Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Étiquette : cadre noir

DEGRADATION de Benjamin Myers / Le Seuil.

Traduction: Isabelle Maillet.

Benjamin Myers fait son apparition dans les librairies françaises cet automne mais l’auteur anglais implanté dans la campagne du Yorkshire où il situe ses intrigues n’en est pas à son coup d’essai outre-Manche.

“Au plus profond de l’hiver, dans la lande rugueuse et désolée du nord de l’Angleterre, une jeune fille disparaît. Deux hommes la recherchent : le détective James Brindle, solitaire, taciturne, obsessionnel, et Roddy Mace, ex-journaliste des tabloïds fuyant son passé de débauche à Londres. Ils ne tardent pas à dénicher le suspect idéal : Steven Rutter, terrifiant personnage, plus proche de la bête sauvage que de l’homme, qui vit retiré dans une ferme isolée et rumine de sombres secrets. Mais il n’est pas le seul, et ce qui s’annonçait comme un banal fait divers va bientôt basculer dans l’horreur, à mesure que Brindle et Mace plongent dans les coulisses insoupçonnées de la vie du hameau.”

Le “rural noir” sous-genre très à la mode avait forcément des exemples dans la littérature anglaise policière et le Seuil a eu la main particulièrement heureuse et a bien flairé la pépite en nous proposant ce “ Turning blue”, couleur qui instillera l’effroi chez les lecteurs, même les plus endurcis, même chez les plus coutumiers d’histoires horribles.

Prenant comme cadre une commune rurale reculée du Yorkshire, Myers en fait un tableau redoutable de misère, de dépravation, de coterie bien malfaisante dans un atmosphère particulièrement méphitique. Steven Rutter est un monstre, son histoire lui donne des circonstances atténuantes mais ne suffit pas à comprendre l’indicible. Steven, c’est un peu Lester Ballard d’ “Un enfant de Dieu” mais quand McCarthy se contente de montrer le visage barbare de l’humanité, Myers va beaucoup plus loin en montrant ce que les gens en apparence comme il faut peuvent faire en instrumentalisant les penchants horribles du pauvre type.

Et là, c’est très fort, enfin manière de parler… Un bandeau sur le roman déclare “ âmes sensibles, vous auriez tort de vous abstenir”, néanmoins il faut avoir l’estomac bien accroché pour survivre à certaines scènes, et elles sont légion sans en faire pourtant un roman gore. On voyage dans le dégueu, dans le crade, l’innommable, la misère intellectuelle et sociale et la perversion de la plus basse espèce. Roman particulièrement addictif parce qu’écrit de manière très intelligente et ne voilant pas certains détails, “Dégradation” ne souffre d’aucun temps mort dans sa narration mais l’abjection, parfois modérée par de belles descriptions de la région en hiver, incite souvent à des pauses dans une lecture d’un noir insondable voire parfois insoutenable, un peu comme dans les premiers Peace avec qui il partage le cadre blafard du Yorkshire

Il va sans dire que l’âpreté, l’insoutenabilité du récit n’est que rarement tempérée par un quelconque humour noir.L’ alchimie entre les deux enquêteurs fait corps assez rapidement et leurs souffrances, leurs errances, ajoutent une note supplémentaire de désolation à un tableau déjà apocalyptique.

“Dégradation” souffre néanmoins d’un choix d’écriture sans virgule particulièrement superfétatoire auquel il faudra s’habituer en début de roman. Par ailleurs, un post de Ben Myers m’apprend qu’une suite « These Darkening Days » est déjà écrite et paraîtra en France, rendant ce premier opus parfaitement impeccable et totalement indispensable.
Un auteur redoutable à découvrir et à suivre.

Effroyablement bon!

Wollanup.

Sortie le 6 septembre.

 

DEMAIN C’ EST LOIN de Jacky Schwartzmann / Le Seuil.

« J’avais un nom de juif et une tête d’Arabe mais en fait j’étais normal. » Voici François Feldman, originaire de la cité des Buers à Lyon, plus tout à fait un gars des quartiers mais n’ayant jamais réussi non plus à se faire adopter des Lyonnais de souche, dont il ne partage ni les valeurs ni le compte épargne. Il est entre deux mondes, et ça le rend philosophe. Juliane, elle, c’est sa banquière. BCBG, rigide et totalement dénuée de sens de l’humour, lassée de renflouer le compte de François à coups de prêt. « Entre elle et moi, de sales petites bestioles ne cessaient de se reproduire et de pourrir notre relation, ces sales petites bêtes contre lesquelles nous ne sommes pas tous égaux : les agios. » Mais le rapport de force va s’inverser quand, un soir, François lui sauve la mise, un peu malgré lui, suite à un terrible accident. Et la banquière coincée flanquée du faux rebeu des cités de se retrouver dans une improbable cavale, à fuir à la fois la police et un caïd de banlieue qui a posé un contrat sur leurs têtes. Pour survivre, ils vont devoir laisser leurs préjugés au bord de la route, faire front commun. Et c’est loin d’être gagné. »

Après s’être servi de sa propre expérience professionnelle pour écrire « mauvais coûts », l’an dernier, Jacky Schwartzmann semble s’être encore inspiré de sa propre vie dans ce nouveau roman qu’il situe à Lyon et Villeurbanne qu’il connaît bien, il a bien observé les comportements des habitants, leurs us et coutumes et les montre dans ce roman très speedé.

Basé sur une association criminelle plus « la belle et la bête » que « Bonnie and Clyde », l’intrigue policière est vraiment au second plan d’un roman sociétal mené à un train d’enfer dans un style très imagé et très proche du parler mais qui convient parfaitement aux costards que taille l’auteur tout au long de l’histoire et qui rappelle beaucoup l’excellent « la daronne » de Hannelore Cayre. Les banquiers, les profs, les Français, les Algériens, les jeunes des cités, les fillonistes (mot en voie d’extinction)… chacun à son tour a le droit à ses coups de lattes et nous sont ainsi assénés des vérités bien senties, des rappels salutaires mais aussi quelques commentaires plus discutables, une ou deux diatribes proches des échanges de comptoir du café du commerce en toute fin de soirée. Et tout cela avec une verve réjouissante et souvent franchement hilarante qui fait que même si vous vous sentez « attaqués », l’offense ne tient pas face au ton hautement chambreur de la pique… et vous vous marrez.

Après Antoine Bréa au printemps, la collection « cadre noir » continue sa mue en offrant un nouvel auteur français au discours « politique » et ici pleinement tourné vers la base, vers ces gens-là qu’on n’entend plus et qu’on écoute uniquement quand ils cassent ou qu’ils représentent une menace électorale.

Très sympa.

Wollanup.

Le morceau éponyme de IAM, bande son parfaite du roman.

HOTEL DU GRAND CERF de Franz Bartelt / le Seuil / Cadre noir.

Franz Bartelt est un poète, nouvelliste, dramaturge et feuilletoniste, plusieurs cordes donc à son arc littéraire. Depuis 20 ans, il est présent dans le paysage littéraire français, et, comme beaucoup certainement, je l’ai découvert il y a plus de dix ans au moment de la sortie à la Série Noire de « le jardin du bossu ». Si vous êtes lassés des polars hyper calibrés, si vous recherchez un roman original tout en restant néanmoins un polar particulièrement solide, plongez dans l’univers baroque de Franz Bartelt, cet « Hôtel du grand cerf » est une étape très recommandée.

« À Reugny, petit village au cœur des Ardennes, plane depuis cinquante ans le secret de la mort de Rosa Gulingen. La star mondiale de cinéma avait été découverte noyée dans la baignoire de sa chambre à l’Hôtel du Grand Cerf, qui accueillait l’équipe de son prochain film ; du bout des lèvres la police avait conclu à une mort accidentelle. Quand Nicolas Tèque, journaliste parisien désœuvré, décide de remonter le temps pour faire la lumière sur cette affaire, c’est bien logiquement à l’Hôtel du Grand Cerf qu’il pose ses valises. Mais à Reugny, la Faucheuse a repris du service, et dans le registre grandiose : le douanier du coin, haï de tous, est retrouvé somptueusement décapité. Puis tout s’enchaîne très vite : une jeune fille disparaît ; un autre homme est assassiné. N’en jetons plus : l’inspecteur Vertigo Kulbertus, qui s’est fait de l’obésité une spécialité, est dépêché sur place pour remettre de l’ordre dans ce chaos. »

Quand des auteurs non spécialisés dans le polar y mettent leur plume, les romans, en plus des canons d’un genre, regorgent souvent d’originalités, de trouvailles, de singularités, de moments différents qui plairont au lecteur patient tout en pouvant énerver le lecteur avide de sensations beaucoup plus fortes et immédiates.

Et c’est le cas dans cet éblouissant « Hôtel du grand cerf ». Entamé comme un roman rural très classique, sis dans les Ardennes belges décrivant le petit univers de la commune de Reugny, le roman , tout en gardant la singularité d’une chronique villageoise, s’en démarque très rapidement avec l’arrivée d’un formidable personnage en la personne de Vertigo Kulbertus, enquêteur dépêché par sa hiérarchie pour élucider le mystère de ces meurtres qui s’abattent sur la contrée. Flic solitaire, obèse, à deux semaines de la retraite, l’animal ne va pas y aller avec des pincettes pour réveiller de leur torpeur des autochtones, abasourdis par les méthodes spéciales de Kulbertus, personnage outrancier dans ses agissements, ses réparties… Un punk dans l’âme et sans états d’âme. Vertigo Kulbertus président !

Conséquence de l’arrivée du « barbare », des scènes d’investigation policière complètement à l’ Ouest, des dialogues étranges sur les hémorroïdes devant des suspects ébahis, stupéfaits. Vertigo, à sa manière, sonde l’insondable, provoque gentiment dans les termes et fait horriblement mal dans sa manière de parler sans langue de bois. Et c’est un enchantement, un peu comme dans les romans de l’Autrichien Heinrich Steinfelt (« Requins d’eau douce ») autre grand barge du polar, les tableaux se succèdent dans une ambiance franchement hilarante, décalée et parfois aux bords ultimes du grotesque.

Avec un tel Vertigo au taquet, l’histoire aurait pu rester moyenne, sans coup d’éclat, mais Franz Bartelt a su y adjoindre une intrigue de haut vol qui va vous faire vivre de beaux rebondissements, crédibles et totalement imprévisibles, achevant ainsi le lecteur déjà bien secoué par Super Vertigo et nous renvoyant vers des périodes très obscures de l’histoire du XXème siècle des deux côtés de la frontière.

Ce roman aux senteurs très Agatha Christie avec un Hercule Poirot trash est de plus servi  par une langue riche, particulièrement addictive qui ne permet pas de réelles pauses et sous l’ironie, l’humour, le sarcasme, l’outrance et l’outrage se glisse une description bien navrante de certains comportements humains de la faune locale.

Après « Récit d’un avocat » d’ Antoine Bréa, « Hotel du grand cerf » prouve allègrement que la collection polars du Seuil a su réussir sa mue avec des romans un peu hors du cadre traditionnel et qui font de « cadre noir » , une collection sur laquelle, il faudra vraiment compter à l’avenir , y compris, et c’est bien, pour les auteurs français.

Très attachant.

Wollanup.

AU SCALPEL de Sam Millar / Le seuil, Cadre Noir.

Traduction: Patrick Raynal.

La collection « cadre noir » du Seuil est définitivement lancée puis qu’arrive en ce début de mois une valeur sûre des polars du Seuil, à savoir Sam Millar. L’auteur irlandais ajoute en effet une belle pierre à l’édifice avec la quatrième aventure de Karl Kane, son héros et détective de Belfast.

« Karl Kane, l’irréductible privé de Belfast, est confronté à Walter Arnold, l’homme qui a brutalement assassiné sa mère sous ses yeux, quand il était enfant, avant de le laisser pour mort à côté du cadavre. Quand une très jeune fille disparaît après l’incendie suspect de la maison familiale, Kane le soupçonne aussitôt. De fait, Arnold, inexplicablement libéré après de nombreuses années en prison, séquestre l’adolescente ainsi que Tara, une proie moins innocente qu’il y paraît : elle s’est échappée de Blackmore, une institution pour jeunes personnes « à problèmes », après avoir trucidé l’aumônier, un vrai porc, avec des aiguilles à tricoter (viser les yeux !). Walter Arnold travaille à la terreur, au scalpel et à la violence démente. »

Quatrième opus d’une série qui a déjà fait ses preuves et connu un certain succès en France sans atteindre les sommets de « On the brinks » récit autobiographique où Sam Millar racontait son passé sulfureux d’activiste de l’IRA puis de braqueur de banque aux USA, « Au scalpel » cristallise tout ce qu’on aime mais aussi tout ce qui peut nous lasser dans une série aussi bonne soit-elle.

Dans ce volet, on retrouve le cadre de l’Ulster même s’il est beaucoup moins présent que dans les précédents romans. Du point de vue de la construction, on s’aperçoit que l’on retrouve des aspects déjà connus : un méchant, tendance gros malade irrécupérable, une scène choc pour démarrer le roman et y instiller l’horreur, des éléments de la vie du héros et de son entourage et un puissant crescendo dans le rythme pour atteindre un final particulièrement musclé. Tout cela nous donne un roman qui sent un peu le formatage, le plan qui a déjà bien fonctionné dans les précédentes aventures. Bref, on est parfois un peu trop dans du « déjà lu », une impression de cycle qui ronronne, qui se repose sur ses acquis, ses réussites.

Mais l’atout principal des romans de la série Karl Kane est avant tout Karl Kane lui-même, personnage très charismatique et surtout mec sympa qu’on aimerait avoir comme pote. Toujours prêt à rendre service à ses amis, Karl paye de sa personne pour résoudre les énigmes qui lui sont soumises avec un art de la répartie qui cogne autant que les gnons et les coups de latte qu’il distribue à l’envi.

Ni meilleur ni pire que les autres aventures « Au scalpel » ravira les fans de l’auteur tout en laissant un peu sur leur faim des lecteurs plus exigeants qui aimeraient bien que l’auteur sorte un peu des sentiers battus et rebattus.

Solide mais classique.

Wollanup.

RÉCIT D’UN AVOCAT d’Antoine Brea / Le Seuil / Cadre Noir + un entretien avec Antoine Brea.

Seuil Policiers, la collection polar du Seuil fait peau neuve. Rebaptisée « Cadre Noir », elle a été brillamment repensée sur la forme mais aussi et c’est plus intéressant pour le lecteur sur le fond. Pour l’inaugurer, on n’a pas lésiné sur la qualité et arrivent donc un inédit posthume du regretté William Gay dont on vous a déjà parlé et le deuxième roman de Clayton Lindemuth dont je vous causerai prochainement mais dont je peux dire d’ores et déjà que, dans un genre un peu différent de « une contrée paisible et froide », il ravira à nouveau tous ceux qui ont aimé le premier roman. Pour ma part, je me régale avec un personnage de Baer complexe, marginal, borné et inconscient mais particulièrement attachant. Mais Lindemuth comme Gay étaient déjà dans le catalogue du Seuil et la cerise sur le gâteau et véritable innovation c’est incontestablement l’arrivée d’auteurs français de Noir dans une collection dont le manque se faisait cruellement ressentir si on excepte Romain Slocombe. Et c’est Antoine Brea qui ouvre la voie. Tout de suite, la chronique et ensuite un petit entretien avec l’auteur. Continue reading

PETITE SŒUR LA MORT de William Gay / le Seuil / CADRE NOIR.

Traduction: Jean-Paul Gratias.

C’est avec une référence affichée à Shining de Stephen King (William Gay et celui-là se portaient une admiration réciproque) que nous est présenté Petite Soeur La Mort. Binder, l’auteur d’un premier roman, succès de librairie, a trébuché sur la production de son deuxième manuscrit. Il décide d’emménager avec sa famille dans une demeure du Tennessee, célèbre pour son histoire tourmentée : elle serait hantée par une présence maléfique. Certain d’y trouvé l’inspiration (l’endroit et son histoire le fascinent), il s’attelle à l’écriture d’un roman de commande qui doit le relancer. Bien vite, il va se rendre compte que sa décision n’est pas sans conséquence sur sa vie et celle des siens tandis quelque chose de diabolique va affirmer son emprise sur les lieux.

Par ses romans La demeure éternelle et, surtout, La mort au crépuscule, William Gay s’est fait connaître comme un nom du Southern Gothic, ce genre où la rigueur, la morale, la religion sont minées par la dégénérescence, l’esprit du mal, le surnaturel, un processus de délitement accentué par ce qui caractérise le Sud en tant que milieu : la chaleur, la torpeur, la pauvreté, tout ce qui abîme le corps et l’âme.

Le terroir du Tennessee est rendu avec densité sous la plume de William Gay, une qualité du texte qu’il faut reconnaître. Il est apprivoisé depuis peu de temps au regard de l’Histoire, auparavant les sauvages libres l’occupaient depuis des siècles. Il suffit que l’homme baisse les bras ou connaisse un mauvais coup du sort pour que la plantation ou la ferme retourne à l’état de nature. Une nature pas spécialement douce, peuplée d’insectes agressifs, d’oiseaux au cri lugubre, de serpents mortels, de végétation rétive, soumise aux orages violents ou à la merci d’un incendie d’été.

 

 Je ne sais pas si l’auteur, l’écrivain fait un bon personnage de roman. J’ai des réticences personnelles à accompagner un héros qui travaille, hésite, avance, s’enfièvre face à sa machine à écrire. Je n’aime pas retrouver une certaine idée de l’écrivain, en fait. Et je n’ai aucune jubilation à lire un metalivre. Ayons l’honnêteté d’écrire ici que ce processus, ce projet sciemment décidé par Binder et dont le contrôle va lui échapper car la personnalité de la maison va se révéler et le transformer, se met difficilement en place. Les ingrédients d’une histoire d’horreur sont là, tout autour : bruits dans la maison, spectres canin ou féminin, atmosphère pesante… Un livre qui fout la peur au ventre ? C’est déjà trop annoncé pour que cela advienne vraiment. Seules les dernières pages, l’approche du dénouement, font légèrement monter la tension. Pas d’orgie de sang ni du spectaculaire, au final, mais quelque chose de plus psychologique et de trivial presque dans la forme. Binder s’est transformé en un personnage plus noir. Il souhaite la mort de son beau-frère et laisse un serpent le mordre. Le beau-frère détestable n’en mourra même pas.Des inserts ou chapitres historiques sont glissés dans le déroulé de l’histoire fixée à l’été 1982. 1785. 1933. C’est sombre, menaçant, rythmé. L’un d’entre eux ferait même une excellente nouvelle southern gothic si elle respirait seule. Quand on retrouve Binder et son récit, quelque chose piétine ou chancelle. Le livre se boucle par une sorte de justification écrite à la première personne. William Gay semble nous parler de son intérêt pour la légende de la sorcière du Tennessee qui a défrayé la chronique jusqu’au XXe siècle et qui est à l’origine de l’histoire.

Le roman de Willian Gay est une oeuvre publiée à titre posthume, un manuscrit « ressuscité ». Si les aficionados prendront plaisir peut-être à retrouver la voix et l’imaginaire de l’auteur aimé, à discerner là un hommage, je pense que d’autres lecteurs resteront comme moi en attente d’un texte plus abouti, décalaminé et mieux construit, d’un texte à frissons qui vous fait dresser les poils sur les avant-bras ou frémir par sa cruauté. L’auteur vivant aurait-il même de la sorte laissé partir son texte pour l’imprimerie ? La question se pose. Et si l’on peut se douter un peu plus désormais que l’art d’écrire est délicat et cruel, il est à nouveau la preuve que du Scotch et des accroches marketing ne font pas un roman même si William Gay – dont le talent a été autrement apprécié – en a fourni le matériau.

Paotrsaout.

 

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