Chroniques noires et partisanes

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FAIS-LES PLEURER de Smith Henderson et Jon Marc Smith / Belfond

Make Them Cry

Traduction: Maxime Berrée

Première collaboration entre Smith Henderson et Jon Marc Smith. Si le second est hors des radars, le premier, Smith Henderson, est l’auteur d’un premier roman noir brillant, sorti en France en 2015 Yaak Valley, Montana où, inspiré par son passé d’éducateur spécialisé, il racontait l’Amérique des marges dans l’Amérique des années 80. Par la suite, il a beaucoup travaillé avec Phillip Meyer sur The Son l’adaptation en série de son extraordinaire roman Le fils, racontant une famille texane sur trois générations et interprété notamment par Pierce Brosnan. Ce retour est donc une bonne nouvelle.

“Diane Harbaugh, l’une des recrues les plus coriaces de la DEA, l’agence antidrogue américaine, est celle qu’on appelle pour faire parler les dealers les plus récalcitrants… Jusqu’au jour où l’un de ses indics se suicide sous ses yeux, faisant émerger des doutes sur la nature exacte de leur relation. Sous le coup d’une enquête interne, lâchée par sa direction, Diane perd peu à peu le contrôle. Dans un sursaut rageur, elle part au Mexique rencontrer un certain Gustavo. Celui-ci affirme avoir une info qui pourrait faire tomber tout un cartel. Mais c’est un piège dans lequel se précipite la jeune femme.”

Les lecteurs de Yaak Valley, Montana auront compris rapidement que c’en est terminé de la rudesse et des grands espaces d’un Montana très glauque des années 80. Bon, en deux mots comme en cent, Fais les pleurer est tout bonnement un roman de narcos avec tout ce que ça sous-tend comme fusillades, tueries, coups tordus. poussées de testostérone et montées d’adrénaline en grandes doses. La DEA, La CIA, les Zetas, la Mara 13, tout le monde est bien présent et forcément, si vous avez déjà goûté pareil cocktail explosif, vous savez que cela sera bouillant, sanglant, violent, effréné et j’en passe… Les personnages sont suffisamment bien cernés, tous avec leurs zones d’ombres, leurs failles, c’est hyper-classique mais ça le fait bien. A sa sortie aux USA, le roman a été dézingué parce qu’une partie des dialogues était en espagnol et nécessitait une certaine connaissance de la langue pour bien comprendre certains dialogues. C’était un peu ballot, c’est vrai. Si l’espagnol, y compris à New-York, est en train de devenir la langue la plus parlée sur le territoire américain, elle n’est pas forcément la plus lue et ce souci d’authenticité s’était avéré un gros obstacle. Pour la version française, pas ce genre de souci.

Sans atteindre le niveau de la trilogie de Don Winslow, La griffe du chien, Cartel et La frontière, le roman de Henderson et Smith fait bien le taf. On peut aisément envisager une suite et on imagine très bien que les deux auteurs, pas fous, se verraient très bien l’adapter pour le petit ou le grand  écran.

Clete

LES SAMARITAINS DU BAYOU de Lisa Sandlin / Belfond Noir.

THE DO-RIGHT

Traduction: Claire-Marie Clévy

“Après quatorze ans passés derrière les barreaux pour avoir mis en pièces l’un de ses deux violeurs, Delpha Wade retrouve enfin le chemin de la liberté. Mais rien ni personne n’attend une ex-taularde, a fortiori en 1973, dans une petite ville du fin fond du Texas.

Le bureau du privé Tom Phelan, un Cajun débonnaire en reconversion professionnelle, est un point de chute inespéré pour Delpha. Avec sa discrétion et son sérieux, la jeune femme devient vite une secrétaire indispensable au détective néophyte…Mais sous la carapace, un feu gronde en Delpha, le besoin dévorant de se venger de son second violeur qui court toujours. Un homme dont elle est convaincue qu’il est là, tout proche. Et qu’il la guette…”

D’accord, un roman est un produit comme les autres et les éditeurs ont bien le droit d’utiliser certaines petites ruses pour vendre leur came. Bon, ça a marché pour moi puisque le titre français avec le terme bayou et la couverture avec son arbre solitairement triste m’ont d’emblée évoqué Burke ou Lansdale ou encore la première saison de True detective… et cela a été une grosse erreur mais point fatale. Ce premier opus de Lisa Sandlin récompensé des prestigieux Dashiell Hammett Prize 2015 et du Shamus Award 2016, même s’il ne met pas un orteil dans le bayou, possède de multiples atouts. 

Les qualités du roman n’apparaissent pas d’emblée, mais se dévoilent progressivement au fil de la lecture pour en faire un roman très recommandable, très éloigné de ce que veut nous faire croire une quatrième de couverture, elle aussi dans la surenchère.

Si, en effet, Delpha pense beaucoup au deuxième violeur toujours vivant, en l’occurrence le père de sa victime, elle n’en fait pas une obsession, s’efforçant, sous la surveillance de son agent de probation, de se réinsérer dans la société de Beaumont, ville importante et pas le fin fond du Texas que veut nous vendre Belfond . Elle veut réussir son nouveau départ et accepte toutes les offres de travail qu’on lui propose : s’occuper de personnes âgées ou accomplir le secrétariat de Tom Phelan qui, à la suite d’une blessure, a quitté les plate-formes pétrolières où il gagnait sa vie pour devenir détective.

Les fantasmes d’une vie à la Philip Marlowe sont très vite oubliés s’ils avaient été un tant soit peu rêvés et le quotidien est peu enchanteur : un chien à surveiller par peur d’un empoisonnement, une jambe en plastique confisquée à récupérer, un constat d’adultère, les “samaritains” Delpha et Paul mettent tout en oeuvre pour aider les paumés, les barjots, les oubliés. Et puis une affaire, trop facile à mener, titille Paul qui tente de comprendre, d’ approfondir… Pas débordé par son nouveau job, il a tout le temps de la réflexion. On ne voit rien venir, on se laisse porter par son entêtement, les éléments à charge, les indices, les preuves arrivent au compte-gouttes jusqu’à ce qu’on comprenne enfin que Paul n’est pas le second couteau qu’il parait et qu’il a bien ferré un gros poisson.

Parallèlement, on suit les tourments de Delpha entre pulsions de vengeance et désirs de rédemption voire de résilience mais la belle dimension polardesque du roman est bien dans la quête de Paul. Néanmoins, l’ambiance du Texas de 73 et surtout de nombreux personnages aussi touchants qu’émouvants contribuent aussi à une belle réussite. 

Gageons que Belfond sortira rapidement le second volet des enquêtes du duo Delpha Wade/Tom Phelan  particulièrement réjouissant pour son humanité, sorti en 2019 aux USA et intitulé “The Bird Boys”.

Clete

LA ROUTE 117 de James Anderson / Belfond

Lullaby Road

Traduction : Clément Baude

Il y a deux ans et demi, les Nyctalopes chroniquaient le premier roman publié chez Belfond du même James Anderson, Desert Home, et en disaient le bien qu’ils en pensaient. La Route 117 se révèle être une sequel puisque James Anderson introduit à nouveau son personnage principal, Ben Jones, routier à la vie agitée, dans le décor qu’il affectionne, le désert et les mesas de l’Utah, traversé encore une fois par la Route 117. S’il existe bien une Route 117 dans l’Etat des Mormons, James Anderson a décalé la sienne dans la fiction plus à l’est pour la faire se croiser avec l’Interstate 191, grand axe routier qui s’enfonce depuis Salt Lake City, la capitale, vers le sud-est. On peut supposer ainsi qu’il cherchait à ancrer son histoire dans un des endroits les plus reculés de l’Utah pour mieux évoquer des communautés dont l’isolement, la marginalité et le secret sont des traits caractéristiques. 

« La neige et la glace ont envahi la route 117. Au milieu de ce décor lunaire, Ben, chauffeur routier, s’accroche à son volant comme à une planche de salut, pour oublier la disparition brutale, quelques semaines plus tôt, de la femme qu’il aimait.

Mais un matin, à la station-service, un étrange colis l’attend… Un gamin et son chien, laissés là avec ce mot : « S’IL TE PLAÎT, BEN. GROSSE GALÈRE. MON FILS. EMMÈNE-LE AUJOURD’HUI. CONFIANCE À TOI SEULEMENT. PEDRO. »

Pourquoi ce Pedro, un quasi-inconnu qu’il n’a pas revu depuis des mois, tient-il tant à lui confier son enfant mutique ?

Tandis que Ben reprend la route en quête de réponses, accompagné de ses improbables passagers, un drame l’oblige à interrompre ses recherches : son ami John, prédicateur qui arpente la 117 avec une croix sur le dos, vient d’être laissé pour mort sur le bord de la chaussée.

Dans ce coin perdu de l’Utah, les mystères et les dangers collent à l’asphalte. Pour Ben, c’est le début d’une enquête ahurissante, aux troublantes ramifications… »

James Anderson confirme sa poésie brute pour évoquer le désert, ses étendues désolées, ses formations rocheuses, ses lumières et les événements météorologiques brutaux qui le frappent pendant la saison d’hiver. Malgré ses aspects hostiles, la contrée abrite une communauté éparpillée dont les membres ont pour point commun de vouloir mettre une distance avec une vie antérieure que l’on devine aisément riche en accidents, en faux pas ou en dégueulasserie. Rockmuse, au bout de la Route 117, a l’air du rejeton bâtard de Slab City et d’une ghost town. James Anderson y distribue une humanité bancroche et bigarée, attachante ou bien inquiétante. Ben Jones est le trait d’union entre Rockmuse et Price où il réside. Il connaît parfaitement ce coin de désert et les habitudes des misfits qui s’y sont retirés. Raccordé aussi à la vie moderne, il peut compter sur un flic amical et les services médicaux d’urgence. Et Dieu sait si les péripéties du roman nécessitent leurs interventions. Ben Jones reste ce personnage pour lequel le lecteur éprouve une sympathie immédiate : il a ses blessures, il n’est pas lui-même irréprochable, il sait que le mieux, dans les services qu’il assure en solitaire, est de ne pas poser de questions. Malgré tout, son tempérament ne lui évite pas les ennuis. Fataliste et ironique, il avance, vaille que vaille, bien que là, sa fibre paternelle et protectrice soit mise à rude épreuve. Pour résumer, c’est un brave type, qui parfois se comporte comme un connard ; avisé, puis l’instant d’après, victime du « syndrome de la mèche courte ». 

Sur le thème de l’enfance abusée, l’enquête ou poursuite motorisée de Ben Jones rappelle dans ses meilleurs moments Le Cherokee de Richard Morgiève, paru au tout début de l’année dernière. Au fil des kilomètres d’asphalte, le drame se noue, affrontements et accidents surgissent, amitiés et amours éclosent ou se meurent. La prose de James Anderson, efficace, sait parfois se hérisser d’un humour bien vu. Alors la suite idéale à Desert Home ? Peut-être pas. Les incessants aller-retours sur la 117, entre intrigue principale et échappées secondaires, désorientent parfois et le dénouement nous laisse avec un petit sentiment de confusion. C’est un peu dommage parce que c’est une histoire qui a le mérite d’appartenir à l’endroit exact où elle se déroule.

   Sans savoir ce que je découvrirais, j’ai poussé le quad sur le côté. Le corps de l’homme était en un morceau, il avait les yeux ouverts. Du sang coulait coulait d’une plaie sur son front. Ses deux jambes, brisées à hauteur des genoux, étaient repliées, quasiment à angle droit, comme dans un dessin animé. Merci la ceinture de sécurité – si tant est qu’il l’ait mise. Les airbags ne fonctionnent que si vous êtes là où vous êtes censé être. Avec les tonneaux, l’homme et son fils s’étaient retrouvés comme deux roulements à bille dans une boîte de conserve.

   Il a remué les lèvres. Je me suis baissé et, un genou, à terre, je me suis penché vers lui. C’étaient sans doute ses dernières paroles. Dans un murmure rauque, il a répété :

« Mon fils, mon fils.

_ Le sale gosse, vous voulez dire ?

   Il a cligné des paupières.

   « Je ne sais pas. Je ne l’ai pas encore retrouvé. Espérons que je n’aurai pas besoin de sacs-poubelle pour vous le ramener. » J’ai aussitôt regretté mes paroles. « Peut-être qu’il va bien », ai-je rectifié, même su je n’en croyais pas un mot. Frapper un homme à terre n’a jamais été mon style, mais à ce moment-là, je n’avais ni style ni indulgence.

Paotrsaout



LA FABRIQUE DES SALAUDS de Chris Kraus / Belfond.

Das Kalte Blut

Traduction: Rose Labourie.

« Le jour de mon anniversaire, un grand homme a péri. Mais le jour du tien, c’est un pays entier qui y est passé. »

Nous sommes en 1975 dans un hôpital bavarois : un soixantenaire une balle logée dans la tête et un jeune hippie, vis de titane dans le crâne, partagent la même chambre. Et c’est à peu près tout ce qu’ils partagent. Le premier a vu ou commis les plus grandes horreurs du siècle. Le deuxième est convaincu de la bonté inhérente à chaque être humain et au monde en général.

C’est donc tout naturellement que Konstantin Solm, Koja pour les proches, décide de confesser sa vie et les agissements qui l’ont conduit dans cette chambre d’hôpital au jeune et innocent Basti. Pourquoi ? Pour lui démontrer que le monde et ses habitants étaient loin d’être les êtres formidables qui faisaient fantasmer Basti ? Pour soulager sa conscience ? Pour se justifier ? En tout cas, cette confession sur 886 pages tord tripes et boyaux. Et pourtant, malgré la palette d’émotions-toutes plus contrastées les unes que les autres-que cette confession vous fera éprouver, la lecture de ce roman fleuve, de ce roman-monstre, est aisée et addictive. Plus vous avancerez dans le récit, plus vous en redemanderez.

L’histoire des Solm – en tout cas, celle qui concerne directement Koja – commence en 1905. Famille allemande en Lettonie russe, les Solm enterrent Groβpaping, le grand-père Solm, pasteur, assassiné par les révolutionnaires bolchéviques. La même année naît le frère aîné de Koja, Hubert.

Retirée à Riga, la petite famille Solm accueille quatre ans plus tard la venue de Konstantin, Koja. Les deux frères entament alors leur vie commune, tantôt alliés tantôt ennemis, au gré des caprices de l’histoire collective ou personnelle. Et c’est un peu des deux qui fera débarquer la petite Eva à la maison en 1918. La Russie veut reprendre ce qu’elle considère lui appartenir, sous Lénine les bolchéviques envahissent la Courlande (la région lettone où les Solm résident), la Tcheka est impitoyable avec tout individu ressemblant de près ou de loin à un ennemi de la révolution. Les parents de la petite Eva se font exécuter, Juifs convertis mais d’apparence vraisemblablement trop « chic », abattus dans la rue, Eva survit et elle arrive donc chez les Solm par le biais de leur gouvernante, Anna Iwanowna.

Voilà, les trois personnages principaux sont là : Koja, Hub et Ev. Un triangle maudit. Ensuite tout est question de choix, de stratégies, de bouleversements historiques. Hub intègre la SS par conviction. Koja par facilité. Hub se trouve dans son élément au sein de cette mouvance extrême. Koja y trouve une vocation : sa versatilité en fait un agent parfait. Au milieu, une Ev pétrie de convictions qui va jusqu’à demander d’exercer en tant que médecin à Auschwitz – peut-on inverser la vapeur en se jetant dans la gueule du loup ?

La Fabrique des Salauds traverse ainsi la Seconde Guerre et la Guerre Froide, de Riga à Munich, de Munich à Loubianka, de Loubianka à Tel Aviv. De la SD à la KGB, de la CIA au Mossad.

Les anciens adversaires deviennent partenaires, des nouveaux Services émergent et Koja est toujours présent en offrant ses talents suivant un instinct de survie seul de lui connu. L’Europe se transforme, le monde aussi, sous les coups de boutoir des régimes totalitaires en place. Des alliances nouvelles se forment.

Avec un sens du détail historique chirurgical, une puissance romanesque qui vous souffle, Chris Kraus arrive à garder le lecteur captif du début à la fin de son roman. Le choix de la confession, l’effet de celle-ci sur l’interlocuteur de Koja dans sa chambre d’hôpital – tellement horrifié par ce qu’il entend qu’il se fane au fur et à mesure – contribue à la tension dramatique du récit.

La Fabrique des Salauds n’est ni plus ni moins que la fabrique des hommes – et les hommes ne sont pas des héros.

Monica.

LA VIE DONT NOUS RÊVIONS de Michelle Sacks / Belfond.

Traduction: Romain Guillou.

« Sam et Merry ont quitté New York pour s’installer dans un cottage en Suède et élever leur bébé au grand air. Loin de la grande ville, de ses tentations, de sa souillure, les voilà libres de se réinventer. 
Sam, en homme viril et fidèle qui assure le confort et la protection des siens. Merry, en tendre épouse qui s’adonne à ses nouveaux devoirs de mère au foyer.
Le tableau idéal : au cœur de la nature, l’homme, la femme, l’enfant.

Mais aussi Francesca, la meilleure amie de toujours, venue leur rendre visite.
Francesca, la citadine, la sublime, la femme libre.
Francesca, qui ne se sent chez elle nulle part, qui n’a jamais été choisie par un homme, et qui a de très vieux comptes à régler…
« 

Michelle Sacks est née au Cap en Afrique du Sud et vit actuellement en Suisse. Après avoir été remarquée pour ses nouvelles, elle est passée au roman l’an dernier avec “ La vie dont nous rêvions” et ce premier essai dans le genre polar psychologique nous est offert dès ce printemps par Belfond. Alors, certains ont déjà dû quitter la page, à tort, à mon avis en entendant “psy”. Ce genre de huis clos où un couple et ses “satellites”, enfants, parents, amis se fait et se défait n’est pas forcément ma tasse de thé et indéniablement Michelle Sacks a un vrai talent pour ainsi réussir dans un genre vu et revu sous toutes les latitudes du monde, à de multiples époques avec des intrigues bien souvent bancales où moult “deus ex machina” permettent à l’auteur de se sortir du pathos, de la galère.

Cette histoire du couple et de la copine d’enfance qui vient les visiter, créant petit à petit un ambiance déplaisante jusqu’au drame, on l’a lue très souvent. Michelle Sacks peint d’abord les trois personnages Sam, son épouse Merry puis Franck l’amie de Merry, dans leur petit coin de paradis de bobos de la génération facebook qui aime bien montrer, étaler son bonheur, sa réussite, photographier ses doigts de pied avec une mer turquoise en arrière plan ou son assiette au restaurant. Du déjà lu certainement mais intelligemment, l’auteur donne des indices, entrouvre des aspects sombres, manipule la boîte de Pandore, crée de multiples fausses pistes dans une intrigue qui, si elle n’est pas miraculeuse non plus, est néanmoins de bonne facture.

Alors, selon votre âge, vous allez adhérer plus ou moins au fonctionnement de ces trentenaires à qui la vie a pas mal réussi, leur psychologie, leurs motivations et en conséquence leurs tourments, leurs interrogations vous paraîtront plus ou moins recevables. J’imagine qu’un lecteur à Mossoul ou à Sanaa aura bien du mal à comprendre leur désarroi et leur souffrance existentielle.

“Je dois arrêter d’essayer de les comprendre. Les laisser à leur monde précaire de faux-semblants et trouver ma voie ailleurs”

Une méchante tragédie fera exploser le triangle magique et chacun donnera son interprétation du marasme, tentera de comprendre les pensées et agissements des deux autres. En proposant de nouvelles hypothèses, en levant le rideau sur certains secrets, Michelle Sacks continue de tromper, de parsemer la situation de faux-fuyants troublants. Chaque lecteur aura son interprétation mais sera dupé, finement, jusqu’à la dernière ligne et même au delà …

Vicieusement toxique.

Wollanup.


LE CHANT DES REVENANTS de Jesmyn Ward / Belfond.

Traduction: Charles Recoursé.

Le Chant des revenants signe la troisième traduction romanesque en français de l’auteur américaine Jesmyn Ward, après Ligne de Fracture et Bois Sauvage. Sélectionné parmi les dix meilleurs romans de l’année 2017 par The New York Times. Le Chant des revenants a permis à la native de l’Etat du Mississippi de devenir pour la deuxième fois lauréate du prestigieux National Book Award.

Le roman est envoûté, hanté, littéralement, par l’histoire douloureuse de l’Amérique noire, confrontée aujourd’hui encore aux préjugés raciaux, aux injustices et à la misère. Dans le Mississippi, ceux-ci lacèrent au travers de générations la famille de Jojo, treize ans, fils de Léonie et Michael, un couple mixte, petit-fils de River et Philomène et frère de la petite Kayla.

Jojo doit tout à son grand-père et sa grand-mère, mourante, qu’ils l’ont plus élevé que sa mère et son père, que Jojo connaît peu. L’autre partie de sa famille n’a jamais accepté que Michael ait eu des enfants avec une Noire. Le quotidien de Jojo est de nourrir les animaux de la ferme, veiller sur sa petite sœur, s’occuper de sa grand-mère, condamnée par la maladie, écouter les histoires, explicites et en même temps mitées par les silences et hésitations de Papy Riv. Léonie l’a eu jeune, elle cherche à être une meilleure mère, mais l’apaisement illusoire de la drogue lui semble plus attirant. Un jour, on apprend la libération de Michael du pénitencier de Parchman où il purgeait sa peine. Léonie embarque ses enfants en voiture en direction du nord de l’Etat pour le chercher et le voyage ouvre la porte aux dangers, aux promesses mais aussi aux fantômes.

Jesmyn Ward réalise une habile composition de voix, celles de Jojo et de Léonie qui résonnent en eux, celle de spectres qui rôdent autour des membres de la famille, comme Richie, jeune garçon noir autrefois emprisonné à Parchman en compagnie de Papy Riv, comme Given, frère aîné de Léonie, abattu par un de mes membres de la famille de Michael. Et le silence ou l’absence du père et du grand-père blancs participent de cet ensemble polyphonique qui raconte la douleur d’une histoire familiale, emblématique à sa façon de celle d’un pays. Il émane une très belle sensibilité de ce texte marqué de poésie et de réalisme magique (dont nous prenons les manifestations aussi comme une respiration bienvenue dans un récit, ramassé sur quelques jours dans la vie de cette famille, qui s’appesantit sur une certaine banalité quotidienne, manger, vomir, boire, dormir…etc). Nul doute que le sujet a inspiré et inspirera encore des voix, uniques, nécessaires, toutefois moins portées sur le lyrisme que Jesmyn Ward.

« Ton papy est nul pour raconter les histoires. Tu le savais ? Il raconte le début mais pas la fin. Ou alors il oublie un détail important au milieu. Ou alors il démarre sans avoir expliqué comment on en est arrivé là. Il a toujours été comme ça. »

J’ai hoché la tête.

« J’ai pris l’habitude d’assembler ce qu’il me dit pour réussir à tout comprendre. D’assembler les paragraphes comme des pièces de puzzle. C’était encore pire quand on a commencé à se fréquenter. Je savais qu’il avait passé plusieurs années à Parchman. Je le savais parce que j’avais écouté aux portes. J’avais seulement cinq ans quand il a été arrêté, mais j’ai entendu parlé de la bagarre au café, et de leur disparition, à lui et à son frère Stag. On ne l’a pas revu avant des années, et quand il est revenu, il s’est installé chez sa mère pour s’occuper d’elle et il a travaillé. Il a encore fallu des années avant qu’il commence à passer chez nous, pour aider mon père et ma mère à bricoler dans la maison. Il a enchaîné un paquet de corvées avant de se présenter à moi. J’avais dix-neuf ans et lui vingt-neuf. Un jour, on était assis tous les deux sous le porche et on a entendu Stag un peu plus loin, sur la route, qui chantait et River a dit, Y a des choses qui nous font avancer. Comme des courants à l’intérieur. Des choses plus fortes que nous. En grandissant, j’ai vu que c’est vrai. Ce qu’il y a à l’intérieur de Stag, c’est une eau tellement noire et profonde qu’on en voit pas le fond. Stag s’était mis à rire. Mais ensuite ton papy a dit, A Parchman, j’ai appris que c’était pareil en moi, Philomène. Quelques jours plus tard, j’ai compris ce qu’il essayait de dire, que devenir adulte, ça signifie apprendre à naviguer dans ce courant : apprendre quand se cramponner, quand jeter l’ancre, quand se laisser porter. Et ça peut être quelque chose d’aussi simple que le sexe, ou d’aussi compliqué que tomber amoureux, et ça peut même être aller en prison avec son frère en croyant qu’on va le protéger. » Le ventilateur ronflait. « Est-ce que tu comprends ce que je te dis, Jojo ?

  • Oui, Mamie », j’ai dit. C’était faux.

Musical, viscéral, peut-être pas aussi magistral.

Paotrsaout

LES JOURS DE SILENCE de Phillip Lewis / Belfond.

Sur un contrefort élevé des Appalaches se tient une étrange demeure, curiosité de verre et d’acier, que chacun, dans le petit village d’Old Buckram, prétend maudite. C’est ici que vivent les Aster.
Il y a le père, Henry Senior, intellectuel autodidacte, homme de lettres révolté dans une contrée hostile aux bibliophiles. La mère, Eleonore, femme insoumise et lumineuse, qui partage ses journées entre la contemplation de la nature environnante et l’élevage de pur-sang. La cadette, Threnody, adorable fillette affublée d’un prénom imprononçable tiré d’un poème de son père. Et, au milieu, se tient Henry Junior, petit garçon sensible et attentif, qui passe le plus clair de son temps caché dans la bibliothèque, à regarder, fasciné, la figure paternelle noircir, jour et nuit, les feuillets qui composeront le roman de sa vie. 
Des années plus tard, Henry Junior n’a qu’une idée : quitter Old Buckram. Fuir pour devenir un homme ; fuir les montagnes et ce silence intranquille qui le ronge ; et, surtout, fuir pour tenter de comprendre ce qui a poussé son père, un matin, à abandonner les siens, en emportant avec lui son mystérieux manuscrit… 

Yaak Valley, Montana de Smith henserson en 2016, Le Sympathisant de Viet Thanh Nguyen l’an dernier et Les jours de Silence de Philip Lewis cette année, tous les ans à la même époque, Belfond sort un grand voire un très grand roman américain au nez et à la barbe des éditeurs spécialisés du marché.

A chaque fois aussi la couverture est un peu naze mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Un titre français discutable donnant une impression de roman niais, avec un cheval  provoquant très faussement une image de nature writing, de la soupe pour bobos parisiens ou du romantisme de grande surface… mais dès que vous commencez la lecture, vous êtes surpris par le niveau d’ écriture du monsieur et très tôt vient la conviction jamais démentie que vous tenez là un grand roman.

Roman d’initiation, d’apprentissage pas particulièrement spectaculaire ni original dans ses péripéties mais grand dans les non-dits, dans l’émotion, dans la tendresse, l’humanité,  “les jours de silence” raconte la peine, l’immense tristesse d’un père, son effondrement puis sa fuite. Le livre est vite submergé par le malheur, l’incompréhension, la mélancolie, le sentiment de trahison éprouvés par ceux qui restent qui, finalement, eux aussi, reproduiront mais dans une moindre mesure, des petites fuites mesquines, honteuses. MAIS, il respire aussi une immense tendresse, un amour non feint de l’autre avec une plume brillantissime clamant aussi à de multiples mesures un amour incommensurable des livres, de la littérature, des grands prosateurs américains, au sein d’un propos souvent tempéré par un humour très, très fin. On sent, on flaire, on suspecte le vécu dans certaines anecdotes racontées et de fait, le roman est en partie autobiographique

 La fiction, cette autre réalité que l’on veut souffler au lecteur, n’aura jamais la force du vécu qui lui confère le cachet de l’authenticité, des sentiments éprouvés dans la chair puis racontés avec le cœur; une beauté, une honnêteté, une humilité très identifiables et respectables.

Tout comme le brillant “Little America” de Henry Bromell aux thème et style assez similaires dans la grande qualité et criminellement passé inaperçu, “les jours de silence” est le contraire d’un roman à la mode, d’un roman tapageur mais il possède un charme fou, intemporel et fait partie de ces romans rares que vous n’oublierez pas si jamais en plus votre trajectoire personnelle, votre histoire est interpellée, réveillée douloureusement … par l’histoire racontée par Phillip Lewis.

Grande classe.

Wollanup.

MANHATTAN VERTIGO de Colin Harrison / Belfond noir.

Traduction: Michael Belano.

Colin Harrison nous revient après une longue absence, avec un nouveau roman dont la toile de fond est la ville de New York, et la thématique principale le pouvoir.

L’histoire se passe donc dans cette ville, où tout tourne autour de l’argent du pouvoir et du sexe, avec trois personnages principaux : Ahmed Mehraz, jeune businessman iranien, qui rêve d’une carrière politique afin d’asseoir sa domination. Il est marié à Jennifer, qui en apparence a tout de la jeune américaine de bonne famille, belle et dévouée.

Le seul ami de Jennifer est son voisin, Paul Reeves, avocat spécialisé dans les dossiers d’immigration, qui subit de plein fouet la crise de la cinquantaine. Il est un avocat moyen, divorcé deux fois, sans enfants, son seul plaisir est sa collection de cartes géographiques de New York pour laquelle il est prêt à dépenser des fortunes.

Bien sûr, une multitude de personnages secondaires viennent agrémenter ce roman avec en tout premier lieu, Bill, jeune soldat revenu récemment de mission et qui n’est autre que l’amant de notre belle Jennifer.

Le décor est planté dès les premières pages, comment Ahmed va réagir en découvrant que sa femme le trompe, lui, si sûr de lui, qui souhaite tout maitriser et surtout tout contrôler ? L’ambiance est assez sombre, angoissante. On sent Ahmed capable de tout, aidé en cela par sa famille, immigrés aux Etats-Unis suite à la révolution iranienne en 1979. Il a l’habitude du pouvoir et de régler tous ses problèmes grâce à son immense richesse et à son réseau mafiosi iranien. Pourquoi en serait-il autrement ? Jennifer lui appartient, et on ne s’immisce pas dans ses affaires.

Nous entrons doucement dans un jeu pervers, noir, où le voyeurisme est à son paroxysme, chacun des personnages est plus noir que le précédent, tous ont des motivations propres et ne mènent leur vie qu’en étant égoïste et donc seul. On parcourt New York au fil des chapitres, la ville ayant elle-même les défauts des personnages.

Les femmes, dans le roman, bien qu’ayant un rôle essentiel, sont décrites comme des personnes faibles, seules, incapables de prendre de bonnes décisions, dont les aspirations ne sont que de se trouver un mari qui les entretient et leur donne des enfants.

Vous l’aurez compris, aucun des protagonistes n’est véritablement attachant. Ils sont parfois stupides, souvent prétentieux, et toujours assoiffés de puissance, mais qu’est-ce que c’est bon ! On se surprend à devenir nous-même voyeur et à aimer ça ! Toute la force du roman est là, l’écriture est fluide, on parcourt les rues de New York au fil de l’intrigue et on prend part pleinement à l’histoire.

Marie-Laure.

UN INTRUS de Charles Beaumont chez Belfond/vintage noir

Traduction : Jean-Jacques Villard.

Charles Beaumont (1929 – 1967) est un écrivain et scénariste américain. Auteur principalement de récits de science-fiction, fantastiques et policiers, il a également écrit des scénarios originaux ou adaptés de ses propres textes pour la télévision et le cinéma, et deux romans dont « Un intrus » adapté au cinéma par Roger Corman en 1962. Dans la préface de cette édition, ce dernier raconte les conditions du tournage de ce film, en 1962 où ils ont dû adopter la technique du « shoot and go » : tourner la scène le plus vite possible et partir en courant avant que les habitants réagissent ! Paru en France en 1960 aux éditions Seghers, cette réédition dans la collection Belfond vintage permet de découvrir ou redécouvrir un texte beau et fort.

« La petite ville sudiste de Caxton est déboussolée : l’arrêt de la Cour suprême vient de tomber ; désormais, les écoles publiques sont ouvertes aux enfants noirs. On s’étonne, on s’agace, et puis finalement on laisse faire.

Jusqu’à l’arrivée d’un intrus.

L’inconnu s’installe, intrigue, séduit, et petit à petit distille le poison : des Noirs ? Avec vos enfants chéris ? Vous n’y pensez pas !

Alors on s’invective, on rugit, on brandit le poing. Et puis montent la fureur, la haine, le sang… »

Écrit en 1959, alors que les faits sont d’actualité, le roman nous emmène à Caxton, petite ville du sud des États-Unis où la ségrégation ne gêne pas grand monde, depuis toujours ou presque les Noirs vivent à part, dans le quartier de Simon’s Hill. Après l’arrêt de la Cour suprême déclarant la ségrégation scolaire inconstitutionnelle, la ville ayant épuisé les recours, à la prochaine rentrée, dans quelques jours, des enfants noirs vont intégrer l’école publique de la ville. Cela ne réjouit pas les Blancs de la ville, mais ils s’y étaient résignés, jusqu’à l’arrivée d’Adam Cramer, un homme charismatique, activiste pro ségrégation qui ne va pas avoir trop de mal à faire repartir les braises du mécontentement latent et à enflammer les esprits racistes dans cette ville où il est dangereux de se révéler partisan de la déségrégation, où le ku klux klan parade parfois la nuit.

Charles Beaumont écrit au présent, les faits s’enchainent, la tension monte dans la chaleur de l’été sudiste. Il réussit avec un grand talent à rendre l’ambiance de cette ville, de cette époque en suivant toute une galerie de personnages qui vont se croiser : Tom McDaniel, journaliste au Messenger, le canard local et sa fille Ella, adolescente insouciante de 16 ans ; Joey Green un des écoliers noirs, et sa mère Charlotte, conscients de ce qu’ils risquent, Sam Griffin vendeur itinérant qui écume les foires du coin et vit à l’hôtel avec sa femme Vy… Tous sont justes et vivants, des plus importants aux secondaires et  on assiste à l’échauffement des esprits, à la violence sourde qui enfle inexorablement et ne pourra qu’exploser. Les dialogues sont percutants, le suspense fonctionne, c’est un bouquin qu’on lit d’une traite d’autant plus que l’analyse de cette montée du populisme résonne encore, hélas, dans notre actualité où racisme et préjugés sont loin d’avoir disparu.

Un très bon roman, noir et puissant.

Raccoon

LES CHASSEURS DE GARGOUILLES de John Freeman Gill / Belfond.

Traduction: Anne-Sylvie Homassel.

Dans une atypique famille new-yorkaise, une contagion s’empare d’un père et de son fils en une passion tenace, experte, des ornements habillant les monuments et immeubles de leur ville. La déambulation est de mise dans ce « street-trip » pour dénicher les sculptures décorant les édifices d’époque révolues. On lève la tête, nos pupilles s’écarquillent afin de cibler la rareté, afin de  révéler un coup de burin esthétique. Mais l’ouvrage ne se résume pas qu’à un cours d’architecture, il plus que cela et, surtout ou avant tout, il se pare d’une plume racée.

«Depuis la séparation de ses parents, Griffin Watts, treize ans, tourne en rond. Sa sœur n’a plus une minute pour lui, trop occupée à faire sa révolution sexuelle ; son artiste de mère tient table ouverte à tous les hippies du quartier. Quant à son père, Nick, antiquaire exalté, collectionneur frénétique, il vit désormais dans son atelier.

Désireux de maintenir un semblant d’équilibre familial, Griffin va suivre la dernière lubie paternelle : récupérer statues, bas-reliefs, moulures et autres gargouilles sur les vieux immeubles new-yorkais voués à la destruction.

Mais ces gentilles escapades père-fils vont bientôt prendre un tour dangereux. Alors que la passion de Nick se fait chaque jour plus dévorante, Griffin se retrouve embarqué dans ce qui pourrait bien être le vol du siècle… »

Les ornements de structures figées ne sont donc pas le centre unique du roman. Il est aussi, et certainement, un support, un prétexte, de la mise à plat d’une relation père/fils singulière. En effet l’empreinte nucléaire n’existe plus, le foyer familial, où ne réside plus le Pater, est le théâtre d’une sorte d’auberge espagnole. « Dirigée », avec de gros guillemets, par une mère apathique, attentiste, atone, le rythme du quotidien s’émerveille de banalités.

C’est dans ce tableau que gravite Griffin, adolescent dans ces années 70 symbole d’une période ouverte à la liberté. Il épouse volontiers la passion dévorante de son père, reclus de son atelier de TriBeCa, dans cette effrénée quête de ces êtres de pierre. Le chemin de croix de ces aventuriers citadins n’est pas que pavé de louables intentions ni de déconcertantes facilités.

Le littérateur possède une déconcertante faculté du genre et décline celle-ci avec virtuosité. J’aimerais poser sur le papier mes mots de cette manière. La tonalité, les nuances, la poésie parfois, sont maîtrisées. Après, le rhétorique du fond reste un peu circulaire et l’ouvrage aurait pu se limiter à moins de pages. Il y a néanmoins une extrapolation des thèmes abordés, qui a son sens, mais son emploi et sa légitimité ne souffrent d’aucun accroc, hors le fait de tourner en rond. On cherche à nous enserrer le larynx et expulser des poussières confinées dans nos glandes lacrymales mais la dernière pression n’est pas suffisante.

Ecrivain de qualité que j’aimerais (re)lire pour un roman plus abouti et profond.

Chouchou.

 

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