tentation purement mercantile. Jamais de déception, parfois moins enivré mais toujours séduit par la qualité des bouquins proposés.

Après « le cœur sauvage » de Robin MacArthur au printemps, Terres d’Amérique creuse son sillon d’une Amérique de la Schlitz, des chemises à carreaux, des pickups, du football, une Amérique rurale semblant vraie dans son immense décor des grands espaces ou des déserts humains avec ce recueil de nouvelles de Callan Wink jeune auteur implanté dans le Montana comme guide de pêche à la mouche.

Alors, on connait les réticences du public français à propos des nouvelles au point que certains éditeurs ne se gênent pas pour transformer en roman une série de nouvelles mais Francis Geffard ( entretien Francis Geffard) lui, aime aller chercher ses auteurs sur les bancs de l’école et diffuser leurs cahiers d’écoliers que représentent leurs nouvelles. Voir la genèse, la naissance d’un auteur est vraiment un beau privilège qui nous est offert même si peut naître une frustration de l’attente du premier roman d’un auteur aimé. Pour seul exemple, j’aimerais bien que Jamie Poissant se mette à écrire ce roman tant espéré depuis la lecture des sublimes nouvelles compilées dans « le paradis des animaux ».

Comme chez MacArthur, Callan Wink va nous décrire des petits coins d’Amérique en l’occurrence le Montana avec des petites parenthèses notamment au Texas. Neuf nouvelles qui par le talent d’ évocation de Wink vont vous amener dans le grand nulle part ricain au contact de gens ordinaires dont l’auteur va évoquer les soucis personnels parfaitement universels, des « John Doe » bien souvent invisibles que la compassion et l’humanité de l’auteur vont rendre uniques.

Rien de particulièrement explosif dans ces nouvelles, rien d’extraordinaire, pas de travers sulfureux, pas d’addiction autre qu’une envie de vivre mieux… Plusieurs personnages sont particulièrement touchants, la palme revenant pour moi à Sid dans la nouvelle éponyme du recueil. Sid a volé un chien qu’il pensait malheureux (attention pas n’importe quel chien, un épagneul breton échoué dans le Montana) et doit, bien sûr, affronter le courroux d’un propriétaire peu recommandable.

On se doit de reconnaître à Callan Wink une qualité d’écriture qui rend la lecture si fulgurante sans effets de manche et sans réelle fin non plus mais il ne faut surtout pas oublier cette capacité omniprésente d’amener à une réflexion chez le lecteur, à montrer sans juger, à émouvoir sans faire pleurnicher.

Ouvrage bien sûr recommandé à tous les amoureux de l’Amérique et à tous ceux qui veulent en voir des instantanés sans clichés.

De la belle ouvrage.

Wollanup.

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